Un boss dans mon chalet
Chapitre 24
Valentine
– Bon, écoutez, monsieur. Je suis désolée, mais je ne peux pas vous prendre ce calendrier. Je n’ai aucune affinité avec les serrures. Pas non plus avec les clés, d’ailleurs ! Revenez avec des sweat-shirts, mon père fait collection de sweaters improbables et moches !
Le serrurier me jette un regard outré en remballant son calendrier. Quand je dis qu’ils se sont donné le mot ! Depuis lundi, c’est le défilé des vendeurs de calendriers devant ma porte. Ce matin, j’ai craqué pour le douzième. Je n’ai plus de place sur mes murs !
– Eh bien, ma petite dame, sachez que mes calendriers ne sont pas moches, et mes sweaters non plus !
– Parce que vous en faites réellement ?
– Non, mais si l’idée me prenait d’en commander, je ferais comme pour ces magnifiques exemplaires de calendriers qui en fait sont de véritables almanachs que je me suis donné de la peine à mettre en place. Vous avez tout, dessus. Les fêtes, les événements importants de la ville… Un travail de longue haleine, prenez-en bien conscience. Et je n’évoque même pas le papier qualité premium et les photos format numérique hautement HD imprimées avec la dernière technologie de mon imprimeur.
– « Hautement HD » ?
Jamais entendu un truc pareil. Deux solutions. Soit il se fout de ma tronche, soit c’est son imprimeur qui l’a fait avant lui. Ou les deux, éventuellement.
– Tout à fait ! Regardez-moi ces finitions, ces encadrements… Rien n’est moche là-dedans !
Cela dit… peut-être qu’un treizième de ces trucs pourrait trouver une petite place sur la porte de mes toilettes ?
Et voilà ! Cet homme me fait douter avec son air misérable. Je crois que je l’ai vexé.
– Je n’ai pas de monnaie…
Un sourire radieux réapparaît sur son visage. Je préfère ça.
– Moi, oui !
D’accord, mais j’ai quand même la sensation de me faire avoir.
– J’hésite…
– Prenez votre temps, me propose-t-il, très commercial, ce n’est pas urgent, mademoiselle. Je serai sur le marché de Noël, pour proposer mes modèles d’hiver. Passez me voir, et nous effectuerons la transaction à ce moment.
– Le marché de Noël ?
Je me remémore l’avoir évoqué avec Antoine. Ce fameux marché qu’il n’a jamais vu à Savannah. Son regard un peu émerveillé devant les chanteurs, et son visage tourné vers les flocons, l’air de rien. Il m’a émue ce jour-là et je me suis promis de lui faire découvrir le marché du coin. Parce que, si notre ville n’est pas très typique, le marché, lui, l’est tout à fait.
– Très bien, alors, on fait ça ! Et si jamais vous faites imprimer des sweaters, surtout, prenez-en avec vous, mon bon monsieur ! Il me manque un petit quelque chose pour mon père à mettre sous le sapin.
– Bon, d’accord, mais c’est samedi, quand même, je ne sais pas si…
– Comme vous voulez ! Je dois vous laisser ! Bonne fin de journée.
Samedi… Nous sommes jeudi matin. Ce qui me laisse du temps pour décider si oui ou non je peux trouver le courage, quelque part, d’inviter mon boss à m’y accompagner. Parce qu’il me manque atrocement. Et je crois que son absence fait quelque chose aussi à Malo. Parfois, je l’appelle Babyboy pour tromper le vide qu’il a créé en décidant de ne plus venir.
Je sais qu’il n’y a plus aucune raison valable de lui demander de passer. Déjà parce que nous travaillons mieux en visio. Sans doute parce que les moyens de perdre notre concentration s’avèrent beaucoup plus restreints de cette manière. Nous ne nous trouvons pas à proximité l’un de l’autre, je ne peux pas me pâmer sous le pouvoir de son parfum, ni fantasmer sur son ventre, entre autres choses…
– Mais si c’est pour une balade… Disons, pour le remercier de tout ce qu’il a bien voulu faire pour moi… Et surtout pour Malo ? Ça passe, non ?
Vésuve lève la queue et m’abandonne au milieu du hall avec mon aspirateur.
– Merci, Vévé ! Mais ne prends pas cet air supérieur, je te prie. Tu perds ton temps avec moi ! Le train de ton snobisme roule sur les rails de mon indifférence !
