Un boss dans mon chalet
Chapitre 6
Valentine
– Donc, tu me promets ?
Mon père soupire alors que nous sortons de l’ascenseur et nous engageons dans le couloir pour rejoindre ma chambre.
– Mais tu auras besoin de quelqu’un. On peut dire ce que l’on veut, mais ta mère…
– Non ! Papa…
Je couine, littéralement.
– Valentine… C’est quand même un peu radical de ne même pas la laisser entrer chez toi pour voir Malo dans sa chambre !
Le visage de mon père trahit son angoisse. Priver ma mère de ce genre d’intrusion forcée dans ma vie équivaut à une punition de niveau maximum, pour elle. Comme lorsqu’elle m’avait interdit au dernier moment de sortir en soirée alors que j’avais justement rencard avec le mec le plus beau du lycée… Grégory Lozier… Je lui en voudrai toute ma vie pour ce coup-là.
D’ailleurs, c’est même très certainement à cause de cette punition que ma vie sentimentale est partie en vrille ensuite. La frustration engendre des choses terribles.
Donc, si on analyse bien, si j’en suis arrivée à faire un bébé toute seule, pour paraphraser ce cher Jean-Jacques, c’est simplement à cause d’elle et des privations qu’elle a occasionnées chez moi. Tout ça parce que je fumais dans le hangar à foin.
Bref.
– Papa, elle s’en remettra. Je te rappelle qu’elle a d’ailleurs prévu de venir camper dans mon salon et dans ma cuisine à Noël.
Nous arrêtons notre progression à quelques mètres de ma porte pour statuer sur la stratégie de sortie de cette clinique. Il semble prêt à plier, j’argumente à fond pour qu’il me promette une nouvelle fois qu’il joue bien dans mon camp. L’affaire est de la plus haute importance.
– Et puis, je te couvre pour ta semaine sur le lac Léman, je te rappelle. J’offre même le gîte de ton choix pour la semaine, à toi et à tes copains.
Il penche la tête, à deux doigts d’abdiquer.
– Papa, pense à Malo. Il n’a pas besoin d’être harcelé maintenant. Elle aura toute la vie pour le rendre barge. Accorde-lui un début de vie sain.
Il soupire une nouvelle fois avant de hocher la tête fermement.
– Tu as raison. Je la rembarque. Tu prends un taxi pour rentrer ?
– Oui, ce sera parfait ! Merci P’pa !
Je lui saute au cou pour le remercier proprement puis nous nous préparons mentalement à affronter la tempête Christine Bertot. Nous ne serons pas trop de deux. Je n’espère pas même un appui quelconque de mes frangines. Celles-là sont des vendues, elles craignent notre mère.
– On y va ?
Je hoche la tête à mon tour, gonfle ma poitrine et carre les épaules. La libération n’a jamais été aussi proche. Encore quelques minutes, peut-être une heure, grand max, et je me retrouve face à moi-même. Et face à Malo. Au calme.
Amen, ma sœur !
Je pousse la porte menant à ma chambre et me fige brutalement. Mon estomac semble dégringoler jusqu’à mes pieds et ma bouche s’assèche.
Qu’est-ce que c’est encore que ce bordel ?
Antoine Maréchal est planté au beau milieu de ma chambre, Malo dans les bras. La tribu piaillant joyeusement autour de lui alors qu’il capte aussitôt mon regard en me lançant une menace à peine cachée mais silencieuse. La lueur perdue et furieuse au fond de ses yeux ne saurait mentir. Tout comme sa bouche pincée, sa mâchoire contractée et l’air sombre qui émane de son être tout entier.
Je note au passage qu’avec sa chemise bleu marine, ses manches et son col relevés et mon fils dans les bras, il dégage l’image même de la perfection. On dirait presque une photo de magazine pour jeune maman. Le rôle de papa lui va comme un gant.
Et encore, un gant n’a rien de sexy ni de sensuel comparé à lui…
– Regarde, Valentine ! Le papa est arrivé ! Malo ressemble à son père, c’est certain !
