Un royaume en otage (French Edition)

Jennifer Bonillo · Chapitre 17 sur 25

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Un royaume en otage (French Edition)

Chapitre XV

 

LE VILLAGE

CACHÉ

 

Elle n ’ avait pas froid, son corps était bouillant, elle imaginait que c’était Morrigan ne s’était pas sentie s’endormir. Elle aurait pensé que ce serait plus difficile, mais avec les événements de la veille, elle devait être plus fatiguée qu’elle ne le pensait. grâce au feu. Elle n’était pas encore très bien réveillée. Puis un souvenir l a mit en alerte : elle dormait à côté de Dean. Elle ouvrit les yeux et vit un bras qui n’était pas le sien sur son ventre, un corps collé au sien ; elle pouvait même sentir son souffle sur son cou. Son cœur tambourinait dans sa cage thoracique et elle ressentait un nœud dans son estomac. Devait-elle feindre d’être offusquée ou se rendormir et faire comme si elle n ’ avait rien vu ? Mais il était trop tard. S ’ il se réveillait et sentait son cœur battre si fort, elle serait démasquée. Elle tenta de retirer sa main pour se faufiler à l ’ extérieur mais celui-ci bougea et se mit à moitié sur elle, toujours en dormant. C’était de pire en pire. Morrigan avait pensé pouvoir s ’ en sortir et ainsi leur éviter toute gêne, mais elle devait constater que ce n’était pas possible. Elle était maintenant à moitié sur le ventre et Dean à moitié sur son dos. Il était assez lourd, ce qui était logique, au vu de sa carrure. Elle tenta de bouger pour sortir de cette position, mais elle avait oublié le bras qui était toujours autour d ’ elle. Un bras nu. Elle tourna la tête légèrement et constata qu’il était bien torse nu. « Il avait vraiment besoin de se déshabiller ? Maintenant, c ’ est encore plus gênant. » Elle devait avouer qu’il était agréable à regarder. Les abdos bien dessinés et une carrure impressionnante ne l ’ aidaient pas à détourner le regard. Le moment était bien choisi pour qu’il ait une érection matinale qui pressait contre les fesses de Morrigan. C ’ en était trop pour elle. Elle allait devoir jouer la femme sûre d ’ elle pour se sortir de cette situation.

« Je dors et t ’ en profites pour me tripoter ? »

Dean ouvrit doucement les yeux. Il avait, lui, l ’ impression de dormir sur un matelas mou et confortable, mais la réalité se rappela à lui. Il était en érection et à moitié sur Morrigan. La surprise et la honte se lisaient sur son visage. Fort heureusement pour lui, Morrigan ne pouvait pas le voir. Il se redressa sur le côté et fit comme si rien n’était arrivé. Morrigan lui fit face.

« Ah, Morrigan. Bonjour à toi aussi.

— Tu ne réponds pas à ma question.

— Écoute. Je suis venu dormir, mais tu tremblais. J’ai simplement voulu te réchauffer. Je suis désolé d ’ avoir à moitié dormi sur toi. Ce n’était pas prévu.

— Trop gentil de ta part, mais l’érection matinale qui frottait contre mes fesses n’était peut-être pas nécessaire. »

Cette fois, elle pouvait voir la honte sur son visage. Il semblait sincère et ne pas avoir été conscient de cette situation. Il savait que Morrigan s ’ en était aperçue, mais il décida de la jouer plus franc-jeu.

« Vois-tu, je ne suis pas désespéré au point d ’ abuser de toi pendant que tu es endormie. Je peux clairement te séduire quand tu es réveillée et consentante.

— Monsieur résistance croit un peu trop en ses capacités.

— Ah oui ? Tu veux parier ? »

Il se leva, fit face à Morrigan et la regarda droit dans les yeux ; il approcha son visage à quelques centimètres du sien. Elle n’était plus aussi sûre d ’ elle-même.

« Ou peut-être que tu es énervée car tu as aimé me trouver contre toi. »

Il se rapprocha davantage, de façon que ses lèvres touchent presque les siennes. Elle ne savait plus quoi faire. Son cœur s ’ accéléra. Il allait l ’ embrasser. Elle en avait envie, ça, elle en était certaine, mais rien ne vint. Elle ouvrit les yeux et celui-ci se redressa, l ’ air satisfait. Il l ’ avait regardée intensément. Elle resta silencieuse et le fixa tout autant. « À quoi il joue ? »

 

« On va explorer la forêt. À défaut de pouvoir utiliser tes pouvoirs, on va voir s ’ il y a plus consistant que des baies et un possible signe de civilisation. On lève le camp. »

Il passa à côté d ’ elle sans lui adresser un regard. Son humeur avait changé brusquement et son regard était plus sombre. « Qu’est-ce qui vient de se passer ? » Elle se retourna et le suivit sans un mot.

