Une Microhistoire D’athènes

D. Ackermann · Chapitre 2 sur 2 · partie 9/40

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Une Microhistoire D’athènes

Principes D’édition des Inscriptions

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 40 parties.

 

113. Auparavant, la pierre se trouvait au Musée national (glypta 1200), selon Kirchner. 114. Il a proposé aussi le décret 2, alors que son père était archonte. Sur cette famille, voir infra, p. 167.

LA VIE POLITIQUE 119

 

La date

 

Le texte est facilement datable de l’année 317/6 en raison de la mention de l’archonte éponyme Dèmogénès aux lignes 4-5. Plus précisément, les chorèges ont officié lors des Dionysies locales entre la fin de 317 et le début de 316 ; le décret a dû être promulgué peu de temps après la fête.

 

Décret honorifique pour Autéas et Philoxénidès (no 4*)

 

Cette magnifique stèle est l’un des fleurons du Musée épigraphique d’Athènes. Cela est dû à son excellente conservation, ainsi qu’à la qualité et à l’originalité de son décor sculpté. Les décrets à en-tête sont une rareté dans les dèmes, et sont nettement minoritaires au niveau de la cité également ; notons qu’Aixônè en compte deux, celui-ci et le numéro 5. Cette stèle est aussi ornée d’une intéressante frise de masques scéniques. L’intérêt de ce document ne réside pas uniquement dans son ornementation : nous le verrons, le décret que porte la pierre est généralement considéré comme un témoin important pour la date de l’abolition de la chorégie à Athènes dans la seconde moitié du ive s.

 

Dans ce décret, les démotes couronnent les chorèges Autéas fils d’Autoklès et Philoxénidès

fils de Philippos, vainqueurs au concours de comédie des Dionysies rurales sous l’archonte Théophrastos. Il est précisé que les couronnes seront décernées lors des Dionysies de l’année suivante, comme on pouvait s’y attendre. Les couronnes d’or octroyées par les Aixonéens sont habituellement de 500 drachmes, mais elles ne sont ici que de 100 drachmes. On peut conjecturer que cette année était particulièrement coûteuse en récompenses, puisque le décret 5 a été promulgué la même année ; le dème aurait ainsi décidé de revoir le prix des couronnes décernées aux chorèges à la baisse 115.

 

La stèle était exposée au théâtre d’Aixônè, comme tous les décrets honorifiques concernant

des chorèges. Dans leur editio princeps en 1941, N. Kyparissis et W. Peek ne donnent aucun détail sur le lieu exact de la découverte, ce qui est regrettable, car cela aurait permis de situer l’emplacement du théâtre du dème (à supposer que la pierre ait été in situ). On peut douter en réalité que les éditeurs aient trouvé la pierre eux-mêmes : ils déclarent simplement qu’elle était conservée dans la maison du gardien, sur le sentier menant à l’Acropole. En ces temps troublés de Seconde Guerre mondiale, les musées étaient fermés et les antiquités d’Athènes étaient cachées et dispersées afin d’éviter les dommages et les pillages 116.

 

Le texte

ME 13262.

Stèle à fronton en marbre blanc, ornée d’une représentation en bas-relief au-dessus de l’inscription. Sur l’architrave du fronton, cinq masques de comédie sont gravés en bas-relief. Sous l’inscription figurent deux couronnes d’olivier en relief. L’arrière est simplement dégrossi au pic, ce qui indique que la stèle se dressait probablement contre un mur.

L’acrotère sommital du fronton et celui de droite sont très mutilés, celui de gauche est abîmé sur le devant. La parastade gauche du relief est brisée en bas, les côtés de la stèle sont abîmés en plusieurs endroits et il manque

 

115. Contra Guarducci (1987), selon laquelle la somme relativement faible dépensée pour les couronnes dans notre

décret est due au fait que l’on se trouve dans un dème de la campagne, et non dans la cité, où les couronnes

de 500 dr. sont la norme : « nell’ambiente campagnolo di un demo le cose si fanno più modes tamente ». Mais

dans les dèmes aussi la somme de 500 dr. est la plus courante ; les couronnes d’or de 100 dr. sont rares, on ne peut

guère citer que IÉleusis 85, l. 10-14 (honore le démote Philokômos pour avoir proposé de mettre en location la

carrière de pierre d’Héraclès. Voir SEG LIX 143). Sur la valeur des couronnes d’or, voir supra, p. 98-99. 116. Voir V. Chr. Pétrakos, Ƙɖ Dzƴƺƥʶƥ ƷʨƵ ȉƯƯƠƨƲƵ ƮƥƷɖ Ʒɞư ƳƿƯƩuƲ 1940-1944 (reproduction du tome 31 de la

revue Mentôr) (1994), p. 81-102 et p. 137-142 ; id. 2011, p. 24.

120 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

la partie inférieure avec le tenon d’encastrement. La plinthe de la sima portait encore des traces de peinture selon Kyparissis et Peek, mais elles ont disparu aujourd’hui.

L’inscription est gravée 0,01 m en dessous du bas-relief. Les lettres sont petites, assez fines, profondes et irrégu-lières. L’aspect est peu soigné, ce qui contraste avec la qualité du bas-relief. Quelques lettres ont été retracées à l’encre à l’époque moderne selon Kyparissis et Peek, mais cela n’est plus visible aujourd’hui. Dimensions : 0,96 × 0,36-0,40 × 0,05-0,06. Hauteur des lettres : 0,006-0,007 (0,005 omicron). Espacement : environ 0,005.

Éditions : KYPARISSIS, PEEK 1941, p. 218-219 no 1 (Papagiannopoulos-Palaios 1952, p. 61-63 no 6 ; Pickard-Cambridge 1968, p. 49 ; M. Guarducci, Epigrafia greca II [1969], p. 49-51 no 3 [= ead. 1987, p. 125-126 n °2] ; GHIRON-BISTAGNE 1976, p. 86-88 ; Mette 1977, p. 136 no 2 ; Whitehead 1986, p. 236 n. 54 [SEG XXXVI 186] ; Giannopoulou-Konsolaki 1990, p. 107-109 no 9). Traductions : Ghiron-Bistagne, p. 88 (en français) ; Whitehead, p. 235-236 (en anglais) ; Guarducci (1987) (en italien) ; Csapo, Slater 1994, p. 128 no 51A (en anglais) ; Jones 2004, p. 106 no 11 (en anglais) ; Arnaoutoglou 2014, p. 335 n. 33 (en grec) ; O. Kaklamani, dans S. Aneziri (éd.), ƊƲƴƷơƵ Ʈƥƭ ƥƧǁưƩƵ ƶƷƫư ƥƴƺƥƣƥ ƆƬƢưƥ: ƩƳƭƯƲƧƢ ƩƳƭƧƴƥƹƭƮǁư uƥƴƷƸƴƭǁư: ƮƥƷƠƯƲƧƲƵ ơƮƬƩƶƫƵ ƷƲƸ ƊƳƭƧƴƥƹƭƮƲǀ ƑƲƸƶƩƣƲƸ (2014), p. 38 (en grec). Commentaires : Buschor 1950, p. 29 (relief ) ; Webster 1951, p. 222 n. 7 ; A. Rumpf dans Webster 1953-1954, p. 193 ; T. B. L. Webster, AK 3 (1960), p. 30-36 ; id., Hesperia 29 (1960), p. 264 n. 45 ; Eliot 1962, p. 16 (lieu de trouvaille) ; Pickard-Cambridge, p. 215-216 (masques) ; Webster 1970, p. 75 (masques) ; Trendall, Webster 1971, IV 8 a (masques) ; T. B. L. Webster, Monuments Illustrating Old and Middle Comedy3 o (1978), p. 118 n AS 2 (masques) ; Whitehead, p. 218-219, 235-239, 376 no 13 ; C. Gasparri, LIMC III (1986), s.v. « Dionysos », p. 495 no 854 (relief ) ; Meyer M. 1989, p. 305 no A 141 et p. 115-117 (relief ) ; Lawton 1995, no 154 (relief ) ; Wilson 2000, p. 238 ; Makres 2014, p. 82-84. Reproductions : Kyparissis, Peek, Taf. 73 ; Buschor, Taf. 2.1 (relief et architrave) ; Papagiannopoulos-Palaios, p. 62 ; Pickard-Cambridge, fig. 25 ; S. I. Charitonidis, ƑưƫuƩƭƥƮƢ ƨƭƥuƿƴƹƼƶƫ ƷƼư ƩƳƭƧƴƥƹǁư (1956), pl. VI ; M. Guarducci, Epigrafia greca II (1969), p. 48 fig. 3 ; Trendall, Webster (moitié supérieure de la stèle) ; Ghiron-Bistagne, p. 87 fig. 34 ; Gasparri (relief et architrave) ; Meyer M., Taf. 44.2 ; Giannopoulou-Konsolaki, p. 108 fig. 84 ; Lawton, pl. 81 no 154 ; Wilson, p. 239 fig. 22 ; Makres, p. 82-83 fig. 3.2 et 3.3 ; Kaklamani, p. 37 ; fig. 18-19 et fig. 22.

