Un boss dans mon chalet
Chapitre 20
Valentine
Je crois que cette fois, le mot « exaspéré » n’est plus assez fort pour décrire l’état d’Antoine. Il est presque dix-sept heures et il se trouve encore avec nous. Nous sommes sortis pour promener Malo. C’est mon père qui le porte alors que nous suivons un petit chemin peu emprunté et encore fortement enneigé pour nous rendre chez mon voisin qui vend quelques sapins tous les ans, pour les gens du coin.
Le visage de papa m’émeut plus que de raison. La fierté avec laquelle il porte mon fils contre son ventre, ses deux mains posées sur son dos pour le maintenir au cas où… Il a toujours été un père extraordinaire. J’en suis encore plus consciente que ses autres enfants. Nous échangeons un regard et j’espère faire passer dans le mien tout l’amour que je ressens pour lui. Tout ce qui nous unit de manière si particulière.
Antoine se racle la gorge à mes côtés, les mains dans les poches, le regard porté au loin, sur la ferme que nous tentons de rejoindre à travers la forêt.
– Je dois admettre que c’est joli.
Il m’a avoué que la neige à Noël est pour lui une première, et je peux comprendre que cela a de quoi émerveiller, même dans la situation si particulière dans laquelle nous nous trouvons. Je dois reconnaître qu’il a réellement bon caractère car, à aucun moment, il n’a bronché. Certes, il a tenté de m’assassiner du regard une bonne douzaine de fois, mais il n’a pas trahi mon secret.
Sans exagérer, je pense que je peux dire adieu à mon poste chez Bestcom. Je n’arrive pas à cracher le morceau à mes parents. Je pense connaître leur réaction lorsque je me résoudrai enfin à tout dire, et je ne veux pas voir cette lueur dans les iris de ma mère. Celle qui me fera me sentir plus nulle que nulle. Celle qui me fera comprendre qu’elle s’en veut pour tout ça. Alors qu’elle n’y est pour rien.
Depuis leur arrivée, chaque fois que j’arrive à mettre mes appréhensions de côté et tente de me lancer, il se passe un truc qui m’oblige à repousser. C’est pour ça que nous sommes là, à présent devant la ferme de mon voisin, prêts à choisir un arbre de Noël pour le réveillon.
Ma mère m’attrape par le bras alors que nous entrons dans la cour remplie de sapins et déneigée partiellement.
– Il y a un problème, Valentine ? murmure-t-elle en m’écartant de notre petite troupe.
– Pourquoi crois-tu une chose pareille ?
D’après toi, Val ? Antoine serait plus souriant à un enterrement !
– Vous… Un couple se touche, lorsque tout va bien, ma fille. Or, vous ne vous êtes presque pas frôlés depuis notre arrivée. Même pas parlé.
Je hausse les épaules d’un air faussement détaché alors que nous suivons mon père sous l’arche réservée aux clients. Ce serait le parfait moment, non ? Mais l’endroit n’est pas propice non plus aux grandes révélations ! Pas du tout, même.
– Tu sais, il y a des hauts et des bas dans un couple, maman. Malo commence à peine à dormir la nuit et Antoine travaille beaucoup. Nous sommes simplement épuisés.
Dis-lui, Valentine ! Tu n’auras pas de meilleure occasion !
– Ma petite chérie, reprend ma mère, toute son affection inscrite sur son visage, je l’aime bien, cet homme.
La culpabilité de lui mentir, à elle comme à tous les autres, commence franchement à me dévorer de l’intérieur.
– Maman, il faut que je te dise un truc important…
– Et tu le regardes avec un air qui ne me trompe pas. Fais attention à lui.
Je rougis malgré moi en oubliant pour la énième fois ma tentative de tout avouer. Si mon regard trahit l’attirance de plus en plus forte que je ressens pour lui, alors je suis fichue. Parce que même si toute cette journée s’apparente à une gigantesque farce, une chose n’est pas feinte chez moi. J’aime qu’Antoine occupe ma maison. J’aime l’avoir près de moi. J’aime l’idée de me retrouver en couple avec lui. J’aime tout ça et bien plus. Et c’est très mauvais signe.
– Pas de « mais », Valentine, me sermonne ma mère. Un homme, ça se choie. Et celui-là en particulier ! Attends !
