Un boss dans mon chalet

Erin Graham · Chapitre 14 sur 37

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Un boss dans mon chalet

Chapitre 14

 

Valentine

 

– Alors… Tu ne veux pas dormir, c’est ça ? Pourtant, tu as mangé. Tu as pris un bain. Musique douce également dans ta chambre. Humidificateur d’air opérationnel. C’est quoi ton problème, Malo ?

Je tente de lui faire les gros yeux, mais rien n’y fait. Mon fils m’observe, en pleine forme. Et moi, je baille comme une damnée.

La fatigue est revenue en force, et après une microsieste commune devant le feu, nous revoilà partis pour un tour. Cet enfant ne dort jamais ! Et moi non plus, d’ailleurs, je ne dors jamais. Sauf que, pour moi, c’est un calvaire. Alors que lui, il semble bien le vivre.

Je traverse de long en large mon salon, je monte et je redescends, puis la cuisine, le patio, la chambre d’amis, la mienne, la sienne, et hop on recommence, mon fils calé entre mes bras.

Pas mieux.

À travers les fenêtres, j’observe, presque avec envie, la vie des gens au loin. Les lumières du centre-ville. Des gens. Avec une véritable activité. Des phares de véhicules se croisent en contrebas, dans la vallée. Ils rentrent sans doute du boulot ou partent en soirée. Chez des amis, en famille. Peu importe. Ils ont un but. Je ressens l’impression, grandissante au fil des jours, de ne plus avoir de rôle à jouer dans l’incessant tumulte de l’existence. Comme si le destin m’avait mise en touche.

Lorsque la sonnette de ma porte d’entrée retentit, j’ai presque envie de crier de joie.

Enfin, il se passe un truc ! Après la visite de mon boss, on pourrait presque considérer cette journée comme faste et riche en rebondissement.

P.A.T.H.É.T.I.Q.U.E ! Valentine, la warrior qui défie la vie, est partie bien loin.

Je dévale les escaliers quatre à quatre pour me ruer sur la porte et l’ouvrir comme si ma vie en dépendait (ce qui est pratiquement le cas, avouons-le).

Antoine, un bonnet ultra sexy sur le crâne, un duffle-coat marine sur le dos et un jean habillant magnifiquement ses jambes musclées se trouve là, planté dans la neige et deux boîtes à pizza sur les bras.

– Antoine ?

– Bon, écoutez ! commence-t-il avec détermination. Je n’étais pas venu pour rien ! Pas non plus parce que Zoé s’inquiète. Même si, effectivement, elle s’inquiète. Je suis venu, à la base, parce que j’ai besoin de vous. Spencer nous veut tous les deux sur le projet, et même si je lui ai expliqué que vous n’étiez pas disponible, il m’a imposé le 23 décembre pour un premier rendu de projet. Alors, oui, je suis un homme sans doute misérable et sans cœur de venir vous demander ça alors que vous avez clairement d’autres chats à fouetter, mais voilà. Je veux remporter ce contrat et je ne pourrai le faire qu’avec vous. Donc, je propose de vous aider à gérer Malo. Pendant ce temps, vous vous reposez. Et quand vous vous sentez prête, on bosse. En gros, on se file un coup de main mutuel, ça reste entre nous et tout le monde est content.

Il marque une pause, se mord la lèvre inférieure puis reprend en me tendant les cartons de pizza, toujours aussi autoritaire.

– Et donc, le programme de remise en forme commence maintenant. On mange. Surtout vous. Et après, vous vous couchez. Et moi, je veille.

Il a terminé, visiblement. Et moi, je fronce les sourcils. Parce que…

Merde !

– Vous feriez ça ?

J’ai envie de lui sauter au cou. J’existe finalement !

– Le dossier Spencer ? Il est intéressé ?

Il hoche la tête pour confirmer, ne sachant pas trop s’il peut se réjouir ou pas.

– C’est vous le boss, reprends-je en m’écartant de la porte pour le laisser passer. Opérationnelle, monsieur Maréchal…

Je n’ai même pas honte d’accepter son aide. Parce qu’il a besoin de moi, lui aussi. Parce que j’ai vraiment apprécié sa présence et l’atmosphère qu’elle confère à mon chez-moi. Et puis merde ! Quiconque verrait la manière dont ce bonnet, ce manteau et ce jean le mettent en valeur n’aurait même pas cherché à comprendre avant de l’enfermer chez soi à double tour. De plus, je suis prête à faire la roue totalement nue dans la neige au milieu du marché de Noël si ça me permet de bosser. De retrouver ma vie de femme accomplie, celle qui me manque cruellement.

Joyeux Noël, Valentine !

