Un royaume en otage (French Edition)

Jennifer Bonillo · Chapitre 12 sur 25

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Un royaume en otage (French Edition)

Chapitre X

 

MASCARADE

ET CHAPEAUTILLE

 

fortunes du royaume, comme il aimait les appeler. Le Général les laissait Le bal des hauts dignitaires avait dû être organisé dans l ’ urgence. Les rumeurs couraient vite et le royaume d ’ Historia avait pris les devants en conviant les plus grosses faire, parce qu’ils participaient au financement du royaume ; en retour, elles profitaient d ’ avantages considérables. C’était un arrangement où toutes les parties étaient gagnantes, un échange d ’ intérêts communs.

De la musique festive résonnait dans la grande salle du château. C’était une immense pièce lumineuse parsemée d’éléments en or, avec un lustre fait de diamants et où des serveurs demeuraient prêts à répondre aux moindres désirs des invités. Ces décors somptueux étaient nécessaires aux apparences car, dans ces milieux, c ’ est ce qui compte le plus pour étendre son influence.

Les partenaires dansaient des chorégraphies sur la musique. Les castes les plus aisées tenaient fermement aux traditions, mais le Général semblait s ’ ennuyer de ces manières. Pour lui, c’était simplement des vermines qui s ’ attachaient à des choses anciennes qui n ’ avaient plus leur place dans ce monde moderne. Quand il pensait à tout l ’ argent qu’il avait dépensé pour cette mascarade, il en était dégoûté.

Il faisait partie de ces personnes qui débordent d’ego et personne n’était assez bien pour être à sa hauteur. Il possédait un narcissisme hors du commun et était bien entendu seul, n ’ ayant trouvé aucune femme aussi parfaite que le reflet de sa propre image. Au-delà de ça, aucune dame avec un peu de jugeote n e pouvait envisager de faire du Général son époux. C’était un homme violent qui avait des penchants un peu obscurs. Personne ne voulait en faire les frais. Même les serviteurs essayaient de se rendre disponibles pour ne pas avoir de représailles. Un valet lui était attribué et se positionnait à ses côtés afin de répondre à tous ses désirs ; il tenait un plateau en or et laissa le Général saisir la coupe de vin qui s ’ y trouvait, c’était le meilleur vin du royaume et la fierté d ’ Historia. Normalement, ce n’était pas le genre de boisson dont il avait l ’ habitude, mais aujourd’hui, il devait impressionner certaines personnes de la haute société. Quand la cloche retentit, il en fut soulagé. Les musiciens arrêtèrent de jouer après avoir aperçu le signe du Général et s ’ en allèrent. Il se leva pour parler à l ’ assemblée :

« Si vous voulez bien me suivre, nous allons festoyer dans la pièce à côté. »

Tous suivirent le Général pour se rendre dans la salle indiquée. Il alla se placer à la table située au centre avec, à ses côtés, les individus les plus riches du pays. À sa droite se trouvait la duchesse Anastasia de Savante ; elle était accompagnée de sa conjointe. Cela avait fait scandale dans la haute société, à l’époque, que deux femmes vivent ensemble aux yeux de tous, mais s ’ il y avait bien une personne qui pouvait se permettre de casser les codes de la communauté, c’était bien elle. Cette dame était à la tête d ’ une entreprise de vin qu’elle exportait dans le monde entier ; il s ’ agissait du vin qui avait été servi un peu plus tôt dans la soirée. Elle possédait beaucoup de terres à Historia ainsi que plusieurs commerces. Ce soir, la duchesse avait une coiffure gonflée sur le dessus de la tête, qui finissait en chignon ; sa robe était d ’ un raffinement qui ne pouvait être égalé par aucune autre femme de la soirée. C’était elle qui imposait les codes, pas le contraire. La personne à sa gauche était le marquis de Gentilhomme, un homme trapu avec une grosse moustache et vêtu d’un élégant costume ; il possédait plusieurs boutiques d ’ apothicaire en ville. Il fournissait des potions traditionnelles ou des remèdes magiques, il n ’ avait aucune concurrence ou, plutôt, il s ’ en assurait. Ces hommes et ces femmes n’étaient pas arrivés là par chance, mais parce que le royaume le permettait en les gardant à leur place. En retour, il leur était demandé une allégeance sans faille au Général. La pierre de vie assurait que leurs descendances restaient bien dans la classe sociale qui leur était attribuée. Le peuple gardait espoir, mais ils jouaient à un jeu dont les classes les plus aisées étaient les seules à connaître les règles.

