Une Microhistoire D’athènes
Principes D’édition des Inscriptions
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 40 parties.
44. Voir par exemple Démosthène, C. Leptine (20), 115 et Plutarque, Aristide 27. Polyculture et interculture
ressortent bien du bail de Rhamnonte IRham. 180 (voir Pernin 2014, no 12), où sont mentionnés de l’orge et
du froment, des légumineuses, des vignes, des oliviers, des figuiers et d’autres arbres fruitiers, et des « bandes
intercalaires » (Ʒɖ uƩƷƿƴƺ[ƭ]ƥ, l. 8). Voir Th. Boulay, « Viticulture et cultures intercalaires dans le monde égéen
de l’époque hellénistique à l’époque byzantine », Food and History 11 (2013), p. 71-88. 45. Voir infra à propos de ƹƸƷƩǀƩƭư, et les nombreux exemples donnés par Knoepfler 2006 (auxquels on peut ajouter
Diodore, XIX 43, 3), où on voit que de Homère à Pausanias, on distingue les travaux céréaliers (DzƴƲ˅ư, ƶƳƩƣƴƩƭư)
et les travaux liés aux plantations (ƹƸƷƩǀƩƭư). Pour d’autres exemples, voir Chandezon 2003, p. 204 n. 83. 46. Sur le système biennal dans les baux attiques, voir Behrend 1970, p. 121-122. Pour d’autres attestations de
la jachère, voir IRham. 180, l. 9 (voir Pernin 2014, no 12), IG II2 1241, l. 22-24 (voir ibid., no 14) et 2498,
l. 17-21 (voir ibid., no 11). Les sources littéraires attestent également la pratique du système biennal : Hésiode,
Trav. 462-464 ; Xénophon, Écon. 16, 10. Cela n’empêche pas Garnsey 1992 d’imaginer une rotation plus
sophistiquée, comme chez les Romains. Sarpaki 1992 pense que la meilleure stratégie vu les conditions
climatiques en Grèce est la jachère verte (légumineuses), mais elle ajoute plus loin que les légumineuses résistent
mal à la sécheresse ; donc la jachère verte n’était sans doute pas très répandue en Attique. J. E. Skydsgaard
dans Isager, Skydsgaard 1992, chap. I.2 suppose que les légumes secs faisaient plutôt partie de l’horticulture,
avec les choux, betteraves, navets, céleris, oignons, ail, etc.
47. Je serais ainsi moins affirmative que Knoepfler 2006, p. 142, pour qui « il est clair qu’une année sur deux,
selon la pratique de l’assolement biennal, ils la laboureront et l’ensemenceront entre les troncs d’oliviers ou les
pieds de vigne ». De plus, le terme « assolement » paraît impropre pour l’Antiquité, car il implique une entente
entre les paysans de la communauté, système en vigueur à partir du Moyen Âge seulement. 48. Sur l’élevage en Grèce, voir Chandezon 2003, chap. 1 p. 275-307 ; J. E. Skydsgaard dans Isager,
Skydsgaard 1992, chap. I.5. ; Hodkinson 1988.
49. Xénophon, Mém. II 1, 28 ; voir aussi Aristote, Pol. VI 4, 11, 1319 a. 50. Chandezon 2003, p. 278.
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 185
peine à identifier ces bâtiments sur le terrain : par exemple, la ferme de Vari, sur la côte ouest de l’Attique dans le dème d’Anagyronte, n’a aucune pièce assez vaste pour servir de bergerie, on se demande donc si les animaux n’étaient pas hébergés dans des bâtiments annexes, à l’écart de la ferme 51.
Dans l’Antiquité comme aujourd’hui, le bétail de l’Attique consiste essentiellement en ovins
et caprins, car ils se contentent de pâturages secs, sur les hauteurs non arables (maquis, guar-rigues, bois), alors que le gros bétail nécessite des pâturages humides. Le mouton et la chèvre sont utiles pour le lait, la laine, la viande et sont des victimes très courantes dans les sacrifices. Les Athéniens élèvent aussi des porcs, qui fournissent de la viande et que l’on trouve fréquem-ment parmi les victimes sacrificielles. Les chevaux ne sont possédés que par les gens aisés car ils coûtent cher à l’achat et à l’entretien. Comme animaux de trait ou de transport de lourdes marchandises, on préfère les bœufs, les ânes et les mulets. Le bœuf fournit de la viande et du cuir ; il est parfois offert en sacrifice, mais beaucoup plus rarement que les ovins, les caprins et les porcins car il est peu fréquent en Attique, pays pauvre en terres herbeuses et humides, à part dans la plaine de Marathon. Les terrains confisqués aux Athéniens sacrilèges et dont la vente est consignée sur les « Stèles Attiques » montrent toujours, dans la composition du bétail, la nette domination des ovicaprinés sur les bovins 52. Il devait en être de même à Aixônè ; le règlement religieux 15 compte d’ailleurs exclusivement des ovins, des caprins et des porcins parmi les victimes sacrificielles.
On ignore si le petit bétail était maintenu sur les terres ou à l’écart. La plupart des spécialistes
nient l’existence d’un système agropastoral dans l’Antiquité grecque 53, mais d’autres pensent au contraire que le degré d’intégration de l’élevage était bien plus grand qu’on ne le croit, et qu’il y avait toujours moyen de garder le bétail à la ferme 54. Chr. Chandezon se montre plus nuancé : il est possible de garder le bétail sur les cultures, mais pas si l’on pratique le système biennal, car la terre ne peut produire suffisamment de fourrage. Ou alors, il faut posséder un domaine suffisamment étendu pour que cultures et bétail puissent cohabiter 55. Ajoutons que, selon plusieurs sources, les ovicaprinés ne sont pas les bienvenus parmi les cultures, auxquelles ils peuvent occasionner de gros dégâts 56. Il y avait sans doute plusieurs systèmes agraires différents selon les conditions locales, mais, en Attique, il semble que les paysans préféraient faire paître leur bétail à l’écart des cultures, sur des pâturages communs. C’est ce que tendent à montrer notre règlement aixonéen 8 et l’étude de H. Lohmann de plusieurs exploitations d’eschatiai intérieures de l’Attique, où l’élevage semble avoir joué un rôle important 57.
51. Jones J. E., Graham, Sackett 1973. Lohmann 1993, p. 180-182 a bien montré la difficulté d’identifier ces
bâtiments dans le cadre de prospections.
52. Par exemple Chandezon 2003, no 1 : le terrain de Panaitios, confisqué suite au sacrilège des Mystères, compte
4 bœufs et 4 vaches, 84 moutons et 67 chèvres.
53. E.g. A. Burford Cooper, « The Family Farm in Ancient Greece », CJ 73/2 (1977), p. 162-175 ; R. Sallares,
The Ecology of the Ancient Greek World (1991), p. 312 ; J. E. Skydsgaard dans Isager, Skydsgaard 1992,
chap. I.5.
54. P. Halstead, « Traditional and Ancient Rural Economy in Mediterreanean Europe: plus ça change? »,
JHS 107 (1987), p. 77-87 ; Hodkinson 1988 ; Garnsey 1992. 55. Chandezon 2003, p. 402-403.
56. E.g. Platon, Lois 639 a ; IG XII 7, 509 (Hérakleia dans les Cyclades. Voir L. Robert, « Les chèvres d’Hérakleia »,
Hellenica VII [1949], p. 161-170 et Chandezon 2003, no 35) ; MAMA IV 297 (Hiérapolis) ; ID 1416 B I,
l. 45-46 (Délos). Voir Chandezon 2003, p. 301-302.
57. H. Lohmann, « Die Chora Athens im 4. Jhr. v. Chr.: Festungswesen, Bergbau und Siedlungen », dans
W. Eder (éd.), Die athenische Demokratie im 4. Jhr. v. Chr. (1995), p. 515-548. Voir aussi J. Krasilnikoff,
« On the Gardens and Marginal Lands of Classical Attica », Proceedings of the Danish Institute at Athens 3
(2000), p. 177-193. Sur les eschatiai en Attique, voir Jameson 2002.
186 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
Il est maintenant temps d’examiner les inscriptions aixonéennes relatives aux activités agri-
coles des démotes, tout en gardant à l’esprit ces généralités sur l’agriculture et l’élevage en Attique.
LE CONTRAT DE LOCATION D’UN DOMAINE DU DÈME (no 7)
Cette inscription, exceptionnellement longue et bien conservée, consiste dans sa première partie (l. 1-31) en un contrat de location établi entre le dème d’Aixônè et deux démotes, père et fils. L’objet loué est un domaine agricole appartenant au dème, la Phelléïs, nom sur lequel je reviendrai. Le contrat est accompagné d’un décret (l. 31-47) proposé par un certain Étéoklès, portant sur la coupe et la vente des oliviers du terrain. Le document présente plusieurs clauses visant à protéger les intérêts des deux parties ; ces clauses sont particulièrement nombreuses et détaillées, ce qui a contribué à faire de cette inscription l’une des plus célèbres de sa catégorie.