Elle s’écarte de moi pour se diriger vers l’objet de notre discussion, sans me laisser le temps de rétorquer.
– Oh ! Antoine, attendez !
Au milieu des sapins, mon pseudo-petit ami s’immobilise en se tournant vers nous, pendant que mon père discute déjà avec le bûcheron. Ma mère m’entraîne jusqu’à lui, un sourire machiavélique étirant ses lèvres jusqu’aux oreilles.
Là, je flippe totalement.
– Il y a une tradition que tout couple se doit de respecter, commence-t-elle en me lançant un clin d’œil. Regardez !
Elle s’écarte en pointant son index au-dessus de nos têtes.
Du gui !
Bordel de merde !
– Tradition ! répète-t-elle en attendant la suite. Ça porte bonheur, surtout aux jeunes couples.
– Non, mais, maman, je…
Le bras d’Antoine s’enroule autour de mes hanches et, d’un geste vif, m’attire contre son torse parfait. Son regard plongé dans le mien, il se penche vers moi, résigné.
– Je crois que toute résistance s’avérera inutile, Valentine.
Et sans rien ajouter, à froid, comme ça, il pose ses lèvres sur les miennes.
Nous pourrions nous arrêter là. Mais j’ai gardé un souvenir mémorable de notre premier baiser et Antoine est loin de me laisser insensible. Alors, plutôt que de rester sage et détachée, j’offre à ma mère, et à moi-même, le spectacle qu’elle attend. De toute manière, perdu pour perdu… C’est sans doute la dernière occasion qui me sera donnée d’effleurer ces lèvres parfaites. De toucher cet homme encore plus parfait que ses lèvres.
Perdue dans son parfum, j’enlace sa nuque et tente une approche plus approfondie. Sa main remonte sur l’arrière de mon crâne. Se perd dans mes cheveux détachés. S’y agrippe. Il décadenasse sa bouche et s’empare de moi sans prévenir.
Et je replonge dans le divin. J’accentue mon addiction en le goûtant une nouvelle fois. Il m’emporte dans un paradis, encore une fois. Les flocons se remettent à tomber sur nos visages. Ses mains parcourent mon dos, nos corps se soudent et je perds pied. Nos langues valsent entre elles, parfaitement accordées. Les paupières closes, j’entrevois tout ce qui me fait craquer chez lui, en plus de le sentir contre moi. Son torse ferme, ses bras puissants. Son sexe… dur contre mon ventre.
Il s’écarte doucement mais, alors que je désespère déjà du vide qu’il va créer en reprenant ses distances, il m’observe un instant d’un regard étrange puis m’offre un nouveau baiser. Plus féroce. Revendicateur. Profond. Mon cœur s’emballe, ma raison s’effrite et j’oublie les circonstances étranges qui nous ont poussés l’un vers l’autre. L’unique instant que je ressens se passe entre nous, entre nos deux êtres scellés comme si nous ne pouvions plus jamais nous éloigner l’un de l’autre.
Perdue dans ce tourbillon aussi inattendu que parfait, je laisse échapper un gémissement traître et un peu trop empli de désir. À ma grande surprise, il y répond, sur le même ton, attisant cette passion qui se déploie en moi chaque fois qu’il me touche.
Mes doigts remontent sous son bonnet. Son bassin remue, imperceptiblement. Je regrette la présence de ma mère derrière nous. Du vendeur et de ses clients dans les parages. Je ne voudrais que la neige, les sapins et ses baisers. Juste pour un moment. Un infime instant durant lequel il m’ouvrirait les accès habituellement interdits.
Quelques secondes, plusieurs minutes ou même peut-être une heure dérobée à la réalité, je ne pourrais le dire. Vol qui se termine, à un moment, car il le faut bien et que le bonheur n’a de sens que parce qu’il est éphémère.
Mon père revient de sa négociation et, sans le savoir, tue le moment.
– Bon, j’ai commandé et réglé la note. Ils te livreront à la prochaine coupe, la semaine prochaine.
Antoine recule enfin sans me lâcher de son regard troublé. Je ne dois pas être plus stable que lui. Il s’assure que mes jambes ne m’ont pas abandonnée pendant notre échange et s’écarte significativement pour rejoindre mon père à quelques pas.
