Un royaume en otage (French Edition)
Chapitre XVIII
QUELQUES MOIS
PLUS TARD
cœur net, et en même temps, elle avait peur de qui ça pouvait être. Si Morrigan entendit un drôle de bruit et s ’ avança vers la pièce éclairée. Il s ’ agissait d ’ une conversation ou d ’ un souffle ? C’était difficile à dire, mais elle devait en avoir le Morrigan se faisait prendre par l ’ ennemi, c’en était fini. Elle devait se cacher pour pouvoir observer la situation. Elle se rapprocha alors tout doucement vers la porte, accroupie, en essayant de faire le moins de bruit possible. La porte n’était pas très bien fermée et le petit entrebâillement laissait apercevoir la scène. Une femme était allongée sur une table, sa robe était remontée, tandis qu’un homme en armure, installé entre ses cuisses, effectuait des va-et-vient. C’était bien leur souffle qu’elle avait entendu, celui de personnes en pleins ébats. Il s ’ ensuivit quelques gémissements retenus. Morrigan avait l ’ impression d’être une voyeuse, ce qui la mettait mal à l’aise, mais elle devait comprendre qui étaient les personnes impliquées, au cas où il s’agirait d’une information importante. Cependant, elle ne distinguait toujours pas leurs visages. La femme, avec son chignon et ses vêtements sobres, semblait importante ; pourtant, elle ne la reconnaissait pas. Ce qui était sûr, c’est qu’elle n’était pas ici contre son gré. Ses gémissements montraient assez clairement que cette relation était désirée. Morrigan en eut assez, le jeu n’en valait pas la chandelle. Aussi, elle décida de partir doucement, sans faire aucun bruit. Mais c’était sans compter sur un plancher en bois capricieux qui grinça aussi fort que Madame Mirma lorsqu’elle était en colère. Ce bruit ne passa pas inaperçu et les deux tourtereaux arrêtèrent leurs ébats. Tout en remettant ses vêtements, la femme cria alors :
« Qui va là ? »
Le soldat avait ouvert en grand, éclairant au passage Morrigan. Elle reconnut la femme, mais n ’ arrivait pas à mettre un nom sur son visage. Cette dame fut choquée de voir Morrigan apparaître devant elle. Elle ordonna aussitôt à son soldat :
« Attrapez-la ! Ne la laissez pas s’échapper ! »
Le soldat prit la corne accrochée au mur à côté de lui et sonna l ’ alerte. Morrigan prit la fuite en courant le plus vite possible. Elle fit tomber tout ce qui se trouvait sur son passage pour ralentir son poursuivant. Elle se retrouva assez rapidement dehors et claqua la porte derrière elle pour ne pas indiquer où elle se dirigerait, au soldat qui n’allait pas tarder à défoncer cette même porte. Le bruit de la corne rameuta une troupe de soldats dans tout le bâtiment, tel le cri d’un loup pour prévenir ses congénères qu’une proie avait été repérée et que la chasse pouvait commencer. Elle devait prendre une décision et vite. Elle prit à gauche et courut autant qu’elle put. Son entraînement avec les démons des enfers allait enfin pouvoir lui servir. Les lignes des habitations étaient courbes, ce qui lui permettrait de ne pas être vue par le soldat. Bien qu’il eût le souffle court suite à son entraînement intensif avec la femme inconnue, il était sorti rapidement. Elle avait entendu les bruits de son armure dans toutes les directions. Au moment où elle allait se faire attraper, elle décida de tourner. Manque de chance, c’était une impasse. Elle ne pouvait plus faire marche arrière. Morrigan devait rester caché. Avec un peu de chance, ils pourraient passer devant elle sans la débusquer. Dans le pire des cas, elle pourrait utiliser la magie. Cependant, étant donné le bruit qu’elle percevait, ils étaient trop nombreux et elle n’était pas sûre de pouvoir leur faire face. Elle était trop paniquée pour réfléchir à ce qu’elle devait faire. Tout cet entraînement pour finir ici sans solution, car son cerveau avait décidé de ne plus fonctionner… Maintenant, des bruits d ’ armures venaient de chaque côté de la rue ; ils allaient chercher dans les ruelles. C’en était fini pour elle. Un ordre retentit, ce qui confirma ses soupçons :
« Cherchez dans les ruelles, elle ne doit pas être bien loin ! »
Au fond de la ruelle, Morrigan chercha une issue. Il y avait une porte, mais impossible de savoir vers où elle allait la mener : ami ou ennemi ? La porte s ’ ouvrit doucement et une vieille dame avec un châle rose sur la tête en sortit. Elle fit un signe à Morrigan d ’ entrer et mit un doigt devant sa bouche pour lui demander d’être silencieuse.
L ’ intérieur était assez modeste et maintenant qu’elle regardait la vieille dame, elle se rendit compte que celle-ci avait dû exercer une activité physique pendant de longues années, au vu de son dos courbé et de la canne qu’elle tenait à la main droite pour l ’ aider à marcher. Morrigan ne voulait pas causer de problèmes à cette femme. Il était clair, pour elle, que les soldats, après avoir parcouru les ruelles en vain, continueraient à la chercher dans les maisons. Cette femme allait mourir à cause d ’ elle. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Elle allait rebrousser chemin et passer par les toits. Sous l’œil de la vieille femme, Morrigan se dirigea vers la porte, mais au moment de poser la main sur la poignée, elle ne put s ’ y résoudre. Une autre solution s ’ offrait à elle, il lui fallait de l ’ aide. Dans sa poche se trouvait une oreillette de communication, elle l ’ avait amenée en cas d’extrême urgence ; elle l’enfila et murmura :
« Dean, j ’ ai un problème. Aide-moi. »
[1] Phrase de politesse emblématique des royaumes, qui termine une conversation.
[2] Académie des beaux-arts.
[3] L'époque avant-guerre désigne la période où Historia était une monarchie.
[4] Référence à une alternative de la bible dans ce royaume.
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Jennifer Bonillo