 

***

 

J’ai l’impression d’avoir été heurtée par un immeuble lancé à grande vitesse lorsque j’ouvre un œil. Enroulée dans ma couette, le visage incrusté dans mon oreiller, tout muscle détendu et léger, le cerveau lourd d’une brume anesthésiante, je me sens projetée très loin de mon quotidien. Loin de mon corps, même.

Peu à peu, je reprends mes bases dans la réalité et les grands moments de ma soirée se rappellent à moi, brièvement.

 

***

 

– Vous avez terminé ?

Les yeux déstabilisants de mon boss. Son sourire alors qu’il me surveille discrètement, tandis que je mange sa pizza. Sa silhouette se découpant dans la lueur du feu de bois illuminant mon salon. Son parfum auquel je commence à m’habituer dangereusement.

– Oui, je crois que je suis gavée…

– Super, alors. Dodo !

– Mais nous devons discuter de…

– De rien du tout. Je veux votre cerveau 100% opérationnel ! Oust, dégagez, je gère le reste !

– Mais Malo va bientôt se réveiller.

– Je serai là. J’ai dit : disparaissez, je ne veux plus vous voir avant au moins… lundi matin !

– Nous sommes encore vendredi, je vous signale !

– Pas mon problème, mais le vôtre…

 

***

 

J’avise mon téléphone, posé sur ma table de chevet. Midi et des brouettes.

Ah oui, quand même !

Je tends une oreille afin de déceler derrière ma porte les pleurs de Malo. Mais rien ne se produit.

Un sourire soulagé s’invite sur mes lèvres, mais surtout dans mon esprit. Pourrais-je, ce matin, enfin, ce midi, profiter sans culpabilité du repos que je viens de m’offrir ? Qu’il vient de m’offrir, plus précisément ? Cet homme est un don du ciel. Mon ange de Noël !

On se calme, Val, il a besoin de bosser et est simplement venu te débaucher en souriant pour que ça passe mieux !

Oui, OK, mais je m’en fous. Le résultat est là. J’ai dormi !

Totalement ivre de sommeil, avec des gestes lents et compliqués, je repousse ma couette, pose les pieds sur mon tapis, tente de me lever, titube jusqu’à la salle de bains et attrape une brosse à dents.

Mon boss rôde quelque part dans le coin, ne l’oublions pas.

Coup d’œil à ma coiffure improbable. C’est pas gagné. Je pourrais prendre une douche… Mais j’ai peut-être un peu abusé de son temps. Cela dit… Je sais me montrer rapide lorsque ça urge.

J’ouvre la porte vitrée en ôtant ma vieille chemise de nuit en pilou assortie à celle de mon fils (nounours et pompons à volonté), allume l’eau, shampooing dans une main, gel douche dans l’autre, et c’est parti !

Trois minutes plus tard, je trouve une petite fripe (tee-shirt en coton tout neuf que je comptais m’offrir à Noël, oversized spécial tombé épaule nue) et des jambières en laine fine… La nana sur la pub de ces trucs semblait carrément sexy avec sa tasse de je ne sais quoi et son écharpe.

Coup d’œil dans le miroir. Blush ? Mascara ? Brushing ?

Bon, stop, Val, c’est ridicule.

Les jambières, beaucoup trop too much (le pléonasme est volontaire) ! Même si elles sont en laine, la couleur rouge agresse carrément le regard. J’ai l’impression d’être prête à jouer dans un mauvais film porno (comme s’il en existait des bons !). C’est mon boss, merde, pas mon rencard.

Changement de stratégie. Faisons simple.

Cinq… Vingt minutes plus tard, après avoir trouvé la chambre de Malo, vide tout comme toutes les chambres d’amis que je possède, je descends l’escalier, me laissant guider vers une musique sourde berçant le silence, vêtue d’une nuisette grise en coton, les épaules recouvertes d’un gilet. Et, bien entendu, chaussettes antidérapantes qui vont bien (manquerait plus que je me vautre lamentablement sur le parquet). À mi-chemin entre la nana sexy et ma mère. J’ai jugé le mélange intéressant.

Le feu est toujours allumé dans la cheminée. Gary Moore se donne en concert sur l’écran de ma télé, en sourdine. Pratiquement seules les basses se font entendre et meublent agréablement l’atmosphère de mon salon. Un petit hoquet que je connais par cœur attire mon attention vers le sofa. Ma vue étant dérangée par le dossier, je le contourne pour m’arrêter net, le souffle coupé par le spectacle qui m’attend.