 

Non stoichedon, 37-42 lettres 117

 

ƍƩƲƣ.

[ƈ]ƯƥƸƮƣƨƫƵ ƗƼƶƣƳƳƲƸ ƩȤƳƩư· ȂƳƩƭƨɚ Ʋȟ ƺƲƴƫƧƲɜ ƆȺƷ[ơƥ]-

Ƶ ƆȺƷƲƮƯơƲƸƵ Ʈƥɜ ƚƭƯƲƱƩưƣƨƫƵ ƚƭƯƣƳƳƲƸ ƮƥƯ˒Ƶ [Ʈƥ]-

[ɜ] ƹƭƯƲƷƣuƼƵ ȂƺƲƴƢƧƫƶƥư· ƨƩƨƿƺƬƥƭ ƷƲʶƵ ƨƫuƿƷ[ƥ]-

5 [ƭ]Ƶ, ƶƷƩƹƥư˒ƶƥƭ ƥȺƷƲɠƵ ƺƴƸƶ˒ƭ ƶƷƩƹƠưƼƭ ȃƮƠƷƩ-

[ƴ]Ʋư DzƳɞ ȃƮƥƷɞư ƨƴƥƺu˒ư Ȃư Ʒ˒ƭ ƬƩƠƷƴƼƭ ƷƲʶƵ ƮƼ-

uƼƭƨƲʶƵ ƷƲʶƵ uƩƷɖ ƍƩƿƹƴƥƶƷƲư ǶƴƺƲưƷƥ , ȳƳƼƵ Ǵư

[ƹ]ƭƯƲƷƭu˒ưƷƥƭ Ʈƥɜ Ʋȟ ǶƯƯƲƭ ƺƲƴƫƧƲɜ Ʋȟ uơƯƯƲưƷƩƵ

[ƺ]ƲƴƫƧƩʶư· ƨƲ˅ưƥƭ ƨɘ ƥȺƷƲʶƵ Ʈƥɜ ƩȞƵ ƬƸƶƣƥư ƨơƮƥ ƨ-

10 ƴƥƺuɖƵ Ʒɞư ƨƢuƥƴƺƲư ȗƧƫƶƣƯƩƼư Ʈƥɜ ƷƲɠƵ Ʒƥuƣ-

ƥƵ· DzưƥƧƴƠƻƥƭ ƨɘ Ʈƥɜ Ʒɞ ƻƢƹƭƶuƥ ƷƿƨƩ ƷƲɠƵ Ʒƥuƣƥ-

Ƶ Ȃư ƶƷƢƯƫƭ ƯƭƬƣưƫƭ Ʈƥɜ ƶƷʨƶƥƭ Ȃư Ʒ˒ƭ ƬƩƠƷƴƼƭ, ȳƳƼƵ

 

Ǵư ƆȞƱƼưƩʶƵ DzƩɜ ɇƵ ƮƠƯƯƭƶƷƥ ϊƷɖϋ ƉƭƲưǀƶƭƥ ƳƲƭ˒ƶƭư.

corona corona

L. 13 : corr. Kyparissis et Peek.

 

117. Les inscriptions publiques non stoichedon sont une exception dans le corpus aixonéen, et une rareté également

dans l’épigraphie publique attique du ive s. en général, voir R. P. Austin, The Stoichedon Style in Greek

Inscriptions (1938), p. 122 et p. 124.

LA VIE POLITIQUE 121

 

Dieux ! Glaukidès fils de Sôsippos a fait la proposition : attendu que les chorèges Autéas fils d’Autoklès et Philoxénidès fils de Philippos ont exercé la chorégie parfaitement bien et avec zèle 118, plaise aux démotes de couronner chacun d’eux 119 d’une couronne d’or de cent drachmes dans le théâtre lors des concours de comédie, ceux de l’année suivant l’archontat de Théophrastos, de sorte que les autres chorèges qui à l’avenir auront à exercer la chorégie rivalisent aussi d’ardeur ; que le démarque Hègèsiléôs et les trésoriers leur versent aussi dix drachmes pour un sacrifice, et que les trésoriers transcrivent ce décret sur une stèle de pierre et la dressent au théâtre, afin que les Aixonéens célèbrent toujours les Dionysies le mieux possible.

 

Note critique

– l. 6 : la valeur de la couronne est écrite en toutes lettres comme dans le document contemporain numéro 5 et dans le numéro 17. Les autres décrets du dème notent les montants en chiffres.

 

Il est intéressant, comme l’ont fait les premiers éditeurs, N. Kyparissis et W. Peek, de compa-

rer le formulaire avec les deux autres décrets honorifiques d’Aixônè pour des chorèges que l’on connaît (2 et 3). Le préambule consiste simplement en la mention du proposant, précédée d’une invocation aux dieux dans les numéros 3 et 4. La formule de sanction, qui dans le numéro 3 précède les considérants, les suit ici, et manque dans le numéro 2. Les lignes 5 et suivantes de notre décret reprennent les lignes 9 et suivantes des numéros 2 et 3, ces deux dernières inscriptions contenant en outre une causale introduite par ȇưƩƮƥ. Dans ces deux inscriptions, en plus de la couronne d’or, l’éloge public est mentionné ; le rédacteur a, semble-t-il, négligé de le préciser ici, car on peut raisonnablement supposer que l’éloge accompagnait le couronnement des chorèges.

 

On a déjà relevé que la formule hortative figurait aussi dans le numéro 2, et qu’on pouvait

la supposer pour le numéro 3. La seconde formule hortative du numéro 2, l. 12-13 n’a pas de parallèle, mais notons que la fin du numéro 3 n’est pas conservée.

 

On prévoit dans le numéro 2, aux lignes 13 et suivantes, de donner dix drachmes pour

le sacrifice, comme dans notre inscription. Là encore, on ne peut que le supposer pour le numéro 3.

 

La date

 

Il n’a pas échappé aux divers commentateurs du décret qu’il est l’exact contemporain du numéro 5, car l’archonte, le démarque et le rogator sont identiques. Mais la datation n’est pas aisée pour autant, car il existe deux archontes éponymes nommés Théophrastos dans la seconde moitié du ive s. : l’un en 340/39, l’autre en 313/2. La plupart des auteurs se prononcent en faveur de la date basse, essentiellement sur la base d’arguments prosopographiques élaborés pour le numéro 5. Ces arguments qui, disons-le d’emblée, ne me semblent pas déterminants, seront examinés dans l’analyse de ce dernier document. Le style et l’iconographie du décor figuré de notre stèle sont souvent invoqués pour confirmer cette datation basse, c’est pourquoi il convient de l’analyser en détail.

 

118. Whitehead traduit par « with a fine love of honor ». Il me semble préférable de séparer ici deux qualités

reconnues aux chorèges : la bonne conduite de la chorégie et le zèle.

119. Sur la traduction de ȃƮƠƷƩƴƲư, voir le commentaire au numéro 2.

122 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

L’ornementation de la stèle

 

L’ornementation de la stèle est logiquement en rapport avec le monde du théâtre : la scène du bas-relief représente un satyre s’apprêtant à servir du vin à Dionysos, tandis que les cinq masques appartiennent au registre de la comédie.