Avant d’entrer dans l’analyse du texte, il est nécessaire de nous familiariser avec la catégorie
de documents à laquelle il appartient.
Les baux attiques 58
Longtemps ignorés en dehors du petit monde des spécialistes, édités sans traduction ni com-mentaire dans des recueils d’inscriptions souvent plus que centenaires, les contrats agraires de l’Antiquité grecque sont depuis quelques décennies exploités comme ils le méritent. Cet intérêt est dû à l’engouement plus général pour l’histoire rurale et agricole du monde grec, dont il a été question plus haut. Le corpus des baux grecs que M. Brunet, G. Rougemont et D. Rousset appelaient de leurs vœux en 1998 a désormais pris corps sous la plume d’I. Pernin 59.
Les baux ruraux sont des documents disparates, mais quelques éléments sont récurrents,
comme les noms des locataires, la date d’entrée en vigueur du contrat et sa durée, le montant du loyer et les modalités de son versement. En revanche, les droits et devoirs de chaque partie sont définis avec plus ou moins de détail. Naturellement, chaque État grec avait ses habitudes, et comme nous le verrons dans un instant, on ne gravait pas forcément ce type de contrats sur la pierre. Par chance, certaines cités ont fourni des documents suffisamment nombreux pour que l’on puisse les étudier en série : outre Athènes, on peut citer Thespies dans la seconde moitié du iiie s., Mylasa en Carie au iie s. et Délos du milieu du ve au milieu du iie s. Les baux attiques s’étalent sur cinq siècles, mais la majorité date de la seconde moitié du ive s., période la plus florissante de l’épigraphie des dèmes 60.
Sauf en Égypte lagide, les baux ruraux que l’on a sont ceux qui ont été gravés sur pierre et,
dans de rares cas, sur bronze. Mais il est évident que la plupart des baux n’étaient pas inscrits sur un matériau durable. Comme le note D. Behrend, l’inscription est seulement une façon de rendre public et de perpétuer un autre document écrit sur support périssable, et de fournir une sécurité supplémentaire pour les contractants 61. Selon P. Kussmaul, l’érection de stèles
58. L’ouvrage de référence est désormais Pernin 2014, p. 32-90 (textes, traductions et commentaires), 90-97 et
485-524 (synthèses). On pourra se reporter également à Kussmaul 1969, p. 37-61 ; Behrend 1970, chap. IV ;
Whitehead 1986, p. 152-158 ; M. B. Walbank, dans Agora XIX, p. 149-169 ; Brunet, Rougemont,
Rousset 1998 ; Jones 2004, p. 27-34.
59. Pernin 2014.
60. Sur cette floraison épigraphique, voir supra, p. 15-16 et infra, p. 239 et p. 337. 61. Behrend 1970, p. 109-110. Un décret du Pirée prévoit l’inscription d’une copie du contrat de location du
théâtre sur une stèle de pierre, à dresser sur l’agora des démotes (Agora XIX L 13, l. 25-26 : DzưƷƣƧƴƥƹƥ Ʒ˒ư
ƶƸưƬƫƮ˒ư. Voir supra, p. 110 n. 75). Les historiens s’accordent pour dire que le document original des baux,
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 187
sert à assurer la preuve en cas de litiges juridiques et donne confiance au locataire qui sait que le bailleur ne va pas falsifier l’inscription 62. Dans le cas de notre document aixonéen, on peut aussi y voir la volonté du dème de rendre compte à ses membres des actes de sa gestion, puisque la Phelléïs appartient à tous les démotes. Au bout du compte, rien ne laisse penser que l’inscription sur pierre ait été la condition sine qua non pour que le contrat soit valide ; mais il est clair qu’une fois érigée, la stèle était pourvue d’une certaine autorité.
D. Behrend, dans son ouvrage fondamental de 1970, recense 41 documents attiques qui
sont des baux ou qui se rapprochent de ce type de document 63. Il faut préciser que d’un point de vue juridique, ces baux ne sont pas tous de purs contrats de location ; les Grecs ignoraient les classifications juridiques rigoureuses issues du droit romain 64. D. Behrend retient 16 inscriptions qu’il considère comme des baux et les classe en deux grandes catégories, reprises par les historiens postérieurs :
– les contrats types ou règlements généraux (syngraphai), par lesquels le bailleur établit les
règles de location d’un ou plusieurs domaines mais sans établir de contrat avec un locataire précis 65 ;
– les contrats de location proprement dits (synthèkai), établis entre le bailleur et un ou
plusieurs locataires. Le terme synthèkai, toujours employé au pluriel sauf rares exceptions, est habituel à Athènes pour désigner les clauses et, par extension, le contrat lui-même 66. D. Behrend remarque que dans les baux de l’Égypte lagide, misthôsis et synthèkai sont synonymes, alors que dans les baux attiques ce n’est jamais le cas, à l’exception de notre inscription (l. 18 et 20 : misthôsis dans le sens de « contrat de location ») 67. Il existe pourtant des parallèles 68. Notons que le mot misthôsis peut désigner aussi le loyer, sens qui apparaît dans notre inscription (l. 27, 38 et 39).
Selon le tableau de D. Behrend, notre inscription est la seule à entrer dans les deux catégories,
syngraphè et synthèkè 69. S’il est probable qu’elle mêle les deux types de baux, elle n’est sans doute pas la seule à le faire, comme nous le verrons plus loin.
D. Behrend se demande s’il existait une loi réglementant les baux en Attique, mais ne
parvient pas à répondre à cette question, car nos sources ne révèlent l’existence que d’une loi émise par la cité sur les domaines sacrés, à distinguer des règlements généraux (syngraphai) qui
sur support périssable, était conservé dans les archives du bailleur (par exemple 2 IG II 2501 [voir Pernin 2014,
no 6] : dans le grammateion d’un groupe d’orgéons). 62. Kussmaul 1969, p. 58-61.
63. Par exemple les listes de baux, ou certains passages des comptes que les administrateurs chargés par une
collectivité de gérer ses biens ou ceux des dieux étaient tenus de rendre annuellement, comme c’était le cas
pour les administrateurs du sanctuaire d’Apollon à Délos.
64. Comme le précisent Brunet, Rougemont, Rousset 1998. 65. Voir Pernin 2014, p. 489-491. Par exemple, le bail d’Arkésinè d’Amorgos (GHI 59 ; Pernin 2014, no 131),
gravé sur une stèle érigée dans la propriété. Le document le plus célèbre de ce type est sans doute la hiéra
syngraphè de la Délos indépendante (ID 503 ; Pernin 2014, no 64), voir Vial 1984, p. 111 et 169 ; Reger
1994, p. 220-247 et p. 281-283. Pour les baux de Thespies et la prorrhésis, voir Pernin 2004. 66. Sur les synthèkai en général, voir Kussmaul 1969, p. 15-20 et 84-95. Dans le contexte précis de la location,
voir ibid., p. 24-25 ; Behrend 1970, p. 111-116 ; Pernin 2014, p. 489. Pour l’usage de ce mot dans les baux
attiques, voir par exemple 2 o IG II 1165, l. 21, 1241, l. 3-4 (voir Pernin 2014, n 14), 2496, l. 24, 2501, l. 20
(voir ibid., no 6), Agora XIX L 13, l. 20-21, 26 et 28 (voir supra, p. 110 n. 75). 67. Behrend 1970, p. 110 n. 46.
68. E.g. IG II2 1241, l. 54 (voir Pernin 2014, no 14) et 2499, l. 40 (voir ibid., no 7), où on prévoit l’inscription
de la misthôsis sur la pierre. Sur les différents sens de misthôsis dans les baux, voir ibid., p. 487-488. 69. Behrend 1970, p. 103.
188 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
concernaient plus spécialement leur mise en location 70. Il n’y a probablement jamais eu de loi sur les baux valable pour tous les biens fonciers de l’Attique, car sinon ceux que l’on possède s’y référeraient ; il semble que chaque corps de bailleurs faisait comme il l’entendait, élaborant ses propres syngraphai et synthèkai.
Dans les baux attiques, les bailleurs sont des groupes de personnes : la cité et ses subdivisions
(tribus, dèmes, phratries), des associations diverses (orgéons surtout). On ne sait en revanche presque rien sur la location des terres privées appartenant à des particuliers ; à part pour l’Égypte gréco-romaine, seule une poignée de contrats de location privés nous sont parvenus, alors qu’il devait y avoir un nombre considérable de terres privées louées par des particuliers 71. Si la majorité de la documentation attique émane de la cité et concerne des terres sacrées 72, les dèmes ont fourni les inscriptions parmi les plus instructives, car elles constituent la majorité des documents que l’on peut qualifier véritablement de baux. Parmi ces derniers, l’inscription d’Aixônè est l’une des plus longues, des plus détaillées et des mieux conservées.