 

Le repas était terminé, le Général se leva et fit taire la salle en frappant, par petits coups, le manche de sa cuillère sur son verre comme pour porter un toast, mais celui-ci allait avoir un goût amer. Le silence se fit et toutes les têtes se tournèrent instinctivement vers lui. Ce qu’il avait à dire ce soir allait les mettre en furie. Toutefois, il savait qu’ils allaient rester dans les rangs, car ils tenaient à leurs têtes et à leurs statuts.

« Je vous remercie d ’ avoir répondu à mon invitation ce soir. Cette soirée a, j ’ en ai peur, un but un peu moins festif. Vous avez remarqué que des murs se formaient dans tout Historia. Nous avons décidé d ’ appliquer la loi martiale dans tous les secteurs. »

Les regards se croisèrent et des murmures d ’ indignation montèrent. Il savait qu’il allait devoir leur laisser plus de libertés que les différents quartiers. Il avait besoin d ’ eux pour financer son armée. Il aurait pu s ’ emparer de leur argent et couper leurs têtes l ’ une après l ’ autre, mais alors, il ne produirait plus assez de richesse et il se retrouverait tôt ou tard sans le sou. Il avait besoin d ’ un certain bien-être dû à son rang et l ’ idée de devoir vivre autrement l ’ effrayait, bien que ce ne fût pas l ’ envie qui lui manquait de se débarrasser d ’ eux.

« Calmez-vous, je vous prie ! Bien évidemment, des soldats seront présents même dans votre quartier. Mais vous aurez les mêmes libertés qu’avant. Toutefois, nous vous déconseillons d ’ aller dans les secteurs de classe inférieure… Pour votre bien à tous, s ’ ils découvrent que vous bénéficiez de passe-droit… Bien… Vous êtes bien placés pour comprendre où je veux en venir. »

Un des convives qui se tenait à ses côtés se leva. Il s ’ agissait d ’ Anastasia. Elle tenait toujours son verre à la main près d ’ elle. Elle affichait un sourire simulé et fronçait les sourcils juste assez pour paraître cruelle. C’était donc la personne à convaincre ce soir.

« Que nous vaut tout ceci, Général ? »

Anastasia affichait dorénavant un sourire satisfait. Le Général en fut lui-même perturbé ; cette femme pouvait briser les défenses des individus les plus forts, quel que soit leur rang. Même lui n ’ y était pas insensible. Le Général déglutit avant de répondre. Malgré tout, il savait qu’avec ce qu’il avait à annoncer ce soir, la situation allait tourner à son avantage. Ils tenaient trop à leurs privilèges pour ne pas tenir compte de ce qu’il avait à dire.

« Nous savons qui est l’élue. Les sept royaumes se sont réunis et nous avons décidé de faire illusion pour la traquer efficacement. Un avis de recherche est placardé dans chaque royaume. »

Anastasia affichait une mine déconfite, elle savait très bien ce que cela entraînait pour elle et les différents membres de la société. Le fragment de la pierre de vie leur avait donné tous ces avantages, et si l’élue mettait la main sur le reste de la pierre ou réussissait à en changer son essence, elle pourrait briser leur équilibre, celui qu’ils avaient instauré pour leur propre confort. Les autres murmuraient entre eux, personne ne voulait être entendu et laisser penser qu’ils avaient peur. Aussi, le Général le sentit. Il devait jouer sa carte maintenant.