– Nous le réceptionnerons, Gérard. Merci pour le cadeau.
Mon père frappe dans son dos d’un air affectueux. Antoine, lui, me jette un regard qui suffit à m’embraser totalement, les lèvres légèrement entrouvertes, ses pupilles assombries par le désir.
Ma mère semble ravie.
Je tremble des pieds à la tête, en liquéfaction totale, tendue et moite. Ses mains sur moi me manquent et je maudis la terre entière de n’ouvrir que si peu la frontière entre nous. Cet accès limité n’a rien assouvi du tout, c’est même l’exact contraire.
La situation se complique.
***
Nous terminons de dîner. Antoine est toujours parmi nous. Il a bien tenté de partir en prétextant le besoin urgent de se doucher et de changer de fringues après notre petite traversée des bois, mais mon père a proposé de l’accompagner et il n’a pas su dire non.
Et moi, j’ai perdu le fil. Depuis notre baiser sous le gui, je n’arrive plus à mettre un ordre dans mes priorités. Non pas que j’y arrivais avant cela, mais à présent c’est pire. J’ai partiellement oublié toutes mes promesses concernant ce secret. À ce moment précis, je focalise totalement sur l’homme assis à ma gauche alors que mon père lui narre je ne sais quelle histoire à propos de la forêt qui entoure notre maison en Auvergne. Poli, mon boss écoute sans broncher, l’air détaché et plutôt neutre. La seule chose que je note, c’est qu’il évite clairement mon regard. Il s’est installé à côté de moi à table pour donner le change, je le sais, mais au fond de lui, je peux lire qu’il préférerait se trouver loin. Très loin de ma famille et surtout de moi.
Je sais que c’est totalement compréhensible, cependant mon cœur se serre à cette idée. Et la seule chose qui me permet de ne pas me rouler par terre en hurlant à l’injustice parce qu’il n’a visiblement pas gardé un souvenir impérissable de ce dernier baiser, c’est que justement, il est toujours là, alors que le plus compliqué arrive.
– Bon, les enfants, je m’occupe de la vaisselle et de remettre en ordre le rez-de-chaussée. Vous avez l’air crevés, profitez de notre présence et allez-vous coucher.
Trop tard. Le compliqué est là, sous le sourire naïf de ma mère qui croit nous offrir un cadeau en nous permettant de nous enfermer dans une chambre. Tous les deux.
Subrepticement, Antoine se fige sur sa chaise. Je tente de sonder son regard sans en avoir l’air, mais il se tourne brusquement vers moi, ses yeux sombres reflétant quelque chose d’atrocement sexy et dangereux.
Les flammes qui rongeaient déjà mes nerfs depuis notre retour au chalet se mettent à prendre de la hardiesse. Mon cœur s’élance dans un marathon dont lui seul connaît le but et mes mains se mettent à trembler, trahissant mon état d’embrasement général. Je préfère baisser les yeux, ne me sentant clairement pas de taille à me battre contre ce qui me démange l’intérieur ni ce que son regard tente de me dire.
Portée sur le bûcher, autant cramer sans demander son reste. Parfois, le combat est vain. On verra bien ce qu’il adviendra de moi et de ma carcasse totalement asservie aux aléas du destin.
– Tu… tu es certaine que ça ne te dérange pas, maman ?
Je déglutis pour humidifier un tant soit peu ma bouche et chiffonne ma serviette en papier nerveusement.
– Oui, certaine ! Nous allons décharger les caisses de décorations de Noël que nous t’avons apportées, avec ton père, et ensuite nous coucher à notre tour. Ne vous inquiétez pas pour nous, et pas de chichis. Quand on est fatigué, on dort.
« Fatigué » n’est pas le mot exact que j’emploierais, mais soit. Si maman l’ordonne, qui suis-je pour désobéir ? De toute manière, cette situation rocambolesque a assez duré. Je ne sais plus quoi faire ou dire pour améliorer les choses ou les empirer. Lâchement, je laisse Antoine se dépatouiller de son côté et moi du mien. C’est le maximum que j’arrive encore à gérer. Car, au fond de moi, je n’ai plus du tout envie qu’il parte. J’ai envie qu’il dorme dans ma chambre, sous ma couette, que l’on s’embrasse toute la nuit et de m’endormir au petit matin dans ses bras.
