Un boss dans mon chalet

Erin Graham · Chapitre 1 sur 37

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Un boss dans mon chalet

Chapitre 1

 

Valentine

 

Elle a fait un bébé toute seule… Elle a fait un bébé toutttte seuuuulllleee…

Merci JJ Goldman pour cette super idée qui a malheureusement fait des adeptes, moi la première entre parenthèses. Le postulat de base m’a semblé intéressant de prime abord, mais je n’avais pas toutes les données lors de la mise en pratique.

Je serais prête à parier que l’héroïne de cette chanson incroyable n’avait pas, elle :

1) Une famille compliquée légèrement envahissante dont la matriarche se prend pour un caporal en chef et mène sa troupe familiale à la baguette.

2) Un job de fou totalement addictif et génialement génial.

3) Un boss qui ne semble pas comprendre ce que le terme « accouchement en approche » signifie.

4) L’arrivée de Noël qui ne simplifie rien, bien au contraire…

– Et donc, nous supposons qu’il serait plus simple que, exceptionnellement, nous organisions cette année le réveillon chez toi. Et le 25 aussi, pendant que nous y sommes ! Pour le bébé, ou ton état, selon les caprices du futur bout de chou, ça sera bien mieux. Peut-être aurons-nous la chance de rencontrer Antoine à cette occasion ?

Voilà l’un des nombreux problèmes. Depuis le jour béni des dieux de l’improbable conception, ma mère, et toute la petite famille derrière elle, pense que père il y a… Sauf que non. Père il n’y a pas. Géniteur, tout au plus. Inconnu, bien entendu.

Je m’étais promis de tout avouer à l’anniversaire de tante Clothilde le mois dernier, mais c’était sans compter sur mon manque avéré de courage face au tribunal inexorable et sans pitié de la famille Bertot…

– Tu sais, maman, avec l’arrivée du bébé, je ne pense pas que…

– Je m’occupe de tout ! Nous n’aurons qu’à nous mettre à table et manger… Pousser un peu les murs aussi, mais tu sais bien, pour un Bertot, rien d’impossible !

Ah, ça, pour le savoir… Il me semble ne savoir que ça, d’ailleurs.

– Ah ?

Unique réponse que m’inspirent ses plans douteux. Je pensais réellement avoir le temps de les préparer à entendre l’effroyable nouvelle, à savoir que je m’apprête à élever un enfant sans papa. J’imaginais que j’arriverais à les convaincre, surtout elle, que je n’aurais pas besoin qu’elle vienne squatter la ville pour s’assurer que ce bébé aurait tout ce dont il a besoin et bien plus. Je supputais même que, par le plus grand des miracles, la matriarche Bertot deviendrait cool et presque transparente dans ma future vie.

Je ne sais pas où j’avais la tête lors de ces divagations, mais plus le temps passe, plus mon ventre s’arrondit et moins je crois en mes espoirs.

Jamais cette femme, qui m’a mise au monde et couvée comme une louve, ne lâchera l’affaire.

Je le sais !

J’en suis autant persuadée qu’un et un font deux.

Et pourtant, j’espère… Encore…

Déprimant !

La sonnerie du téléphone de compétition posé sur mon bureau me sort de ce mauvais pas en retentissant agressivement.

– Oups, maman, il faut que je te laisse, c’est mon boss, je dois…

Sauvée par le patron !

– Tu travailles ? s’écrie-t-elle, outrée. Mais enfin, Valentine, tu dois expliquer à cet esclavagiste que tu es en congé maternité, que tu dois te reposer et que…

– Le contrat Spencer et fils est un gros contrat pour Bestcom, maman ! couiné-je en me frottant le ventre, très douloureux ce matin. Il devait être bouclé le mois dernier, mais le client a pris du retard dans ses retours et je suis la seule à en connaître les détails. De plus, je ne suis pas exactement salariée de l’agence, mais en free-lance. Étant mon propre patron, techniquement parlant, je suis la seule à blâmer. Et je ne peux pas m’attaquer en justice parce que je me fais bosser en oubliant que…

– Peu importe, ma fille, me coupe-t-elle brutalement. Dans la vie, il y a des priorités à ne pas…

Nouvelle sonnerie.

– Maman, je dois répondre, si tu veux que je rentre rapidement chez moi ! Bye, bisous à papa !

Je lui raccroche au nez, moyennement fière de mon geste. Pas d’autre solution. Comment pourrait-elle comprendre, elle, la femme qui a consacré sa vie à élever ses huit enfants ? Pour ma part, j’ai décidé de ne pas baser mon existence sur une ribambelle de garnements braillant dans tous les sens. Non, ça, j’ai donné toute ma jeunesse, donc, next. Un enfant, sans père pour me prendre le peu de temps qu’il me reste après l’éducation de l’enfant prodigue, c’est parfait.