Ou quelque chose dans le genre.
Du bout du pied, j’appuie sur le bouton unique de mon aspi, décidée.
– Un coup de ménage rapide et j’appelle les Russes ! D’ailleurs, Mélinda va m’entendre avec ses commérages !
Elle a pourtant bien fait, dans son babillage incessant. Parce que si les parents n’étaient pas venus, je n’aurais pas couché avec Antoine. Enfin, je n’ai pas couché avec Antoine non plus.
Bref, je me comprends.
***
Organisation !
– Déjà, toi, tu rentres !
J’ouvre la portière arrière de ma voiture, détache le cosy et traverse ma cour jusqu’à la maison, deux sacs de courses au bout de mon second bras.
Malo commence à se plaindre de l’heure tardive pour son biberon. Vésuve vient se mêler de ce qui ne le regarde pas et me lance un regard torve.
– Ben vas-y, ne te gêne surtout pas ! Occupe-toi du biberon, Monsieur les grands principes ! l’engueulé-je proprement. Ou je ne vais pas chercher le reste des courses, mais je te préviens tout de suite, tes croquettes sont encore dans le coffre ! Choisis ! C’est lui ou toi !
Vévé lâche l’affaire et accessoirement son nouveau pote, abandonne le cosy au bébé hurlant et préfère s’allonger devant le feu mourant dans l’âtre.
– Ah, super ! Elle est belle l’entraide, tiens ! Malo, tu notes bien qu’entre toi et son estomac, ce chat a tranché. Ce n’est pas toi !
Nous nous dévisageons un moment, le félin et moi, et je gagne le duel.
En attendant, Malo ne baisse pas les armes, lui, et continue son récital. Chaque note bien posée, là où ça heurte bien les tympans. Cet enfant est un ange quand il s’y met.
Je lui balance un hochet entre les mains. Interruption momentanée de ses programmes musicaux. J’en profite pour aller récupérer les cinq sacs qui m’attendent encore dans ma voiture. Parce qu’évidemment, je n’avais besoin que de beurre et de croquettes, et j’ai fait l’erreur de passer par le rayon textile dans lequel, justement, se déroulait une opération flash. (Je voulais simplement couper à travers le magasin. Notons bien que l’idée de départ était de gagner du temps, et non de perdre de l’argent.)
Bref, une heure et des brouettes plus tard, me voilà avec des croquettes, des bodys L’Empire contre-attaque, trois peluches bonhomme de neige, deux pyjamas Père Noël, un truc qui fait de la musique, un bébé affamé et, bien entendu, j’ai oublié le beurre. Et j’ai conférence téléphonique avec Antoine dans moins d’une demi-heure et je ne me suis même pas remaquillée ni recoiffée. Quant à l’état de mon sweater… Bref. C’est le bordel.
Cependant, je note intérieurement en récupérant un biberon stérilisé après avoir posé mes sacs dans un coin, qu’il y a une semaine, je me serais sans doute effondrée en larmes devant l’ampleur de ma tâche à venir. D’ailleurs, j’aurais commandé une livraison à cette époque, jamais je ne serais sortie seule avec mon fils. Et pour ça, je peux adresser un énorme merci à Antoine. Premièrement pour sa présence en mode preux chevalier, mais aussi parce qu’en me demandant de bosser sur le dossier Spencer, il m’a offert ce dont j’avais le plus besoin, un truc à moi. Un truc de femme accomplie et active. J’ai l’impression de servir à quelque chose et de garder un pied dans ma vie d’avant Malo.
Bref, il m’a offert pas moins que mon équilibre.
Je laisse échapper un rire en me souvenant des mots de Mélinda hier : « On dirait que ton boss se balade en collant bleu et rouge. Son petit nom, c’est super mec, c’est ça ? »
Ce n’est pas ma faute si Antoine est parfait à mes yeux.
Mon téléphone se met à vibrer sur la table derrière moi tandis que je secoue le bib de mon fils, à température parfaite.
– Déjà ?
Donc, je rectifie, Antoine a un défaut, il aime être en avance. C’est une qualité en soi, mais avec moi, ce serait plutôt un problème. Enfin, moi en mode maman. Le temps a la fâcheuse tendance de passer plus vite dès qu’un enfant rôde dans mes parages. C’est un fait.
