Un royaume en otage (French Edition)
Chapitre XX
SOUVENIR
INCONNU
grandes dents et des cornes sur la tête, mais elle se trompait. Leur beauté Àpeine arrivée, Morrigan avait été prise en charge par des démons supérieurs devant l ’ entraîner et évaluer son niveau. Elle s’était attendue, elle devait l ’ avouer, à voir des monstres avec de était tout aussi surnaturelle que celle du prince des enfers ; ces créatures étaient certes beaucoup moins séduisantes que lui, mais elles l’étaient bien plus que de simples mortels. Ce monde s ’ obstinait à défier toutes ses croyances. Mais elle devait bien avouer que ça la soulageait, ses appréhensions n’étaient plus aussi fortes qu’avant. Ceci dit, il restait l ’ entraînement. Elle se doutait que ces êtres surnaturels étaient aussi dangereux qu’ils étaient magnifiques à regarder. La femme qui l ’ entraînait était parfaite en tout point, elle se demandait même ce qu’elle ferait, elle, avec ses formes. Elle ne lui arrivait pas à la cheville. Même ses cheveux d’un noir profond avaient des reflets bleu nuit incroyables. Elle les avait attachés en queue-de-cheval avec un catogan et ils descendaient en cascade dans son dos. Ce qui était étonnant, c’était sa façon de parler un peu rustique qui contrastait avec son physique enchanteur.
Émeraude observait la scène, lovée dans un coin. Il est vrai que sa familière n’était pas très bavarde et pouvait même paraître distante d ’ un point de vue extérieur, mais c’est comme ça qu’elle l ’ aimait. Tandis qu’elle se reposait, Morrigan devait travailler dur. Son entraîneuse avait testé son endurance et ses capacités de corps à corps, mais ça n ’ avait pas été très concluant. Elle décida de passer à la magie. Morrigan était stressée, car elle n ’ avait pas vraiment réussi quoi que ce soit. La démone, qui s ’ appelait Danaé, se rendit compte de l’état émotionnel de Morrigan. Elle vint appuyer ses mains sur ses épaules pour essayer de la détendre et les lui massa. Des frissons parcoururent le haut de son corps, elle se détendit de manière instinctive. Elle soupçonna Danaé d ’ avoir ce genre de pouvoir.
« C ’ normal d ’ avoir une magie liée aux émotions quand on est un démon. »
Morrigan n ’ en croyait pas ses oreilles. Elle avait bien entendu ce qu’elle avait entendu. La magie des émotions était liée aux démons ! Mais alors, qu’est-ce que cela faisait d ’ elle ? Morrigan commençait à comprendre beaucoup de choses, comme le fait que sa magie soit la même que les démons et qu’Émeraude, elle-même, soit un démon renard. Elle voulait lui en demander plus, mais elle la coupa :
« Tais-toi et fais c’que j ’ te dis ! T ’ vois la cible là-bas ? J ’ veux qu’tu penses à quelque chose de très fort. »
Son familier sentit son stress face à l ’ annonce de l ’ entraîneuse et l’encouragea :
« Je sais que tu peux le faire. Je t ’ ai dit que je t ’ aiderais et je vais le faire. Tu peux penser à de l’énergie sexuelle ou violente. Le feu s ’ allumera. »
Morrigan remercia mentalement son amie. Elle repensa au moment où elle avait réussi à allumer le feu dans la forêt ; elle avait eu très chaud avant de pouvoir l ’ allumer. Elle n’en était pas sûre à ce moment-là, mais maintenant elle se dit qu’elle était tout simplement excitée à l ’ idée de se tenir contre Dean… Elle repensa à leur corps à corps de la dernière fois et au moment où il avait failli l ’ embrasser. Elle avait de nouveau chaud, mais essaya de garder un peu de concentration sur sa cible. Elle n ’ avait pas aussi bien réussi que la fois dernière, mais c’était un début. Son entraîneuse l ’ avait senti.
« Bien. Garde c ’ t’état d ’ esprit et brûle-moi c’te merde ! »
Elle repensa encore à Dean. Les images tournaient en boucle dans sa tête. La cible commençait à brûler. Elle continua à faire tourner les images en boucle jusqu’à ce que la chaleur de son propre corps devienne insoutenable, puis la cible s ’ enflamma d ’ un coup et fut réduite en cendre. Morrigan regarda Émeraude et la remercia d ’ un sourire. Elles se comprirent.
