Un royaume en otage (French Edition)
Chapitre XII
TORTURE
ET INTUITION
qu’il avait ressenti tout ce temps. Le général s ’ adressa à l’un des gardes. Les parents Duana avaient été retrouvés et il exultait, comme s ’ il avait attendu ça depuis bien longtemps. Il allait enfin pouvoir leur faire savoir ce
« Où ont-ils été trouvés ?
— Le chasseur de primes dit les avoir capturés près du royaume des faes. Il les a aperçus alors qu’ils essayaient de rentrer. Il dit les avoir suivis puis kidnappés. Il attend pour recevoir sa prime. Que fait-on ?
— Donnez-lui son argent. Que l ’ on ne me dérange pas. Oh… Et je souhaite que tout le monde sache qu’ils sont avec nous. Je veux qu’elle, elle sache. Faites circuler l ’ information. Qui sait… Ça la poussera peut-être à revenir. »
Le soldat acquiesça puis quitta le donjon. Le Général les regardait avec mépris. Ils étaient là devant lui, accrochés sur une croix. Les extrémités de leurs membres étaient ligotées à des menottes, elles-mêmes attachées à des chaînes reliées à des poulies. C’était une méthode que le Général appréciait bien pour faire monter la peur chez ses victimes. Ils ne pouvaient pas savoir ce qui allait leur arriver ni quand il déciderait qu’ils n’étaient plus assez distrayants. Les instruments de torture à proximité avaient été mis là avant leur arrivée, dans le but qu’ils comprennent ce qui allait se produire dans cette pièce et ainsi que la peur se transforme en terreur. Le Général ne pouvait plus rien obtenir d ’ eux, mais il pouvait au moins leur faire payer. Il s ’ avança vers la table qui se trouvait à côté de ses prisonniers et regarda tous les outils qui y étaient disposés. Un échauffement était indispensable. Il devait y aller doucement pour que le jeu le divertisse suffisamment longtemps. Ce jeu devait durer plusieurs jours et avait donc nécessité de faire appel à un soigneur peu scrupuleux. Il avait pour ordre de venir ici chaque soir, à la même heure, les soigner. Il pourrait alors les torturer encore et encore… Son regard fut attiré par une courte pince, il la prit en main. « Cela devrait faire l ’ affaire pour commencer. » Il se retourna vers la table en se demandant qui serait sa première victime. Normalement, il aurait confié cette tâche à son commandant, mais il avait exigé qu’il ne revienne qu’une fois la fugitive attrapée. Et puis, il trouvait que la torture était un art si magnifique qu’il était content de ne pas avoir à se priver des petits plaisirs de la vie. Aussi, il décida d ’ accueillir comme il se devait ses nouveaux hôtes.
« Les parents Duana ! Bienvenue dans mon château. Je suis sûr que vous auriez préféré entrer par la grande porte, j ’ en conviens, mais la vie a voulu que vous finissiez dans mon donjon, vous avez choisi le mauvais camp. Je bavarde trop quand je suis heureux. Voyez-vous, ce que vous avez fait m ’ a suffisamment mis en rogne pour que nous jouions ensemble aujourd’hui. J ’ imagine que vous savez de quoi je parle. »
Ce petit discours fit réagir les deux prisonniers. On pouvait entendre des sanglots étouffés par leur bâillon. Les soldats leur avaient fait passer une longue chemise pour faciliter la torture. Il s ’ approcha de la femme en premier. Il fit glisser sa main sur ses jambes. Cela déclencha une réaction immédiate. Elle tentait de se dégager. Il remonta jusqu’à sa cuisse puis dériva vers sa main et s ’ en saisit. Comme il ne fallait pas qu’elle bouge, il la tenait fermement. Il s’empara de la pince et vint l ’ accrocher à l ’ ongle de son index. Il prit une pose de satisfaction et tira sur l ’ ongle d ’ une manière très lente pour prendre du plaisir dans ce jeu. Un cri sortit de la bouche de la femme. Il exultait. Du sang commençait à sortir de sous son ongle.
Il baissa les yeux vers son pantalon et constata qu’il y prenait réellement du plaisir : une bosse s’était formée entre ses jambes. La situation l ’ excita comme chaque fois qu’il pratiquait la torture. Cela faisait tellement longtemps depuis la dernière fois ; il ne pouvait pas montrer cet aspect de lui-même trop souvent. Personne n ’ aurait suivi un homme de pouvoir cruel au point d ’ en prendre du plaisir. Il ne pouvait pas se permettre que cela se sache. Avant, il aurait ordonné l ’ assassinat de toutes les personnes impliquées, mais après le virage qu’avait pris son royaume, ce genre de méthode n’était plus nécessaire. Il finit de retirer l ’ ongle de la femme qui pleurait et tremblait de douleur. Du sang s’était déversé aux alentours. Il aimait la voir en détresse.