– Bon, donc on va faire à la mode Maréchal, hein Babyboy ? On va composer avec le bib et le boss.
J’attrape mon fils, son bavoir, pose son lait sur la table, décroche et m’installe sur une chaise tandis que le chat miaule devant son sac de croquettes non déballé.
– Tu attendras cinq minutes, OK ? Va miauler ailleurs espèce de gouffre sans fond !
– Allô Valentine ? Je ne te dérange pas ?
Je soupire de soulagement en entendant la voix de mon père.
– Non, ça va… J’ai juste un appel de boulot à prendre dans quelques minutes. Mais en attendant Malo se nourrit. Attends, je te mets en visio.
D’une main, l’autre tenant le biberon fermement, mon bras entourant le glouton, je lance une invitation vidéo à mon père qui y répond immédiatement. Mon fils ne s’arrête pas une seconde dans son festin alors que son grand-père pousse un cri d’adoration lorsqu’il l’aperçoit.
– Seigneur, qu’est-ce qu’il est mignon ! Tu sais que la boulangère du bout de la rue va lui faire imprimer un body à l’effigie de son enseigne ? Elle est pressée de le voir, ce petit bout.
– Micheline ? Papa, il faut quand même que tu t’inquiètes de ton fétichisme à propos des slogans de boutiques sur les fringues !
– Ah oui ? Mais d’après toi, ma fille, de qui tiens-tu ta vocation pour la publicité ? C’est totalement grâce à moi. Si tu n’avais pas porté mes vieux tee-shirts étant petite, tu n’en serais sans doute pas là !
Il est tellement sûr de lui que je n’ose pas le contredire. Il coupe court au sujet en se raclant la gorge.
– Bon, ma chérie, si je t’appelle, c’est parce que quelque chose me turlupine depuis samedi. Je n’ai pas trouvé le temps de te contacter avant, mais il me semble que, Noël approchant… Enfin, voilà. Je te demande par avance de m’excuser si je me trompe.
Je relève Malo qui se laisse tomber comme une loque sur mon bras en inspectant le visage de mon père et les rides d’inquiétude apparaissant sur son front.
– Que se passe-t-il, papa ?
– Eh bien, reprend-il en se grattant la barbe, c’est au sujet d’Antoine.
Eh merde ! Mon père possède cette particularité de ne pas forcément parler beaucoup en société, mais rien ne lui échappe. Je l’oublie systématiquement. Gérard Bertot est un patriarche qui veille et inspecte.
– Oui ?
Je tente de garder mon sang-froid, mais il me prend au dépourvu. Parce que, forcément, lorsque j’ai voulu tout dévoiler après le départ d’Antoine dimanche, Justine, restée à la maison, les a appelés en urgence pour je ne sais quel problème. Ah oui, fuite de la machine à laver. Inondation et tout le bordel. Bref, ce n’était qu’une histoire de filtre, mais ça, ils l’ont découvert après être rentrés sans me laisser le temps de tout avouer.
– Lorsque je l’ai accompagné chez lui… Enfin, Valentine, cet homme n’a pas une photo de toi chez lui. Ni de Malo. Et pire encore, il a encore un chez lui ! Et je suis allé me balader sur tes réseaux sociaux, tu n’y as jamais publié une seule photo de lui. Je sais que ce n’est pas une obligation, qu’il peut exister tout un tas de raisons à cela, mais quand même. Valentine, es-tu certaine que tout va bien de ce côté ? L’appartement de ton boss ne ressemble à rien d’autre qu’à un appartement de célibataire.
– Papa… je…
Mon cœur se met à battre alors que Malo repousse son biberon en gesticulant. Je pose le biberon sur la table et redresse mon fils contre mon épaule pour l’aider à digérer.
– Écoute Valentine, tu n’as pas à me faire part de tes soucis privés si tu ne le souhaites pas. Je n’en ai d’ailleurs pas discuté avec ta mère car je sais qu’elle risquerait de venir te harceler jusqu’à ce que tu lui expliques je ne sais quoi.
– C’est pas ça, c’est… C’est compliqué avec Antoine, papa. Il…
Respire, Valentine, respire.
– Il n’est pas le père de Malo.
Voilà ! C’est lâché ! Une vague de soulagement me percute de plein fouet. Le visage de mon père reste de marbre. Imperturbable, puis il soupire lourdement.