Antoine lance un regard assassin à ma mère qui s’extasie du tableau sans même se cacher. Et comme d’hab’, elle parle trop. Mon boss ouvre la bouche, prêt à lâcher une bombe, je le sens.
Impossible qu’il me fasse ce coup-là maintenant, alors que justement je suis sortie d’affaire pour au moins un mois.
Le moment est plus que mal choisi.
Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’il fout ici ?
– Je suis désolé, mais je ne comprends rien à ce que vous dites… commence-t-il d’un ton sec et agacé.
Stop ! Valentine, fais quelque chose !
Je me rue sur lui en improvisant une scène grandiose de retrouvailles. Tant pis s’il ne capte rien, de toute manière, il n’est pas mon employeur direct. J’appartiens à son père, techniquement.
– Chaton ! Quelle belle surprise ! m’exclamé-je en me ruant vers lui.
– Mais, Val…
Chut !
J’enroule mes bras autour de sa nuque sans lui demander son avis et, en prenant bien garde à ne pas incommoder Malo blotti au creux de son bras gauche, je me colle à lui et me rue sur ses lèvres.
Je base tout sur l’effet de surprise, clairement, et surtout prie pour qu’il ne me foute pas le râteau de ma vie devant la Bertot family. Je sors d’un accouchement, je ne sais pas si je serais psychologiquement de taille à affronter autre chose qu’un plan sans accroc.
L’homme contre moi marque une pause sous mon attaque. Nos lèvres restent soudées.
Allez, please, beau gosse, un cadeau de Noël en avance, c’est possible ?
J’ai l’impression que les secondes s’éternisent, puis enfin… Il dégage son bras droit, le passe autour de ma taille et me rapproche de lui d’un geste ferme et autoritaire. Un geste qui, même si je le sais totalement factice, me provoque une bonne série de frissons inappropriés. Ou plutôt extrêmement réalistes et en adéquation totale avec la scène improbable que je tente de jouer.
Sa langue agresse littéralement mes lèvres et leur ordonne de s’ouvrir sur son passage, ce qu’elles font d’elles-mêmes, sans me demander mon avis. Il m’entraîne dans un baiser renversant, profond et qui me ferait fondre pour un rien. Je m’accroche à sa nuque, en effervescence totale et incontrôlée. Machinalement, alors que nous approfondissons ce baiser l’un autant que l’autre, je lève une jambe pour la glisser le long de la sienne. Des images de lui, de ses mains sur moi, d’une certaine volupté charnelle nous reliant dans un lit m’assaillent le cerveau.
Je ronronne sans retenue, totalement offerte, pantelante, accrochée à lui…
Je n’avais pas conscience d’être autant en manque de mec avant cet instant. Et je n’avais pas non plus réalisé la puissance sensuelle de mon boss par extension. Enfin, si, je le savais mais j’avais clairement d’autres problèmes à régler avant cet instant. Mon cœur se met à battre un peu plus fort, totalement hors sujet, puisque tout ceci n’est que factice et sans suite, mais certaines choses ne se retiennent pas. Comme mes doigts qui se mettent à parcourir la naissance de ses cheveux en haut de sa nuque. Ou les frissons qui courent sur sa peau au même moment.
Troublant mais gratuit et sans conséquence. Autant en profiter. C’est visiblement son avis, à lui aussi. Son corps durcissant contre moi ne saurait mentir. Un frémissement me parcourt, traître et délicieux, tandis que je me presse contre lui, totalement impliquée dans mon rôle de composition.
Jusqu’à ce que…
– Oh, regardez comme ils sont trop beaux ! Gérard, prends des photos ! Allez, sois réactif, un peu !
Ma mère.
Pour un retour à la réalité fracassant, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Antoine se fige, moi aussi, puis nous reculons l’un l’autre, hébétés. Malo n’a pas bougé d’un millimètre dans le cocon de son autre bras. Ma tête semble lourde…
Waouh ! Ça, c’était du baiser.
