Un royaume en otage (French Edition)
Chapitre III
UN EXAMEN
SOUS EMPATHIE
peuplée de gens qui s’affairaient à toutes sortes de tâches. Cela lui Un homme en armure s ’ avança vers un fauteuil en face de la grande baie vitrée ; un individu assis dessus faisait face au panorama que la vue lui offrait. C’était une vraie fourmilière permettait de se ressourcer en voyant tous ces gens travailler, tandis qu’il avait tout le loisir de se reposer. Personne la plus importante d ’ Historia, cet homme était très séduisant avec son costume bleu royal brodé de fleurs de lys dorées, qui rappelait la sophistication due à son rang, et ses bottes noires légèrement renforcées au niveau des genoux, qui s’achevaient en pointes. Ces bottes rappelaient son statut militaire par leur forme et leur texture. Cela ne faisait aucun doute : il s’agissait du Général. Il ne lui manquait plus qu’une couronne sur la tête. Ce n’était pas qu’il n’en voulait pas ; simplement, il avait peur que ça fasse trop prétentieux, ce qui était assez étonnant venant de sa part.
Le Commandant s ’ arrêta à une distance convenable et mit un genou à terre. C’était le protocole pour parler au Général. Son hésitation était palpable. Il serait malvenu de ne pas traiter de ce sujet avec lui, mais cet homme, bien que petit et bien moins bâti que lui, avait suffisamment de pouvoir pour lui faire subir les pires supplices d ’ un claquement de doigts. En effet, le Général était une personne lunatique et imprévisible. Les domestiques racontaient qu’ils l ’ avaient déjà vu tuer ou emprisonner des gens uniquement parce qu ’ ils lui avaient adressé la parole, alors qu’il ne souhaitait pas être dérangé. Il avait appris qu ’ il fallait être prudent avec lui, si on tenait suffisamment à la vie. Il savait très bien ce qui était arrivé à ses prédécesseurs.
Le Général avait senti la présence de son bras droit. Il attendait que celui-ci prenne la parole et commençait à s’impatienter, mais ne pouvait pas se permettre de le punir. Ce commandant-là lui était précieux. Plusieurs, avant lui, s’étaient fait décapiter avant qu’il ne trouve cette perle rare. Ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait se permettre de dire. Son hésitation se faisait sentir, comme tous ceux qui souhaitaient lui parler, de la même manière que toutes les personnes qui l’approchaient de près. Il aimait que tout le monde le redoute. Comme disait son père, Général avant lui : « On obtient l ’ obéissance par la crainte. » Il décida de le mettre à l ’ aise ; après tout, se débarrasser de son Commandant le plus doué n’aurait été d’aucune utilité. Il prit le verre de scotch posé sur la table d ’ appoint à côté du fauteuil et le porta à la bouche. Le liquide lui brûlait la gorge, mais il aimait cette sensation chaque fois qu ’ il en buvait. Il fixait, sans pouvoir s’en empêcher, la baie vitrée, où il pouvait voir tout le petit peuple. Une sensation de pouvoir s’empara de lui. Il aimait avoir le contrôle sur la vie de chaque misérable personne qui contrastait avec les maisons de différentes couleurs qui apportaient la joie et la fierté de ses citoyens.
Son commandant n’avait pas bougé d’un pouce, tel un chien de chasse attendant un ordre de la part de son maître, mais le Général n’aimait pas qu’on le dérange trop longtemps, aussi, il décida de briser le silence :
« Allons… Commandant… Ne restez pas là sans rien dire. Ne me faites pas perdre mon temps. »
Il fallait faire vite afin d’éviter que le Général ne change d’avis. Personne ne pouvait prédire quand cette conversation allait l’ennuyer ; cependant, son message était assez important pour le déranger même dans son sommeil, car il s’agissait d’un des renseignements dont il avait souhaité être averti au plus tôt. Aussi, il décida que le faire attendre serait pire que de ne rien dire.
