Un boss dans mon chalet
Chapitre 13
Antoine
Mon téléphone se met à sonner pour la troisième fois lorsque j’arrive chez moi.
Étienne, forcément, en visio. Je passe l’appel sur l’écran dans mon salon avant de me délester des boîtes à pizza qui encombrent mes bras et de mon pardessus.
– Ah merde, t’es chez toi ! m’accueille mon frère sans prendre la peine de cacher sa déception.
– Et tu voulais que je sois où, exactement ? En orbite dans une fusée, en pleine compétition de twirling bâton ?
Je vais ranger ma veste tandis qu’il soupire en levant les yeux au ciel.
– Les scoops de maman arrivent toujours trop tard ! Elle m’a appelé pour me prévenir que tu pouponnais. C’est quoi, ces fringues ? Tu es certain que tout va bien, Antoine ?
Je jette un œil au sweater que Valentine m’a donné tout à l’heure. Sur le coup, j’ai voulu me montrer poli, je n’ai pas analysé l’objet, mais là…
– Putain !
Je porte un vieux truc violet affichant un slogan particulier : Cordonnerie Nobel, la vie est belle, j’ai de bonnes semelles.
D’un geste, je retire le vêtement qui me démange soudainement l’épiderme et le balance sur mon canapé.
– C’est Valentine qui m’a prêté une fringue de Gérard, ma chemise était…
– Oh ! me coupe-t-il, goguenard. Un changement de vêtement chez une inconnue. Je vois ! Gérard, donc ?
J’inspecte son regard pétillant de conneries.
– Non, tu ne vois rien du tout. Gérard, c’est son père. Son père qui d’ailleurs croit que je suis le père du gamin. Gamin qui m’a pissé dessus pendant que je le changeais parce que Valentine prenait son temps sous la douche.
– Intéressant…
Merde, je m’enfonce !
– Tu sais quoi ? Oublie tout ce que tu viens d’entendre, ce n’est pas ce que tu crois ! Je suis allé la trouver parce que j’ai besoin de discuter avec elle à propos d’une campagne. N’en parle pas à papa, d’ailleurs, je ne veux pas qu’il s’en mêle.
– D’accord, mais comment passe-t-on d’une visite professionnelle à toi portant un truc appartenant au père de la jolie dame ? Parce qu’elle est jolie, n’est-ce pas ? Et donc, tu serais le père de son enfant ?
Il joue de ses sourcils en m’offrant un sourire super agaçant.
– Autre question, réponds-je en attrapant mon téléphone d’un air menaçant. Comment passe-t-on d’un frère au téléphone à un frère plus au téléphone ? Salut !
Je raccroche alors qu’il éclate de rire. Ce n’est pas le moment. Je suis relativement en rogne contre moi-même et contre ma situation. Déjà parce que j’ai passé je ne sais combien de temps chez Valentine Bertot dans un but bien précis : l’entretenir à propos du dossier Spencer, pour finalement rentrer chez moi sans aucune info ni promesse. D’ailleurs, je n’ai même pas évoqué le sujet. Et vu son état, je risquais, dans tous les cas, de ne pas obtenir gain de cause. L’idée me paraissait mal placée, à vrai dire.
Et ensuite, ce qui n’arrange rien, je me retrouve un vendredi soir seul avec deux boîtes à pizza, tout simplement parce que je ne savais pas choisir entre la Diabolique et la Savoyarde, dans un appartement épuré et sans âme dans lequel je ne me sens même pas chez moi. Plus d’un an que je squatte ces murs, mais rien ne se passe. J’ai acheté des trucs au début, dont certains se trouvent encore dans leurs emballages. Tout est trop neuf, gris et impersonnel. Et en plus d’un an, je n’ai même pas trouvé le temps de m’approprier les lieux.
Bref.
Je passe dans ma salle de bains hi-tech, allume l’eau de la douche, dégage mes fringues et me coule sous le jet.
Journée de merde. Semaine à la con. Mois pourri.
Et week-end boulot en perspective puisque je n’ai rien de mieux à faire.
Mais bosser sur quoi, d’ailleurs ? Le seul vrai dossier que j’ai envie de potasser, je ne peux pas avancer dessus puisque, justement, j’ai besoin de Valentine.
Je laisse mes mains s’évader sur mon corps en penchant la tête vers le pommeau de douche, laissant la pluie brûlante balayer mon visage, mes cheveux. Mes doigts descendent le long de mon ventre, s’éparpillent autour de ma queue vaguement intéressée.
Autant profiter du bon, pour une fois que j’ai le temps.
Malheureusement, la magie de la branlette ne passera pas par moi ce soir. L’esprit ailleurs, je ne bande même pas.
– Fait chier !
Je déteste les échecs ! Si j’ai tout plaqué en Géorgie pour venir m’installer ici, autant que ce soit pour réussir dans mes objectifs. Pas m’enterrer dans un appart sordide. Mais il est clair que Valentine a besoin de se bouger pour retrouver le moral. Et seule, enfermée dans son chalet, tout aussi accueillant qu’il soit, elle n’arrivera à rien. Et comme elle ne semble pas vouloir, ou pouvoir, reprendre le dessus sur ce foutu baby blues, je risque de poireauter un sacré bout de temps avant de pouvoir abuser de son talent et surtout de ses idées dont Spencer prétend être accro.
Ce qui signifie que si je veux choper ce contrat, il ne me reste que peu de choix de manœuvres.
Je coupe l’eau d’un geste brusque, sors de ma douche et file dans mon dressing pour choisir un jeans propre et un sweater un peu plus seyant que celui que je portais tout à l’heure. Une paire de sneakers plus tard, je me retrouve à nouveau dans ma voiture, mes deux pizzas posées sur le siège passager.
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