Une Microhistoire D’athènes
Principes D’édition des Inscriptions
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 40 parties.
Les auteurs de l’étude danoise dont il vient d’être question, pour appuyer leur thèse selon
laquelle même un citoyen pauvre pouvait s’offrir un monument funéraire inscrit à son nom, avancent que sur les quelque 588 stèles non décorées que l’on possède pour le ive s., la plupart
31. À l’exception possible de DU 1 (voir annexe II, s.v.). 32. Démosthène, C. Macartatos (43), 58. Voir aussi Isée, 4, 19 et 26 ; 6, 40 ; 8, 21-7 et 38-9. 33. Lysias, 31, 12 : 300 dr. ; Démosthène, C. Boiôtos II (40), 52 : 1 000 dr. ; Lysias, 32, 21 : 2 500 ou 5 000 dr. ;
Démosthène, C. Stéphanos I (45), 79 : 2 talents ; Platon, Lois 959 d : 100-500 dr. pour un enterrement d’un coût
modéré. Voir aussi Lysias, 19, 59, qui mentionne de l’argent prêté pour payer les dépenses d’un enterrement. 34. Sur le coût des monuments funéraires athéniens et des enterrements, voir Oliver 2000. 35. Nielsen et al. 1989. Voir aussi Bergemann 1997, p. 136-142, qui observe que certains périboles de membres
de la classe liturgique contiennent des monuments simples.
36. Garland 1982. Voir supra, p. 163, à propos de la loutrophore de Lysis. 37. Ps.-Plutarque, Vies des dix orateurs 842 e ; SEG XXXVII 161-163, avec le commentaire d’A. P. Matthaiou,
Horos 5 (1987), p. 31-44.
336 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
devaient avoir été érigées par des citoyens ordinaires 38. Cependant, vu ce qui vient d’être dit, ce genre de conclusion est loin d’être sûr : on ignore combien, parmi ces 588 stèles non décorées, se dressaient en fait sur des périboles, car la majorité d’entre elles ont été trouvées en position secondaire.
En définitive, si l’on peut cesser de croire que les monuments funéraires ne concernent que
les Athéniens aisés, on ne peut admettre qu’ils reflètent fidèlement l’ensemble de la société.
Un autre écueil pour l’historien de la société désireux d’exploiter les monuments funéraires
est l’inégale répartition des trouvailles archéologiques en Attique, qui fait courir le risque de surestimer la quantité d’épitaphes pour une zone et, à l’inverse, de la minimiser pour une autre. Alors que la ville d’Athènes a été explorée de fond en comble depuis un siècle et demi, le reste de l’Attique a nettement moins bénéficié de l’attention des chercheurs. Néanmoins, depuis quelques décennies, l’exploration archéologique se porte de plus en plus sur l’Attique, ainsi que le montrent les fouilles fructueuses menées dans certains dèmes, comme à Rhamnonte par exemple 39. Ce dernier cas doit doublement nous mettre en garde : premièrement, la nécropole du dème a livré le plus grand nombre d’inscriptions funéraires en dehors de la ville d’Athènes, alors qu’il ne s’agissait certainement pas du dème le plus peuplé de l’Attique 40. Deuxièmement, avant que ne débutent les fouilles à Rhamnonte, on ne connaissait que seize stèles de Rhamnousiens : six provenaient de Rhamnonte, quatre d’Athènes, et six d’ailleurs. Après un nouveau comptage au début des années 1990, on a constaté que les trois quarts des stèles de démotes ont été trouvées dans leur dème d’origine 41 ! Cela montre la difficulté d’exploiter le matériel funéraire pour une étude démographique des dèmes, ce matériel étant bien trop dépendant du hasard des découvertes et du degré d’exploration archéologique de la zone concernée, sans parler d’autres facteurs, parfois insaisissables, comme le rapport des individus au monument funéraire. Qui plus est, dans ce genre d’enquête, ne prendre en compte que les épitaphes mène à des conclusions biaisées : ainsi, pour le Pirée, R. Garland, sur la base des seules inscriptions funéraires, conclut à une baisse drastique de la population démotique après 300, suivie d’une autre consécutive au sac de Sylla ; D. Grigoropoulos, en combinant les inscriptions funéraires, bouleutiques et éphébiques, constate au contraire une augmentation du nombre de Piréens à l’époque romaine, comme jamais depuis le ive s. 42.
Au point de vue de la chronologie, le risque de mal interpréter les données est tout aussi
grand : le sol athénien a livré plus de 10 000 épitaphes, dont 30 % datent du ive s. 43. Il ne
38. Nielsen et al. 1989 ; contra Oliver 2000. 39. Pétrakos 1999, I, p. 335-413. On peut citer encore les nécropoles d’Acharnes (Platonos-Giota 2004,
p. 110-159 et p. 172-181), de Myrrhinonte (Vivliodetis 2007, p. 165-192), de Vari (A. Alexandridou,
« The North Necropolis of Vari Revisited », AEph 151 [2012], p. 1-73). 40. 166 inscriptions funéraires trouvées dans la nécropole de Rhamnonte figurent dans le corpus de Pétrakos
1999, vol. II, alors que 66 sont recensées dans l’étude de Platonos-Giota 2004 pour Acharnes, le plus
gros dème de l’Attique. 29 sont incluses dans le corpus de Vivliodetis 2007 pour Myrrhinonte, ce qui
est quasiment le même chiffre que pour Aixônè. Or, le dème de Myrrhinonte comptait deux fois moins de
démotes que le nôtre (d’après les quotas bouleutiques) ; il faut dire que les fouilles ont pu être menées dans une
zone bien moins urbanisée que Glyphada.