Les baux émanant de dèmes concernent les biens les plus divers : des terres agricoles, des
pâturages, des bâtiments, un théâtre, le droit d’exploiter une carrière, etc. 73 Ces biens, qui pouvaient être profanes ou sacrés, étaient dans la pratique possédés collectivement par tous les démotes, lesquels ne pouvaient évidemment pas les exploiter tous ensemble ; ils décidaient de les louer, le plus souvent à l’un ou plusieurs d’entre eux, pour une période définie et sous certaines conditions. Ces sources de revenus devaient être importantes dans le budget des dèmes, si l’on en juge par le soin avec lequel ils géraient les biens mis en location 74.
70. Behrend 1970, p. 107-108. On entrevoit ce nomos dans Démosthène, C. Timokratès (24), 40 et C. Macartatos
(43), 58, et dans le décret 3 o IG I 84, l. 25 (voir Pernin 2014, n 2), lequel renvoie aussi à des syngraphai
(l. 5, 6-7, 12-13, 31). Pernin 2014, p. 37 et p. 491 suppose que ces dernières formaient une réglementation
générale sur la location des téménè gérés par la cité, semblable à la hiéra syngraphè de Délos ; on trouverait selon
elle encore un écho à cette réglementation générale dans Ath. Pol. 47, 4. 71. Voir G. Casanova, « I contratti d’affitto fra privati nelle epigrafi greche », dans E. Bresciani et al. (éds),
Scritti in onore di Orsolina Montevecchi (1981), p. 89-97. On retrouve constamment, dans les ouvrages sur
l’économie attique, le calcul d’Andreyev 1974, p. 43, selon lequel 10 % de la terre agricole attique appartenait
aux collectivités (cité, dèmes, tribus, trittyes, phratries, génè, associations diverses), dont la moitié aux dèmes
(reproduit par exemple chez Bertrand, Brunet 1993, p. 172-173). Ce genre de calcul, plus que douteux,
fausse la réalité des choses, car au vu de l’état de notre documentation, on ne peut raisonnablement se lancer
dans une étude statistique.
72. Si les témoignages sont inexistants sur la location de terres publiques profanes par la cité, c’est peut-être
parce que ce sont essentiellement les dèmes qui les possédaient et qui s’occupaient de les louer, activité
leur rapportant des revenus appréciables (voir infra, avec la n. 74 et p. 190-191). En effet, la cité possédait,
de manière directe, très peu de terres en Attique propre ; par contre, elle en avait de nombreuses dans les
clérouquies. Voir Lambert 1997, p. 234-243, et Papazarkadas 2011, p. 232-236. 73. Terres : IRham. 180 (voir Pernin 2014, no 12), IG II2 2497 (voir ibid., no 15), SEG XXI 644 (voir ibid.,
no 2 16), LI 153 (voir ibid. , n o 17), LVII 131 (voir ibid. , n o 13). Pâturages ( ennomia ) : IG II 2498 (voir ibid.,
no 2 11). Bâtiments : IG II 2496. Théâtre : Agora XIX L 13 (voir supra, p. 110 n. 75). Carrière : IÉleusis 85 (voir
SEG LIX 143. Voir le commentaire de Flament 2015). 74. Voir par exemple SEG LVII 131 D1a (Teithras, milieu du ive o s. Voir Pernin 2014, n 13) : les démotes
demandent au démarque d’établir une liste épigraphique des noms des locataires perpétuels des propriétés
du dème avec le montant des loyers, pour qu’ils connaissent leurs revenus (SEG LVII 131 D1b semble être
une partie de cette liste) ; IG II2 2498 (Pirée, 321/0. Voir Pernin 2014, no 11) : les démotes établissent des
règles générales pour la location de leurs domaines sacrés (téménè). Dans IG I3 258 (Plôthéia, dernier quart
du ve s.), les locations (totales ?) pour une année rapportent seulement 134 dr. et 2 ½ ob., mais il s’agit d’un
tout petit dème (quota bouleutique : 1). À titre indicatif, je note que, dans les documents attiques analysés par
Pernin 2014 (voir le tableau p. 96-97), les loyers vont de moins de 10 dr. à 1270 dr. Le loyer se règle surtout
en argent, mais il existe aussi des paiements en nature, qui servent pour un culte (e.g. IÉleusis 177).
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 189
Du côté des locataires, on ne trouve quasiment que des particuliers, surtout des citoyens, et
qui sont pour la plupart membres du corps des bailleurs. N. Papazarkadas indique que dans les sources du ive s., 76,5 % des locataires sont membres du dème dont ils louent le bien-fonds, et que dans les rationes centesimarum, 68 % des acheteurs des propriétés vendues par les dèmes en sont des ressortissants 75. On connaît cependant des situations dans lesquelles les locataires de propriétés de dèmes sont des citoyens d’un autre dème 76. Le décret du Pirée IG 2 II 1214 montre que des démotes pouvaient très bien posséder un terrain dans un autre dème que le leur, moyennant le paiement de l’enktètikon 77.
Un débat agite les historiens quant au sens à donner à la mise en location de parcelles de terres
par les dèmes à des individus. Commençons par les motivations des preneurs. Selon H. Lohmann, ces derniers sont peut-être des paysans qui n’ont pas assez de terres ou qui veulent agrandir leur surface cultivable pour augmenter leur productivité 78. D. Whitehead, qui reprend et développe une réflexion de V. N. Andreyev, a une tout autre vision des choses : il est frappé notamment par le langage de certains baux qui sont suivis d’un décret honorifique récompensant les locataires, et si on le suit, louer une terre d’un dème s’apparenterait à une liturgie 79. C’est peut-être vrai pour quelques-uns des exemples qu’il cite, mais je pense avec d’autres que le locataire avait pro-bablement, dans la majorité des cas, quelque intérêt économique dans l’entreprise 80. Ainsi, selon M. Brunet, G. Rougemont et D. Rousset, les citoyens aisés pouvaient trouver dans la location de terres un moyen d’augmenter temporairement leurs revenus par la vente de surplus agricoles. Ils ajoutent que les Grecs ne pensaient pas avant tout à un réinvestissement productif, contrai-rement aux modernes : le plus souvent, les gains qu’ils recherchaient étaient destinés à financer des dépenses ponctuelles lourdes comme les liturgies, ou le versement d’une dot 81 ; comme nous le verrons à propos des bornes hypothécaires, un autre moyen de faire face à ce genre de dépense était l’emprunt garanti par l’hypothèque foncière. On le voit, les motivations des preneurs sont très diverses, et il faut bien dire qu’elles nous échappent la plupart du temps, car elles dépendent
75. Papazarkadas 2011, p. 152. Voir aussi Whitehead 1986, p. 157-158. 76. e o SEG LVII 131 D1b (milieu du iv s., voir Pernin 2014, n 13) : Teithras loue un même terrain à un démote
d’Ôa et à un Teithrasien ; Agora XIX L 13 (324/3. Voir supra, p. 110 n. 75) : le Pirée loue le théâtre à plusieurs
citoyens, dont un de Lamptrai et un de Pèlèkes. Les rationes centesimarum montrent le même phénomène,
mais pour la vente de terrains, voir Lambert 1997, p. 185 nos 3, 9 ?, 10 ?, 11 ?, 14, 15, 26 ? 77. Décret des Piréens en l’honneur de Kallidamas de Cholleidai, où il est dit que ce dernier paiera les mêmes
impôts que les démotes, et sera exonéré de l’enktètikon (l. 27-28). Sur cet impôt, voir Pernin 2007, et
V. Chankowski, « Les catégories du vocabulaire de la fiscalité dans les cités grecques », dans J. Andreau,
V. Chankowski (éds), Vocabulaire et expression de l’économie dans le monde antique (2007), p. 320-321. 78. Lohmann 1992, dans la discussion qui suit sa communication. 79. Whitehead 1986, p. 158, à la suite d’Andreyev 1974, p. 43. Whitehead donne trois exemples : SEG LVII
131 D1a (Teithras. Voir Pernin 2014, no 13), exemple mal choisi car c’est la location du terrain qui fait office
de récompense pour le personnage honoré ; Agora XIX L 13 (Pirée. Voir supra, p. 110 n. 75), pour les locataires
du théâtre ; IÉleusis 85 (voir SEG LIX 143), où Moiroklès est honoré par le dème d’Éleusis pour avoir proposé
le plus haut montant pour la location de la carrière. Il a été suivi par M. B. Walbank dans Agora XIX, p. 156-
160 et Pernin 2014, p. 516-517, qui étendent cette interprétation du locataire-liturge à d’autres documents
encore. Papazarkadas 2011, p. 150-154, épouse également cette thèse pour certains cas, dont nos Aixonéens
du bail 7 Autéas et Autoklès, mais pense aussi que pour d’autres, la motivation des locataires est de soutenir
financièrement certains cultes (dans les cas, évidemment, où le loyer sert à ce genre de dépenses, ce qui nous
échappe le plus souvent).