Cependant, tout n’est pas réglé pour autant… Loin de là, même. Mon boss semble lui aussi reprendre ses esprits et, même si je le connais très peu, je peux affirmer qu’à cet instant précis, il est prêt à dévaster mon plan. Juste à un micron de me confondre en posant une question piège.
– Bon, alors, les Bertot, j’ai besoin d’un peu d’intimité avec Antoine, déclaré-je en le prenant de court.
– Mais vous aurez tout le temps de… commence ma mère, fidèle à elle-même.
– J’ai dit : Dehors !
Mon ton est sans appel, mon père comprend l’injonction et mon ras-le-bol, attrape le bras de ma mère et l’entraîne vers l’extérieur, suivi de près par mes sœurs qui ne manquent pas de lancer un dernier regard à l’homme de l’année avant de refermer la porte derrière elles.
Je soupire de soulagement, oubliant que justement, rien n’est terminé, mais que tout commence.
Antoine me tend mon bébé en bougonnant.
– Alors, maintenant, vous allez m’expliquer ce que tout cela signifie !
Je récupère Malo pour le serrer contre moi fermement.
– Ce n’était pas prévu ! Vous n’étiez pas prévu ! Un coup de fil, pour prévenir, c’était pas possible ?
– Vous ne répondez à aucun appel ni message, contrattaque-t-il promptement. Et d’ailleurs, même si je peux convenir que je suis arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe dans votre vie privée, ce n’est pas une raison pour me sauter dessus comme une femelle en rut ! Et où est le père de cet enfant ? Bon Dieu, Valentine, je ne tiens pas à me faire un ennemi… Et pourquoi… ?
Et il pose des questions, encore des questions, la voix rauque et le visage fermé. Et moi, mon fils contre mon cœur, je l’observe faire les cent pas dans l’espace réduit de cette chambre de maternité. Ses avant-bras hâlés, son pantalon que je devine fait sur mesure, comme tous les autres. Chemise d’une couleur rehaussant celle de ses yeux. Épaules massives, nuque pas trop large, petit cul moulé dans…
– Valentine, vous m’écoutez ?
Oups.
– Oui, oui, bien entendu que je vous écoute ! Et je suis certaine que même les macchabées du cimetière d’en face vous écoutent, vu le volume de votre voix ! Je vous rappelle que ma famille se trouve juste là, dans le couloir !
Dans un sursaut de lucidité, je me demande quand même qui j’ose tenter de berner. Comme si son irruption inopinée ici suffisait à m’autoriser à lui rouler une pelle et, pire, à prétendre qu’il est le père de Malo.
Malo qui commence à s’énerver dans mes bras. Je l’installe dans son cosy en reprenant la parole. Je crois qu’il est plus que temps de me montrer honnête avec quelqu’un dans cette ville. De plus, le choix n’est plus de mise car ma famille ne va pas disparaître comme ça. Il reste la sortie de cet établissement à affronter. Et à moins de descendre en rappel par la fenêtre…
– Bon, d’accord. Pour votre information, ma famille est un peu… envahissante, et c’est l’unique raison pour laquelle j’ai prétendu certaines choses.
– C’est-à-dire ? demande-t-il en plantant ses poings sur ses hanches, prêt à l’attaque. Eh oui, en ce qui concerne votre famille, j’ai compris le genre. Mais ce n’est pas une raison pour…
– Oui, j’en suis parfaitement consciente ! Je n’aurais pas dû vous mêler à tout ça, mais un concours de circonstances a fait que… Enfin, bref, je ne pensais pas qu’un jour vous débarqueriez dans ma vie privée…
– Bon, écoutez, peu importe que j’aie débarqué ici ou non, je ne suis le père d’aucun enfant, Valentine. Je vous rappelle que nous n’avons jamais couché ensemble… Je pense que je m’en souviendrais. De plus, la simple idée va à l’encontre de mes principes. Pas de sexe au boulot ! Donc, je ne sais pas très bien ce que vous leur avez raconté, mais vous allez rectifier le tir maintenant !
Son ton est ferme et sans appel. Mais ce qu’il me demande, même si je le comprends, m’est totalement impossible. Pas maintenant. Je ne m’en sens pas la force.