41. Voir Osborne 1991 : sur les 50 stèles retenues pour son étude, 76 % viennent de Rhamnonte, 10 %
d’Athènes, 14 % d’ailleurs. Osborne juge cependant ce dème atypique : parce qu’il était très fréquenté (en
raison du sanctuaire de Némésis et de la garnison), on aurait éprouvé plus qu’ailleurs le besoin de s’afficher par
son monument funéraire.
42. Garland R. 1987, p. 59 et p. 66 ; Grigoropoulos 2009. 43. Voir le graphique de Meyer 1993, fig. 1. Pour la période 430-330, on a huit fois plus d’épitaphes que pour les
autres périodes.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 337
faudrait pas en déduire que la population était plus nombreuse qu’à n’importe quelle autre période de l’Antiquité, ou que le taux de mortalité était particulièrement élevé ou que les Athéniens étaient spécialement prospères pour avoir autant gravé la pierre ; le ive s. est, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, le siècle de l’épigraphie athénienne, et c’est aussi le siècle des plus belles et des plus nombreuses productions de monuments funéraires de toute l’histoire de la cité.
Pourtant, selon E. A. Meyer, la grande quantité d’épitaphes athéniennes et leur concentration
au ive s., découlent de la propension des Athéniens à se définir avant tout comme citoyens 44. Cette hypothèse se fonde essentiellement sur l’usage du démotique dans les épitaphes : la présence de ce dernier sur les stèles funéraires ne serait pas anodine, elle signifierait l’attachement de l’Athénien à sa condition de citoyen, attachement qui serait donc particulièrement fort au ive s. Mais l’usage du démotique n’est pas une marque de ce siècle : comme E. A. Meyer le constate elle-même, au ive s., un peu plus de la moitié des épitaphes trouvées dans les dèmes ruraux donnent le démotique (340 sur 636, soit 53,5 %), un constat qui reste valable pour les trois siècles suivants (114 sur 212, soit 53,8 %). En outre, on ne peut affirmer que les citoyens faisaient systématiquement figurer leur démotique sur leur monument funéraire : comme nous le verrons dans une prochaine section, on ne peut exclure que sous certains onomata sans démotique se cachent des citoyens.
Pour le iiie s., E. A. Meyer constate une chute drastique du nombre d’inscriptions funéraires
dans les dèmes et leur concentration croissante, déjà perceptible dans la seconde moitié du ive s., dans la ville d’Athènes et au Pirée. Selon elle, cela s’explique par le fait que ces deux pôles constituaient les endroits idéaux pour commémorer l’identité civique, puisqu’ils concentraient désormais l’activité politique, et donc l’exercice de la citoyenneté, alors que la vie politique locale devait être très réduite. Il a été montré plus haut que nous n’avions aucune raison de croire en une disparition ni même en un déclin dramatique des dèmes à l’époque hellénistique 45.
En définitive, si l’on ne peut nier l’attachement des Athéniens à leur condition de citoyen, il
n’explique pas la riche moisson d’épitaphes par rapport à d’autres cités, ni leur concentration au ive s. Il faut tenir compte du hasard des trouvailles et de l’habitude épigraphique, laquelle varie en fonction de multiples facteurs trop complexes pour être analysés ici, mais parmi lesquels figurent l’existence d’un savoir-faire, la présence de matériaux adéquats, la capacité financière de l’individu ou du groupe qui fait graver la pierre, la volonté de donner au texte une publicité durable 46.
Une autre difficulté inhérente à l’étude des monuments funéraires attiques est la détermination
exacte de leur provenance. En effet, leur lieu de trouvaille est souvent problématique pour les fouilles anciennes, documentées moins soigneusement que les fouilles récentes. L’endroit est parfois donné de manière trop vague (« à Athènes »), ou confondu avec le lieu de stockage de la pierre ; c’est le problème par exemple des fameuses stèles dites d’Égine, du fait qu’elles ont été conservées dans ce qui fut le premier musée de l’État grec. De même, dans les anciens corpus, les stèles dites provenir d’Athènes ou du Pirée sont susceptibles d’y avoir été être transportées pour y être stockées dans les musées et les dépôts lapidaires.
Les pierres ne sont pas toujours trouvées in situ, ce qui pose un autre problème. Dans l’idéal,
bien entendu, il faudrait pouvoir étudier les monuments funéraires avec les tombes qu’ils mar-
44. Meyer 1993. Voir aussi infra, p. 344-345.
45. Voir supra, p. 80-89 ; sur la concentration des stèles funéraires dans l’asty, voir supra, p. 336. 46. Voir Hedrick 1999 ; Pébarthe 2006, p. 243-289 ; A. Bresson, « Les cités grecques et leurs inscriptions »,
dans A. Bresson et al. (éds), L’écriture publique du pouvoir (2005), p. 153-168.
338 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
quaient ; mais à moins d’une trouvaille faite dans le contexte d’une fouille bien documentée, c’est le plus souvent impossible 47. En effet, ces beaux blocs de marbre ont volontiers été réutili-sés dans les constructions plus récentes, églises, fortifications, maisons ou autres. Mais comme ce sont des pierres très lourdes, on admet généralement qu’elles n’ont pu être déplacées sur une longue distance. Par exemple, les stèles funéraires classiques trouvées en grand nombre sur l’Agora ont été réutilisées dans des constructions tardives, mais elles proviennent des cimetières de la ville 48.
Toutes ces réserves expliquent pourquoi j’ai renoncé à utiliser le témoignage des monuments
funéraires de mon corpus pour une étude démographique du dème d’Aixônè. On ne peut ainsi rien dire du nombre de résidents à Aixônè, ni de la proportion entre hommes et femmes. Il est possible par contre d’estimer le nombre des démotes, mais pour ce calcul il faut se tourner vers d’autres catégories d’inscriptions. En revanche, les monuments funéraires inscrits sont essentiels pour l’étude des mouvements migratoires, comme nous le verrons dans une prochaine section.