Danaé parut satisfaite. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
« Bien joué, pétasse ! Séance de sport tous les jours à j+1 de ton mariage. T ’ vas souffrir. »
C’était assez marrant de constater à quel point sa beauté contrastait avec sa vulgarité. Elle l ’ aimait bien, elle n’était pas comme les autres et se fichait bien des manières. Morrigan se mettait constamment des filtres et c’était plutôt fatigant à la longue. La seule autre personne avec laquelle elle s’était entendue tout de suite était Zohra, qui avait une personnalité assez forte comme Danaé, et c’était sûrement ce qui lui plaisait en amitié. Elles étaient complètement différentes des gens d ’ Historia qui étaient de nature calme, peut-être trop calme. Le milieu dans lequel elle avait grandi y était sûrement pour quelque chose. Les gens étaient souvent faux et hypocrites derrière leurs grands sourires, ce qui avait toujours mis Morrigan mal à l’aise. Elle remarquait chaque parole, chaque expression, ce qui était souvent compliqué quand elle y décelait du mépris ou de la pitié. C’était également une des raisons de son éloignement avec le monde qui l ’ entourait. Si elle était honnête avec elle-même, l ’ instinctn ’ avait pas été la seule raison. Les expressions qui traversaient les visages des gens, quand ils croyaient être à l’abri des regards, pouvaient être mauvaises et pleines de mépris. Elle n ’ en avait rien dit bien sûr, car elle avait essayé d ’ en parler avec sa nourrice, qu’elle affectionnait beaucoup, et celle-ci lui avait dit que le jugement n’était pas une bonne chose. Pourtant, il s ’ agissait là de faits et non de jugements de sa part. Elle avait compris que ce n’était pas quelque chose à faire en société et avait alors décidé de tout garder pour elle. Avec des personnes comme Zohra ou Danaé, il n ’ y avait pas besoin de se forcer, elle exprimait ce qu’elle pensait et pensait ce qu’elle disait. Simple et efficace. Avec Émeraude, c’était différent. Elle savait qu’elle n ’ avait pas besoin de tout ça, leur lien parlait pour elles.
La séance était désormais finie et elle rangea ses affaires. La porte s ’ ouvrit sur Dean, Il regarda Danaé et celle-ci partit aussitôt, comme si elle l ’ avait compris instinctivement. « Sûrement un effet de leurs pouvoirs. » Il avança vers Morrigan à pas lents, les mains dans le dos.
« Comment s ’ est passée la séance ?
— Intense. Danaé est une personne originale.
— Je savais que tu l ’ aimerais. »
Il lui souriait, mais ses yeux n ’ exprimaient pas réellement de la joie. Il avait quelque chose à lui dire, c’était clair. Il tendit ses bras devant lui ; il tenait dans la main un bracelet en or blanc avec des détails fins sur le contour. C’était magnifique. Il lui prit le poignet.
« Tiens. Ça va t ’ aider à contrôler ta magie. Plus tu la contrôleras et plus tu monteras en compétence, plus ce bracelet sera efficace. »
Émeraude avait senti quelque chose à propos de ce bracelet et décida de se rapprocher d’eux. Au moment où le bracelet entra en contact avec sa peau, Morrigan eut une vision. Une femme habillée avec une tunique blanche fendue sur un côté et portant un bijou sur sa cuisse apparente. Elle portait le bracelet à son poignet, son bracelet ! Elle s ’ approcha du berceau devant elle, un enfant pleurait. Elle le prit dans ses bras et le berça pour qu’il s’arrête de pleurer. Elle lui souriait. Il y avait beaucoup de tendresse et d ’ amour dans ses yeux. Elle s ’ adressa au bébé :
« Morrigan, ma toute petite. Maman t ’ aime. »
Morrigan fut happée par cette scène. Elle venait de voir sa mère. Cela avait été court, mais c’était assez pour vivre intensément ce moment. Émeraude, qui avait ressenti ces sensations, comprit ce qui venait de se passer et dit à voix haute, pour inclure Dean :
« Tu as eu une vision, hein ? »
Morrigan acquiesça. Dean comprit quelle question elle allait lui poser.
« Oui, c’était à ta mère. Elle nous l ’ a donné après avoir signé le contrat… Pour que tu l ’ aies un jour. C’était un cadeau pour ton mariage. Il se transmet de mère en fille. »
Elle repensa à ce que Danaé lui avait dit sur la magie des émotions et le fait qu’elle soit courante chez les démons. Elle devait savoir.
« Est-ce que je suis une démone ? »
Dean fut surpris par sa remarque. Il ne s ’ attendait pas à ce genre de question. Morrigan précisa :
« Danaé a dit que la magie des émotions était habituelle chez les démons.