– Je vais le faire, oui. Bien entendu que je compte rétablir la vérité sur le père de Malo. Et je vous rassure, nous n’avons effectivement pas batifolé ensemble. Comme vous l’avez souligné, vous vous en souviendriez !
Il pose un regard sur moi, moins glacial que précédemment. Presque… chaud ? Suffisamment pour que des bribes de notre baiser se rappellent à mon bon souvenir, en tout cas.
– Je ne veux pas traîner dans vos magouilles ! déclare-t-il en me ramenant ainsi à la réalité. Je suis simplement venu ici pour vous demander vos codes informatiques et quelques infos concernant le prochain projet Spencer. Il me harcèle avec ça mais je n’ai pas trouvé d’informations dans vos dossiers.
– Spencer ? Toutes les informations sur « Sortez couverts » sont…
– Oui, ça, je sais, merci ! coupe-t-il sèchement. Je vous parle du prochain projet, comme je viens de le préciser à l’instant. Il a évoqué « Sortez découverts »…
– Oh !
D’accord, je vois.
Je boucle la ceinture de Malo qui baille en dardant un regard bleu ciel sur moi. Mon petit bout de chou est un amour !
– Donc, reprends-je en me relevant, c’est normal que vous n’ayez rien trouvé. Nous en avons simplement discuté lors de notre dernier déjeuner. J’ai avancé plusieurs théories, mais il n’avait qu’une heure et nous avions convenu d’en reparler plus longuement, parce qu’il devait y réfléchir à tête reposée. Visiblement, c’est ce qu’il a fait.
– D’accord, et où se trouvent toutes ces propositions ?
– Pour le moment, nulle part à l’exception de mon petit cerveau. Je vous l’ai dit, nous en étions au stade de la simple discussion. J’ai lancé quelques idées pour l’hameçonner et il semble que ça ait marché puisqu’il demande plus.
Je remarque qu’il relâche un peu de sa tension au niveau de ses épaules. Ce qui signifie sans doute que l’orage est passé. Enfin, j’espère.
– Et donc ? Pouvez-vous m’expliquer ? Merci pour votre implication qui nous fera sans doute gagner cette campagne. Cependant, maintenant, il faut réellement proposer quelque chose.
– Tout à fait… Je peux vous préparer un PowerPoint rapide dans la semaine ?
Il fronce les sourcils d’un air d’incompréhension.
– Vous n’êtes pas censée vous occuper de… lui ?
Il désigne mon fils de l’index.
– Si, mais je m’en veux de vous faire faux-bond. Sincèrement. Et vous savez, mon boulot, c’est aussi une grande partie de ma vie. J’aime ce que je fais et j’ai donné beaucoup pour ce client. Je ne voudrais pas le perdre, pour être parfaitement transparente.
Ce qui est vrai. Le père Maréchal me fait confiance depuis des années et m’emploie à temps plein depuis autant de temps, ce qui m’évite de démarcher d’autres clients en tant que free-lance. Gain de temps et amélioration de ma productivité. Et j’aime Bestcom. C’est avec eux que j’ai débuté, ils m’ont donné ma chance et j’ai l’impression d’y avoir ma place.
– Très bien. C’est vous qui voyez. Et pour les codes ?
Alors, pour ça… Il va falloir que je réfléchisse. Ce n’est pas que ça me pose un grand problème, mais…
– Je vous propose un deal, boss. Vous jouez le jeu du père encore quelques minutes, jusqu’à me ramener chez moi. Et une fois là-bas, nous statuons.
Ce qui me laisse le temps de trouver une parade pour ce fameux code.
– Vous ne comptez pas leur expliquer que je ne suis pas le père de ce gamin ?
Il repart dans les tours aussitôt.
– Si, bien entendu que si, je leur avouerai tout ! rétorqué-je promptement. Mais pas tout de suite.
