Un boss dans mon chalet
Chapitre 23
Antoine
– Il serait intéressant que nous proposions plusieurs scènes. Pas juste un thème, en quelque sorte.
Valentine laisse planer son regard au loin, pensive.
Moi, j’attends sans forcer mon talent. Avachi dans mon fauteuil de ministre, que j’ai enfin retrouvé après trois jours d’absence, je scrute ses traits, presque heureux de les revoir. Tout comme son sourire. Je crois que ce vert m’a manqué.
Ou pas.
Non, forcément qu’il ne m’a pas manqué ! J’étais simplement pressé de boucler ce contrat avec mon client et trop conscient que d’autres dossiers m’attendaient ici pour apprécier de m’absenter autant de jours. J’ai l’impression que j’ai quitté cette ville depuis une éternité et je suis presque étonné moi-même d’apprécier autant mon retour.
Et notre petite visio de travail.
Je me demande comment ses parents ont pris la nouvelle, mais je n’ose pas lancer le sujet. Tout simplement parce que j’ai décidé d’arrêter les frais. Nos rapports doivent revenir au professionnel. Ce n’est pas si facile que ça en avait l’air, car nous ne pouvons pas nier que notre petit « jeu » de ce week-end ait tourné en quelque chose de plus sérieux qu’une simple blague. À un moment donné durant ces deux jours, j’ai oublié le véritable but de tout ce manège et me suis réellement pris au jeu. Et j’ai adoré ça.
Cependant, je peux bien adorer quoi que ce soit, un seul fait reste immuable, c’est que j’avais bien un objectif, plus que clair, en m’engageant dans ce week-end : le boulot. Rien d’autre (ou presque). Je vois Spencer dans moins de deux semaines, lundi 23, et rien n’est prêt. Impossible de nous laisser distraire.
– Et si…
Un sourire apparaît sur mes lèvres malgré moi. J’adore lorsqu’elle commence ses phrases par ces mots. Les « et si » chez elle sont un peu comme mes « bref ». Lorsqu’elle n’en prononce aucun, c’est mauvais signe. Et comme d’habitude, elle attend que je lui confirme que je lui accorde toute mon attention avant de continuer.
– Je t’écoute ?
– Oui, donc, et si nous nous rapprochions du nom de cette campagne. Sortez découverts. On fait un truc, chaque fois avec un modèle en sous-vêtements, et à la fin, ils sortent du champ, et envoient valser le maillot qui lui, revient dans le champ en voltigeant dans les airs, tel un oiseau, libéré et léger…
– Genre, front de libération des textiles ? Ouvrez la cage aux maillots ?
Elle écarquille ses paupières avant de grimacer.
– Tu tentes de me mettre Pierre Perret dans la tête, c’est ça ?
– Qui ça ?
– Pierre Perret ! Le chanteur ! Arrête de faire l’innocent, Antoine !
– Je n’ai aucune idée de ce dont tu parles ! Je ne connais pas ce Pierre machin !
– J’oubliais que tu n’étais pas d’ici, étranger ! Bon, alors, oui, en quelque sorte, c’est l’idée… T’en penses quoi ?
Je tape nerveusement mon stylo contre le bois verni de mon bureau en réfléchissant à mon tour à… au plaisir de travailler avec elle.
Et merde ! Rien ne me vient. Je focalise sur ses lèvres entrouvertes…
Je n’aurais jamais dû jouer à ce jeu dangereux ce week-end.
– Écoute, tenté-je malgré tout. J’en sais rien. Peut-être qu’il faudrait jouer avec les décalages. Montrer un mec qui prend le taxi en pleine ville avec son attaché-case, sa cravate et son jokestrap !
Elle glousse en remontant son pull qui découvrait l’une de ses épaules.
Dommage. Ou tant mieux, ça en fait moins à mater.
– Oui, j’aime cette idée. Ou peut-être une femme en plein milieu du rayon produits vaisselle d’un supermarché en bikini !
– Yes ! m’enthousiasmé-je en me redressant pour résumer les idées sur mon calepin. Avec son chariot et ses enfants qui réclament des jouets ! Je note. Je vais établir quelques planches, on y verra plus clair comme ça !
– Génial ! J’oublie souvent que tu es graphiste. J’aime lorsque les retours sont rapides !
– À votre service, belle demoiselle. J’ai assez de matière pour bosser cette nuit. Je t’envoie ça demain. Si tu as des idées qui passent, envoie-moi un message !
– Je n’y manquerai pas !
Elle plisse les yeux pour inspecter mon environnement.
– Tu es encore au bureau ?
Je me retourne machinalement pour observer mon mur.
– Yep ! Je dois encore contacter mon père pour le point hebdo.
– Dire que je m’en faisais parce que tu ne dormais pas beaucoup lorsque tu venais chez moi ! ronchonne-t-elle. Mais au moins, chez moi, tu faisais une pause ! Rentre chez toi, Antoine. Tu rentres à peine de Marseille.
– Ne t’inquiète pas pour moi. Je te laisse. Embrasse Babyboy pour moi.