LE NOMBRE DES DÉMOTES
Cette section est consacrée à la démographie de la population démotique, c’est-à-dire au nombre des Aixonéens, quel que soit leur lieu de résidence. Dans ce genre d’enquête, on veille en principe à croiser les informations issues de plusieurs types de documentation : les inscriptions bouleutiques, éphébiques et les listes de diaitètes 49. Voyons d’abord la pertinence de ces sources pour l’estimation de la population démotique en général, avant de passer au cas aixonéen.
En analysant les listes des bouleutes, où ces derniers sont classés par dèmes, les savants se
sont aperçus qu’ils pouvaient calculer le nombre de représentants annuels pour chaque dème au Conseil de la cité ; c’est ce qu’on nomme le quota bouleutique 50. Les bouleutes étant recrutés dans les dèmes, on en a déduit que plus un dème compte de démotes inscrits sur le lexiarchikon grammateion, plus son quota bouleutique est élevé 51.
On a tenté de transformer ce constat en chiffres, par deux moyens :
– sur la base d’un passage de Démosthène, l’unique source à ce jour à donner une
estimation d’une population démotique, en l’occurrence celle d’Halimonte. Le plaignant, Euxithéos, déclare que 73 démotes étaient présents à une assemblée du dème qui s’est tenue à Athènes en 346/5, lors de laquelle il a été radié du lexiarchikon grammateion ; il ajoute que cette assemblée, qui devait se prononcer sur chaque personne inscrite dans le registre, aurait dû
47. Dans les rares cas où on a pu mettre en relation les monuments funéraires et les dépouilles (par exemple,
au Céramique, les tombeaux du ve s. d’Eukolinè, Euphèros et Lissos, fouillés dans les années 1960 par les
Allemands), on a observé une parfaite correspondance entre épitaphe, iconographie du relief et vestiges
archéologiques. Voir Vestergaard et al. 1992. 48. Dans sa thèse, Grossman 1995 en recense environ 165. Voir le catalogue de D. W. Bradeen, dans Agora XVII. 49. Ainsi que l’ont déterminé Hansen et al. 1990, en sus des inscriptions funéraires, mais nous avons vu la
difficulté de tirer des conclusions de ces dernières pour la démographie des dèmes. 50. On ne dispose de listes bouleutiques qu’à partir du ive s. Parfois, on avance deux documents du ve s. :
une dédicace des prytanes de l’Érechthéis en 408/7 (Agora XV 1), mais elle ne recense que 37 noms, donc
seulement une partie des prytanes ; peut-être une liste des 500 bouleutes ( 3 IG I 1040, vers 420), mais elle est
très fragmentaire, tout comme la précédente. Voir Hansen 1983.
51. Voir Hansen 1986, p. 60-64 sur le rapport entre quota bouleutique et population démotique. Lors de
l’instauration de ces quotas, la population démotique devait correspondre plus ou moins au nombre des
démotes résidant effectivement dans leur dème, mais rapidement, en raison des migrations des Athéniens,
cela n’a plus été le cas. On estime cependant que, jusqu’à la fin du ive s. au moins, la majorité des démotes
résidaient encore dans leur dème d’origine, voir infra, p. 349 n. 113.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 339
traiter environ 80 cas 52. Ce dernier chiffre doit donc être le nombre total des démotes. Le quota bouleutique d’Halimonte étant de trois à cette époque, on a calculé qu’un bouleute représentait entre 26 et 27 démotes 53 ; il suffirait ainsi d’appliquer ce ratio à tous les quotas bouleutiques pour connaître la population démotique de chaque dème. Mais, d’après M. H. Hansen, les Halimousiens devaient être bien plus nombreux que cela : selon ses calculs, pour fournir le nombre de bouleutes nécessaires chaque année, il faudrait en moyenne 126 Halimousiens (si on accepte une population totale de 21 000 citoyens), ou 180 (si, comme lui, on préfère le chiffre de 30 000) 54. Le savant danois pense que le nombre des démotes articulé par Euxithéos dans le discours de Démosthène est volontairement biaisé, car il était dans son intérêt de mentir, pour convaincre les jurés qu’il avait été victime d’une conspiration. Il me semble douteux que le plaignant ait pris ce risque, car il aurait été facile pour son adversaire de le confondre : le discours dit bien qu’Euboulidès disposait d’une liste des démotes 55. Quoi qu’il en soit, à cette époque, les quotas bouleutiques, qui avaient été fixés au moins un siècle auparavant, ne devaient plus vraiment correspondre à la réalité démographique des dèmes 56. La facilité avec laquelle certains dèmes augmentent le nombre de leurs bouleutes lorsque de nouvelles tribus sont créées tend à le confirmer 57. On peut penser en revanche que les quotas de la période des douze et des treize tribus sont plus fiables, en supposant que les Athéniens aient profité de ces réajustements pour adapter le nombre des bouleutes par dème aux réalités démographiques 58 ;
– par le calcul du rapport entre le quota bouleutique et le nombre total des démotes qui
figurent dans la Prosopographia Attica de J. Kirchner. On obtient un ratio moyen de 24,5, avec un tiers des dèmes entre 20 et 30, un tiers à plus de 30 et un tiers à moins de 20 59. M. H. Hansen a démontré l’invalidité de cette méthode. En reprenant l’exemple d’Halimonte,
52. Démosthène, C. Euboulidès (57), 9-15. Une soixantaine sont traités le même jour, et il en reste encore une
vingtaine pour la prochaine séance.