« Les informateurs sont en place, ils ont suivi discrètement les individus soupçonnés. Nous gardons contact avec eux et nous vous préviendrons de leurs moindres faits et gestes. Je vous alerterai dès qu ’ ils auront déniché la personne que nous cherchons. »
Ce message était de la plus haute importance, car ils devaient à tout prix mettre la main sur l’élue. Qui que ce soit, cette personne pouvait à tout moment retourner la situation à son avantage et ainsi renverser l ’ aristocratie qui dirigeait cette ville. Elle était peut-être entraînée et il leur fallait être prêts à toute éventualité. Le Général ne répondit pas, mais il fit un signe de la main au Commandant qui signifiait que ce dernier pouvait disposer. Il joignit ses mains en face de lui, les coudes posés sur les accoudoirs, son regard toujours tourné vers l ’ extraordinaire scène qui se jouait devant lui à travers la baie vitrée. Pourtant, si ses yeux fixaient le spectacle, ses pensées étaient dirigées vers sa proie. Ainsi, il ajouta quelque chose pour lui-même :
« Je t ’ attends. »
La cour était splendide et contrastait parfaitement avec le château gris et sombre. Les sculptures qui se trouvaient dans la cour auraient eu leur place
à l ’ atelier des artistes[2]. Morrigan était surprise de découvrir autant d’œuvres chez les érudits, ce n’était pourtant pas leur domaine, ou peut-être que ces pièces cachaient un savoir comme les tableaux dans le couloir. La réalisation la plus magnifique de toutes reposait sur la fontaine qui se situait au centre de la cour. Deux sculptures se trouvaient sur son pourtour : l’une représentait une personne assise qui supportait son menton avec une main, tandis que l ’ autre tenait un livre ; la seconde sculpture était une femme qui tournait le dos à l ’ homme, dans la même position. C’était là une belle représentation du mantra de l ’ académie : connaissance et persévérance. De chaque côté de la cour, de grandes colonnes accueillaient des statues représentant des peuples des différents royaumes. Sur la gauche, près du plateau en pierre, se trouvait un grand parterre rectangulaire très bien garni de différentes variétés de fleurs. Elles avaient été placées là pour fêter la venue des nouvelles recrues. Les fleurs jaunes constituaient le même corbeau qu ’ elle avait vu sur la robe de la directrice, à son arrivée ; on ne pouvait pas passer à côté d ’ une telle beauté sans la remarquer. La directrice fit signe de la tête, à Morrigan et à Nolan, de se mettre dans les rangées où les nombreux apprentis des autres royaumes attendaient devant la tribune et ils se placèrent alors chacun derrière une rangée pour combler les vides, comme si cela avait été prévu au préalable. Madame Mirma était montée sur l ’ estrade puis se racla la gorge pour demander le silence, ce qui se fit instantanément. Elle balaya l’espace de son regard pour mieux voir les nouveaux arrivants et afficha un sourire sincère avant d’entamer son discours d ’ accueil :
« Bienvenue parmi nous pour les trois prochaines années. Ceci est le début d ’ une nouvelle aventure. Nous attendons des érudits : connaissance et persévérance. Des professeurs vont venir vous chercher rang par rang pour vous amener dans les diverses salles du château où vous répondrez à des questions écrites. Ces examens ont pour unique but de composer un programme en adéquation avec vos connaissances et capacités. Nous vous mènerons ensuite aux différents dortoirs. Les chambres sont attribuées pour deux personnes. Tentez de bien vous entendre, car votre binôme sera votre camarade pendant toute votre scolarité. Que le vent vous murmure. »
Les enseignants s’étaient approchés pendant le discours de la directrice et avaient attendu à côté de la porte par laquelle ils étaient arrivés un peu plus tôt. Une dame petite et rondelette s ’ arrêta devant le rang où se trouvait Morrigan. Elle portait une capeline qui cachait un chignon ainsi qu’une robe similaire à celle de la directrice, elle se présenta sous le nom de Sophia et demanda que les recrues la suivent. Ils traversèrent de nouveau le
château pour aller dans un modeste amphithéâtre d’époque avant-guerre[3]. Il y avait de longues tables en bois foncé, vieilli ; en face, on pouvait voir un tableau noir à craie dont les contours étaient en bois clair et moderne. C’était le seul élément conçu avec ce bois, ce qui contrastait avec les autres meubles de la pièce. Devant le tableau, il y avait un petit bureau fait du même bois que les tables. En plus de l ’ aspect général, la salle avait l ’ odeur des anciennes choses, comme celles que l ’ on pouvait trouver dans les brocantes. Morrigan s ’ attendait presque à ce que l’école utilise encore des bougies, il y avait bel et bien l’électricité, mais elle ne datait pas d’hier. Les grosses ampoules murales, dont les bras étaient de couleur bronze, éclairaient faiblement la pièce. Il avait probablement fallu faire preuve de beaucoup d’ingénierie afin de moderniser ce vieux château. Des lampes d’appoint noir métallique avaient été posées à intervalles réguliers sur les longs pupitres pour qu’il soit plus facile de voir clair. La pièce avait une hauteur sous plafond haute et une fenêtre faisait la longueur du mur derrière eux, ce qui restait néanmoins insuffisant pour éclairer la pièce, ce qui expliquait les lumières supplémentaires.