 

L’en-tête du décret (fig. 19)

 

Le bas-relief au-dessus de l’inscription s’étend entre deux parastades. Il représente Dionysos juvé-nile couronné de lierre, assis sur un rocher, avec un canthare dans la main droite qu’il tend vers l’avant, le bras légèrement fléchi. Il est vêtu d’un himation, qui pend sur son giron et sur son épaule gauche, laissant une grande partie du haut du corps nue. Une longue mèche de cheveux tombe sur son épaule gauche. Du bras gauche il s’appuie sur un sceptre 120. À sa gauche, un jeune satyre nu se dirige vers lui, le pied droit en arrière, tenant une oenochoè dans la main droite ramenée devant la poitrine. Son bras gauche pend vers le bas, légèrement fléchi 121. Il s’agit donc d’un satyre échanson, qui s’apprête à verser à boire à Dionysos, dans un geste se situant entre le service du vin et la libation, un thème iconographique bien attesté sur la céramique attique notamment 122.

 

L’analyse stylistique du relief menée par A. Rumpf indique la date du premier archonte

Théophrastos, celui de 340/39 123 : selon lui, le cadre architectural et la platitude du relief correspondent à l’en-tête de la célèbre loi contre la tyrannie de 337/6 et à l’en-tête du décret de proxénie pour Phokinos, Nikandros et Dexippos, daté assurément de l’archontat de 340/39 en raison de la correspondance avec le secrétaire d’un autre décret 124. C. L. Lawton, également sur la base du style, favorise cependant la date basse, mais concède que le type du cadre ressemble plus à celui des documents du troisième quart du ive s. En réalité, il existe de bons parallèles même à une époque antérieure, que ce soit pour le cadre architectural, le style du relief, l’iconographie de Dionysos et du satyre (fig. 20-21) 125. On le voit, il n’y a pas d’accord entre les spécialistes ; l’en-tête ne peut donc nous aider à choisir entre les deux archontats. On remarque, au passage, que le style de ce relief est assez différent du relief du numéro 5, son exact contemporain ; ils ne sont visiblement pas de la même main. Cela incite à relativiser la pertinence du critère du style pour dater précisément ces reliefs sculptés.

 

Les décrets à en-tête à relief sont bien attestés à Athènes, surtout de 430 à la fin du ive s.,

mais ils restent assez rares par rapport à l’ensemble de la documentation 126. Dans la majorité

 

120. Et non un thyrse comme le pensent Kyparissis, Peek, Gasparri, Giannopoulou-Konsolaki. 121. Kyparissis et Peek croient voir un alabastre dans la main gauche du satyre, mais il n’en est rien. E. Simon,

LIMC Suppl. (2009), s.v. « Silenoi », p. 1111 no 9 ne donne pas beaucoup de détails car le relief avait déjà été

décrit par Gasparri.

122. Sur les satyres échansons dans la céramique attique des vie-ve s., voir Fr. Lissarrague, La cité des satyres : une

anthro pologie ludique, Athènes, VIe-Ve siècle av. J.-C. (2013), p. 139-141 et annexe 14. 123. Webster (1951) estime que le Dionysos du relief dérive de la même statue que le Dionysos de l’oenochoè de la

Pompè à New York (Metropolitan Museum of Art), vase daté de 350 environ (G. M. A. Richter, Attic Red-

Figured Vases: a Survey [1946], fig. 123) ; la position des figures n’est pourtant pas la même, le Dionysos du

vase regardant vers l’arrière.

124. On trouvera une image de ces deux en-têtes chez Lawton 1995, nos 38 et 36. 125. Je dois le parallèle avec le relief funéraire de la fig. 21 à G. Biard, qui m’a signalé encore d’autres parallèles

dans les reliefs funéraires (e.g. Scholl 1996, no 270, vers 360-340 [pour le style] ; CAT 2.286, vers 380 et

CAT e e 3.821, 2 quart du iv s. [pour la position de Dionysos assis sur le rocher et celle du jeune satyre]). Qu’il

en soit ici chaleureusement remercié.

126. Binnebössel 1932, p. 18-24 ; Meyer M. 1989, spécialement p. 114-119 sur les dèmes et p. 145-150 sur

le type « relief votif » ; Lawton 1995, p. 1-77, spécialement p. 7 et p. 33-34 sur les décrets honorifiques des

dèmes ; Marc 1993 sur un nouveau document émanant peut-être d’un dème.

LA VIE POLITIQUE 123

 

des cas, ce sont des décrets honorifiques votés par l’assemblée du peuple, mais on a aussi des traités entre cités, et, plus rarement, des comptes et inventaires, des contrats, divers documents religieux. On connaît aussi quelques exemples émanant d’assemblées de dèmes, comme celui-ci, ou encore de tribus, de phratries, de groupes d’orgéons. C’est à partir du milieu du ive s. qu’apparaissent les en-têtes à relief sur les décrets honorifiques des groupes subciviques athéniens. Pour les dèmes, C. L. Lawton recense douze décrets à en-tête, dont neuf sont des décrets honorifiques ; la plupart proviennent d’Éleusis (trois), d’Acharnes (deux), d’Aixônè (deux) 127.

 

La fonction de ces reliefs surmontant certaines inscriptions officielles est obscure.

L’explication courante est que l’organe délibérant a voulu par là conférer une dignité et une visibilité supplémentaires au texte. La dimension votive de ces reliefs est aussi essentielle : les scènes représentées impliquent très fréquemment des divinités, et les scènes de sacrifices ne sont pas rares. Le cadre architectural du relief lui-même, souvent en forme de naïskos, va dans ce sens. L’inscription serait ainsi solennisée par la présence de la vignette sculptée, la stèle devenant une sorte de monument votif. Le relief ne serait donc pas qu’une simple illustration de la décision prise ; il placerait aussi cette dernière sous la protection divine. Si on applique cette théorie à notre décret d’Aixônè, on pourrait voir dans le relief une scène cultuelle destinée à honorer le dieu qui préside au théâtre et auquel les chorèges attribuaient sans doute leur victoire 128.

 

On s’est posé la question de savoir qui, de l’autorité ayant pris la décision ou du personnage

honoré, prenait l’initiative d’agrémenter le décret d’un en-tête à relief. Si, encore récemment, J.-Y. Marc a opté pour la seconde option, les arguments de C. L. Lawton en faveur de la première conservent tout leur poids 129.

 

Les cinq masques comiques (fig. 22)

 

D. Whitehead émet à leur sujet une hypothèse bien hasardeuse 130 : ils indiqueraient que le concours de comédie comportait cinq pièces, et opposait donc cinq paires de chorèges. Mais la comparaison invoquée par l’auteur avec les cinq couronnes figurant sur la frise-calendrier d’Aghios Éleuthérios (ou Petite Métropole) à Athènes au mois des Dionysies rurales 131 n’est pas valable, car D. Whitehead semble oublier que les démotes d’Aixônè décernent une couronne

 

127. La stèle qui figure chez Lawton 1995, no e 176 et pl. 91 (2 moitié du ive s.), a été trouvée anciennement à

Trachônès, elle est donc susceptible de provenir d’Euônymon ou d’Aixônè. C’est un décret honorifique dont

le relief représente Dèmos (Ɖƌ[- -] inscrit en dessus du personnage), peut-être le dème personnifié, couron-

nant un petit personnage masculin. Le texte du décret n’est pas conservé. Voir K. Glowacki, « A Personifi-

cation of Demos on a New Attic Document Relief », Hesperia 72 (2003), p. 447-466, spécialement p. 453 ;

A. C. Smith, Polis and Personification in Classical Athenian Art (2011), p. 101 et p. 139 DR 37. 128. Certains commentateurs ont voulu voir dans cette scène une représentation d’un drame satyrique. Mais outre

le fait que ce genre n’est pas attesté dans les concours dramatiques d’Aixônè, rien n’indique sur le relief qu’on

se trouve dans une pièce : il n’y a pas de décor, pas d’indication de la scène, pas de costume ni de masque. 129. Marc 1993 ; Lawton 1995, p. 22-27. Sur cette question, voir en dernier lieu M. Deene, « Who Commissioned

and Paid for the Reliefs on Honorary Stelai in Classical Athens? Some New Thoughts », ZPE 198 (2016),

p. 75-87.

130. Whitehead 1986, p. 219 n. 252.

131. Sur cette frise, dont la date est controversée, à l’endroit du mois Posidéôn, le mois des Dionysies rurales, on

voit trois juges assis derrière une table sur laquelle sont placées cinq couronnes ; devant, il y a une branche de

palmier et deux coqs s’affrontant. Voir Deubner 1932, p. 138, p. 248-254 et pl. 37 ; O. Palagia, « The Date

and Iconography of the Calendar Frieze on the Little Metropolis, Athens », JdI 123 (2008), p. 215-238 (où

la frise est datée de 138 apr. J.-C.) ; E. Simon, « Die Phainomena des Arat und der Kalenderfries in Athen »,

Thetis 19 (2012), p. 37-46 (où la frise est datée du ier s.).