53. E.g. Traill 1975, p. 65 n. 23 et le tableau p. 68. 54. Hansen 1986, p. 60-64, qui tient compte du fait que tous les Halimousiens n’étaient pas aptes à être
bouleutes (pour des raisons de santé par exemple ou de moyens financiers) et que tous n’habitaient pas
en Attique. Le nombre de citoyens athéniens au ive s. est source de débats incessants, et les estimations
oscillent entre 20 000 et 30 000 citoyens ou plus (pour des références, voir Hansen 2006, p. 20 et n. 8-14).
L’estimation haute (autour de 30 000, 35 000 avec les Athéniens de l’étranger), soutenue notamment par
Hansen 1986 et 2006, p. 19-60, me semble préférable, car elle tient compte du nombre nécessaire de
citoyens pour faire fonctionner les institutions démocratiques (Conseil et Assemblée, Héliée, magistratures
civiques) et des citoyens vivant hors de l’Attique (métèques, clérouques, mercenaires, etc.). B. Akrigg,
« Demography and Classical Athens », dans C. Holleran, A. Pudsey (éds), Demography and the Graeco-
Roman World (2011), p. 37-59, critique la méthode de calcul de Hansen, mais conclut finalement que les
résultats auxquels il parvient sont crédibles.
55. Démosthène, C. Euboulidès (57), 8.
56. Les quotas bouleutiques semblent fermement établis au moins à partir du milieu du ve s., voir Engels 1992,
p. 433-435. Certains savants ont supposé des adaptations des quotas bouleutiques pendant la période des dix
tribus : ainsi Larsen 1966, p. 8, vers 350, et Hansen 1983, p. 227-238, vers 403/2. Mais aucune source ne
vient étayer ces hypothèses, comme le rappelle Engels.
57. En 307/6, le Conseil passe de 500 membres à 600, en raison de la création de deux nouvelles tribus. Aucun
quota bouleutique n’est abaissé, mais plusieurs dèmes voient leur quota augmenter, de un à quatre bouleutes
(Paiania inférieur voit même son quota passer de 11 à 22, mais c’est exceptionnel). Cela signifie que certains
dèmes avaient potentiellement plus de bouleutes à fournir que le quota préalablement fixé. 58. Notons que des facteurs autres que démographiques ont pu faire varier la taille de la population civique
athénienne : par exemple, lors des révisions des listes civiques (ainsi en 346/5) ou lorsqu’un cens est imposé
(en 322/1, Antipater a introduit un cens de 2 000 dr. pour bénéficier des pleins droits de citoyen ; quelques
années plus tard, Démétrios de Phalère fixa un cens de 1 000 dr.). On ignore si ces mesures se sont répercutées
sur les quotas bouleutiques et, dans l’affirmative, de quelle manière.
59. Gomme 1933, p. 49-66, suivi par Traill 1975, p. 65-70.
340 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
il relève que sur les 79 Halimousiens connus dans la prosopographie de J. Kirchner, 13 le sont par le Contre Euboulidès de Démosthène, et seulement 30 vivaient au ive s.
On le voit, ces chiffres sont délicats à manier et il paraît illusoire de trouver un ratio qui
permettrait de chiffrer les populations démotiques à partir des quotas bouleutiques. Ces derniers ne sont exploitables au mieux que de manière relative, pour comparer la taille des populations démotiques les unes avec les autres, et encore ces comparaisons ne sont-elles valables que pour les périodes qui suivent de peu l’établissement ou la modification de ces quotas.
Un autre inconvénient des quotas bouleutiques est qu’ils ne sont pas exploitables pour
toutes les périodes : à partir de 200 environ, le nombre de bouleutes par dème varie tellement que l’on ne peut plus l’utiliser pour estimer la taille des populations démotiques 60.
Tournons-nous vers les listes d’éphèbes. Un écueil se présente d’emblée : elles ne peuvent
être utilisées que pour la courte période dans la seconde moitié du ive s. où l’éphébie était accessible à tous les jeunes Athéniens de 18-20 ans car subventionnée par la cité 61. C’est en effet durant ces années que l’on constate la plus forte participation à cette institution 62.
Pour cette période, on dispose de huit listes d’éphèbes suffisamment bien conservées pour être
utilisables. Elles nous font connaître le nombre d’éphèbes pour 52 dèmes, appartenant à quatre tribus différentes 63. En utilisant les critères de la démographie des populations occidentales d’époque moderne, M. H. Hansen estime que les jeunes de 19 ans représentent 3,3 % des citoyens entre 18 et 80 ans et plus, que 10 % de ces jeunes citoyens sont inaptes au service militaire (pour cause de handicap ou de maladie), et que seulement 60 % des jeunes citoyens aptes servent comme éphèbes (tout en admettant que 80 % serait tout aussi possible) 64.
Venons-en aux listes de diaitètes, ces Athéniens entrés dans leur soixantième année
exerçant la charge d’arbitre public 65. Disons-le d’emblée, elles ne semblent pas exploitables pour notre question. Elles sont très peu nombreuses, souvent bien trop lacunaires et ne permettent d’appréhender que les citoyens ayant atteint l’âge de 59 ans, or il nous est difficile
60. Voir Traill 1975, p. 61-64, qui suppose qu’à partir de cette période, les bouleutes sont directement tirés au
sort parmi tous les membres de chaque tribu. Il ne faut pas forcément y voir un signe de déclin du système des
dèmes, voir supra, p. 88.
61. C’est-à-dire de la réforme d’Épikratès à la fin de la guerre lamiaque (335/4-322/1) selon Chankowski A. S. 2010,
p. 125-127. Mais L. A. Burckhardt, « Die attische Ephebie in hellenistischer Zeit », dans D. Kah, P. Scholz
(éds), Das hellenistische Gymnasion (2004), p. 194 parle d’un arrêt du financement des éphèbes par la cité
seulement vers 300.