– Oui, regarde, il n’a pas manqué une miette de notre séance de travail.
Elle tourne son PC pour me montrer Malo, allongé sur son tapis d’éveil, Vésuve installé à quelques pas (de chat) de lui, guettant comme une louve.
– Hey ! Hello Babyboy ! Tu nous écoutais ? T’as été sage ! Well done, boy !
Je réalise qu’un sourire sincère étire mes lèvres et que je suis réellement content de le voir.
Il commence à s’agiter au son de ma voix. C’est… j’adore qu’il me reconnaisse. Trop mignon. Valentine reprend notre échange.
– Je ne vais pas le laisser s’énerver. Je te laisse ? On se recontacte demain ?
– On fait ça… Eh, Valentine ?
Elle s’interrompt alors qu’elle allait couper, en mordillant nerveusement sa lèvre. Je parierais sur le fait qu’elle a compris que j’allais m’éloigner du thème boulot et qu’elle appréhende légèrement, en tout cas autant que moi, le passage aux conversations privées.
Je pourrais ne pas entamer le sujet, mais j’ai besoin de savoir. Depuis plus d’une heure de webcam, nous avons sagement accompli nos rôles à la perfection, concentrés sur Spencer et ses demandes, et rien d’autre. Mais personne ne pourra nier qu’hier, il y avait autre chose.
– Tu vas bien ?
– Oui, souffle-t-elle en se dandinant sur son canapé. Je vais bien. Et toi ?
– Pas eu le temps de me poser la question, à vrai dire. C’est peut-être pas plus mal. Christine et Gérard sont repartis ?
L’éclat de son regard se ternit imperceptiblement. Ou peut-être est-ce simplement le réseau, loin d’être fameux dans cette région.
– Oui, peu de temps après toi.
– Bien… Et… comment ont-ils pris la nouvelle ?
Elle marque un temps avant de répondre, ce qui n’augure rien de bon.
– Antoine, tu as déjà assez fait comme ça. Ne t’inquiète pas à ce sujet, tout va bien. Bon, je dois te laisser, Malo s’énerve et Vésuve réclame aussi… Bonne soirée, prends soin de toi.
Elle raccroche et je reste là, à observer la fenêtre inactive.
Puis je me botte le cul mentalement pour arrêter mes conneries et en finir avec mes dossiers en cours et ce compte rendu que mon père attend. Elle a raison, je devrais être rentré chez moi depuis longtemps. Même si mon chez-moi ne me donne pas vraiment envie de le rejoindre, lui.
Un chalet douillet en bordure de forêt serait plus à même de susciter mon engouement. Sans parler de ceux qui l’habitent.
Stop, Antoine !
Je crois que j’ai passé trop de temps là-bas. Je me suis laissé charmer par l’esprit des lieux.
Encore une fois, je suis faible. Et certainement en manque de ma propre famille.
J’ai à peine envoyé mon compte rendu qu’une autre fenêtre se met à clignoter sur mon écran. Ça faisait longtemps. Enfin, non, pas trop en fait, elles m’ont appelé vendredi.
Je vérifie qu’aucune oreille ne traîne et réalise que cela ne risque pas puisque toutes les lumières sont éteintes derrière les vitres de mon bureau. Il est déjà presque vingt heures. Je suis seul.
Je réponds donc à mes minettes du bout du monde sans entraves.
– Salut les girls !
– Salut Antoine… Comment tu trouves nos tenues ? On en a eu marre de Noël, on est passé à rodeo girls… T’en penses quoi ?
Jenny porte un stetson et des jambières en cuir, sans rien d’autre, et Sally un gilet et une corde autour du cou. C’est son acolyte qui détient l’autre bout de cette corde et s’amuse à tirer dessus pour l’obliger à se pencher, sa poitrine opulente apparaissant en plein écran.
– Tu veux jouer au rodéo avec nous, beau Français ?
Jenny se penche et sort sa langue pour titiller les tétons de sa copine en lançant à l’objectif tout un éventail de regards lubriques. Je me laisse aller au fond de mon fauteuil, écarte les cuisses, un coude sur l’accoudoir de mon siège et ma main libre se dirigeant entre mes jambes.
– Montrez-moi, mesdames les cow girls…
Jenny tire un peu plus sur la corde de Sally et lui fait faire demi-tour pour filmer sa croupe incroyable. Mais, malheureusement, après avoir boudé le léchage de sein en bonne et due forme qu’elles m’ont offert, ma queue ne réagit pas plus aux fessées que Jenny distribue allègrement au fessier de Sally.
Les cris trop surjoués me gonflent. En réalité, à part m’amuser, ces filles ne me font aucun effet. Ce qui est nouveau.
Nouveau, mais pas inexplicable. Je ne pense qu’à ma nuit avec Valentine. Je n’ai jamais autant bandé que cette nuit-là. Même lorsque je partageais mes nuits avec ces deux nanas totalement désinhibées et prêtes à tout.
Putain, je perds la tête proprement. C’est n’importe quoi !
– Les filles ? Vous pouvez vous lécher pour moi ?
On va tenter une autre approche.
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