Son attention fut portée sur l ’ enseignante qui alla s ’ asseoir au bureau lui étant réservé. Elle invita les apprentis à prendre place aux tables rayées par le temps.
Morrigan alla se mettre au premier rang à côté d ’ une femme sirène. Celle-ci avait des cheveux qui ressemblaient à des tentacules, qu ’ elle avait attachés en queue-de-cheval grâce à un foulard en soie, et avait également la peau d ’ un bleu profond qui brillait par endroits. Morrigan n ’ avait jamais vu d ’ habitants provenant de l ’ océan ; aussi, elle la trouvait à la fois stupéfiante et éclatante. Elle détourna son regard de la sirène pour se recentrer sur l ’ enseignante, tous les apprentis étaient assis et attendaient les instructions.
« Bonjour à tous et à toutes. Plusieurs examens vont avoir lieu. Il s ’ agira d’épreuves de littérature, de transcriptions de différentes langues vivantes, de traductions de langues mortes, d ’ histoire, de philosophie, de sociologie, d’étude de civilisation et de bien d ’ autres choses encore. Vous avez deux heures pour finir les divers thèmes qui vous sont proposés. Bien sûr, on ne vous demandera pas de tout faire, mais seulement de traiter les sujets qui pourraient vous intéresser. Laissez le reste si vous ne le sentez pas. Vous devez avoir une note de soixante-quinze pour cent ou plus pour avoir droit à une position officielle dans ces matières. »
Morrigan n ’ avait jamais songé qu ’ il serait nécessaire de passer un examen pour entrer à l ’ académie. Elle pensait qu ’ il suffisait de venir et d ’ avoir sa place grâce à de bonnes notes, mais elle s’était lourdement trompée. Ce qui était sûr, c ’ est qu ’ elle ne pouvait pas se permettre d’échouer. Comme elle avait choisi son institut, elle n ’ avait plus d ’ autre possibilité que de prendre le chemin qu ’ elle s’était fixé. Son plan était de devenir historienne spécialisée dans les anciennes civilisations, un travail qui l ’ amènerait loin de son royaume et où elle n ’ attirerait aucunement l ’ attention.
La professeure passa dans les rangs pour distribuer les différents tests de sélection. Notre jeune apprentie sourit quand elle vit les matières qu ’ elle avait choisies : il s ’ agissait d ’ histoire, d ’ analyse des civilisations et des langues mortes. Elle avait étudié tous ces sujets et les connaissait assez bien. Finir les évaluations ne devrait pas lui prendre longtemps ; il suffisait qu’elle regarde autour d’elle pour s ’ apercevoir que cette joie n’était pas partagée. Les autres apprentis s’étaient décomposés en voyant les différents examens ; et sa camarade, à côté, ne faisait pas exception. Elle avait un peu de peine pour eux. L ’ enseignante donna les dernières instructions.