62. Voir Hansen 1988, p. 3-6, qui constate une augmentation flagrante du nombre d’éphèbes dans les listes aux
alentours de 330. Selon lui, environ 500 éphèbes de seconde année étaient fournis chaque année avant la
réforme d’Épikratès, et 600 dix ans plus tard.
63. Voir Hansen 1986, appendice 3 p. 77-79, et p. 47-50 et p. 61 sur les inscriptions éphébiques utilisées pour
l’étude de la démographie athénienne. O. Palagia, D. Lewis, « The Ephebes of Erechtheis, 333/2 B.C. and
their Dedication », 2 ABSA 84 (1989), p. 333-344, ajoutent encore pour la tribu Érechthéis IG II 2401 (une
liste d’éphèbes de la tribu inscrits en 334/3), ce qui ferait passer le nombre d’éphèbes de cette tribu et de cette
« promotion » de 48 à 50 ; cela n’a pas grande incidence sur les estimations démographiques de Hansen. 64. Hansen 1986, p. 50 et tableau p. 12, d’après A. J. Coale, P. Demeny, Regional Modern Life Tables and Stable
Populations (1966). Voir encore Hansen 1988, p. 3-6. Pour les 20 ou 40 % de jeunes Athéniens aptes au
service mais qui ne l’accomplissent pas, il se montre peu clair : il suppose en tout cas une participation moins
forte des thètes que des autres classes sociales, et tient compte des fils de clérouques empêchés de faire le
voyage jusqu’à Athènes. Tout cela me semble bien hypothétique. Burckhardt 1996, p. 42, ajoute les cas des
orphelins de père qui doivent s’occuper de leur famille, ou de ceux qui servent dans la cavalerie (mais on n’a
aucune raison de penser que ces derniers n’accomplissaient pas l’éphébie, voir G. R. Bugh, The Horsemen of
Athens [1988], p. 169).
65. Voir Ath. Pol. 53, 4.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 341
de savoir quelle proportion de la population civique totale ils représentaient 66. Par ailleurs, comme pour les éphèbes, on ne sait pas combien d’entre eux n’avaient pas pu exercer leur charge 67.
En matière d’estimations démographiques, je fais donc partie des pessimistes. Même en
croisant les sources, il me paraît illusoire d’espérer aboutir à un chiffre qui soit un tant soit peu précis et crédible : les résultats obtenus à partir de ces différentes catégories de documents, atteints par des calculs déjà très hypothétiques, ne concordent pas suffisamment. Ainsi, R. Osborne obtient pour les deux dèmes de Paiania (inférieur et supérieur) un minimum de 390 démotes d’après le quota bouleutique de la période des dix tribus, mais d’après les listes de diaitètes, ils auraient été environ 600 68. De plus, toutes ces sources sont soumises aux aléas de l’habitude épigraphique : certaines périodes, comme le ive s., sont riches en documents de toutes les catégories, alors qu’en d’autres moments, les inscriptions se font plus rares 69. Une estimation de la population civique athénienne n’est donc possible que pour le ive s., car, ensuite, soit les documents sont trop peu nombreux, soit ils changent de caractère et ne peuvent plus être utilisés pour une étude démographique. Il faut préciser enfin que l’on ne peut prendre en compte dans nos calculs les Athéniens « de l’extérieur », qui s’étaient établis à l’étranger ou dans les clérouquies. On ignore en effet la part qu’ils prenaient aux institutions de la cité, dont l’éphébie, le Conseil, et l’arbitrage public ; on suppose généralement que cette participation était faible, en raison de l’éloignement géographique 70.
Par acquit de conscience, voyons tout de même ce que l’on peut dire de la population
démotique d’Aixônè au ive s. Le quota bouleutique n’est pas certain : J. S. Traill l’estime à 9-11 pour la période des dix tribus, avec une préférence pour 10 71. Si l’on reprend le calcul de M. H. Hansen pour Halimonte, cela équivaudrait à 600 démotes environ, pour une population civique totale de 30 000 citoyens. Le quota bouleutique monte à 15 (?) lors de la période des douze tribus (307/6-224/3), ce qui représenterait 900 démotes, et à 17 (?) à l’époque des treize tribus (223/2-200), soit 1 020 démotes 72. Mais le calcul de M. H. Hansen ne peut s’appliquer au-delà du ive s., car on ne dispose plus de sources suffisantes pour estimer la population civique totale.
66. D’après les données de la démographie européenne du xixe s., 0,6-0,9 % des hommes de plus de 18 ans étaient
dans leur soixantième année ; voir P. J. Rhodes, « Ephebi, Bouleutae and the Population of Athens », ZPE 38
(1980), p. 191-192, reprenant les estimations d’E. Ruschenbusch.
67. Dans Ath. Pol. 53, 5 sont mentionnés deux cas de dispense : pour ceux qui se trouvent hors de la cité et pour
ceux qui exercent déjà une autre magistrature. On peut sans doute ajouter ceux qui étaient inaptes pour des
raisons de santé.
68. Osborne 1985, p. 44. Voir aussi le tableau dans P. J. Rhodes, R. Osborne, GHI, p. 454-455, qui compare
pour une cinquantaine de dèmes les quotas bouleutiques de la période des dix tribus avec le nombre d’éphèbes
fournis entre 334 et 324 ; je ne vois pas ce qui fait dire aux auteurs « the general picture offered supports the
suggestion that bouleutic quotas remained reasonably close to population distribution even in the late fourth
century » (p. 455-456), car c’est justement l’impression inverse qui ressort de leur tableau. 69. Voir Hedrick 1999, particulièrement les graphiques éloquents des p. 392 et 394, et supra, p. 337. Ainsi,
c’est bien imprudemment qu’Antoniou 1990, p. 135-140, utilise le nombre des démotes de Philaidai et de
Kydantidai dans les inscriptions pour en déduire la santé économique et la vigueur démographique de leur
dème respectif. C’est faire bien peu de cas du hasard de la conservation des documents, et des variations de
l’habitude épigraphique.