124 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

par chorège, et non une par paire : le texte de nos inscriptions est très clair sur ce point, et la chose est confirmée par la gravure de deux couronnes au bas du décret 4. D’autre part, s’il est vrai qu’à Athènes à l’époque classique, le concours des Dionysies urbaines et celui des Lénéennes comportaient cinq comédies, les cinq couronnes de la frise-calendrier d’Aghios Éleuthérios indiquent plutôt qu’il y avait cinq catégories d’épreuves pour ces Dionysies rurales, peut-être celles du Pirée, célébrées sous le contrôle de la cité. Quoi qu’il en soit, rien ne permet de dire que cinq comédies étaient en compétition à Aixônè, ou que le concours ait comporté cinq disciplines. Il est préférable de choisir l’interprétation la plus simple et directe pour les masques de notre stèle, à savoir qu’il s’agit des personnages principaux de la comédie qui apporta la victoire aux deux chorèges. Peut-être ces masques ont-ils été consacrés par les vainqueurs à Dionysos, selon une pratique bien attestée à Athènes 132 ; cela conférerait encore davantage à notre stèle l’aspect d’un monument votif.

 

L’interprétation de ces masques a été influencée par la date traditionnellement attribuée à ce

décret, soit 313/2 : on y voit ainsi des masques de la Nouvelle Comédie, élaborée vers 330-320, et dont Ménandre est le plus illustre représentant. Mais ne pourrait-il pas s’agir de masques de la Comédie moyenne ? Dès lors, notre document pourrait très bien dater de 340/39.

 

Commençons par décrire ces masques, de gauche à droite :

 

– un vieillard (ou un esclave ?) 133 : il a les yeux exorbités, les sourcils relevés, un nez épaté,

une longue barbe en forme de pointe, des cheveux sur tout le pourtour de la tête mais avec une calvitie sur les golfes temporaux ;

– une vieille femme 134 : elle a les yeux exorbités, les sourcils relevés, un nez épaté, des rides

d’expression sur le front, les cheveux décoiffés, peut-être attachés à l’arrière ;

– une femme assez jeune, hilare, portant un sakkos, duquel sortent des mèches de cheveux 135 ;

– un jeune homme imberbe aux cheveux longs ondulés et aux sourcils haussés lui donnant

l’air désespéré 136. Il a une ride d’expression sur le front ;

– une jeune femme 137 : elle porte les cheveux courts, ou plutôt attachés à l’arrière. Des

mèches lui encadrent le visage. Elle a les sourcils haussés, ce qui lui donne la même expression que le jeune homme.

 

Ces deux derniers masques sont visiblement tirés de la tragédie, détournés ici pour donner

un effet comique.

 

T. B. L. Webster, qui s’est particulièrement attaché à l’analyse des cinq masques aixonéens, a

étudié dans plusieurs travaux les masques de théâtre en confrontant les sources archéologiques

 

132. Voir Wilson 2000, p. 238-242 ; J. R. Green, « Dedications of Masks », RA 2 (1982), p. 237-248, notamment

p. 244-245 sur une dédicace chorégique trouvée à Ikarion (MN 4531) où l’on voit au moins quatre masques

sculptés en relief. Pour d’autres exemples athéniens, voir E. Csapo, « The Context of Choregic Dedications »,

dans O. Taplin, R. Wyles (éds), The Pronomos Vase and its Context (2010), spécialement p. 84-96. 133. Type M « vieil homme » chez Trendall, Webster 1971, p. 13. Je le trouve plus proche du type N (fig. 24),

qualifié d’esclave, ou du type A, qualifié de vieil homme (l’homme du couple de la fig. 25). 134. Type R « vieille femme » chez ibid., p. 13. Je la trouve plus proche du type T, qualifiée de « femme d’âge

moyen », qui est celui de la femme du couple de la fig. 25. 135. Type N « esclave » selon T. B. L. Webster dans la deuxième édition de Monuments Illustrating Old and Middle

Comedy (1969), p. 46 no AS 2. Il y voit un esclave aux cheveux crépus avec une barbe triangulaire se terminant

en petite pointe, mais J. R. Green attribue le masque au type SS « jeune femme » dans la troisième édition de

cet ouvrage (1978), p. 118 no AS 2. Je la trouve plus proche du type XC, qualifié d’« hétaïre » (fig. 26). 136. Type O « jeune homme » chez Trendall, Webster 1971, p. 13. 137. Type S « jeune femme » chez ibid., p. 13.

LA VIE POLITIQUE 125

 

(les vases ornés de scènes tirées de la comédie attique, fabriqués surtout en Grande Grèce, les terres cuites et quelques reliefs votifs) et les sources littéraires (Pollux essentiellement) 138. Or, le savant parvient à la conclusion qu’il s’agit de masques de la Comédie moyenne, ce en quoi il a été suivi par quelques autres spécialistes de l’iconographie des masques de théâtre 139, en revanche ses travaux n’ont pas été pris en compte par les historiens qui ont réédité ou commenté notre inscription, à part P. Ghiron-Bistagne. Pourtant, la plupart de nos masques se retrouve dans des statuettes d’acteurs de la première moitié du ive s. (fig. 24-26). La ressemblance est aussi frappante entre nos masques et ceux d’un relief votif conservé à la Glyptothèque de Munich, daté des environs de 360 (fig. 23) 140.

 

T. B. L. Webster est allé plus loin encore dans son analyse, et a tenté, sur la base de la

description des masques comiques par Pollux 141, de reconnaître les personnages de la comédie qui a donné la victoire à Autéas et Philoxénidès. Mais il me paraît vain d’essayer d’identifier nos masques avec ceux décrits par le grammairien, d’une part parce que les descriptions de ce dernier ne sont pas suffisamment précises, d’autre part parce que les détails, sans doute peints, et les couleurs ont disparu sur notre document 142. De plus, il est impossible de déterminer la pièce dont ils étaient les protagonistes, car on ne connaît que trop peu d’intrigues de pièces de la comédie attique moyenne 143. T. B. L. Webster s’est pourtant lancé dans l’exercice 144. Il conclut qu’il s’agit d’une « pièce à intrigue » (« intrigue play »), très courante dans la Nouvelle Comédie mais aussi avant. Les intrigues amoureuses sont évidemment un sujet privilégié du genre comique au théâtre, dans l’Antiquité comme aujourd’hui. Les éléments de base de ce type de pièce sont un jeune homme et une jeune fille amoureux, un personnage qui veut les empêcher de vivre leur idylle, et un personnage qui, au contraire, les aide à atteindre leur but.

 

138. Voir la bibliographie dans le lemme. Voir aussi A. Hugues, « The Costumes of Old and Middle Comedy »,

BICS 49 (2006), p. 39-68. Ensemble, vases et terres cuites fournissent environ 650 images d’acteurs comiques,

qui ont permis d’identifier plus de 250 personnages de la Comédie ancienne et moyenne. 139. 2 M. Bieber, The History of the Greek and Roman Theater (1961), p. 51-52 ; M. A. Micheli, « Rilievi con

maschere, attori, poeti. Temi di genere e/o ispirazione poetica? », BA 103 (1998), p. 1-32 (spécialement p. 5-6) ;

Schwarzmaier 2011, p. 100 et n. 689 (laquelle accepte pourtant la date de 313/2 pour notre inscription, et

pense par conséquent que ces masques, « die der Mittleren Komödie näher stünden als der Neuen, zeigten,

dass die neuen Maskentypen nicht schnell standardisiert wurden »).

140. K. Vierneisel, A. Scholl, « Reliefdenkmäler dramatischer Choregen im klassischen Athen. Das Münchner

Maskenrelief für Artemis und Dionysos », MüJb 53 (2002), p. 7-55, où les auteurs supposent que le relief

provient du sanctuaire d’Artémis à Brauron ; mais selon G. I. Despinis, « Die Kultstatuen der Artemis in

Brauron », MDAI(A) 119 (2004), p. 310-312, le relief se trouvait plutôt dans le sanctuaire de Dionysos à Halai

Araphènidès (act. Loutsa).