Torse nu, Antoine est allongé de tout son long, endormi, la télécommande dans une main et mon bébé calé fermement sous l’étreinte de son autre bras. Mon bébé qui semble lui aussi sortir d’un sommeil profond, la joue écrasée contre l’un des pectoraux de mon boss. Je ne peux m’empêcher de longer du regard, à défaut d’autre chose, le torse cette fois offert à la pleine lumière du jour jaillissant par la fenêtre. Sa peau hâlée, ses biceps bien taillés, son ventre plat, ou plutôt vallonné très, très harmonieusement, et cette petite ligne de poils qui aurait tendance à faire partie de mes fantasmes ultimes…

J’ai subitement l’impression que les flammes crépitant dans la cheminée projettent une chaleur presque étouffante dans cette pièce. Mauvaise idée, le gilet.

Je continue mon examen. Son jean, je n’en parlerai même pas, c’est inhumain, un truc pareil ! Et ses pieds… nus…

Pff… Les Américains font vraiment tout dans le gigantisme. La sexytude n’y échappe pas, visiblement. Jamais je n’ai rencontré un Français de cet acabit. Le charme d’Antoine est proportionnel à la taille de son pays. Ce type représente tout son continent à lui tout seul. Tout comme ce qu’il cache sous ce foutu jean, également proportionnellement conforme. Vive les grandes plaines de l’Ouest et l’Empire State Building !

Et pourquoi mes foutues pensées prennent-elles cette direction, exactement ?

Mon fils réitère un appel dont il a le secret en se mettant à agiter ses bras et ses jambes toutes potelées. Parce que lui se la joue mec sexy dans un body gris foncé à l’effigie d’ACDC. Un cadeau de naissance de Justine qui va très bien à cet enfant terrible.

Antoine soulève lascivement une paupière, me surprend en plein matage honteux et se contente de m’adresser un sourire endormi.

C’est maintenant que je craque et me jette sur lui ?

Je crois que l’abus de sommeil me rend un peu trop sensible à certaines choses, finalement. Mes sens en ressortent un peu exagérément affûtés et en alerte.

– Hello, murmure-t-il en s’étirant d’un seul bras, prenant soin de ne pas

perturber Malo. 3 Sleep well ?

Cette voix… Et cet accent lorsqu’il parle dans sa langue natale…

– Euh… Oui. Vous savez que cette maison met à votre disposition deux chambres d’amis plus un canapé convertible dans la chambre de Malo ?

– Oui, mais Babyboy avait une folle envie d’écouter Gary. Je crois que ça le berce.

– Oh. Je note.

Je me précipite sur eux pour récupérer mon fils en prenant bien garde à ne pas effleurer la peau satinée de l’homme qui se la joue transat humain pour mon petit chanceux de bébé, dont je pourrais presque me montrer jalouse. Et en même temps, je ressens une reconnaissance incommensurable pour cet homme qui s’est occupé de lui toute la nuit.

– Il n’a pas été trop embêtant ?

– Pas trop. Un réveil à deux heures, puis une microsieste jusqu’à quatre. Biberon à sept et enfin petit concert en boucle… Voilà. On en est là.

J’embrasse le front de mon bonhomme tandis que sa nanny se redresse en s’étirant totalement cette fois.

Seigneur, protégez-moi !

– Je vais préparer son biberon. Un café ?

– Je peux emprunter votre douche avant ?

– Oui, faites comme chez vous ! Vous avez le choix, il y en a deux à l’étage.

Il se lève, trop près de moi, pose son regard sur moi.

– Merci. Peut-être pourrait-on se tutoyer ? Je viens d’emmener votre fils en concert. Je pense que niveau intimité, on est bon. De plus, les formules de politesse guindées me gonflent. Dans mon pays, on ne s’embarrasse pas de…

– Pas de problème pour moi. Je m’occupe de Malo et lorsque tu seras prêt, je pense que l’on pourra bosser ?

Parce que je suis partante pour tout ce qu’il veut, même sans doute pour ce qu’il ne veut pas, mais pas pour en discuter là, devant la cheminée, avec un blues torride en arrière-fond et mon nez presque planté sur ce buste qui pourrait vraisemblablement me faire baver et bégayer très prochainement.

– On verra. Peut-être que ce sera moi qui ne serai pas trop en état. La réponse après la douche et un double expresso.

Il pivote, attrape son sweater posé sur le rebord de l’accoudoir et grimpe à l’étage, comme s’il connaissait cette maison comme sa poche.

Comme s’il était chez lui, presque. Moi, si on me demande mon avis, je veux bien envisager l’idée. Un réveil avec Antoine Maréchal dans les parages est une très bonne chose. Vraiment.

3. Sleep well ? signifie « bien dormi ? »

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