80. Lohmann 1992 ; Osborne 1988, p. 291-292 ; C. Carusi « The Lease of the Piraeus Theater and the Lease
Terminology in Classical Athens », ZPE 188 (2014), p. 129-131. 81. Brunet, Rougemont, Rousset 1998. L’attitude des Grecs vis-à-vis du réinvestissement productif est un des
points majeurs débattus entre primitivistes et modernistes, voir A. Bresson, L’économie de la Grèce des cités
(fin VIe-Ier siècle a.C.), I (2007), p. 7-36, qui invite à faire abstraction des catégories conceptuelles modernes. Je
reviendrai sur le sujet à propos des bornes hypothécaires.
190 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
de facteurs qui sont souvent difficiles à appréhender dans nos sources, comme l’origine sociale du locataire, les caractéristiques de la propriété louée ou encore les conditions du bail 82.
D. Whitehead continue son analyse en exposant les intérêts du dème bailleur cette fois :
s’assurer un revenu sûr pour l’exercice du culte (les dèmes utilisant souvent les revenus de leurs locations pour des dépenses cultuelles 83), éviter que l’absence de locataire n’entraîne la négligence de la propriété et, d’une manière générale, aider les membres de la communauté qui seraient en manque de terres. Il conclut que pour les deux parties, les aspects religieux et sociaux sont au moins aussi importants que les aspects strictement financiers 84. J. Bertrand et M. Brunet soulignent aussi le « rôle éminemment social » de la location des terres par les dèmes, mais dans un sens plutôt aristocratique : « le dème louait exclusivement à des natifs et ce système permettait de cimenter les solidarités régionales à l’intérieur du groupe des nantis, car tous les exemples que nous connaissons prouvent qu’il ne s’agissait pas d’opérations de charité envers les concitoyens les plus pauvres » 85. Il est vrai que, contrairement à l’opinion de D. Whitehead, nos sources ne permettent pas de dire que les dèmes faisaient œuvre charitable en mettant en location leurs biens ; mais elles n’autorisent pas non plus à dire que ces mises en location servaient de ciment social entre les riches démotes. En réalité, il est très difficile d’établir l’origine sociale des locataires, même pour l’Athènes du ive s., pour laquelle on dispose pourtant de sources littéraires et épigraphiques abondantes 86. La procédure de mise en adjudication étant la plus couramment utilisée pour les locations 87, tout au plus peut-on supposer que les locataires ne devaient pas être pauvres, sinon il leur aurait été difficile de remporter l’enchère 88. En outre, il n’est pas exact que les dèmes louaient exclusivement
82. Certains historiens partent du principe que les terres louées étaient généralement de faible surface et que les
loyers ne constituaient pas une grande partie des revenus des dèmes. Par un même réflexe, Kussmaul 1969,
p. 45, pense que la plupart des parcelles louées par les entités publiques étaient trop petites pour que le
locataire puisse en vivre et que, par conséquent, sa subsistance n’en dépendait pas. En réalité, on ignore tout
de la surface des terrains et du prix de la terre.
83. 3 Comme le montrent les comptes de Plôthéia IG I 258, avec le commentaire de Migeotte 2010. Ainsi que
le rappellent Brunet, Rougemont, Rousset 1998, la rente foncière perçue par les collectivités bailleresses
servait principalement à couvrir leurs dépenses de fonctionnement (ils donnent pour exemple l’achat des bêtes
de sacrifice, la réparation des bâtiments, l’organisation de fêtes ou de banquets). 84. Il rejoint ainsi un avis déjà émis par Jameson 1982. 85. Bertrand, Brunet 1993, p. 173 ; dans le même sens, voir Osborne 1988, p. 291. En revanche, d’après
Brunet, Rougemont, Rousset 1998, les contrats entre particuliers, tels qu’ils apparaissent à travers les
discours des orateurs attiques, montrent que l’affermage des domaines privés concernait d’autres catégories de
la population et pouvait offrir un accès à la terre à des citoyens pauvres, à des affranchis et à des métèques ; voir
aussi Osborne 1988, p. 317-319.
86. Environ 47 % des locataires et garants des téménè gérés par la cité n’apparaissent dans les sources que dans cette
activité et une seule fois (Papazarkadas 2011, appendice VII, p. 299-319). Shipton 2000, p. 93-95 en déduit
qu’ils ne sont pas spécialement aisés, mais c’est une conclusion abusive (voir Pernin 2014, p. 516 : « nous ne
pouvons rien en conclure sur leur catégorie sociale »). Parmi les locataires des terres d’Apollon à Délos à l’époque
de l’Indépendance, Vial 1984, p. 329-337 compte environ 10 % de riches, mais ajoute « nous n’avons, en
réalité, aucune idée sur le nombre des fermiers qui pouvaient être qualifiés de riches » (p. 335 n. 84). 87. Brunet, Rougemont, Rousset 1998 ; Pernin 2014, p. 494-498 (où l’auteur utilise « adjudication » à
mauvais escient, au lieu d’ « affermage ») ; Papazarkadas 2011, p. 115-116 se montre à cet égard excessivement
sceptique. Cette procédure figure par exemple dans IG II3 447 a (mise en location de la Néa par les pôlètes)
et 2 o IG II 1241 (mise en location d’un terrain de la phratrie des Dyaléens, voir Pernin 2014, n 14). Pour
Thespies, voir Pernin 2004. La vente aux enchères se trouve dans d’autres contextes encore, par exemple
IÉleusis 85, l. 24 (location du droit d’exploiter la carrière d’Éleusis. Voir SEG LIX 143. Voir le commentaire
de Flament 2015), 3 IG I 258, l. 19-20 (Plôthéia. Le prêt se fait à qui promet le plus haut taux d’intérêt),
SEG XXXIV 107, l. 5-6 (pour les chorégies de Thorikos). Voir encore infra, p. 198-199 n. 127 sur les pôlètes. 88. Environ 17 % des locataires et garants des téménè gérés par la cité appartiennent à des familles de liturges
(Papazarkadas 2011, appendice VII, p. 299-319) ; c’est le cas aussi des Aixonéens locataires de la Phelléïs (7).
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 191
à leurs propres ressortissants, comme on vient de le voir, même si on a pu établir que dans l’immense majorité des cas, l’Athénien loue un domaine dans son dème d’origine 89. Plutôt que de tenter de déceler une quelconque politique sociale de la part du dème bailleur, il me semble préférable de mettre l’accent sur les aspects économiques de la mise en location, ainsi que le font M. Brunet, G. Rougemont et D. Rousset, qui en soulignent l’aspect non capitaliste : « compte tenu de la rotation rapide des locataires, l’objectif recherché par les bailleurs n’était donc pas l’amélioration du fonds, destinée à accroître sa productivité, mais la simple préservation de sa valeur » 90. M. I. Finley était déjà de cet avis, disant qu’il ne connaît qu’un seul cas dans les baux attiques où l’on parle clairement d’une amélioration du terrain : le bail des orgéons du Héros Médecin, où le locataire a la possibilité de construire ce qu’il veut sur une section définie de la propriété 91 (plus éclairants me semble-t-il sont les baux dans lesquels le bailleur exige de nouvelles plantations, comme celui du téménos de Néleus et Basilè à Athènes 92). Dans les affaires de locations que révèlent les sources littéraires, M. I. Finley dénombre moins d’une douzaine de cas où la valeur de la propriété est accrue et cet accroissement est davantage le résultat du zèle du locataire que de l’engagement de fonds substantiels pour améliorer le potentiel économique de la propriété 93. Par le biais des misthôseis, les dèmes veillaient donc surtout à préserver la valeur de leurs biens-fonds, mais on ne peut douter que la perspective d’un revenu alimentant régulièrement leur budget entrait aussi en ligne de compte 94.
Après cette longue mais nécessaire introduction sur les baux attiques, il est temps maintenant
d’aborder le bail des Aixonéens.
LE LIEU DE DÉCOUVERTE DE LA PIERRE
La stèle a été trouvée en 1819 avec deux autres inscriptions d’Aixônè (16 et GL 22), dans la zone des fouilles du vice-consul d’Autriche G. Chr. Gropius, que l’on situe dans les environs de l’église d’Aghios Nikolaos de Pirnari sur la commune actuelle de Glyphada, endroit supposé avec grande vraisemblance pour avoir abrité le sanctuaire d’Hébé, où se dressait la stèle 95. K. S. Pittakis, dans son édition du décret 16, précise que les deux inscriptions ont été trouvées dans la fouille de Gropius, qui s’est déroulée « dans le village de l’Attique appelé aujourd’hui Vari » 96. Or, comme l’explique A. P. Matthaiou, à l’époque à laquelle K. S. Pittakis écrit, Vari désignait un domaine appartenant au monastère de Pétrakos, qui s’étendait au nord jusqu’à
89. Voir supra, p. 189.
90. Brunet, Rougemont, Rousset 1998, p. 217.
91. Finley 1951, p. 82-83 ; voir aussi Kussmaul 1969, p. 45 et n. 3, à propos des baux publics. Bail des orgéons
du Héros Médecin : SEG XXIV 203 (voir Pernin 2014, no 4) ; le bail des orgéons d’Égrétès comporte le même
type de clause ( 2 o IG II 2499 ; voir Pernin 2014, n 7). 92. 3 o IG I 84 (voir ibid. , n 2). Peut-être aussi IRham. 180 (voir ibid., no 12). 93. Par exemple Isée, 9, 28 ; Xénophon, Écon. 1, 2-5 et 20, 23 ; Démosthène, C. Aphobos I (27), 58-9. 94. Je rejoins ainsi Pernin 2014, p. 523 : « Incontestablement, il s’agissait pour les bailleurs de préserver, voire de
valoriser leur patrimoine tout en s’assurant un revenu régulier […] » ; voir aussi Osborne 1988, p. 287-289.