141. Voir en dernier lieu Trendall, Webster 1971, IV 8 a. Pollux, IV 143-154, après avoir parlé des masques

tragiques, établit une longue liste de 44 masques comiques. Sa source semble être le Sur les masques d’Aristophane

de Byzance, œuvre de la fin du ive-début du iiie s., mais Csapo, Slater 1994, p. 393 mentionnent comme

autres sources possibles le dictionnaire encyclopédique de Pamphilos, une compilation des œuvres de Didymos

et Tryphon (fin du Ier s.), et les 17 volumes de l’Histoire du Théâtre par le roi Juba de Maurétanie (25 av. J.-C.-

23 apr. J.-C.).

142. Il est difficile de reconnaître les personnages, même avec des objets plus faciles à analyser comme les statuettes

de terre cuite (car on a les vêtements et les attitudes en plus), et les identifications proposées par les spécialistes

font rarement l’unanimité : par exemple, M. Bieber, Die Denkmäler zum Theaterwesen im Altertum (1920),

n’est souvent pas d’accord avec les identifications de C. Robert, Die Masken der neueren attischen Komödie

(1911), notamment p. 156-157 à propos du relief de Ménandre au Vatican.

143. Webster 1970, p. 37 rappelle que, pour la période entre la mort d’Aristophane et la première pièce de

Ménandre (soit entre 370 et 321), on n’a aucune pièce complète, sauf trois adaptations latines de Plaute :

Le Perse, Les Ménechmes, Amphitryon. À cela s’ajoutent quelques fragments. Voir aussi I. M. Konstantakos,

« Tendencies and Variety in Middle Comedy », dans S. Chronopoulos, Chr. Orth (éds), Fragmente einer

Geschichte der griechischen Komödie (2015), p. 159-198. 144. Webster 1970, p. 75.

126 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

Cela se termine en principe par une réconciliation générale et un mariage heureux. Pour les masques d’Aixônè, T. B. L. Webster suggère l’intrigue suivante : le jeune homme est amoureux de la jeune fille et parvient à la séduire avec l’aide de l’esclave au centre. Les vieillards sont peut-être le père du jeune homme et la mère de la jeune fille, qui essayent de s’opposer à leur amour. Il me paraît difficile d’être aussi précis, et la figure centrale semble plutôt être une hétaïre ; mais cela n’empêche pas que la pièce ait pu appartenir au genre des intrigues amoureuses, comme le suggère T. B. L. Webster.

 

Ainsi, il paraît préférable, aux yeux des spécialistes de l’iconographie des masques de théâtre,

de reconnaître dans nos cinq masques aixonéens des protagonistes de la Comédie moyenne. Mais là encore, l’analyse iconographique a ses limites pour notre problème de datation, car il est a priori possible qu’à la date de 313/2 on ait encore utilisé des masques directement issus ou fortement inspirés de la Comédie moyenne 145.

 

DÉCRET HONORIFIQUE POUR KALLIKRATÈS ET ARISTOKRATÈS (no 5)

 

Ce décret honorifique des Aixonéens récompense deux démotes, pour une raison qui n’est pas claire. Un autre point litigieux est la date du document, ainsi que nous l’avons vu à propos du décret précédent, exactement contemporain. Avant d’aborder ces questions délicates, rappelons pour commencer les circonstances de la découverte de la pierre.

 

Le lieu de découverte de la pierre

 

Ce document est l’une des premières inscriptions du dème à avoir été publiée, en 1864 déjà. Il a été exhumé lors d’une fouille menée par le comte A. D. Bludov, dans un endroit que H. G. Lolling déterminera quelques années plus tard comme étant Pirnari 146. Le premier éditeur, A. S. Rousopoulos, parlait du « domaine de Trachônès », lequel s’étendait jusqu’à l’actuelle Glyphada, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises. C’est donc à tort que les éditeurs postérieurs ont écrit que la pierre avait été trouvée dans le village du même nom 147. E. Miller, le second éditeur de l’inscription, précise que la découverte a eu lieu lors des fouilles du « comte Bloudorff », qu’il a personnellement rencontré à Athènes en attendant le bateau pour la France. Le comte lui permit de prendre un estampage de la stèle et l’autorisa à la publier, lui assurant qu’elle ne l’avait pas encore été, ce qui était faux puisque A. S. Rousopoulos l’avait publiée l’année même de sa découverte.

 

La pierre a ensuite été perdue pendant de longues années. A. Dumont, en 1878, dit

ignorer « ce qu’est devenu le monument autrefois dans la collection de M. le comte Bloudoff à Athènes » 148. Elle est déclarée perdue par U. Koehler et Ch. Michel. R. Binnebössel, en 1932, indique que les membres du DAI n’ont pas réussi à localiser la pierre à Athènes ; elle se demande alors si elle ne se trouverait pas au Musée de Koropi. On a dû retrouver sa trace peu de temps après, car K. Schefold la signale à l’université de Leningrad, comme propriété du comte

 

145. Voir Schwarzmaier 2011, p. 100-101, qui montre qu’à la fin du ive s. on est encore dans une phase de transi-

tion entre Comédie moyenne et Comédie nouvelle, et que les nouveaux masques apparaissent petit à petit,

sans remplacer complètement les anciens. La continuité entre certains masques de la Comédie nouvelle et ceux

de la Comédie moyenne et même ancienne est déjà soulignée par T. B. L. Webster, « The Masks of Greek

Comedy », BRL 32 (1949), p. 97-133.

146. Voir supra, p. 53.

147. « In pago quem Trachones vocant » (Koehler) ; « Trouvée à Trakhonès » (Michel) ; « In vico Trachones

( = Aixone) » (Kirchner) ; sur la position de Milchhöfer, voir supra, p. 113 n. 89. Sur la confusion entre le

domaine de Trachônès et le village, voir le commentaire au numéro 2. 148. BCH 2 (1878), p. 568 n. 2.

LA VIE POLITIQUE 127

 

Bludov. Il semble donc que la pierre ait été emmenée en Russie par le comte lui-même, peu de temps après sa découverte. Elle est conservée actuellement au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, où elle a été transférée depuis le Musée des antiquités de l’Université en 1931. Le musée de l’Ermitage avait acquis la majeure partie de la collection Bludov en 1888 déjà 149.

 

Le texte

Musée de l’Ermitage, GR 15520 (A 1105).

Le texte est gravé sur une stèle en marbre blanc, ornée d’un relief figuré au-dessus de l’inscription ; la partie supérieure des personnages est manquante. En dessous de l’inscription, deux couronnes sont incisées ; la partie inférieure manque. La stèle est brisée en haut et en bas.

Les lettres sont assez grandes, profondes, soignées et régulières.

Dimensions : 0,50 × 0,40 × 0,07 (Rousopoulos), 0,66 × 0,40 × 0,16 (Miller), 0,52 × 0,31 × 0,058 (Kirchner). Hauteur des lettres : 0,007 (Miller).

Éditions : ROUSOPOULOS 1864, p. 130 (U. Koehler, IG II 585 ; Haussoullier 1883, p. 216-217 no 6 ; J. Kirchner, IG II2 1202 ; Papagiannopoulos-Palaios 1952, p. 63 et p. 65 no 7 ; Ghiron-Bistagne 1976, p. 88-90 [> + photo] ; Mette 1977, p. 136 no 1 ; Giannopoulou-Konsolaki 1990, p. 104-105 no 7) ; MILLER 1865 ; Ch. Michel, RIG 152 (> Rousopoulos + Miller). Traductions : Ghiron-Bistagne, p. 90 (en français) ; Jones 2004, p. 105-106 no 10 (en anglais). Commentaires : Milchhöfer 1888, p. 358 no 728 b ; Binnebössel 1932, p. 16 et p. 77 no 71 (relief ) ; H. K. Süsserott, Griechische Plastik (1938), p. 68 n. 133 et p. 218 ; K. Schefold, AA (1939), col. 547-548 ; id., dans H. Brunn, Fr. Bruckmann (et P. Arndt ensuite), Denkmäler griechischer und römischer Skulptur. Text und Register zu den Tafeln 751-800 (1947), p. 15 et p. 20-22 (le texte a été rédigé en 1939) ; Buschor 1950, p. 29 (relief ) ; Eliot 1962, p. 8-9 (lieu de trouvaille) ; T. B. L. Webster, Monuments Illustrating Tragedy and Satyr Play 2 o (1967), p. 33-34 n AS 7 (sur le relief et la date) ; V. von Graeve, Der Alexandersarkophag und seine Werkstatt (1970), p. 168 ; Whitehead 1986, p. 90-92, p. 218-219 n. 251, p. 375-376 no 12 ; Meyer M. 1989, p. 305 no A 140 et p. 115-117 (relief ) ; Tracy 1995, p. 99-100 (sur la date); Lawton 1995, no 155 (relief ). Reproductions : Miller (fac-similé) ; Schefold (1947), pl. 785 b ; von Graeve, Taf. 80 ; Ghiron-Bistagne, p. 89 fig. 35 ; Meyer M., pl. 44.1 ; Lawton, pl. 82 no 155 (fig. 27 a et b).