Je balance mon portable sur mon bureau pour appuyer sur le haut-parleur de mon autre téléphone, professionnel celui-ci, tout en tentant de soulager les tiraillements qui attaquent sauvagement mon abdomen.

Je ne sais pas ce qu’il se passe ce matin, mais je prends cher…

– Valentine ?

La voix de mon boss, Antoine Maréchal, le Français américain d’adoption revenu en France, à l’accent incroyablement sexy, occupe toute la place dans la pièce par combiné interposé.

Eh oui, Antoine, comme le supposé père de ma future progéniture. Niveau imagination dans les bobards, je me pose là. C’est surtout que le jour où j’ai annoncé la grande nouvelle à la famille, lors d’une de nos grandes réunions d’été au printemps (logique, me direz-vous), mon cher boss me harcelait sans cesse par téléphone, et… ma sœur cadette Justine, ayant chopé le pseudo plus qu’ironique qui s’affichait à l’écran (Vénéré Antoine), en a déduit ce qu’elle ne devait pas en déduire… Sur le coup, j’ai trouvé que cette méprise arrangeait mes affaires et ne porterait pas à conséquence mais, en moins de deux heures, la tribu Bertot au complet était informée et les faire-part déjà prêts…

Bref, petit mensonge qui passe bien, mais dans lequel je me suis peu à peu enlisée et qui, malheureusement, arrive en fin de vie avec l’approche de ma fin de grossesse. Me restent à peine quelques semaines pour trouver le courage de tout avouer.

Le plus tôt sera le mieux, clairement.

– Valentine ?

Ah oui, ce cher Antoine.

– Oui, monsieur Maréchal ?

Je ne suis pas réellement habituée à travailler avec lui. D’ordinaire, je suis rattachée à son père, mais une affaire urgente a chamboulé les plans. Lui et sa femme ont dû repartir à Savannah depuis quelques semaines pour rejoindre le reste de la famille Maréchal, domiciliée là-bas. Seul Antoine est resté.

Je n’ai pas encore statué si c’est une bonne chose ou non.

Plus ça va, plus ce type me semble stressé. Angoissant.

Dire qu’à son arrivée, je le trouvais ultra cool et détendu ! Et méga canon, ce qui ne gâche rien. Il a bien caché son jeu.

Une contraction monumentale surgit de je ne sais où et m’oblige à me courber en deux, totalement agonisante.

– Vous allez bien ? s’inquiète-t-il brièvement en entendant mon cri de souffrance ultime. Sinon, j’ai besoin des détails de la modification du…

– AHHH… Déjà dans votre boîte mail ! coassé-je en écartant les cuisses avec classe sur mon siège en cuir de luxe.

– D’accord, merci. À plus tard.

Il raccroche en me laissant seule avec mon agonie.

C’est ça… Bon sang, ce que ça fait mal…

– Valentine ?

Ma collègue, ma secrétaire tellement dévouée et adorable Zoé, pénètre dans mon bureau et se précipite sur moi en constatant que…

Merde, je perds les eaux ?

– Seigneur, tu es en train d’accoucher, Valentine ! s’exclame-t-elle, horrifiée.

– Pas du tout… Ce n’est pas prévu avant un mois et demi ! Noël, normalement ! Je devais l’appeler Jésus ! Au pire, je me suis uriné dessus, ça m’arrive tout le temps. Je dois juste terminer ça et…

– Non, mais tu t’entends ? s’emporte-t-elle en prenant clairement les choses en main. Tu accouches ! Oublie ce dossier, y a plus urgent ! C’est un ordre !

– Zoé, tu t’enflammes !

Je couine sans aucune fierté ni conviction… En réalité, je pense qu’elle a plus raison que moi, pour cette fois.

– Je ne veux plus t’entendre ! déclare-t-elle sèchement.

Cette fois, elle m’engueule carrément en poussant mon siège hors de portée de mon bureau et surtout de mon PC.

– Non, mais…

– Chut ! ALERTE ! Bébé en approche ! Valentine va mettre bas ! hurle-t-elle comme une damnée.

– Accoucher, Zoé, accoucher. Je ne suis pas une vache !

Oui, elle a vécu toute sa vie dans une ferme, la pauvre enfant… Elle en a gardé quelques stigmates.

– On s’en fout, le truc sort, c’est tout ce qu’il y a à noter ! Respire…

Elle en a de bonnes, elle…

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