Après tout, c’est Noël, merde ! Si on ne peut plus rêver à cette période, autant oublier tout espoir de vie heureuse.
Et puis, d’abord, il n’avait pas à m’embrasser non plus ! D’accord, j’ai menti, et ensuite je me suis dégonflée en nous mettant et surtout en nous laissant moisir dans une situation originale et chaotique. MAIS…
Y a pas de mais, 100% ma faute !
Cependant, je n’ai pas envie de me montrer honnête et logique. Quand le cœur parle, plus rien n’a de sens. Surtout moi !
Bref, pour en revenir à la proposition de ma mère.
– D’accord. Merci. Alors, bonne nuit.
Advienne que pourra, j’abdique. Je déclare forfait. Je ne contrôle plus rien et n’essaie même plus de prétendre le contraire.
Je les embrasse tous les deux et monte dans ma chambre sans jeter un seul regard à l’homme dont la présence me perturbe beaucoup trop.
Je passe embrasser Malo qui, lui, dort du sommeil du juste, loin de toutes ces complications stupides, puis je passe une nuisette et m’enferme dans ma salle de bains, brosse à dents en main et espoir en tête. Je passe frénétiquement sur chaque chicot en tendant l’oreille. La norme communément établie pour un brossage efficace est trois minutes. Je multiplie le soin par dix, au bas mot. Trois minutes oui, mais par dent.
Jusqu’à ce que…
La porte de ma chambre s’ouvre et se referme.
Je clos les yeux en soufflant de soulagement. Et d’angoisse. Que faire à partir de maintenant ?
La porte de ma salle de bains s’ouvre à son tour pour laisser apparaître un Antoine plus beau que jamais dans la lumière indirecte de la pièce. Il pose son sac dans un coin et en dégaine sa propre brosse à dents, puis, sans un mot, s’attelle à la tâche. Planté face au miroir, à quelques centimètres de moi.
Pas un mot, regard neutre. J’essaie de faire de même. Impassible, je repasse sur chaque dent déjà rutilante, frénétiquement. Me concentrer sur ma bouche m’empêche de focaliser sur autre chose. Comme… des muscles, de la peau, des muscles, une barbe naissante, des muscles, un parfum, des muscles, son regard de malade. Bref, les dents, c’est tellement passionnant !
Côte à côte, nous n’échangeons pas un mot, par respect sans doute pour la règle de politesse de base : on ne parle pas la bouche pleine. Ce qui n’empêche pas mon esprit de cogiter, au rythme du frottement enragé des poils de ma brosse sur l’émail. Alors que mon boss me semble faussement imperturbable, comme résigné pour la suite, et que je chasse de mes pensées toute idée inconvenante et dangereuse, j’ai l’impression que ma salle de bains rapetisse de seconde en seconde. Que la présence de cet Américain déroutant devient de plus en plus imposante, palpable et surtout déstabilisante. Mes yeux n’arrivent plus à lâcher les siens par le biais de nos reflets devant nous.
Nos épaules se touchent presque, sa peau dégage une sorte de chaleur qui tente de se répandre sur la mienne et je prie intérieurement pour que mon corps n’y réagisse pas. Comme mes seins, par exemple, à fleur de nuisette et déjà en mode garde à vous. J’imagine que la meilleure option serait la fuite, mais mes pieds semblent englués dans le tapis sur lequel ils sont posés.
Et lui, il frotte. Il brosse. Quel self-control !
Ou alors, il s’en fout totalement… Le monde est cruel et souvent injuste. Je ne suis pas loin de finir en flaque informe de désir et de tension alors que lui semble passer en revue mentalement sa liste de courses pour la semaine. Et le pire de tout, c’est qu’il en devient encore plus séduisant. L’insaisissable Mister Maréchal.
Cette nuit sonnera mon glas !
Je me résous à terminer de mon côté et fuis le local aux murs rétractables (première nouvelle) devenu trop exigu pour accueillir mon émoi débordant de toute part. Troublée et en plein questionnement, j’ouvre mon lit, retape les oreillers en me demandant ce que je suis censée faire ensuite.