 

Stoichedon 38 150

 

ȈƳɜ ƍƩƲƹƴƴƠƶƷƲƸ ǶƴƺƲưƷƲƵ Ȃư ƷƩʶ DzƧƲƴʙƭ ƷƩʶ ƮƸƴ-

ƣƥƭ· ȆƨƲƱƩư ƆȞƱƼưƩ˅ƶƭư, ƈƯƥƸƮƣƨƫƵ ƗƼƶƣƳƳƲƸ ƆȞ-

ƱƼưƩǀƵ ƩȤƳƩư · ȂƻƫƹƣƶƬƥƭ ƆȞƱƼưƩ˅ƶƭư· ȂƳƩƭƨɚ ƩȞ-

ƶɜư ǶưƨƴƩƵ DzƧƥƬƲɜ Ʈƥɜ ƹƭƯƿƷƭuƲƭ ƳƩƴɜ Ʒɞư ƨʨuƲ-

5 ư Ʒɞư ƆȞƱƼươƼư ƏƥƯƯƭƮƴƠƷƫƵ ƈƯƥǀƮƼưƲƵ ƆȞƱƼưƩ-

ɠƵ Ʈƥɜ ǺƴƭƶƷƲƮƴƠƷƫƵ ǺψƴƭƶƷƲƹƠưƲƸƵ ƆȞƱƼưƩɠƵ, ȂƳƥƭươƶƥƭω

ƥȺƷƲɠƵ DzƴƩƷʨƵ ȇưƩƮƥ Ʈƥɜ ƨƭƮƥƭƲƶǀưƫƵ ƷʨƵ ƩȞƵ Ʒ-

ɞư ƨʨuƲư Ʒɞư ƆȞƱƼươƼư Ʈƥɜ ƶƷƩƹƥư˒ƶƥƭ ƥȺƷƲɠƵ ƺ-

ƴƸƶ˒ƭ ƶƷƩƹƠưƼƭ DzƳɞ ƳƩưƷƥƮƲƶƣƼư ƨƴƥƺu˒ư ȃƮƠƷ-

10 ƩƴƲư, Ʒɞ ƨɘ DzƴƧǀƴƭƲư ƩȤưƥƭ Ʒɞ ƩȞƵ ƷƲɠƵ ƶƷƩƹƠưƲƸ-

Ƶ ȂƮ ƷʨƵ ƨƭƲƭƮƢƶƩƼƵ ȂƮ Ʒ˒ư ƳƩƴƭƿưƷƼư ƺƴƫuƠƷƼư

 

149. Mes vifs remerciements à A. A. Trofimova et O. Novoseltseva du musée de l’Ermitage pour leurs informations

sur la provenance de la stèle. Sur la collection Bludov, voir en dernier lieu M. Piotrovsky (éd.), The Hermitage

Museum of St. Petersburg. The Greek Treasures (2004), p. 87. 150. La transcription est donnée d’après Kirchner essentiellement, et la photo donnée ici. Le stoichedon est parfait,

sauf à la l. 6, qui a 46 lettres en raison de l’ajout gravé sur rasura.

128 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

Ʒ˒ư ȂƳɜ ƍƩƲƹƴƠƶƷƲƸ ǶƴƺƲưƷƲƵ, ƨƲ˅ưƥƭ ƨɘ ƥȺƷƲʶƵ

Ʒɞ DzƴƧǀƴƭƲư Ʒɞ ƩȞƵ ƷƲɠƵ ƶƷƩƹƠưƲƸƵ ȗƧƫƶƣƯƩƼ Ʒɞ-

ư ƨƢuƥƴƺƲư Ʈƥɜ ƷƲɠƵ ƷƥuƣƥƵ · DzưƩƭƳƩʶư ƨɘ Ʈƥɜ ƉƭƲ-

15 ưƸƶƣƼư ƷƲʶƵ ƮƼuƼƭƨƲʶƵ ƷƲʶƵ ƆȞƱƼưʨƶƭư Ȃư Ʒ˒ƭ Ƭ-

ƩƠƷƴƼƭ , ȳƷƭ ƶƷƩƹƥưƲʶ ƥȺƷƲɠƵ ȯ ƨʨuƲƵ ȯ ƆȞƱƼươƼư

DzƴƩƷʨƵ ȇưƩƮƥ Ʈƥɜ ƨƭƮƥƭƲƶǀưƫƵ ƷʨƵ ƩȞƵ Ʒɞư ƨʨuƲ-

ư Ʒɞư ƆȞƱƼươƼư Ʈƥɜ Ʒɖ ƮƲƭưɖ Ʒɖ ƆȞƱƼươƼư· DzưƥƧƴƠ-

ƻƥƭ ƨɘ ƷƿƨƩ Ʒɞ ƻƢƹƭƶuƥ ƩȞƵ ƶƷƢƯƫư ƯƭƬƣưƫư Ʒɞư ƨ-

20 ƢuƥƴƺƲư ȗƧƫƶƣƯƩƼ Ʈƥɜ ƷƲɠƵ ƷƥuƣƥƵ Ʈƥɜ ƶƷʨƶƥƭ Ȃ-

ư Ʒ˒ƭ ƬƩƠƷƴƼƭ ƆȞƱƼưʨƶƭư.

corona corona

 

L. 2 : ƗƼƶƶƣƳƲƸ err. Giannopoulou-Konsolaki ; l. 7 in. : ƐƙƘƔƙƗ Rousopoulos (<ƥ>ȺƷƲɠƵ Koehler, ЈȺƷƲɠƵ Kirchner) ; ƆƙƘƔƙƗ Miller ; l. 8 : Ʒ˒ư ƆȞƱƼươƼư err. Miller, suivi par Michel ; l. 9 : Haussoullier écrit le montant en chiffres ; l. 13 : Michel a oublié le ƷƲɠƵ ; l. 18 : Ʒɖ ƮƲƭưɖ Ʒ˒ư ƆȞƱƼươƼư err. Giannopoulou-Konsolaki ; l. 20 : ȗƧƩƶƣƯƩƼ err. Koehler, suivi par Michel.

 

Sous l’archontat de Théophrastos, lors de l’assemblée principale : il a plu aux Aixonéens, Glaukidès fils de Sôsippos d’Aixônè a fait la proposition : il a été voté par les Aixonéens, attendu que Kallikratès fils de Glaukôn d’Aixônè et Aristokratès fils d’Aristophanès d’Aixônè sont des hommes bons et zélés envers le dème des Aixonéens, qu’on leur accorde l’éloge public en raison de leur excellence et de leur esprit de justice envers le dème des Aixonéens, et qu’on les couronne chacun d’une couronne d’or de cinq cents drachmes ; que l’argent pour les couronnes soit pris sur le reliquat de l’exercice financier de l’archontat de Théophrastos, et que le démarque Hègèsiléôs et les trésoriers leur versent l’argent pour les couronnes ; et que l’on annonce lors des concours de comédie des Dionysies à Aixônè dans le théâtre que le dème des Aixonéens les couronne en raison de leur excellence et de leur esprit de justice envers le dème des Aixonéens et les affaires communes 151 des Aixonéens. Que le démarque Hègèsiléôs et les trésoriers transcrivent ce décret sur une stèle de pierre et la dressent dans le théâtre à Aixônè.