– Est-ce un homme qui t’aurait abandonnée après avoir…
– Non ! Non, je te rassure, ça n’a rien à voir. Une soirée, pendant la visite de Mélinda et Jeanne en mars, tu te souviens ? Nous nous sommes un peu invitées à une fête de vacanciers en haut des pistes et… Enfin, voilà, je ne connais même pas le prénom du père.
– Alors, pourquoi l’avoir gardé, Valentine ? s’inquiète-t-il, perdu. Enfin, je veux dire… Il n’y a pas de honte à… Seigneur, comment puis-je te dire ça alors que le bébé le plus mignon du monde roupille entre tes bras !
Cette fois, il ne camoufle plus son désarroi.
– Valentine, tu n’as pas à…
– Papa, c’est un choix tout à fait médité et réfléchi. Le fait que vous ayez pris Antoine pour le père, ça en revanche, c’était un pur hasard et je n’ai pas eu le courage de démentir. Déjà, la première fois lorsque Justine a cru deviner en juin, et ensuite lorsqu’il s’est présenté à la clinique…
Mon père secoue la tête, dépité.
– Pauvre garçon. Il n’a rien dû comprendre… Et ta mère qui lui a sauté dessus comme s’il faisait partie de ses ouailles. Tu sais, elle l’aime beaucoup. Et moi aussi au passage. Mais si ce n’est pas le père… Enfin, Valentine, pourquoi nous avoir menti ? Encore une fois, nous aurions compris, tu sais ? Qui de mieux que nous pour te comprendre à ce sujet ?
– Justement, papa. Elle aurait peut-être compris de travers. Et elle se serait trompée.
Il se gratte la barbe, embarrassé.
– D’accord. Me voilà bien. Tu comptes l’annoncer à ta mère à quel moment ? Tu sais que je ne pourrai pas garder ce secret bien longtemps. Je déteste lui mentir.
Encore un point pour lequel mon père excelle. Le pragmatisme. L’heure n’est pas aux reproches ou aux lamentations, mais bien à la recherche d’une solution. Il sait qu’il n’a pas besoin de me faire la morale, puisque je suis une adulte, que mes choix ne sont pas pris à la légère et que je les assumerai, dans tous les cas.
Non, mon père n’est pas du genre à rabâcher ce que les personnes en face de lui savent déjà. Il préfère avancer et préparer la suite. Anticiper.
– Je sais. J’ai tenté plusieurs fois ce week-end, mais il y avait toujours un truc. Si tu peux me laisser un peu de temps ? Jusqu’à Noël ? Parce que, dans tous les cas, Antoine ne compte plus jouer le jeu, et il a raison, la mascarade a assez duré. Je dois tout révéler à mère. À elle et à toute la famille.
Je grimace à la simple idée du tsunami que je vais déclencher. Heureusement, dans mon malheur, mon père est là. Et ça, c’est un appui inestimable. Je me demande d’ailleurs pourquoi je n’ai pas eu l’idée de lui en parler avant.
– Tu veux que je m’en charge, ma puce ?
– Non, non, surtout pas ! C’est mon mensonge, c’est à moi de l’expliquer, aussi bien que les raisons qui m’y ont menée.
– D’accord. Je me tais jusqu’à ce que tu le décides. Je reste dans ta team, ma fille. Bon, mais alors, si j’avais raison là-dessus, peux-tu m’expliquer pourquoi cet homme, ton patron, a joué le jeu ce week-end ? Et surtout… Enfin, Valentine, son attitude envers toi ! Dans la nuit de samedi à dimanche, vous avez fait un tel vacarme que ta mère est certaine que vous avez mis le second en route !
Je retiens un éclat de rire avant de me faire assaillir par une vague de nostalgie. Les lèvres d’Antoine, ses bras, son corps endormi contre le mien… Tout ça me manque violemment. Et le voir tous les soirs par caméras interposées me frustre encore davantage. J’ai besoin, viscéralement, de le sentir près de moi. C’est en moi. J’y pense tous les soirs, dès que je me réveille, dès que je m’active dans la maison, que je me balade pour sortir Malo… J’ai même nettoyé la chemise qu’il avait laissée sur la table à langer la première fois et je la porte au réveil. Ma nouvelle nuisette fétiche.
