Un boss dans mon chalet

Erin Graham · Chapitre 28 sur 37

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Un boss dans mon chalet

Chapitre 28

 

Valentine

 

Je n’avais aucun souvenir d’un moment aussi bon dans les bras d’un homme. Peut-être est-ce tout simplement parce que je n’en avais jamais vécu de semblables. Autant de passion, puis tout autant de tendresse à présent…

Je laisse mes paupières se refermer alors que ses doigts naviguent paresseusement sur mon visage, effleurent mes lèvres, remontent sur mon nez.

Un frisson de bien-être me dévaste, aussi sûrement que l’orgasme qui m’a renversée il y a à peine quelques secondes. Me laisser couler entre ses bras, contre sa peau brûlante, sous ses gestes tendres et affectueux… J’ai envie de m’autoriser cet instant de bonheur, sans honte ni retenue. Envie de lui avouer tous ces sentiments qui s’entrechoquent dans mon cerveau, de plus en plus lourds et imposants, impossibles à contenir.

Mais il s’agit d’Antoine, mon boss, encore une fois, et même si j’ai l’impression que la situation dévie de plus en plus clairement, certains interdits demeurent. Je ne sais pas si je peux, si je suis en droit d’espérer. Lui est parfait. Un homme à femmes, il le porte sur lui. Moi, je ne suis qu’une jeune maman, épuisée et déformée… Comment prétendre à plus dans ces conditions. Je ne peux pas m’imaginer lui imposer mon fils, ma nouvelle vie et mon nouveau corps. Rien de vraiment sexy pour un homme comme lui.

– Eh… murmure-t-il contre mon épaule, ses lèvres s’attardant lascivement sur ma peau. Je t’ai perdue ? Tu dors ?

Un sourire s’impose sur mes lèvres. En plus d’être sexy, il possède une manière bien à lui d’être un parfait gentleman et ça…

Je ne sortirai pas indemne de cette histoire.

Une nouvelle fois, des mots vrais, puissants et certainement trop sincères menacent de s’échapper de ma bouche et je les retiens de justesse.

– Non, réponds-je simplement en pesant mes mots. Je suis juste… bien. Comme ça.

Son visage remonte lentement jusqu’au creux de mon cou pour y déposer quelques baisers troublants. Sa main quitte mon visage pour longer mon épaule, mon bras, revenir sur mon ventre, en agaçant clairement mon self-control. Parce que oui, je suis déjà prête pour un second round, même plus intense, s’il veut. J’ai bien trop conscience de sa présence contre moi, du poids réconfortant de son corps sur le mien.

Avec lui, j’éprouve le sentiment de posséder quelque chose que les autres n’ont pas. D’être spéciale. D’être aimée avec mes défauts, autant que mes qualités.

Mais comme je l’ai précisé il y a à peine quelques instants, Antoine est un gentleman. Pas du genre à tirer son coup comme un affamé pour ensuite mépriser sa partenaire.

Une simple question de politesse, si on peut dire. Après, ce qu’il pense réellement, je suis incapable de le déceler dans ce regard qu’il me porte.

Et, d’une certaine manière, je m’en fous. J’ai juste envie de croquer l’instant. Ou lui, ça marche aussi.

Son index trace un cercle autour de mon nombril, zone très sensible chez moi, et je me cambre pour toute réponse.

– Ah non ! Pas ça, c’est presque un coup bas ! m’exclamé-je en gigotant.

– Ah ? s’amuse-t-il en me bloquant contre notre lit de fortune pour mieux recommencer sa torture. Tu veux dire, comme ça ?

– Antoine !

Cette fois, je le supplie en tentant de paraître menaçante. Mes jambes se mettent à s’agiter, un rire nerveux se coince au fond de ma gorge et mon corps se cambre alors qu’il continue, sans pitié ni remords.

– Arrête tes conneries !

– Si je veux !

Je me fige en tentant de reprendre mon sérieux.

– Comment ça, si tu veux ? Mais tu as quel âge, en fait ? Espèce de sale môme !

– Tu diras ça à ma mère quand elle reviendra ! En attendant…

Il remonte ses doigts le long de mes côtes, comme s’il avait appris par cœur mes points sensibles et m’oblige à éclater de rire sous ses chatouilles.

– Tu me le paieras ! baragouiné-je en me débattant ! Fais gaffe à ce que tu fais, Maréchal ! Non ! Stop ! Arrête !