Sur les dépenses possibles des dèmes, voir supra, n. 83, et infra, p. 355. 95. Voir la section sur la fouille de 1819 dans le chapitre 2. 96. ƊȞƵ Ʒɞ ƺƼƴƣƲư ƷʨƵ ǺƷƷƭƮʨƵ, ƮƥƯƲǀuƩưƲư ư˅ư ƇƠƴƫ (AEph 1859 no 3545). Les autres indications sur le lieu de
trouvaille sont très vagues : « dans les ruines du dème d’Aixônè, près de la route qui mène au Sounion » (je
traduis) (Janssen). Pittakis avait déjà parlé de notre inscription, à l’occasion de la publication du contrat
IG 3 o II 433 ( AEph 1853, p. 829 n 1350) : « Cette inscription est de même nature que celle trouvée avant la
Révolution grecque dans le dème d’Aixônè et transportée en Hollande par Rottiers, et publiée par Boeckh sous
le no 93 » (je traduis). Sur la position de Milchhöfer, voir supra, p. 113 n. 89.
192 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
la frontière actuelle entre Voula et Glyphada 97. Dans son esprit, le domaine s’étendait même jusqu’à l’église d’Aghios Nikolaos, puisqu’il dit à propos de la base dédicatoire FR 5 : « Je l’ai trouvé en 1837 dans la zone côtière sud de l’Attique, qui s’appelle maintenant Vari, dans les ruines de l’église qui s’y trouve, qui occupe maintenant l’emplacement du sanctuaire d’Hébé » (je traduis) 98. Il associe l’église au sanctuaire sans doute parce que, près de là, avaient été trouvées les inscriptions en rapport avec le sanctuaire d’Hébé (7 et 16), comme le pense A. P. Matthaiou. L’église était effectivement en ruines à l’époque de K. S. Pittakis 99.
La pierre a ensuite été vendue au colonel hollandais B. E. A. Rottiers, avec d’autres
trouvailles de provenances diverses ; le colonel lui-même faisait des fouilles dans la région. Peu de temps après, Rottiers a vendu la stèle au Musée des Antiquités de Leyde, où elle est entrée en 1821. C. C. J. Reuvens, alors directeur du musée, classa le « contrat de bail portant les noms d’archontes athéniens » dans la deuxième des catégories dans lesquelles on classait alors les inscriptions, celle contenant les listes d’inventaires et les contrats entre particuliers (la plus haute classe étant celle des inscriptions à valeur historique ou culturelle, et la dernière celle des inscriptions funéraires). Après avoir comparé sa longueur avec des inscriptions des musées de Londres et de Paris, il l’estima à 750 florins, une somme assez considérable 100.
Rares sont les commentateurs à avoir vu la pierre. Depuis H. van Gelder, qui n’a pas jugé
bon de rééditer le texte, aucun commentateur ne l’a eue sous les yeux 101. L’analyse a donc dépendu jusqu’à maintenant des trois copies dont disposait A. Boeckh, et surtout de l’édition de L. J. F. Janssen, dont les lectures ont été, sauf menus détails, confirmées par H. van Gelder. Je n’ai moi-même vu qu’une photo de la stèle, mais fort heureusement, la lecture du texte ne pose pas de problème.
Le texte 102
Musée des Antiquités de Leyde, RO.I.A 8.
Stèle en marbre gris-bleu, ornée d’une cimaise au sommet. La pierre est dans un état de conservation exceptionnel. Elle est amputée dans les angles inférieurs, sans que le texte ne soit affecté ; on distingue encore un petit éclat en haut à droite de la cimaise, et une grande entaille dans la partie inférieure gauche. Dans la partie inférieure, on voit une ligne horizontale plus foncée, trace de la limite au-delà de laquelle la stèle était fichée dans un socle. Un quadrillage finement incisé est visible dans la partie inférieure, sous le texte. Le texte est parfaitement conservé. Les lettres sont qualifiées de « communes » par Dittenberger. Janssen constate une inconstance dans la forme des lettres alpha, gamma, delta, sigma, tau, upsilon, inconstance due selon lui à une gravure faite à la hâte. Il ajoute que, souvent, le epsilon est semblable au xi, et le upsilon au psi cursif.
Dimensions : 1 × 0,41 × 0,10 (Janssen). Hauteur des lettres : 0,005 (Kirchner).
97. Matthaiou 1992-1998. Voir supra, p. 91. 98. AEph 1856 no 2874. Voir le commentaire ad loc. 99. Voir supra, p. 92.
100. Lettre de Reuvens à Falck, 25 novembre 1820, citée par Halbertsma 2003 a, p. 52. 101. Pleket (1958) donne une photo mais on peut se demander s’il a vraiment examiné la pierre. Il est significatif
que pour le texte qu’il donne dans Epigraphica I (1964), no 42, il reprenne la transcription de la 3e édition de
la Sylloge. Dans son recueil de 1958, il publie les nouvelles inscriptions acquises depuis 1890, mais ne réédite
pas celles parues auparavant, notamment chez Janssen, malgré les vœux exprimés par L. Robert (« Catalogues
de musées », Actes du deuxième congrès international d’épigraphie grecque et latine [1953], p. 286-290). Pleket
estimait qu’il était inutile de le faire puisque la plupart avaient été reprises dans le CIG et les IG ; et en voyant
les pierres, il a constaté que Janssen les avait bien lues en général. Il a donc procédé au mieux à un examen
rapide de notre inscription.
102. Ma transcription a été établie d’après Kirchner, le fac-similé de Janssen (fig. 32) et la photo de la stèle (fig. 31).
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 193
Éditions : A. Boeckh, CIG I 93 (> copie Reuvens) + add. vol. I p. 899 (Haussoullier 1883, p. 217-219 no 7) ; JANSSEN 1842, p. 13-16 ; U. Koehler, IG II 1055 (> Boeckh, CIG I 93 + Janssen) (R. Dareste, B. Haussoullier, Th. Reinach, RIJG I, p. 238 no XIII bis) ; Ch. Michel, RIG 1354 (> Boeckh, CIG I 93 + Janssen + Koehler) ; W. Dittenberger, SIG2 535 (> Boeckh, CIG I 93 + Janssen) (Fr. Hiller von Gaertringen, SIG 3 966 ; H. W. Pleket, Epigraphica I [1964], no 42 ; Krasilnikoff 2008, p. 42-45) ; E. S. Roberts, E. A. Gardner, An Introduction to Greek Epigraphy, II (1905), no 129 (> Boeckh, CIG I 93 et add. vol. I p. 899 + Janssen + Koehler + Dittenberger) ; J. Kirchner, 2 o IG II 2492 (> estampage) (Papagiannopoulos-Palaios 1952, p. 67-68 n 10 ;
Isager 1983, p. 21-29 no 1 ; Giannopoulou-Konsolaki 1990, p. 105-107 no 8 ; Pernin 2014, no 18) ; D. Rousset dans Brunet, Rougemont, Rousset 1998, p. 231-237 (> Kirchner + Hiller von Gaertringen). Traductions : RIJG no XIII bis (en français. Un extrait est repris chez Bertrand, Brunet 1993, p. 174) ; Isager, p. 21-22 (en danois) ; Burford 1993, p. 231-232 (en anglais) ; Rousset, p. 232-233 (en français, inspirée par RIJG) ; Roebuck 2001, p. 292-293 (en anglais) ; Jones 2004, p. 102-103 (en anglais) ; Scafuro 2004, p. 94-106 (l. 31-47, en allemand) ; P. J. Rhodes, 2 The Greek City States (2007), p. 184-185 (en anglais) ; D. D. Phillips, The Law of Ancient Athens (2013), no 258 (l. 1-31, en anglais) ; Pernin (en français). Commentaires : A. Boeckh, CIG I 214 (sur phelleis) (> copie Pittakis + copie Niebuhr) ; K. S. Pittakis, AEph 1853, p. 829 no 1350 et AEph 1859, p. 1846-1848 no 3545 ; Milchhöfer 1888, p. 358 no 730 a ; Guiraud 1893, p. 421-445 ; B. Keil, « Das System des Kleisthenischen Staatskalenders », Hermes 29 (1894), p. 363 n. 1 (sur la période de 40 ans) ; Billeter 1898, p. 14-15 (sur le taux d’intérêt de la vente des oliviers) ; Michon 1899, p. 44-45 et p. 45 n. 1 (sur phelleis) ; H. VAN GELDER, « Ad titulos graecos aliquot, qui in museo Leydesi asservantur », dans Album gratulatorium in honorem Henrici van Herwerden (1902), p. 65-67 ; O. Schulthess, RE XV 2 (1932), s.v. « uƣƶƬƼƶƭƵ », col. 2101-2102 et 2123 ; Wilhelm 1935, p. 193 et 212 (= Kleine Schriften II.3, p. 269 et p. 288) ; Finley 1951, index s.v. « IG II2 2492 » ; Pleket 1958, app. I p. 81 ; Eliot 1962, p. 10-16 (lieu de trouvaille) ; Kussmaul 1969, p. 39 no 1 ; Behrend 1970, p. 80-83 no 25 ; E. Arrigoni, Athenaeum 72 (1971), p. 53 ; Whitehead 1986, p. 152-158 et 375 no 5 ; Bertrand, Brunet 1993, p. 174-178 ; Jones, p. 106-107 ; Knoepfler 2006, p. 141-142 ; Moreno 2007, p. 64-65 ; Papazarkadas 2011, passim ; Migeotte 2014, p. 467, p. 474, p. 501-502. Reproductions : Janssen, Tab. I (fac-similé) (fig. 32) ; Pleket (1958), pl. XIII Tab. I ; Bastet 1987, pl. I no 5 (la photo est à l’envers) ; fig. 31.