Je crois que je suis sacrément mordue. Malade. Après le baby blues, le boss blues. Dramatique.
– Bon, très bien, s’esclaffe mon père tandis que je réalise le sourire béat que je lui offre. Nous sommes donc en présence d’une histoire sérieuse… Et il adore Malo, c’est très net. L’histoire se répète, il semblerait.
Je ne m’arrête pas sur ce rappel discret des secrets de famille, parce que pour ma part certains faits n’existent pas réellement, même s’ils sont véridiques. Je reste focus sur le sujet du moment… Antoine, bien entendu.
– Euh, ne t’enflamme pas, papa ! Parce que depuis ce week-end, nous ne nous sommes pas revus. Il est mon boss. C’est compliqué. Et puis, il est américain, pas moi…
– Ah ben oui, forcément. Le fait qu’il soit américain explique tout !
Il se met à glousser devant mes arguments ridicules et arrive à me détendre également.
– N’importe quoi ! Si tu te trouvais en face de moi, je te balancerais mon torchon en pleine tête ! Papa, un peu de sérieux, je t’ouvre mon cœur, là !
Et ça fait un bien fou d’enfin pouvoir confier ses douleurs de cœur aux siens.
– Oui, pardon. Donc, alors, ton boss. Tu as déjà couché avec lui ?
– Mais non ! C’est un gentleman et, de toute manière, je ne le connaissais pas vraiment avant que vous le preniez pour le géniteur de Malo… Mais je t’avoue que j’aurais aimé le revoir. En dehors du boulot, j’entends. Papa, il est…
Je lève les yeux au ciel en soupirant de dépit, tout en tapotant la couche de mon fils car un petit rot semble le taquiner sans réussir à sortir.
– Oui, bon, j’ai compris. Je te rappelle que je suis un homme et que je n’ai jamais aimé Dirty Dancing.
– Personne n’est parfait papa, ne t’inquiète pas, ce fait ne sera pas retenu contre toi. Dis-moi, si je l’invitais au marché de Noël ? Tu sais, il m’a dit qu’il ne connaissait pas Noël sous la neige…
– Très bonne idée.
– Oui, mais il a aussi dit que nos liens professionnels ne nous permettaient pas d’entamer un autre genre de relation. Et aussi qu’il ne recherchait pas forcément à devenir papa tout de suite et moi, ma priorité, c’est Malo.
Ça y est, j’ai atteint les limites de confidences purement féminines à asséner à Gérard Bertot. Il se gratte la tête pour trouver la bonne réponse.
– En ce qui concerne les enfants, on n’est jamais vraiment prêt. Et franchement, la manière dont il s’en occupe me forcerait à penser que ton fils ne représente absolument pas un problème. Et pour votre relation professionnelle… Combien de couples connaît-on qui se sont formés au bureau ? Je crois que les lieux de travail sont justement les plans drague les
plus efficaces6.
– Tu devrais l’appeler pour lui expliquer, parce que moi, je suis bien convaincue de tout ça. Mais pas lui, visiblement.
– Tu n’as qu’à lui faire comprendre, ma puce. Après tout, tu es une publiciste reconnue, non ? Fais ta pub ! Fais honneur aux Bertot et pars à la conquête de cet homme, bon sang !
Si seulement c’était si simple. Cela dit, rien ne dit non plus que ce soit forcément compliqué. En tout cas, si je ne tente pas, je ne risque pas de récolter grand-chose non plus. Mais je ne dois pas oublier que, justement, je peux aussi bien recevoir une belle récompense qu’un échec cuisant. Et, comme il le dit lui-même, nous bossons ensemble. Difficile de maintenir une bonne ambiance si le mec m’a foutu un râteau dans la tronche de la taille des États-Unis.
Valentine, arrête de flipper !
– Bon, et sinon, reprend mon père, soudain plus jovial, alors, pour le séjour que tu comptes m’offrir pour Noël, je voulais te prévenir que…
6. NDA : Confirmé par une étude IFOP pour le site Online Seduction. Le bureau-lieu de travail est le lieu de rencontres préféré des Français. 14% des couples s’y rencontrent, suivi de près par les campus, facultés et lieux d’études (11%). Le reste se divise selon tout un tas de lieux et de situations, diverses et variées. Alors, vive le boulot, non ?
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