« Bien, vous pouvez commencer. Dès que vous aurez fini, vous pourrez sortir en silence. À votre droite, vous découvrirez un escalier qui vous mènera au réfectoire où vous pourrez manger à partir de onze heures. Les assiettes sont magiques, vous pourrez demander ce que vous voulez de disponible sur le menu qui se trouve au centre de chaque table. Que le vent vous murmure. »
Morrigan se pencha sur ses examens. Pour l ’ interprétation de la langue morte, il s ’ agissait d ’ une ancienne langue d ’ elfe primitive, une langue parlée il y a un peu plus d’un millénaire, qui fut ensuite remplacée par celle que nous connaissons actuellement, plus moderne et plus élaborée. Bien que ce ne fût pas une langue très compliquée à comprendre, il fallait être au plus juste dans la traduction. D ’ autant plus qu ’ un mot, selon la phrase, pouvait changer le sens de celle-ci. Elle tenta de faire de son mieux pour se rapprocher le plus possible du texte original. Une fois ceci terminé, elle enchaîna avec l’étude des civilisations. Cette fois, c’était un texte sur les coutumes lors des bals chez les faes quand des non-faes étaient conviés, et il fallait nommer les règles à suivre. Elle ne put s ’ empêcher de songer à cette princesse qui avait été invitée au bal du roi des faes de l ’ automne et qui avait mangé un aliment faes, ce qui n’est pas recommandé pour les non-faes. La nourriture eut sur elle un effet hallucinogène qui la fit escalader la rambarde du balcon. Elle pensa sauter sur des nuages de coton, mais la pauvre s’écrasa au sol et mourut sur le coup. Cela avait fait scandale en son temps et les relations diplomatiques avec les faes en avaient pâti. Morrigan se concentra de nouveau sur ses évaluations. Elle prit le dernier examen qu ’ elle avait choisi, celui d ’ histoire. Il s ’ agissait de la légende d ’ une des plus grandes reines des océans. Elle était particulière, car cette femme, connue pour avoir maîtrisé le sceptre de Poséidon, était d’une puissance inégalée. Cela lui avait conféré une emprise sur tous les peuples sous-marins et sur l’océan. Morrigan eut une pensée pour sa collègue assise à côté d ’ elle. « Elle devrait pouvoir s ’ en sortir avec ce thème-là. »
Onze heures sonnèrent, peu de monde avait fini en avance, mais Morrigan en faisait partie. Elle se dirigea vers l ’ enseignante et lui tendit ses copies. Sophia les enroula dans une capsule pour, ensuite, la glisser dans un tube ; celle-ci disparut aussitôt à travers le plafond. Cela devait être un vieux système de communication qu ’ ils avaient dû se réapproprier. Morrigan trouva cela fascinant. Elle fit un signe de la tête à l’enseignante puis sortit sans un bruit afin de ne pas déranger ses camarades qui, à en juger par leurs expressions, allaient en avoir encore pour un moment.
Morrigan suivit les instructions de l ’ enseignante pour se rendre à la cafétéria, il n’était pas difficile de trouver le réfectoire. Elle s ’ assit à une table, la pièce était presque vide et elle n’avait que l ’ embarras du choix. Tout en prenant le menu, elle essaya de se souvenir des instructions pour pouvoir commander à manger. La salade composée l’attirait particulièrement. Aussitôt son plat apparut ainsi qu ’ un verre d ’ eau. Elle avait eu beaucoup d ’ angoisse dernièrement. Ce petit repas lui suffirait pour aujourd ’ hui. Elle commençait à manger quand la fille de l ’ océan surgit sans crier gare. Cette dernière s ’ assit en face de Morrigan.
« Merci ! »
Morrigan en fut la première surprise. Elles ne s’étaient pas adressé la parole, elle s ’ en souviendrait. « Tu dois te tromper, ma belle. » Malgré tout, cette fille l ’ intriguait. La voir ainsi face à face était encore plus fascinant. Son visage était magnifique. Elle attendait visiblement une réponse. La salle commençait à se remplir, de plus en plus d’étudiants avaient terminé leurs épreuves. Elle devait arrêter de trop réfléchir dans ce genre de situation et agir.
« De rien, mais je peux savoir pourquoi tu me remercies ?
— Pour une fille qui était prête pour les évals, là maintenant, tu sembles un peu paumée. Tu l ’ auras deviné, je viens de l’océan, certains peuvent ressentir les choses rapidement. J ’ ai senti quelque chose pendant l ’ examen. J ’ ai eu l ’ intuition de regarder tous les sujets et j ’ ai vu celui d ’ histoire. Ta compassion m’était destinée et, pour ça, je te remercie. On ne se connaît pas, mais moi, c ’ est Zohra, juste Zohra.