Me coucher dans une posture de super star du porno ? M’ensevelir sous ma couette en ne laissant sortir que mon nez pour survivre à la nuit ? Sauter par la fenêtre ? Chialer ?
Dernière solution.
J’attrape un oreiller et le balance sur un autre pour calmer mes nerfs qui n’en peuvent plus. Et encore. Toute cette histoire me saoule !
Re, la porte s’ouvre derrière moi. Celle de la salle de bains, cette fois.
Je n’en peux plus. Plus qu’une solution, affronter. Je me retourne vivement et lâche un hoquet de surprise en constatant qu’il ne porte qu’un short noir et… rien d’autre. La fameuse petite ligne de poils, cette infâme traîtresse, attire mon regard sans sommation.
Merde. Je n’ai même plus ma brosse à dents pour me calmer. C’est la cata. Totalement démunie face à cette vision venue des antres du paradis auquel je n’ai pas le droit d’accéder, je perds toute idée rationnelle.
– Que…
Rien d’autre ne me vient.
Heureusement pour moi, mon boss est un boss, justement, et lui ne se laisse pas dépasser par les événements. D’un air détaché (un peu trop, même), il prend la parole qui me manque.
– J’ai compris que les grandes révélations ne seront pas pour ce week-end. Et pour des raisons qui me regardent, je n’ai pas envie de te mettre dans une situation désobligeante. Rien d’autre à dire.
– D’accord.
Je reste plantée là, sur mon tapis, tandis qu’il scelle notre accord d’un hochement de tête. Puis il traverse la pièce, vers moi. Mon cœur manque de s’étouffer sous l’angoisse. Mes tempes s’échauffent et mes membres se dissocient de tout contrôle. Mes doigts s’agrippent à ma nuisette, mes jambes flagellent et ma bouche se met à sourire connement.
Il approche, ses yeux me fixent. Je crois, l’espace d’un instant, que je vais m’étaler au sol sous la pression, mais juste à temps, il dévie et contourne le lit.
– Je prends un oreiller et le dessus-de-lit. J’espère que tu n’auras pas froid.
Hein ?
– Hein ? Comment ça ?
– Tes parents nous pensent en couple, OK. Je ne compte pas les détromper, comme je viens de te l’expliquer. Tu le feras le moment venu. Quand tu seras prête. Mais comme nous ne sommes définitivement pas en couple, l’illusion s’arrête à cette porte. Je dors sur le tapis.
– N’importe quoi !
Je grimpe sur le lit pour le rejoindre de l’autre côté et récupérer mon oreiller et ma courtepointe.
– Non, je refuse que tu dormes par terre ! Déjà que toute cette semaine tu as opté pour le canapé, je pense que c’est logiquement à moi de récolter le plancher.
– Hors de question ! Si je te laisse dormir par terre, je ne fermerai pas l’œil de la nuit. Ce n’est pas mon genre d’accepter une telle situation !
Il ne lâche pas le tissu et le tire à nouveau vers lui. Mais je m’y agrippe fortement, refusant de capituler. J’ai quand même mon honneur.
– Je pense que nous avons passé le cap des convenances et des bonnes manières. Déjà que tu acceptes cette situation grotesque, on va limiter la casse !
Je tire vivement de mon côté en me levant sur mon matelas pour plus de stabilité.
– Justement, Valentine, j’accepte, alors laisse-moi décider pour le reste !
Brusque contre-attaque de sa part qui me fait presque perdre l’équilibre.
– J’ai dit non !
Je tire de nouveau vers moi le plaid.
– C’est un ordre ! grogne-t-il en montrant clairement son exaspération.
– C’est de l’abus de pouvoir !
– J’m’en tape !
Cette fois, il me surprend en me frappant avec l’oreiller (bien entendu, ça le fait beaucoup rire au passage). Le temps de rejeter le projectile, je me sens entraînée avec la couverture, trébuche, les pieds entravés par ma couette, et chancelle vers lui en lâchant ma proie.
Emporté par son propre geste, il se retrouve projeté en arrière au moment où je n’oppose plus de résistance.
– Oh, merde !
– Antoine !
Je me sens chuter sur lui, alors que lui-même s’écroule, dos contre le sol. Tout se passe très vite et avant que je le réalise, je me retrouve affalée sur son corps ferme, les cuisses écartées, à califourchon sur mon boss, nuisette relevée jusqu’au nombril, la poitrine écrasée contre la sienne, mon visage à quelques centimètres du sien, prise dans un fou rire nerveux.