Cela faisait maintenant quelques heures qu’ils marchaient. Morrigan avait mal aux jambes et il lui fallait faire une pause, mais elle ne voulait pas se plaindre. Elle n’avait aucunement l’intention d’avoir l ’ air faible et il avait l ’ air d’être de mauvaise humeur depuis qu’ils avaient levé le camp. Néanmoins, il fallait qu’elle fasse quelque chose, car elle avait manqué plusieurs fois de tomber à cause de la fatigue et de ses jambes endolories. Après avoir failli chuter pour la énième fois, elle accéléra le pas et prit le bras de Dean avec une main pour l ’ obliger à s ’ arrêter. Il se raidit et ne la regarda pas.

« J ’ ai besoin d ’ une pause. »

Il acquiesça de la tête. Morrigan ne l ’ avait pas lâché et regardait sa réaction. Il avait l ’ air en colère et elle comptait bien comprendre son comportement.

« Peux-tu m ’ expliquer ce que tu as, bordel ? Tu es comme ça depuis qu’on est partis.

— Quoi ? »

Il était gêné, mais n ’ en montra rien, ce qui ne facilitait pas les choses pour Morrigan. « Il était comme ça après s’être réveillé ou après le presque baiser ? » Elle n ’ aurait su le dire. Si elle l ’ avait excusé pour son érection matinale, parce que c’était une chose incontrôlable surtout lorsqu’on dormait, elle n ’ avait pas oublié le baiser. Ça l ’ avait troublée, car elle l ’ avait désiré à ce moment-là. « Est-ce que je ne serais pas un peu masochiste ? » C’était possible, sinon comment expliquer qu’elle ait eu envie qu’il l ’ embrasse. Il ne fallait pas qu’elle le laisse prendre le dessus, alors elle répéta sa question sans rien laisser paraître de son trouble.

« J ’ ai dit : tu peux m ’ expliquer ce que tu as ?

— Rien !

— Attends, tu ne peux pas me dire que tu n ’ as rien. Tu me regardes bizarrement, comme si tu éprouvais de la gêne. »

Il allait répliquer quand ils entendirent un bruit. Cela venait de derrière le talus qui se tenait à leur gauche. Ils se regardèrent puis décidèrent d ’ aller voir d’où venait ce bruit. La pente était ardue et le pied de Dean faillit glisser, ce qui aurait dévoilé leur position. En arrivant en haut, ils découvrirent un petit village avec des maisons en toit de chaume. Les villageois le décoraient avec des statues et des banderoles très colorées ; un homme et une femme peignaient des motifs sur les maisons. Le spectacle était incroyable. Morrigan avait très envie d ’ aller voir de plus près, mais rien ne leur disait qu’il s ’ agissait de personnes amicales.

« Ils préparent une fête ? Tu penses que c ’ est prudent d ’ aller les voir ?

— On ne sait même pas s ’ ils sont pacifiques.

— Oui, ils le sont ! »

Ni l ’ un ni l ’ autre ne les avaient entendus approcher. Quelques guerriers les avaient aperçus et étaient venus à leur rencontre. Apparemment, ils n ’ avaient pas été aussi discrets qu’ils le pensaient. Plusieurs hommes et femmes munis de lances les entouraient. Mais ils ne semblaient pas les menacer. Ils attendaient de voir leurs réactions.

« Difficile à croire quand vous êtes autour de nous, armés.

— Nous sommes désolés, nous chassions pour la fête de ce soir. Nous ne vous voulons aucun mal. Je m ’ appelle Amath et je suis chef du village. Vous remarquerez que nos guerriers ne vous menacent pas avec les lances qu’ils ont dans les mains et ça devrait au moins faire la différence. »

Dean était beaucoup trop méfiant et Morrigan décida de prendre les devants. Il ne fallait pas qu’ils les considèrent comme une menace et elle avait une bonne intuition les concernant.

« Moi, c ’ est Morrigan et mon compagnon ici présent, c’est Dean.

— Ravi de voir des étrangers. Ce n ’ est pas souvent que l ’ on en voit qui nous espionnent.