Il finit par m’obéir, après je ne sais combien de minutes de torture extrême. Mes muscles se détendent d’un coup, un air hilare encore figé sur mon visage.

Lui, ne semble plus du tout amusé. Ses yeux me scrutent avec une profondeur que je ne lui connais pas. Ses lèvres n’expriment plus que le sérieux et quelque chose d’indéfinissable.

Le silence qu’il nous impose soudain me statufie contre le canapé, une main enroulée à son avant-bras, le souffle court et la respiration encore chaotique.

J’aimerais connaître le langage de ses iris. Réussir à décrypter la moindre de ses pensées. Comprendre son âme et découvrir son cœur. J’ai peur d’y voir ce que j’espère et de me méprendre. Terrorisée de commettre une erreur de traduction.

Ses doigts reprennent le chemin de mon visage, le caressent. Ses lèvres se posent sur les miennes et il m’entraîne dans un baiser d’une tendresse déstabilisante qui m’anéantit totalement. Ce genre de baisers dont il a le secret. Ceux qui offrent tant et me rendent accro.

Puis il se redresse trop vite en effaçant ces promesses que j’ai cru déceler. Auxquelles j’ai voulu espérer en tout cas.

– Je crois que nous avons encore du boulot avec ce sapin, déclare-t-il d’une voix rauque. Je vais me… prendre une douche.

Son regard désigne son jeans et ce qui se passe à l’intérieur, à savoir, un sacré carnage sans doute.

– Ah oui ! J’ai failli oublier, plaisanté-je en tentant de reprendre un air léger. Tu connais le chemin, je crois ?

– Yep !

 

***

 

Il a tout simplement viré son caleçon. Il est passé sous une douche et, à présent, il porte son jeans à même son…

Cette idée ne me quitte pas, alors que nous ornons le sapin avec les figurines scintillantes trouvées sur le marché. Elle ne m’a pas non plus quittée alors que nous bataillions avec la guirlande électrique, les accroches des boules et j’en passe. En gros, je suis coupable depuis des heures de fantasmes éveillés.

– Je pense que c’est pas mal comme ça. Équilibré, tout ça…

En véritable expert de la déco de Noël, il recule en fermant un œil pour admirer notre œuvre. Heureusement qu’il prend cette étape au sérieux parce que, pour ma part, je m’en contrefous. Enfin, pas exactement. J’adore ce moment à deux. La magnificence de la saison qui prend forme entre mes murs. J’adore encore plus qu’il joue le jeu et qu’il marque ainsi sa place dans mon existence.

Nos boules personnelles trônent toutes les trois, côte à côte sur les branches, comme un symbole que quelque chose de nouveau est en train de s’installer dans ma vie. L’année dernière, il n’y avait même pas de sapin dans cette maison. Pas de bébé non plus ni d’homme. Tout cela, j’en suis bien consciente et cela me ravit. Mais ma vérité de l’instant est ailleurs. J’ai envie de plus de lui. À mes yeux, nous nous sommes arrêtés aux préliminaires. J’ai totalement faim de lui. De ses caresses et d’autres de ses baisers incroyables. Je pourrais faire le premier pas, le plaquer contre un mur ou l’entraîner à l’étage. L’ancienne Valentine ne se serait certainement pas gênée pour arriver à ses fins. Mais voilà, l’ancienne Valentine n’est plus. À présent, je suis Valentine maman. La femme est partie se réfugier quelque part, très loin et j’ai parfois du mal à la retrouver. Côté professionnel, je me retrouve un peu grâce à nos séances au sujet du dossier Spencer, mais pour tout le reste…

Je n’imaginais pas que l’arrivée d’un bébé modifierait autant de choses en moi. Depuis la dernière fois qu’un homme m’a touchée, j’ai grossi, porté la vie puis accouché. Un véritable séisme s’est abattu sur mon corps et en a modifié les reliefs et les points faibles. Depuis l’arrivée de Malo, j’ai mûri, certes, mais j’ai perdu quelques bribes de moi-même en route. Entre autres, ma confiance en moi face à un homme. Mon corps n’est plus le même, je me sens différente et je ne suis plus certaine de ce que je dégage, de l’image que j’offre aux autres. À lui, en particulier.

– Ouais, pas mal ! Si Zoé voyait ça, elle serait jalouse ! plaisanté-je en observant notre chef-d’œuvre.

– Ne me parle pas de cette folle furieuse ! s’esclaffe-t-il d’un air paniqué. Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas la ligoter contre son foutu sapin en lui coinçant ses maudites guirlandes dans la bouche.