 

Notes critiques

– l. 1 : ƷƩʶ : Threatte note qu’à partir de 375, l’emploi de EI à la place de HI est de plus en plus courant. Encore très rare dans la première moitié du ive s., cette orthographe se rencontre souvent à partir de 340-330 environ, et devient plus fréquente que HI à partir de 300 152. L’usage varie souvent au sein d’un même texte (e.g. IG II3 306, l. 4, 5, 8, 343/2 ; 337, 333/2 ; 351, 331/0 ; IG II2 483, l. 20-21, 304/3 ; 486, l. 6-7, 304/3). À Aixônè, cet usage n’est attesté que pour l’article défini féminin singulier au datif, et on observe effectivement une certaine variété dans l’usage : EI dans les numéros 7 (345/4), 17 (vers 330-320), 6 (317/6) ; HI dans le numéro 16 (320/19). Pour les autres inscriptions, on ne peut se prononcer, car elles ne comportent pas d’article défini féminin singulier au datif. Henry constatait, dans les documents de la cité, une prépondérance de HI avant 323, mais cette remarque ne convient pas aux documents d’Aixônè, où l’on constate une prédominance de EI dans la seconde moitié du ive s., avec le premier exemple en 345/4 déjà.

 

151. Pour Ʒɖ ƮƲƭưƠ dans le même sens, voir IG II2 1204, l. 6 (fin du ive s., décret de Lamptrai pour un Acharnien),

SEG LVII 131 D1a, l. 7 (milieu du ive s., décret de Teithras peut-être en faveur d’un ancien démarque

[voir Papazarkadas 2007, p. 160 n. 25 ; Pernin 2014, no 13]), Agora XVI 44, l. 9 (376/5, décret de la

tribu Cécropis pour deux de ses membres). Le mot peut désigner plus précisément les ressources communes,

voir 2 IG II 1271, l. 7 (298/7, décret de thiasotes pour un trésorier), 1343, l. 18 (vers 37/6, décret des Sôtériastes

pour un trésorier), IG I3 244 B, l. 4-5 (vers 460, règlement religieux du dème de Skambônidai). Pour notre

texte, Jones traduit par « the communal properties of the Aixonians ».

152. Threatte 1980, p. 369 et p. 377-380 ; A. S. Henry, « Epigraphica », CQ 14 (1964), p. 240-248.

LA VIE POLITIQUE 129

 

– l. 2 : notons l’usage inhabituel du démotique pour tous les démotes de l’inscription, alors que dans tous les autres décrets du dème le patronyme seul est utilisé. Il ne faut pas accorder trop d’importance à cela, car dans ce domaine comme dans bien d’autres, il ne semble pas y avoir eu de règle. Comme le montrent les exemples donnés par Whitehead, environ la moitié des proposants de décrets de dèmes sont accompagnés de leur démotique, et la variété s’observe parfois au sein d’un même document (par exemple IÉleusis 85 [voir SEG LIX 143]) 153. – l. 6 : les derniers mots sont gravés sur rasura comme l’a observé Miller. Ce dernier pense que le lapicide, préoccupé par le nom ǺƴƭƶƷƲƮƴƠƷƫƵ qu’il venait de graver, a écrit ǺƴƭƶƷƲƮƴƠƷƲƸƵ au lieu d’ǺƴƭƶƷƲƹƠưƲƸƵ, et a oublié le mot ƆȞƱƼưƩǀƵ, qui prend huit files, or il n’en restait plus que sept à cause de l’erreur précédente. – l. 9 : le montant de la couronne d’or, 500 dr., est écrit en toutes lettres (voir le commentaire du numéro 4). Pour la traduction de ȃƮƠƷƩƴƲư, voir le commentaire du numéro 2. – l. 13 et 20 : contrairement à ce que dit Rousopoulos, la forme de l’accusatif de la deuxième déclinaison attique ȗƧƫƶƣƯƩƼ est de loin la plus fréquente dans la seconde moitié du ive s. 154 ; la forme ancienne, ȗƧƫƶƣƯƩƼư, est cependant présente la même année dans le décret 4, l. 10.

 

Les personnages honorés

 

Les démotes louent et couronnent Kallikratès fils de Glaukôn et Aristokratès fils d’Aristophanès. Il est stipulé que les honneurs accordés seront proclamés lors des Dionysies locales au théâtre d’Aixônè, où la stèle était d’ailleurs érigée par les soins du démarque et des trésoriers. Les deux bienfaiteurs sont honorés pour des raisons vagues, ce qui rend les éditeurs très prudents quant à leur désignation 155. D. Whitehead, plus audacieux, pense qu’il pourrait s’agir des chorèges arrivés en seconde position lors du concours de comédie de l’archontat de Théophrastos, les vainqueurs étant honorés dans le décret 4. Le savant anglais songe à des chorèges car ils sont deux, comme le sont habituellement les chorèges récompensés à Aixônè, et parce que la proclamation des honneurs se fera au théâtre lors des Dionysies locales 156. Cette interprétation est aisée à rejeter, car il serait illogique que le dème récompense les chorèges vaincus d’une couronne d’or d’une valeur cinq fois supérieure à celle des chorèges vainqueurs. G. Steinhauer, partant de faux postulats, pense à deux chorèges vainqueurs aux Grandes Dionysies, mais rien dans l’inscription ne le laisse penser 157.

 

Le fait que la stèle soit exposée au théâtre, et que la proclamation ait lieu lors des Dionysies,

ne permet pas de soutenir qu’il s’agit de chorèges, contrairement à ce que pense D. Whitehead :

 

153. Whitehead 1986, p. 73 n. 27. Sur l’importance à accorder à la présence ou à l’absence de patronymes ou

de démotiques dans les documents de la cité (listes de prytanes et de bouleutes, inscriptions éphébiques),

voir Dow 1960, p. 385-390. Selon l’auteur, cela est rarement significatif, et s’explique le plus souvent par un

manque de place ou par une négligence du rédacteur.

154. Voir Threatte 1996, p. 39 et p. 44-47.

155. « Deux habitants du dème d’Aixônè » (Miller) ; « deux Aixonéens qui ont rendu des services au dème »

(Haussoullier) ; « deux démotes » (Michel et Kirchner). Giannopoulou-Konsolaki se montre évasive sur la

question et se garde bien de les appeler chorèges. Notons que Kyparissis, Peek 1941 ne mettent pas ce

document parmi les inscriptions du dème honorant des chorèges, avec lesquelles ils comparent le numéro 4

qu’ils publient. Jones pense que les deux hommes étaient actifs dans un autre domaine que la chorégie, mais il

ne propose pas d’alternative.

156. Whitehead 1986, p. 218-219, suivi encore récemment par G. Tozzi, « Formule epigrafiche e descrizione

dello spazio. Il caso di iscrizioni pertinenti al teatro di Atene e ad altri teatri dell’Attica », dans A. Inglese (éd.),

Epigrammata 2. Definire, descrivere, proteggere lo spazio: in ricordo di André Laronde (2013), p. 317 n. 57. Une

hypothèse tout aussi improbable a été émise par Wilson 2010, p. 47 n. 37 : « Was the second set of honorands

[…] being thanked for an advance offer to serve in the following year ? ».

157. Steinhauer 1992, soulignant la grande valeur des couronnes décernées par les Aixonéens, or il s’agit d’un

montant tout à fait courant dans notre dème et ailleurs, voir supra, p. 98-99. En outre, contrairement à ce que

pense le savant grec, la synchorégie est une rareté au niveau civique, et 2 IG II 3091 et 3092 ne sont pas à verser

à ce dossier, voir supra, p. 111 et n. 77. On trouve encore l’idée qu’il s’agit de chorèges chez Kellogg 2013,

p. 84 n. 40.

130 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ

 

il n’est pas surprenant qu’un dème érige des décrets honorifiques de toutes sortes dans l’endroit le plus fréquenté de son territoire, et qu’il loue ses divers bienfaiteurs et magistrats à l’occasion du plus grand rassemblement des démotes 158. C’est d’ailleurs au théâtre aussi qu’était exposé le décret honorant des syndikoi (1). Dans la cité également, les proclamations des honneurs ne se limitaient pas à ceux qui s’étaient illustrés uniquement dans le domaine du théâtre : lors de l’ouverture de la compétition des Dionysies urbaines, entre autres proclamations, le héraut public présentait et annonçait les noms des citoyens qui s’étaient distingués et des bienfaiteurs de la cité 159.