— On ne voulait pas vous déranger, on ne savait pas si vous étiez dangereux. On veut juste rentrer chez nous.

— Je vous aiderai du mieux que je peux. Mais en attendant, je veux garder un œil sur vous. Ce soir, il y a une fête, vous restez avec nous et vous nous expliquerez tout.

Il avait dit ça sans méchanceté apparente et il fit un petit clin d’œil complice à Morrigan pour atténuer ses propos. Un petit sourire amical s ’ affichait même sur son visage. Dean voulut contester. Elle l ’ avait senti et prit les devants pour ne pas qu’il les mette dans une situation encore plus compliquée que celle dans laquelle ils étaient.

« Alors très bien ! Nous venons. Que célébrez-vous ? »

Dean la regarda froidement et elle lui sourit avec un air satisfait. Elle avait faim et le chef leur proposait de participer à une fête, alors qu’il ne les connaissait pas. Elle savait que Dean aurait refusé, vu son caractère. Après tout, il avait raison, ils ne savaient pas s ’ ils pouvaient se montrer violents. Donc il valait mieux ne pas les fâcher.

« La fête de l ’ amour. »

 

Au moins, le sujet de la fête présageait une soirée calme. Ils avaient accompagné le chef et les guerriers au village en leur disant qu’ils avaient atterri ici malencontreusement, tout en restant assez vagues sur leur présence dans cette forêt. Le chef leur avait promis de les aider à rentrer le lendemain matin mais, ce soir, c’était la fête. En arrivant au village, il avait confié ses deux invités à sa fille Inaya pour qu’ils aident à la décoration ; ils se mirent tous deux à la tâche. Morrigan resta avec Inaya, tandis que Dean intégra un autre groupe. Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance, mais il ne lui avait fait aucun mal. Peut-être qu’il disait la vérité après tout.

Morrigan ne savait pas très bien en quoi consistait la fête de ce soir et hésitait à demander à Inaya. Celle-ci lui parlait depuis un moment déjà et semblait très bienveillante. Elle tenta une approche. Après tout, il n ’ y avait aucun mal à être curieux sur leur culture.

« J ’ ai une question. En quoi consiste la fête de l ’ amour ?

— Nous vénérons la déesse et le dieu de l ’ amour. Cette fête est en leur honneur.

— Qu’est-ce qui se passe durant la fête ? Un dîner ?

— Un repas tous ensemble, puis tu pars avec l ’ homme de ton choix.

— L ’ homme de mon choix ?

— Oui, pour le rituel. »

Ce mot alluma une alarme dans sa tête. Un rituel, ça pouvait être tout et n ’ importe quoi. Certaines civilisations, elle le savait pour avoir lu sur le sujet, sacrifiaient une personne consentante, c’était même un privilège ; pour d ’ autres, l ’ individu était sélectionné ; il y avait aussi ceux qui faisaient des offrandes de fruits sur un autel. Morrigan espérait qu’il s’agissait de la dernière proposition, mais demanda plus d ’ explications.

« Euh… Quel rituel ?

— Pour vénérer les divinités.

— Je ne suis pas sûre de comprendre. Qu’est-ce qu’on fait dans ce rituel ?

— On s ’ accouple, Morrigan. C ’ est la fête de l ’ amour. Tu dois choisir un partenaire. S ’ il te convient, votre union sera honorée des dieux. »

« Un accouplement ?  » Elle aurait dû s ’ en douter, puisqu’il s ’ agissait de la fête de l ’ amour. Elle en avait entendu parler, mais elle avait oublié, jusqu’à ce qu’Inaya lui rappelle les faits. C’était pourtant logique, un rituel lié à l ’ amour. Dean devait être prévenu. Elle prétexta une raison soudaine pour aller parler à Dean. Il semblait s ’ amuser avec certaines femmes qui le regardaient avec envie ; elle était même un peu jalouse.

Ils ne savaient pas ce qui les attendait, mais elle n ’ avait pas le temps pour ça et demanda aux personnes qui l ’ entouraient si elle pouvait emprunter leur camarade juste un instant. Ils gloussèrent tous et acquiescèrent, songeant probablement qu’elle allait faire sa demande pour le rituel. C’était bien le sujet, mais pas comme ils l ’ entendaient. Il opina du chef et suivit Morrigan à l’écart.

Morrigan avait raconté ce que lui avait relaté la fille du chef du village. Il secoua la tête lentement. Ça en disait long. Elle s ’ attendait à une réflexion comme « je te l ’ avais bien dit », mais il n ’ en fit rien. Il resta silencieux et songeur.