— Elle a raison. Mais toi, tu n’en es pas une. Disons que ta lignée a eu ce genre de pouvoir. Ce n ’ est pas banal chez les humains et, à ma connaissance, vous êtes la seule lignée à l ’ avoir eu. On a déjà écarté, il y a longtemps, la piste du sang de démon ; enfin, mon père l ’ a fait. Je n’étais pas né, mais d ’ après ce que j ’ ai compris, il a fait analyser votre sang par un spécialiste. Le genre de spécialiste qui goûte le sang et devine d ’ où il vient. Un vampire, enfin pas n ’ importe lequel, puisque c ’ est le père de tous les vampires.
— Tu veux dire qu’un vampire a analysé le sang de ma lignée ? Vous êtes sûrs que c ’ est un spécialiste.
— Crois-moi, même votre technologie ne lui arriverait pas à la cheville. »
Morrigan restait dubitative face à cette information, mais elle n ’ en dit rien. Une autre question lui vint en tête :
« Et le fait qu’Émeraude soit une démone a quelque chose à voir avec mes pouvoirs ?
— Oui. Sûrement. Disons que c ’ est pour ça que vous vous êtes choisies. »
Quelque chose attira son attention, elle avait chaud de nouveau. Il tenait son poignet depuis tout à l ’ heure et maintenant il le lui caressait. Il la regardait intensément, elle ne savait pas si c’était son regard ou la caresse, mais elle eut un frisson qui lui parcourut la colonne vertébrale et elle émit un petit gémissement. Il s ’ approcha d ’ elle et lui passa une main dans le dos, mais ils furent interrompus par un serviteur qui frappa à la porte, ce qui fit grogner Émeraude. Celle-ci ne perdait pas une miette du moment qui était en train de se passer entre eux. Dean la regardait toujours dans les yeux, mais le serviteur insistait. Dean coupa le contact et la tension qui en découlait. Il n’était pas content que quelqu’un vienne le déranger dans ce moment. Après un troisième coup, il se décida à répondre :
« Entrez ! »
Le serviteur, qui comprenait que sa présence n’était pas souhaitée, parla d ’ une voix basse pour ne pas le mettre en colère davantage.
« Sa seigneurie vous demande de vous changer et de le rejoindre pour le dîner, mon prince. »
Morrigan trouva cette excuse comme porte de sortie pour mettre de la distance entre eux et partit sans même le regarder, suivie par sa familière. Pour une fois, c’était à son tour de s’enfuir. Il allait être son mari, il faudrait bien qu’elle s ’ y habitue, elle le savait. Mais ce ne sera pas aujourd’hui. Émeraude s ’ approcha d ’ elle.
« Tu as trouvé ton humain mâle. »
Ce n ’ est pas comme si elle avait eu le choix.
Morrigan arriva dans la salle où attendaient Dean et son père. Émeraude n ’ avait pas été invitée, car les démons n ’ avaient pas le droit d’être à la table royale, mais elle avait été conviée à rejoindre les démons supérieurs. Morrigan avait bien émis quelques réticences, mais sa familière ne parut pas s ’ en offusquer. Elle pouvait être solitaire par moments. Un peu comme Morrigan finalement.
Le seigneur des enfers et son fils étaient habillés de façon élégante, ce qui mettait en valeur leur beauté surnaturelle. Ils avaient revêtu leurs plus beaux vêtements : Dean portait un costume bleu nuit parfaitement en accord avec la couleur de sa peau hâlée ; et Lucifer, un costume noir aux reflets verts, également très seyant. Elle-même, après la séance, avait été accompagnée à une salle de bains où se trouvaient des affaires de rechange. Là encore, on lui avait laissé le choix entre une robe rouge magnifique et un pantalon marron clair plus large au niveau des jambes avec une blouse blanche et un petit nœud sur le col. En temps normal, elle aurait choisi la tenue la plus confortable des deux. Les robes, ce n’était pas vraiment son truc. Ce n ’ est pas qu’elle n ’ aimait pas, mais simplement que ses goûts étaient différents. Elle respectait ces femmes qui étaient tout le temps parfaites, car elle-même n ’ en avait jamais eu la patience, mais aujourd’hui, c’était différent. Morrigan avait voulu mettre cette robe, elle n’aurait su dire pourquoi, ou plutôt elle le savait, mais ne voulait pas l’admettre. Elle voulait que Dean la regarde différemment et c’est ce qui se passa. Dean ne l’avait pas lâchée du regard, il espérait secrètement qu’elle porte cette robe, elle en mettrait sa main à couper. Aussi, elle se félicita de ce choix judicieux, au vu de la façon dont il la regardait. On pouvait y lire du désir. Elle toussa pour détourner le regard, mais c’était trop tard et il le savait.