70. Voir infra, p. 350. On a pu déterminer tout de même que certains clérouques avaient envoyé leurs fils à
Athènes pour accomplir le service éphébique, comme le clérouque de Samos Néoklès, qui envoya son fils
Épicure (le futur philosophe) à Athènes en 323/2 (Strabon, XIV 1, 18 ; Diogène Laërce, 10, 1). 71. Traill 1986, p. 22-25. En fin de volume, sur la carte des dèmes avec leurs quotas de la période des dix tribus,
il note 11 ? pour Aixônè, ce qui représente le chiffre maximal selon son estimation. 72. Pour les quotas bouleutiques d’Aixônè, voir Traill 1986, p. 13 et p. 22-25, et infra, p. 342.
342 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
On dispose de deux listes d’éphèbes suffisamment complètes pour la tribu Cécropis, ce qui
est remarquable ; elles sont de plus presque contemporaines : ce sont celles des « promotions » de 334/3 et de 333/2 73. Dans la première, la tribu a fourni environ 42 éphèbes ; dans la seconde, 52. Dans chacune des deux listes, sept éphèbes sont Aixonéens. Si on applique la méthode de calcul de M. H. Hansen, cela donne une population d’environ 390 démotes. Comme pour les quotas bouleutiques, les chiffres que l’on a représentent un minimum, car le nombre d’éphèbes effectivement fournis n’est pas équivalent au nombre de jeunes gens en âge d’exercer l’éphébie. M. H. Hansen lui-même estime à 60 % le nombre de jeunes de 19 ans qui ont exercé l’éphébie et c’est ce chiffre qu’il prend en compte dans ses calculs (et que j’ai adopté également), tout en admettant que le pourcentage pourrait tout aussi bien être de 80 % (ce qui donnerait, pour Aixônè, un peu plus de 290 démotes) ! Il faut donc considérer ces estimations avec la plus grande prudence, car elles restent très conjecturales, et fondées presque exclusivement sur des observations démographiques modernes.
Les listes de diaitètes sont difficilement exploitables pour Aixônè. Seules trois mentionnent
des Aixonéens, dont deux sont trop fragmentaires pour être utilisées 74. Avec ses deux diaitètes en 325/4, Aixônè aurait eu une population démotique minimale de 222 à 333 personnes.
Dans ces conditions, il est très difficile d’avancer un chiffre pour la population démotique
aixonéenne. Malgré tout, sur la base des quotas bouleutiques et de la méthode de calcul de M. H. Hansen, on peut estimer un minimum de 600 démotes environ pour le ive s., ce qui est comparable à la population civique d’une cité de taille moyenne 75. Mais c’est surtout la considé-ration relative des quotas bouleutiques qui est éloquente : pour la période des dix tribus, Aixônè figurait parmi les dèmes pourvus des plus hauts quotas, juste après Acharnes (22) et Aphidna (16), et à peu près au même niveau que Kydathènaion (11-12), Paiania inférieur (11), Éleusis (11 ?), Marathon (10), Anaphlystos (10), Alopékè (10), Euônymon (10). C’est toujours le cas pour la période des douze tribus (307/6-224/3) : Aixônè (15 ?) se trouve derrière Acharnes (25), Paiania inférieur (22) et Aphidna (16), juste devant Éleusis (14). Pour la période des treize tri-bus (223/2-200), J. S. Traill estime à 17 ? le quota bouleutique d’Aixônè, mais les sources sont difficiles à exploiter. Notre dème se situe probablement toujours derrière Acharnes, même si on ignore si ce dernier a vu son quota modifié à cette période, et Paiania inférieur (qui n’a pas chan-gé de quota), mais il dépasse peut-être de peu Aphidna (qui n’a pas non plus changé de quota) 76.
UNE SOCIÉTÉ EN MOUVEMENT :
LES MIGRATIONS AU DÉPART ET À DESTINATION D’AIXÔNÈ
Athènes est, dans tout le monde grec antique, le meilleur terrain d’observation pour l’étude des mouvements migratoires internes d’une cité. En effet, les monuments funéraires inscrits,
73. Reinmuth n o 2 (voir GHI 89) ; IÉleusis 86. L’interprétation de Traill de SEG XXXVI 155 comme une dédicace
d’éphèbes de la Cécropis en 332/1 (Traill 1986, p. 1-16) a été remise en cause récemment par Humphreys
2010, p. 78-81. Il s’agirait en fait d’une dédicace d’épiléktoi de la tribu Cécropis, en 318/7 (elle émet l’hypothèse
que SEG XXXVI 155 appartienne à la même inscription que Agora XVI 105). 74. 3 IG II 4, 24 (371/0 ? ; au minimum sept Aixonéens) ; SEG XXXVII 124 (330/29 ; au minimum un Aixonéen) ;
IG 2 II 1926 (325/4 ; deux Aixonéens en tout). Voir encore Agora XV 493 (343/2 ou 336/5), qui doit être une liste
de diaitètes selon Humphreys 2010, p. 81-82 ; un Aixonéen dont le nom n’est pas conservé figurait à la l. 45. 75. Voir Cohen 2000, p. 13 n. 14, qui se fonde sur les études de Ruschenbusch, Hansen et Raaflaub : une cité
« normale » occupe en moyenne un territoire de 25 à 100 km2, et possède une population civique de 133 (sic !)
à 800 personnes.