« Tu ne dis rien ?

— C ’ est plutôt délicat de dire non, maintenant qu’une certaine personne a déjà accepté l ’ invitation à cette fête.

— C’était difficile de refuser dans la situation où l ’ on était.

— Laisse tomber, tu as bien fait. J ’ ai parlé avec les gens de mon groupe et ils auraient mal pris un non à leur fête sacrée. Nous devrons faire avec.

— Tu as déjà une partenaire ? »

Dean la regardait intensément. Elle ne sut dire s ’ il regardait tout le monde comme ça ou s ’ il la regardait, elle, de cette façon. Elle espérait secrètement que c’était la seconde option. Puis son expression changea, il la regardait comme si elle était folle.

« Je viens d ’ apprendre en quoi consiste la fête de ce soir. Mais ça explique les regards insistants des femmes de mon groupe.

— Qu’est-ce qu’on fait ? On trouve un moyen de partir ? Apparemment, il y a un moyen, mais on ne sait pas où il se trouve. »

Elle avait raison. Ils étaient obligés de s ’ y tenir. Dean le savait. Il se passa une main dans la nuque puis pesta avant de se recentrer sur Morrigan.

« Tu as un partenaire ?

— Euh… Eh… bien… non. Bien sûr que non. »

Elle avait hésité. Elle ne savait pas pourquoi, alors qu’elle n ’ avait personne. Peut-être que la situation la gênait plus qu’elle ne le pensait. En tout cas, cela avait été suffisant pour que Dean s ’ en aperçoive. Il fronça les sourcils.

« Morrigan… Tu as un partenaire ?

— Non, enfin !

— Hum. Donc, ça ne te dérange pas que je sois le tien ?

— Non ! Enfin… Si !

— Trop tard. À ce soir. »

Il lui fit un clin d’œil. Au moment de la dépasser, il s ’ arrêta à sa hauteur et se pencha vers son oreille tout en lui murmurant :

« Détends-toi, on fera semblant. On a déjà dormi ensemble après tout. »

Elle le suivait de près pour retourner auprès des autres. Elle appréhendait le rituel, même si elle savait qu’il ne se passerait rien. Il avait l ’ air de jouer avec elle par moments. Elle se faisait probablement des films, n ’ ayant pas beaucoup d ’ expérience en la matière. Il y avait bien eu ce gars à la bibliothèque, mais ça s’était décidé de manière froide et sans tendresse.

Une personne se mit devant elle et Morrigan s’arrêta net. Il était habillé de beaux vêtements bruns avec un liseré de soie coloré de bande rose, bleu et jaune à son col et sur les manches. Il lui souriait. Elle devina la tournure de la discussion.

« Asa, c ’ est bien ça ? Inaya m ’ a donné les noms de quelques-uns d ’ entre vous. J ’ ai retenu le tien.

— Oui, c ’ est moi.

— Je peux t ’ aider ?

— Oui, je sais qu’on ne doit choisir quelqu’un qu’en fin de soirée, mais il est fréquent que des partenaires s ’ accordent avant le rituel. Je souhaitais savoir si tu envisageais d ’ y aller avec moi. Tu ne seras pas obligée de finir la soirée en ma compagnie, je voulais juste apprendre à te connaître pendant le dîner. »

Morrigan n ’ en revenait pas. Il était vraiment très séduisant, elle ne pouvait pas le nier. En vérité, elle se voyait mal aller plus loin que l’étape du banquet avec lui, mais elle passerait un bon début de soirée. Cela lui permettrait d ’ esquiver temporairement Dean. Elle n’était pas sûre que la fête serait amusante si elle restait avec lui, au vu de leur propension à se quereller. Elle pouvait très bien commencer avec lui et finir avec Dean pour éviter le rituel. Dean s’était rapproché pour écouter la conversation, mais Morrigan ne l ’ avait pas vu.

« D ’ accord, pourquoi pas. »

Elle entendit du bruit. Elle se tourna pour voir d’où il provenait et vit Dean qui avait laissé tomber tout ce qu’il avait dans ses mains. Sa bouche était grande ouverte.

Asa lui sourit et prit congé de Morrigan. Dean passa devant elle et lui lança des éclairs dans les yeux.

« On dirait finalement que tu as un partenaire ! »

Elle voulut contester, mais trop tard, il était parti furieux.

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