C’est soit ça, soit je le viole sans sommation.
Il éclate de rire lui aussi en réalisant sans doute le ridicule de la situation.
Ma mère frappe à la porte à ce moment précis.
– Tout va bien ? On vous entend depuis le salon !
Je m’essuie les yeux en reprenant mon calme.
– Oui, m’man ! Tout va bien !
Mes yeux le dévorent et mon cerveau remarque que lorsqu’il rit, il devient magnétique. Époustouflant de charme. Trop pour mon petit cœur qui manque de défaillir définitivement.
– Ah ! Tant mieux ! Dites, Antoine, le boum que nous venons d’entendre… Vous prenez bien soin de ma fille, hein ? Elle sort de couches !
– MAMAN ! répliqué-je, honteuse et embarrassée.
Rien de tel pour calmer une libido en forme… Merci m’man !
– D’accord, d’accord. Je m’occupe de mes propres affaires, j’ai bien compris ! Bonne nuit !
Oui, voilà !
– Bonne nuit.
Ses pas semblent la ramener jusqu’à l’escalier, je me reconcentre sur l’homme entre mes jambes, sous moi, totalement offert.
L’ambiance change radicalement dans la pièce lorsque nos yeux se croisent. Je réalise que ses mains sont posées sur ma taille. Que son souffle balaie mes joues et mes lèvres dans un rythme chaotique. Que mes paumes sont plaquées sur la peau douce et chaude de ses épaules. Et que son…
Putain, il bande. Il bande contre mon clitoris écrasé sur son membre sans aucune pudeur.
J’ai soudain l’impression que la température de la pièce devient étouffante. Ses doigts se crispent sur le coton de ma nuisette. Ses lèvres m’hypnotisent et j’en perds ma respiration.
Chaque parcelle de mon épiderme se charge en tension. Chaque partie de moi en contact avec lui m’irrite, me démange, me consume. Et mon cerveau, quant à lui, déclare forfait. Et ses yeux… L’azur pailleté magnifique, l’abîme sur lequel je brûle de m’échouer sans retour possible, m’appelle comme jamais. Mes résistances s’écroulent pour ne laisser entre nous que l’attirance brute et animale, le désir palpable et intransigeant.
Il soulève discrètement son bassin, frottant ainsi ma chair en état avancé d’excitation. Ses doigts glissent sur mes fesses, longent la dentelle de mon tanga.
– Antoine, je…
Il baisse les paupières sur ses yeux pour rompre notre échange visuel.
– Je vais dormir ici, soupire-t-il en laissant tomber ses mains sur le tapis. Remonte dans ton lit, Valentine.
– Non, murmuré-je sans oser bouger. Si tu dors au sol, alors moi aussi.
– Tête de mule, en plus de tout le reste ! Très bien ! déclare-t-il en attrapant mes épaules pour me pousser doucement. Comme tu le sens ! Moi, je suis fatigué, je pourrais même dormir debout.
Il tend son bras pour saisir ma couette et l’attire vers nous. Ce faisant, tous les muscles de son abdomen se mettent en action, sous mes pauvres yeux totalement subjugués.
– Bonne nuit, Valentine !
Sans demander son reste, il récupère l’oreiller déjà au sol, fourre sa tête dedans en soupirant d’aise, tandis que de son autre main, il remonte la couette sur nous deux.
Perplexe, je ne sais plus quoi faire de moi-même. La lumière de ma table de chevet est encore allumée, je me trouve toujours à califourchon sur son corps incroyablement sensuel et sexy et, lui, il s’endort paisiblement, à en croire le rythme de sa respiration qui se calme significativement.
D’accord.
Une chose est certaine, je n’ai plus beaucoup le choix. Soit je dors seule dans la fraîcheur de la pièce sur mon lit, soit… contre lui, au chaud et… au chaud.
– Et puis merde !
De toute manière, niveau situation improbable, nous ne sommes plus à ça près. Je me détends, me recroqueville contre sa poitrine, hume une nouvelle fois l’odeur étourdissante de sa peau et ferme les yeux.
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