76. Voir les tableaux I-XIII chez Traill 1975. J’ai tenu compte des modifications apportées par Traill 1986,
p. 125-140 (reproduites sur la carte en fin de volume) pour la période des dix tribus, p. 17 pour Éleusis pour
la période des douze tribus, p. 13 et p. 24-25 pour Aixônè pour les périodes des douze et des treize tribus.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 343
très abondants, constituent une documentation exceptionnelle, qui permet d’appréhender la mobilité des citoyens et de leurs filles d’un dème à l’autre, grâce à la mention du démotique 77. Il faut cependant rappeler quelques écueils :
– le démotique se transmet de père en fils, indépendamment du lieu de résidence. Lors
de la mise sur pied du système clisthénien à la fin du vie s., les citoyens se sont vu attribuer un démotique en fonction du lieu où ils habitaient, démotique qu’ils ont transmis à leurs descendants, même si ces derniers n’habitaient plus dans le dème de leurs ancêtres. Ainsi, un Aixonéen du ive s. a très bien pu résider toute sa vie au Pirée, et depuis plusieurs générations, tout en restant un Aixôneus. Ce phénomène m’a fait renoncer à établir une carte des mouvements migratoires des Aixonéens, car elle aurait été trompeuse. Prenons le cas d’Archestratè fille d’Alexos de Sounion, enterrée à Aixônè ( GL 22). Sans autre information, on la ferait provenir de Sounion, mais on sait que son père s’était établi près d’Athènes dans le dème de Xypétè, là où on a trouvé son monument funéraire. Il est probable que sa fille vivait là avec lui avant son mariage. Le mouvement migratoire, dans ce cas, a donc eu lieu au moins en deux temps, de Sounion à Xypétè, et de Xypétè à Aixônè, mais pas de Sounion à Aixônè directement ;
– si l’on peut prendre acte d’une migration, on ne peut la dater. Cet écueil est la consé-
quence du précédent. Ainsi, une stèle funéraire d’un Aixonéen trouvée à Athènes par exemple ne signi fie pas qu’il a quitté son dème pour la ville : sa famille peut très bien y être établie depuis long temps. Il y a bien eu un mouvement migratoire d’Aixônè vers la ville, mais on ne peut dire quand il a eu lieu. R. Étienne a donné un exemple concret de ce problème avec une stèle de Markopoulo montrant un mariage entre un homme d’Oè et une femme d’Angélè. Or, on sait par d’autres stèles funéraires que la famille de l’homme d’Oè s’était établie à Angélè depuis plusieurs générations 78 ;
– on part généralement du principe qu’un Athénien était enterré à l’endroit où il avait
vécu. Mais il faut avoir conscience de certaines situations qui, si elles sont rarement décelables dans nos sources, devaient néanmoins exister. Par exemple, un démote qui a vécu toute sa vie en dehors de son dème, mais qui souhaite y être enterré avec ses ancêtres 79 ;
– un autre écueil est l’inégale répartition de notre documentation. La grande majorité des
épitaphes, qui constituent le socle sur lequel se fonde l’étude des mouvements migratoires en Attique, sont comprises entre le ive s. et la première moitié du iiie s. ;
– enfin, il faudrait dans l’idéal tenir compte aussi des déplacements temporaires, ce qui
est rarement possible. Je pense par exemple au cas des citoyens qui possédaient des terres dans plusieurs endroits de la campagne et qu’ils allaient régulièrement visiter 80.
Dans l’étude des mouvements migratoires, on ne peut donc dégager que des tendances
générales ; la réalité des déplacements de population, qui devait être bien plus complexe, nous échappe en grande partie.
77. Ce à quoi s’est essayé Damsgaard-Madsen 1988, qui retient 736 inscriptions funéraires attiques pour son étude
des mouvements migratoires. Il s’en tient à celles datant d’avant 200, car c’est la « période classique des dèmes
attiques » (je traduis), expression en soi discutable, et ne prend pas en compte les épitaphes de femmes car elles
n’ont pas de démotique. Ce n’est pas exact, car dans leur nomenclature figure souvent le démotique de leur père,
ce qui peut donner un indice de leur lieu d’origine. Outre l’article de Damsgaard-Madsen, d’autres études ont
traité des mouvements migratoires en Attique : voir Osborne 1985, chap. 7 p. 127-153, et id. 1991, p. 239-248 ;
Engels 1992 ; Étienne, Muller 2007, et la thèse inédite de ce dernier (citée supra, p. 331 n. 12) ; Taylor 2011. 78. Étienne 1975, p. 379-384. Cet exemple a été repris par Osborne 1985, p. 131-132. 79. Voir Eschine, 1, 99, où la mère de Timarchos de Sphettos supplie ce dernier de ne pas vendre le domaine sis
dans le dème d’Alopékè, ou du moins de lui laisser un endroit sur cette parcelle où elle puisse se faire enterrer.
Voir aussi supra, p. 158.
80. Voir supra, p. 179.
344 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
Comme l’étude des mouvements migratoires en Attique est rendue possible par l’existence
du démotique, il convient de rappeler quelques points importants sur l’usage de cet élément de la nomenclature du citoyen athénien.
L’usage du démotique 81
D’après l’Athénaiôn Politéia, avec l’entrée en vigueur du système clisthénien, le démotique fit partie de la nomenclature du citoyen 82. Mais dans les inscriptions, l’ajout du démotique ne devint habituel que plus d’un siècle plus tard, dans l’épigraphie privée d’abord, puis, une cinquantaine d’années ensuite, dans l’épigraphie publique. Les sources montrent que la mention du démotique n’est jamais obligatoire, pas même dans les documents officiels : jusqu’en 354/3, le proposant d’un décret du peuple n’est désigné que par son onoma. Après cette date, dans les inscriptions officielles athéniennes, on observe une grande diversité quant à l’usage du démotique, tantôt précisé tantôt non, diversité qui se constate également dans l’épigraphie aixonéenne.