Non stoichedon, 34-43 lettres 103
ƏƥƷƠƨƩ ȂuƣƶƬƼƶƥư ƆȞƱƼưƩʶƵ Ʒɚư ƚƩƯƯƩʶƨƥ
ƆȺƷƲƮƯƩʶ ƆȺƷơƲƸ Ʈƥɜ ƆȺƷơƥƭ ƆȺƷƲƮƯơƲƸƵ ƷƩƷ-
ƷƥƴƠƮƲưƷƥ ȆƷƫ , ȃƮƥƷɞư ƳƩưƷƢƮƲưƷƥ ƨƸƲʶư ƨƴ-
ƥƺu˒ư ȇƮƥƶƷƲư Ʒɞư ȂưƭƥƸƷƿư, Ȃƹ’ ɍƭƷƩ Ʈƥɜ ƹƸƷƩ-
5 ǀƲưƷƥ<Ƶ> Ʈƥɜ ǶƯƯƲư ƷƴƿƳƲư ȱư Ǵư ƦƲǀƯƼưƷƥƭ· Ʒɚư ƨ-
ɘ uƣƶƬƼƶƭư DzƳƲƨƭƨƿưƥƭ ƷƲ˅ ȉƮƥƷƲuƦƥƭ˒ưƲƵ uƫ-
ưƿƵ· Ȃɖư ƨɘ uɚ DzƳƲƨƭƨ˒ƶƭư, ƩȤưƥƭ ȂưƩƺƸƴƥƶƣƥư ƆȞ-
ƱƼưƩ˅ƶƭư Ʈƥɜ ȂƮ Ʒ˒ư ɇƴƥƣƼư Ʒ˒ư ȂƮ ƷƲ˅ ƺƼƴƣƲƸ Ʈƥɜ
ȂƮ Ʒ˒ư ǶƯƯƼư dzƳƠưƷƼư ƷƲ˅ uɚ DzƳƲƨƭƨƿưƷƲƵ· uɚ Ȃ-
10 ƱƩʶưƥƭ ƨɘ ƆȞƱƼưƩ˅ƶƭư uƢƷƩ DzƳƲƨƿƶƬƥƭ uƢƷƩ uƭƶ-
Ƭ˒ƶƥƭ uƫƨƩưɜ ǶƯƯƼƭ, ȇƼƵ Ǵư Ʒɖ ƷƩƷƷƥƴƠƮƲưƷƥ ȆƷ-
ƫ ȂƱơƯƬƩƭ· Ȃɖư ƨɘ ƳƲƯơuƭƲƭ ȂƱƩƣƴƧƼƶƭ Ȑ ƨƭƥƹƬƩƣƴ-
Ƽƶƣ Ʒƭ, ƩȤưƥƭ ƆȞƱƼưƩ˅ƶƭư Ʒ˒ư ƧƩưƲuơưƼư Ȃư Ʒ˒ƭ ƺ-
ƼƴƣƼƭ Ʒɖ ȏuƣƶƩƥ · ȂƳƩƭƨɖư ƨɘ Ʒɖ ƷƩƷƷƥƴƠƮƲưƷƥ ȆƷƫ
15 ȂƱơƯƬƩƭ, ƳƥƴƥƨƲ˅ưƥƭ ƷƲɠƵ uƩuƭƶƬƼuơưƲƸƵ Ʒɚư ȏu-
ƣƶƩƥư ƷʨƵ ƧʨƵ ƺƩƴƴɞư Ʈƥɜ Ʒɖ ƨơưƨƴƥ ȳƶ’ Ǵư ƩȤ Ȃư Ʒ˒ƭ ƺ-
ƼƴƣƼƭ· DzuƳƩƯƲƸƴƧɞư ƨ’ ȂƳƠƧƩƭư ƆȞƱƼươƥƵ ƷƲʶƵ ȆƷƩƶ-
103. Sauf la dernière ligne, qui n’a que 28 lettres.
194 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
ƭ ƷƲʶƵ ƷƩƯƩƸƷƥƣƲƭƵ ƳơưƷƩ· ƺƴƿưƲƵ ǶƴƺƩƭ ƷʨƵ uƭƶƬǁ(ƶƩƼƵ)
ƷƲ˅ ƉƫuƫƷƴƣƲƸ ƮƥƴƳƲ˅ ƊȾƦƲƸƯƲƵ ǶƴƺƼư, ƷƲ˅ ƨɘ ƱƸƯƣư-
20 ƲƸ ȯ uƩƷ’ ƊȾƦƲƸƯƲư· Ʒɚư ƨɘ uƣƶƬƼƶƭư DzưƥƧƴƠƻƥưƷƥƵ Ʃ-
ȞƶƷƢƯƥƵ ƯƭƬƣưƥƵ ƷƲɠƵ ƷƥuƣƥƵ ƷƲɠƵ ȂƳɜ ƉƫuƲƶƬơưƲƸ-
Ƶ ƨƫuƠƴƺƲƸ{Ƶ} ƶƷʨƶƥƭ Ʒɚư uɘư Ȃư Ʒ˒ƭ ȟƩƴ˒ƭ ƷʨƵ țƦƫƵ Ȇư-
ƨƲư, Ʒɚư ƨ’Ȃư ƷƩʶ ƯơƶƺƩƭ, Ʈƥɜ ȳƴƲƸƵ ȂƳɜ Ʒ˒ƭ ƺƼƴƣƼƭ uɚ Ȇ-
ƯƥƷƷƲư Ȑ ƷƴƣƳƲƨƥƵ ȃƮƥƷơƴƼƬƩư ƨǀƲ· Ʈƥɜ ȂƠư ƷƭƵ ƩȞƶ-
25 ƹƲƴɖ ȻƳɘƴ ƷƲ˅ ƺƼƴƣƲƸ ƧƣƧưƫƷƥƭ ƩȞƵ Ʒɚư ƳƿƯƭư, ƆȞƱƼươ-
ƥƵ ƩȞƶƹơƴƩƭư , Ȃɖư ƨɘ Ʋȟ uƭƶƬƼƷƥɜ ƩȞƶƩươƧƮƼƶƭ, ȻƳƲƯƲ-
ƧƣƪƩƶƬƥƭ ƩȞƵ Ʒɚư uƣƶƬƼƶƭư· Ʒɚư ƨɘ Ƨʨư Ʒɚư ȂƮ ƷʨƵ ƧƩƼ-
ƴƸƺƣƥƵ uɚ ȂƱƩʶưƥƭ ȂƱƠƧƩƭư uƫƨƩưɜ DzƯƯ’ Ȑ ƩȞƵ ƥȺƷɞ Ʒɞ ƺ-
ƼƴƣƲư· Ȃɖư ƨơ ƷƭƵ ƩȢƳƩƭ Ȑ ȂƳƭƻƫƹƣƶƩƭ Ƴƥƴɖ ƷƠƶƨƩ ƷɖƵ ƶ-
30 ƸưƬƢƮƥƵ , Ƴƴɜư Ʒɖ ȆƷƫ ȂƱƩƯƬƩʶư Ʒɖ ƷƩƷƷƥƴƠƮƲưƷƥ, ƩȤư-
ƥƭ ȻƳƿƨƭƮƲư ƷƲʶƵ uƭƶƬƼƷƥʶƵ ƷʨƵ ƦƯƠƦƫƵ. v v ȈƷƩƲƮƯʨƵ
ƗƮƠƼưƲƵ ƆȞƱƼưƩɠƵ ƩȤƳƩư· ȂƳƩƭƨɚ Ʋȟ uƭƶƬƼƷƥɜ ƷʨƵ ƚƩƯ-
ƯƩʶƨƲƵ ƆȺƷƲƮƯʨƵ Ʈƥɜ ƆȺƷơƥƵ ƶƸưƺƼƴƲ˅ƶƭư ɋƶƷƩ ȂƮƮƿ-
ƻƥƭ ƷɖƵ ȂƯƠƥƵ ƆȞƱƼưƩ˅ƶƭư , ȃƯơƶƬƥƭ ǶưƨƴƥƵ ƲȣƷƭưƩƵ
35 uƩƷɖ ƷƲ˅ ƨƫuƠƴƺƲ Ʈƥɜ Ʒ˒ư Ʒƥuƭ˒ư Ʈƥɜ ƷͼuƭƶƬƼƷͼDzƳ-
ƲƨǁƶƲưƷƥƭ ƷɖƵ ȂƯƠƥƵ Ʒ˒ƭ Ʒɞ ƳƯƩʶƶƷƲư ƨƭƨƿưƷƭ· ƷƲ˅ ƨɘ
ƩȻƴƿưƷƲƵ DzƴƧƸƴƣƲƸ ƯƲƧƭƶƠuƩưƲƭ ȂƳɜ ƨƴƥƺuƩʶ Ʒɞư Ʒƿ-
ƮƲư Ʒɞư ȓuƸƶƸư DzƹƩƯƩʶư DzƳɞ ƷʨƵ uƭƶƬǁƶƩƼƵ Ʈƥɜ ȂưƧ-
ƴƠƻƥƭ Ȃư ƷƥʶƵ ƶƷƢƯƥƭƵ ƷƲƶƲǀƷƼƭ ȂƯƠƷƷƼ Ʒɚư uƣƶƬƼƶƭư·
40 ƷƲ˅ ƨɘ DzƴƧƸƴƣƲ ƷʨƵ ƷƭuʨƵ Ʒ˒ư ȂƯƥ˒ư ƯƥuƦƠưƩƭư ƆȞƱƼư-
ơƥƵ Ʒɞư ƷƿƮƲư· Ʒɞư ƨɘ ƳƴƭƠuƩưƲư ƷɖƵ ȂƯƠƥƵ ȂƮƮƿƻƥƭ Ȃ-
ƳƩƭƨɖư ǺưƬƣƥƵ Ʒɞư ƮƥƴƳɞư ƮƲuƣƶƫƷƥƭ Ʒɞư uƩƷ’ Ǻƴƺƣƥ-
ư ǶƴƺƲưƷƥ ƳƴɞƷͼDzƴƿƷƲ, Ʈƥɜ uǀƮƫƷƥƵ ƮƥƷƥƯƭƳƩʶư uɚ
ȆƯƥƷƷƲư Ȑ̻Ƴ̼ƥƯƥ̻ƶ̼ƷƭƥƣƲƸƵ Ȃư ƷƲʶƵ ƳƩƴƭƺƸƷƴƣƶuƥƶƭư , ȳ-
45 ƳƼƵ Ǵư ƥȟ ȂƯʙƥƭ ɇƵ ƮƠƯƯƭƶƷƥƭ Ʈƥɜ uơƧƭƶƷƥƭ ƧơưƼưƷƥƭ
Ȃư ƷƲǀƷƲƭƵ ƷƲʶƵ ȆƷƩƶƭ· ƲȣƨƩ ȏƭƴơƬƫƶƥư DzƳƲƨƿƶƬƥƭ Ʒɖ-
Ƶ ȂƯƠƥƵ ȈƷƩƲƮƯʨƵ , ƒƥǀƶƼư, ǻƧưƿƬƩƲƵ. vac.