« Duchesse, je peux compter sur votre aide, n’est-ce pas ? »

 

La nuit dernière, elle avait pu parler à Zohra de ce qu’elle avait découvert sur ses pouvoirs, et celle-ci avait promis de l ’ aider. Elles devaient se retrouver plus tard dans la semaine à la bibliothèque pour effectuer des recherches. Le problème avec les magies rares, c ’ est justement le fait qu’elles soient très peu connues et donc plus difficiles à développer, mais aujourd’hui, elle ne voulait pas penser à ça. Morrigan pouvait se rendre avec Zohra à la ville des sorciers. Les autres recrues pouvaient déjà y aller, mais Zohra lui avait expliqué qu’une sorcière apprentie ne pouvait pas être considérée comme faisant partie de ce monde tant qu’elle ne possédait pas un familier pour la guider. C’était une condition sine qua non à l ’ entrée des apprentis dans le monde de la sorcellerie. Morrigan descendit jusqu’au hall. La porte d ’ entrée était ouverte et, si elle se souvenait bien des enseignements de Zohra, cette porte était un portail vers la ville des sorciers. Elle avait lu un peu son livre d ’ histoire et avait appris que l ’ académie ou les cités ensorcelées étaient hors de portée des personnes non magiques, mais elle n ’ avait pas très bien compris pourquoi. Émeraude avait dû entendre les questions que se posait Morrigan, car elle se positionna à côté d ’ elle pour lui répondre.

« Morrigan, les mondes magiques sont situés dans une autre réalité. C’est-à-dire qu’ils sont aux mêmes endroits, mais les univers ne peuvent ni se voir ni communiquer, même si on sait qu’ils sont bien présents. Il s ’ agit de protéger la magie. L ’ académie, c ’ est un peu différent, elle existe dans toutes les réalités. Au même endroit, à cet instant, différentes existences se trouvent ici. D ’ autres étudiants et d ’ autres professeurs vivent dans ce château. Ces réalités peuvent communiquer entre elles si elles le désirent.

— D ’ autres réalités ? Tu penses que je suis peut-être en train de piétiner quelqu’un ? »

Elle joignit le geste à la parole et regarda sous sa semelle. Elle sourit, car elle était contente de sa blague, mais visiblement Émeraude ne l ’ avait pas saisie.

« Non… Je veux dire que tu ne te situes pas sur le même plan et que, dans les divers mondes, ils existent uniquement dans le leur.

— J ’ avais compris. J’étais en train de te taquiner. »

Morrigan et sa renarde se mirent à rire. Cela ne surprenait personne. Une sorcière et son familier qui parlaient entrent eux, c’était courant. Elle se plaça à côté du portail pour attendre Zohra. Celle-ci lui avait dit de patienter en bas pendant qu’elle contactait son familier. Une idée la frappa. Où se trouvait le familier de Zohra ? Elle ne l ’ avait jamais vue. Au même moment, celle-ci descendait les marches en marbre du hall, avec… un renard !

« Désolée, Duana, je suis en retard. Je te présente mon ami de toujours, Zimo.

— Oh, mais tu as aussi un renard. »

Zohra se mit à rire. Elle ne lui avait jamais expliqué quel était son familier ou cela avait échappé à Morrigan.

« J ’ ai emprunté l ’ apparence de ton familier pour que le mien puisse venir avec nous. Tu sais, je suis une sirène et mon familier est une baleine à bosse. C ’ est un peu difficile pour lui de se déplacer sur la terre avec sa vraie apparence. J ’ espère que ça ne te dérange pas.

— Bien sûr que non. »

C ’ était la première fois que Zohra lui confiait un élément de sa vie, c’était assez peu fréquent pour le souligner. Elles étaient en train de se faire confiance et de se rapprocher suffisamment pour en parler. Morrigan avait compris que, maintenant qu’elle connaissait la vérité, sa camarade pouvait lui parler d ’ elle, même si ça restait encore rare.

« Tu sais… avant… je ne pouvais rien te dire. Tant que nous n’étions pas sûrs à ton sujet. Maintenant… C’est différent. »

Morrigan fit la moue, elle savait que Zohra ne lui parlait pas de ça comme ça. Elle avait très clairement jeté un œil sur ses émotions et son sens de la déduction avait fait le reste.