— Moi, c’est Morrigan Duana. J ’ avais oublié que vous étiez empathes. Mais éclaire-moi sur un point : il ne me semblait pas que les habitants de l ’ océan étaient doués du sens de la déduction.
— Non, c ’ est vrai. Mon cas est spécial. L’une de mes mères fait partie de la population des sirènes descendant du Kraken ; et l’autre est issue du peuple en droite lignée de la nymphe Calypso et d ’ Ulysse. Il est populaire, même chez vous, et était connu pour sa grande intelligence. Un jour, il s ’ est arrêté chez la vieille Calypso et il n ’ a pas pu repartir avant sept ans. Enfin, vieille… elle nous enterrera toutes. Bref ! Il arrive que certaines sirènes possèdent des dons physiques ou psychologiques avec les anciens. Moi, je tiens mes tentacules du Kraken et mon sens de la déduction d ’ Ulysse. Mes mères m ’ ont apporté la force et le courage. Ce sont des guerrières.
— Tes mères ?
— Les sirènes peuvent changer de sexe pour se reproduire, pas de mâle chez nous ! »
Elle avait envie d ’ en savoir davantage sur les sirènes, mais elles ne se connaissaient pas. Elle préféra ne pas se laisser emporter par sa curiosité, car la dernière chose qu ’ elle souhaitait était de faire fuir sa nouvelle amie. C’était inédit pour elle et elle préféra donc rester silencieuse tout en continuant de manger sa petite salade. Zohra avait commandé le plat végétarien. Elle n ’ imaginait pas son peuple dévorer des poissons. « Ce serait un peu du cannibalisme, non ? »
« Calypso ? C’était une nymphe de la mer, n ’ est-ce pas ? Ce qui fait de toi une descendante de la mer et de l ’ océan.
— Vous aimez tout catégoriser, vous, les habitants de la terre, mais pour les miens, il n ’ y a pas de différence. La mer et l ’ océan, c ’ est la même chose, Duana. Chaque sirène, chaque poisson, chaque végétal compte, contrairement aux hommes qui se battent pour quelques bouts de terre. Je ne suis pas un cas à part. »
C’était une bonne façon de penser. Cette sirène avait des opinions très tranchées, mais elle visait juste. Elle allait apprécier sa nouvelle camarade et sa vision de la vie, car elle pensait différemment de tous ceux que Morrigan avait rencontrés jusqu’à maintenant. « Elle pense comme moi. »
Sa première journée ici lui faisait comprendre qu ’ elle avait encore tellement de choses à vivre et à apprendre au quotidien, elle voulait voir différentes cultures, s’ouvrir à d ’ autres visions. Rien ne la retenait dans son royaume, elle ne pouvait pas dire que ses proches l ’ attendaient. Elle n ’ avait pas d ’ ancre ; rentrer chez ses parents importait peu au vu du peu d ’ intérêt qu ’ ils lui accordaient. Elle eut tout de même une pensée pour sa nourrice. Cela faisait longtemps qu’elle ne l ’ avait pas vue, mais elle aurait bien aimé savoir ce qu’elle était devenue. C’était trop tard maintenant, mais la nostalgie de ces moments lui revenait de temps en temps.
« Quand tu dis que vous gardez certaines capacités, est-ce que ce sont des caractéristiques communes à tout un peuple ?
— Non, chaque individu est différent et les attributs qu ’ ils ont sont à peine visibles ; il se peut même qu’ils n’en aient pas. Mais je ne vais pas tout te révéler maintenant. Je sens que tu as besoin d’une personne intéressante à tes côtés. Et je le suis, promis. Quelque chose me dit qu’on sera amenées à se revoir. Alors, à bientôt. »
Elle laissa le reste de son plat et partit sans un mot de plus. Son assiette et ses couverts disparurent sur-le-champ.
Une voix s ’ entendit dans les haut-parleurs situés au coin de la pièce, qui annonçait que les corrections étaient terminées et que les programmes allaient être distribués aux élèves. « Ouah ! C ’ est des rapides. » Elle sortit du réfectoire en empruntant l’escalier par lequel elle était venue. Zohra avait-elle compris ce qui allait se passer ? Morrigan était de plus en plus intriguée par cette fille.
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