L. 1 in. : Ʈƥ(Ʒɖ) ƷƠƨƩ Boeckh, Janssen, Michel, van Gelder ; ƮƥƷɖ (ƷƠ)ƨƩ Haussoullier ; ƮƥƷɖ ƷƠƨƩ Dittenberger. Mais il n’y a pas lieu de corriger le lapicide ; l. 1 fin. : ƚƎƐƆƊƎƉƆ Reuvens chez Boeckh no 93, ƚƊƐƐƎƉƆ Pittakis chez Boeckh no 214, ƚƊƐƐƊƎƉƆ Niebuhr chez Boeckh no 214 ; [ƚƩ]ƯƯƩʶƨƥ Janssen et van Gelder, ƚ[Ʃ]ƯƯƩʶƨƥ Koehler, ƚƩƯƯƩʶƨƥ Krasilnikoff ; ƚƭƯƥƩʶƨƥ Haussoullier ; ƚƭƯƯƩʶƨƥ Michel, Dittenberger, Roberts et Gardner, Rousset ; l. 4 : ƊƚƝƎƘƊ Janssen et van Gelder, ƊƚƝƘƊ Reuvens chez Boeckh no 93, lequel transcrit Ȃƹ’ ɍƷƩ, tout en trouvant cette prononciation « étonnante » (« mirifica ») ; Ȃƹ’ɍ(ƭ)ƷƩ Dittenberger, Roberts et Gardner ; l. 5 in. : ƚƙƘƊƙƔƒƘƆ lap. ; l. 5 fin. : ƘƌƒƉ Reuvens chez Boeckh no 93 ; ƘƌƒƆ Janssen, qui transcrit Ʒɚư ƨ|ɘ ; Ʒɚư <ƨ >|ɘ Dittenberger ; l. 12 : ȂƱƩƯƬƩʶư err. Koehler ; l. 18 : ƑƎƗƍƝ lap. ; l. 19 : Janssen transcrit ƉƫuƫƷƴƣƲƸ avec une minuscule ; l. 20-21 : [Ʃ]|ȞƵ (ƶ)ƷƢƯƥƵ Janssen, Ʃ|Ȟ(Ƶ) ƶƷƢƯƥƵ Dittenberger, mais il n’y a pas lieu de corriger le lapicide ; l. 22 in. : ƔƙƗƗƘ lap. ; ƨƫuƠƴƺƲƸƵ ƶƷʨƶƥƭ err. Janssen ; l. 26-27 : ƙƕƔƐƔƈƎƗƊƗƍƆƎ Reuvens chez Boeckh no 93, lequel transcrit ȻƳƲƯƲƧƣ[ƪ]ƩƶƬƥƭ, suivi par Roberts et Gardner ; ƙƕƔƐƔƈƎƋƊƗƍƆƎ Janssen ; « ȻƳƲƯƲ|ƧƣƶƩƶƬƥƭ (sic) » Haussoullier ; l. 28 in. : ƊƓƆƈƊƎƒ Reuvens chez Boeckh no 93 ; ƊƎƓƆƈƊƎƒ lap. err.
LES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES 195
selon Janssen ; l. 28 med. : ƑƌƉƊƑƎ Reuvens chez Boeckh no 93, van Gelder, Kirchner ; ƑƌƉƊƒƎ Janssen ; uƫƨƩuƭ(ʚ) Boeckh ; uƫƨƩưɜ Koehler, Michel, Dittenberger ; uƫƨƩ<ư>ɜ Roberts et Gardner ; l. 28 fin. : ƊƗ Reuvens chez Boeckh no 93 ; ƊƎƗ Janssen et van Gelder ; ȂƵ Dittenberger ; l. 32 : ƊƎƕƊƒ Reuvens chez Boeckh no 93 ; ƊƎƎƕƊƒ lap. err. selon Janssen ; l. 32-33 : ƚƎƐƆƊƎƉƔƗ Reuvens chez Boeckh no 93, ƚƊƐƐƊƎƉƔƗ Pittakis et Niebuhr chez Boeckh no 214 ; ƚƩƯƯƩʶƨƲƵ Janssen, Krasilnikoff ; ƚ[Ʃ]ƯƯƩʶƨƲƵ Koehler ; ƚƭƯ|ƥƩʶƨƲƵ Haussoullier ; ƚƭƯ |ƯƩʶƨƲƵ Michel, Dittenberger, Roberts et Gardner, Rousset ; l. 33 : ƶƸƧƺƼƴƲ˅ƶƭư err. Koehler, Michel, Roberts et Gardner 104 ; l. 43 : ƘƔ ƆƖƔƘƔ Reuvens chez Boeckh no 93, ƘƔƙ ƆƖƔƘƔ Janssen et van Gelder ; ƷƲ˅ DzƴƿƷƲƸ err. Roberts et Gardner ; l. 44 : ƘƆƐƆƒƘƎƆƎƔƙƗ lap., corr. Boeckh ; Janssen, Haussoullier, Pleket laissent ƷƥƯƥưƷƭƥƣƲƸƵ. Boeckh a oublié le Ȑ dans sa transcription (la lettre figure dans son fac-similé) ; l. 45 : ƈƎƈƒƝƒƘƆƎ Reuvens chez Boeckh no 93, ƈƊƒƝƒƘƆƎ Janssen (qui transcrit ƧƣƧưƼưƷƥ[ƭ], sans expliquer pourquoi) et van Gelder ; ƧƣƧưƼưƷƥƭ Dittenberger ; ƧơưƼưƷƥƭ Koehler, Michel, Roberts et Gardner ; l. 46 : Ʋȟ ƨɘ Janssen ; Boeckh a oublié ces quatre lettres dans sa transcription (elles figurent dans son fac-similé), mais il les a ajoutées dans son addendum. ƒƎƖƊƍƌƗƆƒ Janssen, mais il a dû se tromper car il transcrit bien un êta ; l. 47 : ǺƧưƿƬƩƲƵ err. Boeckh, Janssen, Rousset, mais ce dernier orthographie correctement « Hagnothéos » dans sa traduction.