« Zohra, arrête de lire dans mes émotions. C ’ est pénible. »

— Désolée. Promis, je bloque tout ! Elles n’arriveront plus jusqu’à moi. »

Elles se souriaient dorénavant. Les familiers étaient l ’ un contre l ’ autre également. Ils apprenaient à faire connaissance en se reniflant l ’ un l ’ autre. Zohra prit Morrigan par le bras.

« Allez, viens ! T’as pas mal de choses à rattraper. »

Elles avaient traversé la grande porte pour se retrouver dans une ville pleine de mages, tous habillés de capes de couleur vert forêt ou bleu nuit avec, pour certains, des étoiles, des lunes ou des runes de protection. Zohra lui avait expliqué que cette cité n’était pas unique. Des villes pour les personnes surnaturelles, il y en avait des milliers. Celle-ci se nommait Chapeautille. Des étalages se tenaient ici et là, les gens échangeaient et marchandaient des matériaux novateurs et des services de sorciers, des pierres et des épices ensorcelées en tout genre. Certains stands vendaient même les derniers habits à la mode chez les sorciers. Les bâtiments aux alentours étaient faits de sable très clair. Morrigan s’émerveillait devant un tel spectacle, elle regrettait de ne pas avoir d ’ argent à un moment pareil, elle était presque sûre que sa curiosité et l ’ attrait de l ’ originalité lui auraient fait tout dépenser. Émeraude, quant à elle, semblait heureuse de pouvoir être ici avec son compagnon.

« C ’ est impressionnant, n ’ est-ce pas ? »

Morrigan acquiesça. Elle n ’ avait jamais vu une ville aussi chaleureuse, tout était différent de ce qu’elle avait connu, c ’ est-à-dire uniquement Historia pour sa part. Il y avait tellement de merveilles à travers le monde et elle était restée coincée chez elle tout ce temps. Elle regrettait d ’ avoir vécu cloîtrée. Si seulement elle n ’ avait pas été obsédée par la question de son instinct pendant tout ce temps, elle aurait pu découvrir des chefs-d’œuvre, peut-être même à Historia.

« Viens, je vais te montrer les meilleures pâtisseries de la ville.

— Oh… Zohra, je n ’ ai pas d ’ argent, tu sais.

— Et alors, moi j ’ en ai.

— Je ne veux pas t ’ incommoder.

— À quoi ça sert d’être une princesse espionne avec autant d ’ argent si ce n ’ est pas pour le dépenser ? Allez, Duana, dis pas n ’ importe quoi et viens. Et tu sais, un jour, Duana, il va falloir te lâcher sur ta manière de t’exprimer. T ’ es tellement formelle. »

Morrigan resta bouche bée. Elle ne savait pas si elle devait être interloquée par le fait que Zohra soit une princesse, une princesse espionne, qu’elle lui raconte des choses aussi intimes sur elle ou encore qu’elle la reprenne sur sa façon de parler. Elle appréciait qu’elle se confie à elle, mais elle s ’ attendait à tout sauf à ça. Elle aurait pu rester là à ne rien dire, mais sa curiosité fut plus forte, et puis, elle avait aussi raison bien sûr : son langage avait été modelé pour correspondre à sa personnalité de façade et était en totale opposition avec ses pensées. Mieux valait se fondre dans le moule. Mais aujourd’hui, sa remarque n’était pas importante, elle préférait se concentrer sur la révélation qu’elle lui avait faite au sujet de son statut, qui était à son sens beaucoup plus intéressante.

« Une princesse espionne ? »

Morrigan avait dit ça avec un air malicieux. Elle trouvait cette situation singulière. « Comment une princesse pouvait se retrouver dans une école de sorciers au lieu d ’ apprendre les règles politiques et diplomatiques ? » En tout cas, cette situation était intéressante.

« D ’ accord, viens par ici. Allons voir les pâtisseries et je te raconterai tout. Nous avons beaucoup de choses à nous dire. »

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