Ils se levèrent pour l ’ accueillir. Quand elle arriva en face de Dean, elle s ’ assit, suivie du regard par les deux hommes. Dean essayait de ne pas la regarder, mais elle était là en face de lui et c’était difficile de faire autrement. Alors, Morrigan lui sourit, l’air satisfait. Elle aurait juré que, s’il avait été seul avec elle à ce moment, il lui aurait déchiré cette robe et l’aurait prise, là, sur la table. Mais Lucifer était présent et elle était trop gênée pour penser à ça maintenant.
La situation étant quelque peu embarrassante, personne ne voulait prendre l’initiative de briser le silence. Finalement, le maître des lieux prit la décision que c’était à lui, en tant qu’hôte, de mettre à l’aise son invitée pendant que les domestiques passaient entre les convives afin qu’ils se servent – il s’agissait de purée avec des petits légumes. Dean essayait dorénavant de se concentrer sur la conversation pour s’obliger à détourner son regard de Morrigan.
« Vous ne connaissez pas les codes de la royauté, n ’ est-ce pas ? »
Cette phrase avait le mérite de faire une forte impression. Ce n’était pas la meilleure manière pour commencer à connaître une personne, mais ça avait brisé le silence et c’était une première étape. Avant de répondre, Morrigan prit un peu de purée dans sa bouche, elle fut surprise, car c’était la purée la plus exquise qu’elle ait jamais goûtée.
« C’est délicieux. Mais pour répondre à votre question, non… en effet. J ’ ai été élevée par des personnes issues, je pense, de la petite bourgeoisie. »
Il ne releva pas la première partie de sa réponse sur la cuisine, à laquelle il avait simplement réagi par un sourire, et passa directement à ce qui l’intéressait.
« Hum, et avez-vous eu des relations avec un homme auparavant ?
— Oui. Si vous me demandez si j ’ ai eu des relations sexuelles, la réponse est oui.
— Vous n’êtes donc pas pure.
— Vous m ’ excuserez, Monsieur, mais je pense que ce genre de mentalité est un peu démodé. »
Dean, qui écoutait attentivement, décida d ’ intervenir ; il n’aimait pas la tournure que prenait la conversation.
« Depuis quand cette histoire de pureté te dérange ? Moi-même, je ne le suis pas.
— Ce n ’ est pas pareil, tu es un homme.
— C ’ est exactement pareil et je ne peux pas croire que tu dises ce genre de chose… Toi. »
Morrigan n ’ allait pas laisser le soin à quelqu’un d ’ autre de la défendre, elle devait réagir à ce qu’il venait de dire. Un puissant sentiment d ’ injustice monta en elle. Elle posa ses couverts. La conversation lui avait coupé l’appétit.
« Ma vertu ne vous regarde en rien. Je vais même vous dire : ce que vous dites est sexiste et complètement inapproprié. Je ne veux plus entendre ce genre de chose sur ma personne. »
Lucifer avait entendu ce qu’il voulait entendre, et un sourire satisfait apparut sur ses lèvres. Il porta quelques petits légumes à sa bouche et se délecta du spectacle.
« Je vous aime bien.
— Encore un de tes stupides tests. C’était vraiment nécessaire ?
— Penses-tu vraiment que j ’ allais laisser mon fils épouser n ’ importe qui ? Ne sois pas stupide. Mais je l ’ aime bien si ça peut te rassurer. »
Morrigan comprenait ce qu’il sous-entendait par-là, car ils étaient liés par un contrat de sang.
« Et si je n ’ avais pas convenu ?
— Si vous n ’ aviez pas convenu… ? On ne le saura jamais, Madame Duana. »
Il l ’ aurait, sans aucun doute, tuée. C’était assez effrayant de penser qu’elle était passée à deux doigts de mourir. Dean avait compris la même chose. Il se leva et s ’ avança jusqu’à elle pour la prendre par le bras.
« Je serais intervenu pour que cela n’arrive pas. Je te le promets. »
Dean l’entraîna à sa suite hors de la pièce, ils laissèrent en plan leur hôte et le dîner, elle n’avait plus faim de toute façon. Elle aurait juré l’avoir entendu rire à gorge déployée après leur séparation. Quant à savoir s’il était moqueur ou méchant, elle n’aurait pas su le dire.
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