(Conditions) auxquelles les Aixonéens ont mis en location la Phelléïs à Autoklès fils d’Autéas et à Autéas fils d’Autoklès pour quarante ans, moyennant cent cinquante-deux drachmes par an, à la condition qu’ils (l’exploitent) en (y) faisant des plantations et de (toute) autre manière qu’ils souhaitent. Qu’ils paient le loyer au mois d’ Hékatombaiôn, et s’ils ne paient pas, que les Aixonéens saisissent les récoltes du domaine et tous les autres (biens) de celui qui ne paie pas ; qu’il ne soit pas permis aux Aixonéens de vendre ou de louer (le domaine) à quelqu’un d’autre, jusqu’à ce que les quarante années soient écoulées ; si des ennemis empêchent (l’accès au domaine) ou détruisent quelque chose, que la moitié des productions du domaine revienne aux Aixonéens ; lorsque les quarante années seront écoulées, que les locataires restituent la moitié de la terre en jachère et autant d’arbres qu’il y en a (actuellement) sur le domaine ; que les Aixonéens fassent venir un vigneron pour les cinq dernières années ; le bail commence, pour les céréales, sous l’archontat d’Euboulos, et pour les fruits 105, sous l’archontat du successeur d’Euboulos 106 ; que les trésoriers (en charge) sous le démarque Dèmosthénès, ayant fait transcrire ce contrat de location sur des stèles de pierre, en fassent dresser une à l’intérieur du sanctuaire d’Hébé, et l’autre dans la leschè, et (qu’ils fassent dresser) sur le domaine des bornes de trois pieds de haut au minimum 107, deux sur chacun des deux côtés 108 ; si quelque eisphora 109 sur le domaine est exigée pour la cité, que les Aixonéens paient, mais si les locataires paient, que cela soit déduit de leur loyer ; qu’il ne soit permis à personne d’emporter la terre provenant d’excavations ailleurs que sur le domaine même ; si quelqu’un fait ou met aux voix une proposition contraire à ce contrat avant que les quarante années ne soient écoulées, qu’il soit passible d’une action en justice pour dommage par les locataires.
Étéoklès fils de Skaôn d’Aixônè a fait la proposition : attendu que les locataires de la Phelléïs Autoklès et Autéas concèdent aux Aixonéens de couper les oliviers, que l’on choisisse des hommes, lesquels, de concert avec le démarque, les trésoriers et le locataire 110, vendront les oliviers au
104. 2 La même orthographe apparaît dans le décret IG II 457 b, l. 18-19 (307/6). Voir Threatte 1980, p. 613-614. 105. « Wood-cutting » (Jones), ce qui est incorrect.
106. « Le bail commence pour la récolte des céréales avec l’archontat d’Euboulos, pour la récolte des fruits sous le
successeur d’Euboulos » (Pernin), mais ce sont les semailles qui marquent le début du bail, et non la récolte
des céréales, voir infra, p. 203-204.
107. Donc au moins 90 cm.
108. « As well as markers on the plot itself no smaller than two tripods on each side » (Jones) : il traduit faussement
ƷƴƭƳƿƨƫƵ par « trépied », et « deux » ne se rapporte pas à ƷƴƣƳƲƨƥƵ mais à ȳƴƲƸƵ. « Deux de chaque côté »
Pernin, ce qui ne rend pas exactement l’adverbe ȃƮƥƷơƴƼƬƩư (voir infra, p. 215). 109. Jones traduit trop précisément par « extraordinary war levy », car l’eisphora ne se limite pas au domaine mili-
taire, voir le commentaire infra.
110. C’est-à-dire Anthias, le locataire actuel, pace Finley 1951, p. 108-109, qui pense à une imprécision du rédac-
teur : il faut selon lui sous-entendre un pluriel.
196 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
plus offrant, et que, ayant calculé les intérêts de l’argent obtenu au taux d’une drachme (par mine par mois) 111, ils en déduisent la moitié du loyer, et fassent inscrire sur les stèles le loyer tel qu’il a été diminué ; que les Aixonéens reçoivent les intérêts de l’argent (issu) de la vente des oliviers ; que l’acheteur coupe les oliviers après que Anthias a recueilli le fruit de la terre sous l’archontat du successeur d’Archias, avant le labour, et qu’il laisse subsister des souches (hautes) d’une paume au minimum dans les cuvettes 112, afin que les oliviers deviennent aussi beaux et grands que possible dans ces (quarante) années. Ceux qui ont été choisis pour vendre les oliviers sont Étéoklès, Nausôn, Hagnothéos.
Notes critiques
– l. 1 : ƮƥƷƠƨƩ = ƮƥƷɖ ƷƠƨƩ. Il s’agit d’une crase et non d’une faute du lapicide. – l. 4 : Wilhelm suppose qu’un ƺƴʨƶƬƥƭ est tombé après Ȃƹ’ ɍƭƷƩ, sur le modèle de SEG LVII 131 D1a (voir Pernin 2014, no 2 13), IG II 2499 (voir ibid., no 7) et 2501 (voir ibid., no 6). Behrend pense de même. Plutôt que d’un oubli du rédacteur ou du graveur, il doit s’agir d’une ellipse. – l. 15 : ailleurs dans l’inscription, les locataires sont appelés Ʋȟ uƭƶƬƼƷƥƣ. Dans la majorité des cas, dans les inscriptions attiques, les locataires sont désignés par les participes de uƭƶƬƲ˅ƶƬƥƭ ou par 113 uƭƶƬƼƷƢƵ. – l. 19 : l’expression « le fruit de Déméter » pour les céréales se retrouve par exemple chez Hérodote, IV 198, et schol. Pindare, Ol. 9, 99 (au pluriel). Knoepfler 2006, p. 147 n. 42 observe que l’expression ƱǀƯƭưƲƵ ƮƥƴƳƿƵ se trouve dans bien des textes épigraphiques et littéraires, alors que la locution ƉƫuƢƷƴƭƲƵ ƮƥƴƳƿƵ est concurrencée par ƶƭƷƭƮƿƵ ƮƥƴƳƿƵ. Les auteurs du LGPN, s.v. « ƉƫuƢƷƴƭƲƵ » no 153 et J. S. Traill dans PAA 310045 ont pris par erreur ce théonyme pour un anthroponyme. – l. 35, 40 et 43 : on constate des variations dans la notation de la fausse diphtongue Ɣƙ, tantôt rendue Ɣ selon l’ancienne manière de faire, et tantôt Ɣƙ. Janssen hésite à y voir un manque de soin du graveur ou l’inconstance de la manière épigraphique ; Boeckh penche pour cette dernière option. À la date de notre document, nous sommes encore dans une phase de transition, certes finissante, et il n’est pas surprenant de trouver des traces de l’ancienne manière de rendre la fausse diphtongue 114 ; l’impéritie du graveur n’est certainement pas en cause.
– l. 37 : ƩȻƴƿưƷƲƵ DzƴƧƸƴƣƲƸ : on attendrait un participe passif, or c’est l’actif qui est utilisé, ce qui fait dire à Billeter que « die guten Aixoneer scheinen hier etwas mangelhaft griechisch zu können » 115. Mais comme l’avait indiqué Boeckh déjà, suivi par Dittenberger, l’actif se rencontre ailleurs 116 ; il est donc inutile, du moins ici, de mettre en doute la compétence des Aixonéens dans leur propre langue. – 117 l. 38 : ȓuƸƶƸ : cette forme est la règle dans les inscriptions attiques du iv e s.. Elle n’est donc pas à corriger en ȓuƭƶƸ comme l’ont fait Boeckh et Janssen.
La date et la nature du document
La mention de deux archontes éponymes, Archias et Euboulos, permet de dater le document précisément, entre 346/5 et 345/4. En revanche, il n’est pas aisé de placer dans l’ordre les étapes des décisions prises par le dème 118.
111. Soit 12 % par an.
112. Scafuro traduit ƳƩƴƭƺƸƷƴƣƶuƥƷƥ par « die Umfriedungen aus Tonscherben », et Jones par « the spaces around
the trees marked by potsherds ». Ces traductions, erronées, sont des raccourcis de la définition, en partie
fautive, que donne Boeckh à ce mot, voir le commentaire infra. 113. Voir Behrend 1970, p. 106 et Pernin 2014, p. 486-487, avec quelques exemples et exceptions. 114. Voir Threatte 1980, p. 256-258.