« Je sens que ce jeu va s ’ avérer plus excitant que prévu. »
Après avoir lu l ’ histoire de son propre pays, Morrigan avait parlé longtemps de ce qu’il contenait et elle comprenait le point de vue de Zohra. Celle-ci voulait protéger toute une organisation et c’était honorable de sa part, mais Morrigan lui en voulait parfois de ne pas lui avoir dit que la cause la recherchait, même si elle ne lui en tenait jamais rigueur très longtemps. Zohra s’était encore plus impliquée pour l ’ aider à contrôler sa magie. Elle s ’ en voulait terriblement et Morrigan le sentait. Savoir ça l ’ avait beaucoup aidée à lui pardonner. Mais le découragement se faisait ressentir après tant de livres lus et des bribes de réponses qui ne l ’ avaient pas aidée.
« C ’ est le énième livre qu’on lit et toujours rien à propos de mes pouvoirs. »
Zohra regardait Morrigan avec peine. Elles avaient emprunté tous ces ouvrages discrètement à la bibliothèque pour venir étudier dans le jardin par ce beau soleil. Un si grand nombre d ’ emprunts n ’ aurait pas été permis, et elles avaient échafaudé un plan pour tous les faire sortir. Morrigan avait juste dû jouer les apprentis exemplaires pour réclamer, à la bibliothécaire, un bouquin se trouvant dans l ’ allée la plus éloignée de l ’ entrée, tandis que Zohra se faufilait à l ’ extérieur sans se faire pincer jusqu’au parc. Sa camarade était douée pour ce genre de tâche. Après avoir remercié la dame de la bibliothèque, Morrigan était partie en empruntant le livre qu’elle lui avait demandé afin de ne pas éveiller les soupçons. Astucieux et efficace. Zohra referma son bouquin. Encore un livre qui ne disait rien sur la magie en question. Elle regarda le jardin : quelques animaux s’y promenaient, ce qui n’avait rien de curieux, car la forêt se trouvait à côté. Des bébés les accompagnaient et elle s’émerveilla de voir à quel point leur instinct leur dictait de s’occuper de leur progéniture. Zohra eut une idée.
« Duana, on s ’ y prend peut-être mal.
— Tu veux dire quoi ?
— Le professeur a parlé de magie des émotions ; et si c’était une magie un peu plus instinctive ?
— Explique !
— Je veux dire que tu dois maîtriser une émotion. Tu dois la ressentir pour faire ce dont tu as envie. Tu dois te mettre en condition. »
Morrigan réfléchit. Elle avait réussi jusqu’à maintenant certains exercices uniquement parce qu’elle se sentait dans les bonnes conditions pour y arriver. Cette conclusion lui avait traversé l ’ esprit mais, n ’ y connaissant rien en magie, elle avait décidé que cette solution était trop ordinaire. Maintenant que son amie lui disait le contraire, elle se sentait idiote. Même dans quelque chose d’aussi complexe que la magie, on peut trouver de la simplicité.
« D ’ accord. Conditionner son cerveau, c ’ est une chose, mais comment savoir quelle émotion je devrais ressentir ?
— Là, il y a pas de secret ! Tu vas devoir expérimenter.
— Au vu du nombre de possibilités, ça risque d’être long.
— Les personnes qui ont ce type de pouvoir peuvent ressentir ce genre de choses. Tu sauras ce qu’il faut faire de manière instinctive, c ’ est là, quelque part, au plus profond de toi. »
Morrigan regarda à côté d ’ elle. « Avec quoi je vais pouvoir essayer ? » Elle vit une fleur qui n’était encore qu’un bourgeon. Elle décida de tenter le coup. Son amie tourna la tête dans la même direction pour voir quelle idée elle avait eue. Elle se concentra sur des choses heureuses. « C’est dans les moments heureux qu’il y a la vie. » Ses moments les plus heureux concernaient son départ d ’ Historia et ses débuts à l ’ académie des sorciers. Elle pensa à tout ce qui s’était passé depuis, puis regarda de nouveau son objectif : faire fleurir le bourgeon. Elle essaya de penser à son intention tout en gardant ses émotions. Ses yeux restèrent concentrés sur le bourgeon de la fleur. Plus rien ne faisait partie de son environnement au-delà de cette seule fleur. Elle le savait, c’était là, au fond d ’ elle-même. La fleur se mit à bouger timidement. Elle prit son temps pour éclore, puis la fleur apparut enfin. Ce moment était beau et unique à contempler, ce n’était pas tous les jours qu’elles pouvaient voir une floraison en accéléré. C’était magique dans tous les sens du terme. Elle se tourna vers son amie, fière d ’ elle.
« J ’ ai réussi !
— Je suis super contente. »
Zohra prit Morrigan dans les bras pour partager son bonheur, mais celui-ci fut de courte durée, car elle regarda l ’ heure de l ’ horloge sur la tour la plus haute. Il était bientôt onze heures. Elles devaient se dépêcher ou elles allaient être en retard au prochain cours et elles ne pouvaient pas se permettre d ’ avoir à trouver un alibi pour tous ces livres.
« Allez, viens, il faut rendre les livres avant le début du cours ! »
Elles se regardèrent, affolées. Le temps était venu de remettre les livres.