– Parce que votre mère m’a parlé de Noël, et je ne compte pas…
– Non, aucun souci, vous serez sorti d’affaire bien avant ça ! Mais pas maintenant. Je vous en supplie, accordez-moi encore un peu de temps. Je vous expliquerai tout, sans faute, chez moi.
Je tente le regard le plus misérable que j’ai jamais eu à lancer de ma vie. Il pince à nouveau les lèvres, semble réfléchir et enfin…
– Bon, d’accord ! Mais je vous préviens. Plus de baisers !
Ah…
– Oh…
Cette fois, je suis misérable, sans même avoir besoin de me forcer. C’est super vexant comme condition. Surtout que je n’aurais pas été contre une petite redite. Pour parfaire l’illusion auprès des Bertot, bien entendu.
Il se rapproche, un sourire amusé étirant ses lèvres et murmure à mon oreille.
– Non pas que je n’aie pas apprécié. C’est même plutôt l’inverse. Mais voyez-vous, si dans d’autres circonstances je pourrais vous promettre la retenue, aujourd’hui je me sens vacillant. Évitons les risques. Je m’occupe du cosy et de votre fils, et allons-y.
Ah, bon, alors, dans ces conditions… Je le ferais vaciller ? Le bel Américain à l’accent incendiaire ? Moi ?
Mon sang entre en ébullition. Enfin, pas beaucoup, juste un peu.
Il enfile son manteau pendant que je fais de même puis, comme expliqué précédemment, attrape avec précautions le cosy dans lequel mon fils pionce joyeusement.
– Votre main, je vous prie, Valentine ?
D’un geste élégant et ô combien charmant, il me tend la sienne, entrant déjà dans le rôle du petit ami parfait et irrésistible. C’est presque trop pour moi et mes hormones. Parce qu’il se révèle vraiment charmant, surtout lorsque ses lèvres adoptent un sourire que l’on croirait sincère, totalement désarmant. J’ai presque besoin de m’y reprendre à deux fois avant de me souvenir que nous avons un deal. Un deal de boulot. Rien d’autre. Boulot.
Il a franchement de la chance qu’un nouvel homme vienne d’entrer dans ma vie, en promettant de l’occuper du matin au soir et du soir au matin, sans quoi…
Enfin, bref. Un deal. Un simple deal.
Adoptant moi-même un air heureux et comblé, je glisse mes doigts entre les siens et ouvre la porte derrière laquelle traînent, bien entendu, ma mère et Justine. Mon père et mes deux autres sœurs ont eu la décence de s’éloigner jusqu’à la machine à café à quelques mètres.
– Nous allons rentrer. Vous nous accompagnez jusqu’au hall ?
Je précise bien distinctement à l’attention de maminette, bien entendu.
– Tu es certaine que tu n’as pas besoin que nous allions avec vous jusqu’à…
– Christine ! grogne mon père d’un air menaçant en tenant sa promesse.
– Très bien ! Nous descendons avec vous.
Mon père, ce héros ! Il a réussi à convaincre Mama-Terminator. J’aime mon père.
– Super ! m’écrié-je sans attendre qu’elle se reprenne. Justine, tu prends ma valise !
Et toc, voilà pour la sœur curieuse.
– Je ne suis pas garé tout prêt, explique Antoine alors que nous traversons le couloir. Je vais vous demander d’attendre, le temps que je rapproche la voiture.
J’aime sa main dans la mienne. Qu’il gère Malo. Qu’il se montre prévenant. Son parfum. Il joue magnifiquement la comédie et arrive presque à me convaincre moi-même une nouvelle fois que tout ceci est réel. Sa chaleur contre mon bras me gonfle le cœur d’espoir. Une sensation rassurante émane de ce contact entre nous et me réconforte. Parce qu’au-delà de tout ça, en sortant de cette clinique, j’entre dans mon nouveau rôle de mère. Territoire totalement inconnu.
Instinctivement, je resserre mes doigts autour des siens. Il tourne son visage vers moi et m’adresse un sourire tendre.
Mes yeux se rivent à ses lèvres et s’accrochent à cette stabilité qu’elles semblent promettre.
C’est moi ou il se passe un truc, là ?
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