 

Par ailleurs, le formulaire de notre décret ne ressemble pas à celui des autres décrets

honorifiques du dème pour des chorèges (2-4), y compris pour ce dernier, pourtant de la même année : nulle part ne figure la mention d’une activité chorégique, ni les dix drachmes pour le sacrifice normalement données aux chorèges (on ne peut que le supposer pour le numéro 3, car la pierre est brisée à cet endroit). Surtout, les qualités pour lesquelles le dème récompense Kallikratès et Aristokratès, l’arétè et la dikaiosynè, ne correspondent pas à ce que l’on attend de chorèges : dans les autres décrets, on remercie ces derniers pour avoir exercé leur charge ƮƥƯ˒Ƶ Ʈƥɜ ƹƭƯƲƷƣuƼƵ. D’après Chr. Veligianni-Terzi, l’expression DzƴƩƷɚ Ʈƥɜ ƨƭƮƥƭƲƶǀưƫ est en premier lieu appliquée à des magistrats, notamment financiers, et elle est de règle pour les prytanes entre le milieu du ive et le milieu du iiie s. 160. Mais on la trouve aussi parfois appliquée à des bienfaiteurs ayant agi à titre privé 161. L’octroi d’une couronne d’or n’aide pas non plus à choisir entre des magistrats ou de simples particuliers 162. Quant au relief, il ne semble être d’aucun secours, comme on va le voir dans la prochaine section.

 

Si l’on peut donc dire que les personnages honorés ne sont pas des chorèges, il me paraît sage

pour le moment de renoncer à définir leur action précisément.

 

Le relief

 

Deux figures se font face de part et d’autre d’un petit autel. La figure de gauche, dont la tête manque, est difficile à interpréter. Nous sommes peut-être en présence de Papposilène, d’après l’abondante pilosité bien visible sur le corps du personnage ; il porte un himation, ce qui n’est pas sans parallèle dans la sculpture athénienne de l’époque classique (fig. 28) 163.

 

158. 2 Voir IG II 1227 (131/0), décret honorifique des Athéniens de Salamine pour un gymnasiarque : la

proclamation de la couronne aura lieu lors du concours de tragédie des Dionysies locales. Un décret des

Athéniens et des mercenaires en garnison à Éleusis, Panakton et Phylè pour leur stratège Aristophanès accorde

des honneurs exceptionnels : éloge, couronne d’or, statue à Éleusis, proclamation des honneurs à Éleusis lors

des Halôa, à Panakton lors des Apatouries, à Phylè lors du sacrifice pour Artémis, à Athènes lors des Dionysies

(IÉleusis 196, l. 28-32, 234 av. J.-C.).

159. Ainsi, la proclamation des couronnes pour les éphèbes et leurs instructeurs se faisait lors des principales fêtes

du calendrier, notamment les Dionysies urbaines, voir 2 e.g. SEG XV 104, l. 37-38 (127/6), IG II 1008, l. 35-

36 (118/7), 1011, l. 48-49 (106/5).

160. Veligianni-Terzi 1997, p. 296-298. Sur ces qualités, voir supra, p. 100-101. 161. Les exemples donnés par Veligianni-Terzi 1997 pour les dèmes sont en fait peu sûrs : D 11 (SEG XXVIII

102, Eitéa) est restitué, et on ne sait pas ce que le personnage honoré a fait pour être récompensé ; D 21 (Agora

XIX L 13, Pirée. Voir supra, p. 110 n. 75) récompense un démote qui a augmenté les revenus communs issus

de la location du théâtre, mais on ne sait s’il a agi en tant que magistrat ou en simple particulier. En revanche,

dans le décret honorifique du Pirée pour Kallidamas de Cholleidai (IG II2 1214, l. 8-9, 1re moitié du iiie s.),

il est peu probable que le personnage honoré ait endossé une magistrature, puisqu’il est originaire d’un autre

dème.

162. Voir supra, p. 99.

163. Webster (1967) et E. Simon, LIMC Suppl. (2009), s.v. « Silenoi », p. 1115 no 45 reconnaissent aussi Papposilène

dans notre personnage, mais pensent qu’il s’agit plus exactement d’un acteur déguisé. Or, la fig. 28 montre que

LA VIE POLITIQUE 131

 

Dans la main droite, il tient une oenochoè et se prépare à verser le liquide dans le canthare tenu par l’autre figure. Cette dernière n’est conservée que dans sa moitié inférieure, à partir de la taille. Il doit s’agir de Dionysos selon C. L. Lawton. Il porte un himation et, dans sa main gauche, il tient un thyrse ou un sceptre. Dans le coin gauche de l’image, se trouve un grand cratère. Ce récipient représente le prix gagné lors des concours dramatiques des Dionysies selon C. L. Lawton, interprétation qui me paraît excessive : le cratère est simplement le vase dans lequel Papposilène a puisé le vin avec son oenochoè. La scène est proche de celle qui est représentée sur le décret contemporain 4 : dans les deux cas, un personnage du cortège dionysiaque accomplit le service du vin pour Dionysos. Ces en-têtes sont de type votif, et leurs scènes dionysiaques s’expliquent simplement par l’emplacement des stèles, au théâtre, et le cadre de la proclamation des honneurs, les Dionysies 164. On a vu dans l’analyse du numéro 4 qu’il serait imprudent d’en déduire que les concours dramatiques du dème comprenaient, outre la comédie, le drame satyrique ; de même serait-il hasardeux de dire, dans le cas du numéro 5, que les deux Aixonéens honorés ont agi spécialement dans le cadre du culte dionysiaque 165.

 

La proclamation des honneurs

 

L’inscription stipule que la proclamation des honneurs aura lieu dans le théâtre du dème, lors des concours de comédie. Il était de règle à Athènes de proclamer publiquement les honneurs pour les citoyens méritants et les étrangers bienfaiteurs, et les dèmes ne font pas exception. Cette pratique avait pour but de flatter la vanité des personnages honorés, et surtout de contribuer à développer, chez les citoyens, le dévouement à la communauté 166. Dans les décrets, l’encouragement à l’émulation se traduit par la formule hortative, qui est présente dans presque tous les décrets honorifiques de notre dème.

 

Selon Eschine, autrefois, certains citoyens ayant été couronnés par leur tribu ou leur dème

voyaient leurs honneurs proclamés aussi au théâtre de la ville, sans l’accord du Conseil ou du Peuple. Une loi a alors été promulguée, interdisant cette pratique ; les proclamations de ces cou-ronnes ne devaient se faire que dans les manifestations propres à ces subdivisions civiques 167. Le plus souvent, les dèmes annonçaient les couronnes lors des Dionysies rurales, mais on connaît des proclamations similaires lors d’autres fêtes locales majeures 168.

 

la figure mythologique de Papposilène peut très bien avoir été représentée ainsi vêtue. Je remercie vivement

B. Holtzmann pour la discussion que nous avons eue à ce sujet.

164. Sur ce type de scène, voir supra, p. 122-123.

165. Contra Schefold (1947), p. 20, qui voit dans le relief du numéro 5 une scène d’offrandes de remerciement par

le chorodidaskalos (à droite ; il tiendrait sur sa gauche un volumen déroulé et un pupitre dont on ne verrait que

la partie inférieure du pied) et un acteur déguisé en Papposilène (à gauche), suite à leur victoire ; il s’agirait

même, selon lui, des deux Aixonéens honorés, qui auraient été à la fois chorèges, acteur (dans le rôle de

Papposilène) et chef de chœur. Le « pupitre » est en fait la partie inférieure du thyrse ou du sceptre tenu par le

dieu, et ce que Schefold prend pour un volumen semble plutôt être un élément du manteau du dieu rejeté sur

l’épaule (voir Lawton 1995, p. 149).

166. Eschine, 3, 153-4 et 246 ; Démosthène, Sur la couronne (18), 120. Voir aussi Platon, Rép. VI 492, 6. 167. Eschine, 3, 41-45 ; voir aussi Démosthène, Sur la couronne (18), 120 (cependant, selon Canevaro 2013,

p. 295, le document cité n’est pas une loi athénienne authentique, mais un « later forgery based on a misreading

of Dem. 18 and Aeschin. 3 »). Cohen 2000, p. 114 voit à tort une explication à la proclamation aux Grandes

Dionysies de certaines couronnes décernées par les dèmes dans la séparation géographique entre nombre de

démotes et leur dème d’origine.

168. 2 Dionysies rurales : IG II 1178, l. 3-8 et 10-11, 1214, l. 28-29 ; IÉleusis 70, l. 19-24, 80, l. 13-21, 84, l. 10-11,

99, l. 9-16 ; IRham. 15, l. 6-7 ; SEG XXII 117, l. 8-9 (voir S. Alipheri, Horos 22-25 [2010-2013], p. 145-

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