Arriver en retard pour le cours sur les remèdes magiques n ’ avait pas été une bonne idée. Le professeur leur avait demandé de rester après la classe pour tout ranger. Pour lui, une seule chose comptait pendant sa formation :
« La discipline ! C ’ est ce qui maintient notre cap ! »
Pour ce cours, les apprentis avaient pu amener leur familier. Morrigan était contente de pouvoir passer plus de temps avec Émeraude, celle-ci était souvent en forêt et elles n ’ avaient pas eu l ’ occasion de beaucoup se voir. C’était un être vivant et libre, et on ne pouvait pas le lui reprocher, mais parfois, elle aurait aimé passer plus de temps avec elle, la sentir près d ’ elle. Alors, quand elle avait su que ce cours lui permettrait d ’ amener Émeraude, elle avait été heureuse. Le professeur leur avait expliqué que ce cours-ci porterait sur les potions pour les familiers. C’était primordial, pour un sorcier, de savoir comment s ’ occuper de son compagnon, du moins pour les premiers secours. Un tabouret avait été mis à côté de chaque pupitre pour qu’ils puissent se poser dessus. Émeraude était allongée sur le support qu’elle lui présentait et attendait les instructions.
« Aujourd’hui, nous allons préparer un remède universel pour les plaies superficielles. Nous allons utiliser les plantes qui se trouvent devant vous. Prenez des feuilles de millepertuis et versez-en 500 g dans de l ’ huile d ’ olive. Vous laisserez macérer cela 10 à 20 jours. Quand ce sera la pleine lune, je viendrai les chercher, je filtrerai le tout et je retirerai les feuilles pour les mettre en bouteille. Je vous fournirai une fiole chacun. Mais avant, il faut comprendre pourquoi nous devons faire ce mélange. Vous allez consulter le chapitre III du livre que je vous donne, Plantes et remèdes. Cela concerne l ’ effet de la pleine lune sur les plantes ; et je vous conseille de regarder, à la fin du livre, les propriétés des feuilles de millepertuis. »
Le professeur fit léviter les livres pour les amener sur chaque pupitre, et les apprentis se mirent à lire le chapitre mentionné. Il était assez long et ils ne pouvaient pas commencer une préparation sans savoir ce qu’ils faisaient. C ’ est un mantra qu’avait répété l ’ enseignant tout le long de la leçon. Morrigan lisait vite pour sa part et, une fois qu’elle eut terminé, elle prit la balance, retira les feuilles de la fleur puis les pesa. C’était une belle fleur jaune avec plein de petites étamines rouges. Morrigan versa l ’ huile d ’ olive dans un grand bécher puis ajouta les feuilles fraîches. Émeraude sentit la décoction arriver jusqu’à sa truffe et se releva pour sentir le mélange de plus près.
« Cette mixture est à mettre localement sur les plaies. Cette plante a un pouvoir cicatrisant. Vous pourrez l ’ utiliser pour les coups de soleil ou vous pourrez masser votre familier s’il était pris d’une crampe. Votre mélange ne sera pas prêt tout de suite. Ne l ’ appliquez pas sur votre familier tant que la potion n ’ est pas à maturité, cela risquerait de provoquer l ’ effet inverse. »
Il agita la main puis de petites fioles apparurent devant chaque élève ainsi qu’un gros grimoire. Les préparations des apprentis étaient désormais terminées ; le professeur fit disparaître les fioles et, en échange, d ’ autres fioles apparurent.
« Voici une petite préparation qui est prête à être utilisée en attendant les vôtres. Vous allez masser une des pattes arrière de votre familier. Je veux voir comment vous vous y prenez. Bientôt, nous allons augmenter le niveau. Je vous ai aussi donné un grimoire. Un sorcier ou une sorcière doit toujours en avoir un. Vous ne pourrez pas vous souvenir de tout, notez-les dans ce grimoire. Faites des expériences et tentez de nouvelles choses, pas seulement avec les plantes médicinales ; ça marchera pour les décoctions, les potions ou même sur les spécificités de votre magie… Tout ce qui vous vient à l ’ esprit. Maintenant, massez votre familier. Doucement, ou ils vous feront savoir que vous lui faites mal. »
Les apprentis se mirent à la tâche. Certains familiers émirent un jappement quelques secondes après le début du massage ; l ’ enseignant les reprit, car ils y mettaient trop de force. Morrigan plaça ses mains de chaque côté de la patte d’Émeraude et fit des petits mouvements circulaires avec ses pouces ; elle n ’ osait pas y aller trop fort, de peur de lui faire mal.
« Comment te sens-tu ? Je ne te fais pas mal ?
— Non, tu peux y aller un peu plus fort. »
Cette confiance mutuelle leur permettait de travailler ensemble plus efficacement. Elle lui faisait confiance comme personne. Le professeur s’attarda avec chaque élève jusqu’à ce que le mouvement soit parfait, et le cours fut terminé. Pas de devoirs, mais il leur demandait de venir observer une fois par semaine pour voir l’évolution des remèdes et ainsi apprendre à en reconnaître un bon. Cela paraissait juste. Les enseignants travaillaient avec les recrues et non contre elles.
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