Il attrape ma taille tandis que je laisse échapper un rire, m’enlace fermement et me berce au son de son Gary qui continue de faire ronronner ses cordes au milieu du silence.

– Je déclare que le sujet Zoé n’a aucunement sa place ici. Nulle part ailleurs non plus, au passage !

Ses mains passent sur mon ventre, prennent leur temps pour remonter sur ma poitrine, réveillent mes sens qui n’étaient pourtant pas endormis. Je ferme les yeux en me laissant porter par le moment, par les frissons provoqués par ses doigts sur mon corps. Mes sens réagissent sans attendre, à fleur de peau.

Malo se fait soudain entendre dans le babyphone, coupant court à notre moment.

Antoine s’écarte de moi brusquement, comme si ma peau le brûlait tout à coup. Je remarque son regard fuyant lorsque je me tourne pour lui faire face. L’atroce sentiment que quelque chose cloche se greffe immédiatement à mon cerveau. Surtout lorsqu’il passe ses mains dans ses cheveux en cherchant quelque chose des yeux.

– Il est tard. Je crois que je devrais rentrer chez moi. Beau sapin.

Je reste coi face à ce revirement de situation soudain.

– Tu… Tu ne veux pas rester pour dîner ? finis-je par proposer.

– Oui, bredouille-t-il, enfin, non… C’est-à-dire que… Tu sais, j’ai pris pas mal de retard à Bestcom et j’avais dans l’idée de remettre mes dossiers à jour ce week-end. Je n’aime pas laisser les choses en plan.

– Oui, oui, je comprends. Tu as peut-être besoin d’aide ? On peut le faire à deux si tu veux ?

– Je te remercie, mais toi, tu as Malo et un Noël à lui faire découvrir. Profite… On se rappelle lundi soir, comme d’habitude, de toute manière ?

Oh… On se « rappelle » ? Là, ça pue franchement !

– Bien sûr. Si jamais tu changes… Non rien.

Je ne tiens pas à passer pour la nana désespérée qui s’accroche à son boss américain magnifique, je choisis donc de ne pas lancer de propositions qui me feraient passer pour pitoyable.

Un frisson désagréable me parcourt l’échine malgré moi, sans parler de l’amertume qui s’invite dans mon âme. Désillusion incroyable et inattendue.

Il me prend la main pour m’attirer à lui, son visage trahissant son embarras. Donc, de surcroît, je l’embarrasse. De mieux en mieux.

Déprimant.

– Nous aurons plus de temps après Noël, murmure-t-il en me berçant à nouveau au rythme du blues qui joue toujours. Je suis désolé pour ça.

– Non, c’est normal, je comprends.

Oui, je comprends. Parce que, certainement, il ne ment pas. Sinon, pourquoi être venu ce matin, pourquoi m’avoir embrassée, pourquoi le faire encore avec toute la tendresse du monde à cet instant précis ?

– Tu vas me manquer, ajoute-t-il en pressant son front contre le mien. Bon week-end ?

Il ne semble même pas certain de ce qu’il avance. Bon week-end ? Comment pourrait-il être bon, franchement ?

– Toi aussi. Mais de toute manière, tu viens bien à Noël ? tenté-je. Si tu n’avais pas compris, c’était une invitation.

– Avec plaisir.

Il m’offre un sourire tellement… Pff, je ne sais plus quoi penser ! Antoine, cet être à part. Perdu dans ses paradoxes.

Il m’embrasse une nouvelle fois, moment que choisit Malo pour réitérer son appel, plus fort cette fois.

– Je te laisse. Embrasse-le pour moi.

Et voilà. Aussi simplement que ça, il me fait jouir, fait scintiller mon corps au pied d’un sapin et disparaît en me laissant sombrer dans un doute incroyable et malaisant.

Génial.

Au moins, il me reste le blues pour accompagner ma déprime post-bonheur.

Comme si elle m’avait entendue, la musique se coupe à cet instant. Forcément, il a emporté son téléphone avec lui. Le Bluetooth se coupe, il s’éloigne.

Re-génial !

Malo s’impatiente à l’autre bout du babyphone. Je me décide à grimper à l’étage en soupirant, le poids de tous mes doutes s’abattant lourdement sur mes épaules.

Parfois, on préférerait que certains jours n’aient jamais existé. Enfin, seulement une partie du jour. Parce que le reste… Bref.

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