Dans les sources littéraires, on ne précise d’habitude pas le dème des personnages, sauf
chez les orateurs. Les documents épigraphiques sont les meilleures sources : ils révèlent plus de 20 000 Athéniens avec démotique, toutes périodes confondues, selon une estimation publiée en 1990 83.
Sur les monuments funéraires, la mention du démotique, et du patronyme, est fréquente.
On pense généralement que la raison en est la volonté de montrer à tout un chacun que le défunt est bien un citoyen légitime, fils d’un père citoyen, et inscrit sur le registre de son dème 84. C’est possible, car l’on sait que les droits civiques dépendaient presque exclusivement de l’ascendance : de manière significative, lors de la dokimasia des archontes, on leur demandait notamment le nom de leur père, son dème, le nom du grand-père paternel, le nom de la mère et du grand-père maternel ainsi que le dème de ce dernier, et où se trouvaient les tombeaux familiaux 85. Mais, pour tirer une si importante conclusion de la présence du démotique dans les épitaphes, il faudrait que la pratique soit systématique. Or, elle ne l’est pas, ainsi que l’a démontré P. Fraser 86 : la plupart des stèles funéraires athéniennes jusqu’en 480 environ ne portent que le nom du défunt, sans patronyme ni démotique, et, avant 400 environ, il n’est pas courant d’inscrire le démotique sur les tombes. P. Fraser a constaté le même flottement dans l’usage du démotique sur les dédicaces dans les sanctuaires, et sur les ostraka du Céramique du ve s. Sur les quelque 8 000 épitaphes attiques de l’époque classique et au-delà contenues dans les IG, il calcule que 2 600 seulement mentionnent le démotique. Naturellement, les cas, nombreux, où ne figure que l’onoma, avec ou sans le patronyme, sont délicats à interpréter : on les considère en principe comme des métèques ou d’autres personnes ayant des privilèges limités ou inexistants comme les femmes, les mineurs, les esclaves. Mais, comme le souligne P. Fraser, on ne connaît aucune loi à Athènes, ni de règlement, définissant la formule à adopter
81. Voir Hansen 1996, p. 176-178 sur Athènes. 82. Ath. Pol. 21, 4.
83. Hansen et al. 1990. Pace Cohen 2000, p. 119-120, on ne peut déduire en mélangeant toutes ces sources de
nature et de date différentes « the infrequent use of deme attribution for personal identification ». 84. Par exemple Meyer 1993 (voir les réserves émises supra, p. 337) ; Vestergaard et al. 1992, qui ajoutent
encore une autre explication pour la mention du démotique : permettre d’identifier précisément le défunt.
Mais le patronyme devait suffire dans la majorité des cas.
85. Ath. Pol. 55, 3. Voir Feyel 2009, p. 171-181. 86. Fraser 1995. Voir aussi C. M. Keesling, « Name Forms on Athenian Dedications of the Fifth and Fourth
Centuries B.C. », dans A. Martínez Fernández (éd.), Estudios de Epigrafía Griega (2009), p. 349-356.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 345
sur les tombes ; on ne peut donc écarter l’idée que certains soient des citoyens 87. On peut aussi penser que la nomenclature complète figurait sur la base de la stèle ou du vase de pierre, rarement conservée ; ou encore, dans le cas des monuments qui se dressaient sur des périboles, que le nom complet figurait sur un autre élément de l’ensemble 88.
Le rapport des femmes athéniennes au démotique reflète leur condition dans la société :
elles n’étaient pas autonomes. Toute leur vie, elles étaient subordonnées à leur kyrios, c’est-à-dire l’homme qui en était responsable : leur père, leur mari, leur frère, leur oncle, etc. Cette dépendance se reflète dans la manière de les nommer sur les monuments funéraires : comme elles n’exercent aucun droit politique, elles ne portent pas de démotique, mais celui-ci apparaît au génitif dans la nomenclature de leur époux ou de leur père. Plus précisément, les femmes ne portent pas de démotique sous sa forme « classique » (adjectivale) avant l’époque impériale, et ces exemples sont rares 89. Avant ces temps tardifs, il arrive que les femmes soient accompagnées d’un pseudo-démotique, sous la forme ȂƮ + nom du dème, ou nom du dème + terminaison - 90 ƬƩư, ce qui n’est évidemment pas l’indice du statut civique mais de leur appartenance à la communauté des démotes au sens large.
Parmi les étrangers en revanche, les femmes portent leur ethnique comme le font les
hommes ; on en recense de nombreux exemples dans les épitaphes attiques 91. Comme pour le démotique féminin, l’ethnique indique l’appartenance de la femme à la communauté civique d’origine, sans qu’elle soit assimilable à un citoyen.
L’usage d’un démotique en dehors de l’Attique indique en principe que l’endroit en question
avait été intégré au territoire athénien. C’est par exemple le cas, à certaines époques, des îles de Lemnos, Imbros, Skyros, Samos, Délos et du territoire d’Oropos. La présence de démotiques dans les inscriptions de ces lieux indique donc une période de domination athénienne, comme dans le cas du démote d’Eitéa dont la tombe a été trouvée dans la Pérée de Samos 92. De manière significative, les démotiques sont systématiquement effacés sur les inscriptions lorsqu’Oropos retourne dans le giron béotien, ou remplacés par l’ethnique Athènaios 93. Parfois, le démotique
87. À l’inverse, il est impensable que les métèques aient été pourvus du démotique sur leurs tombes, pace
Cohen 2000, p. 120 n. 92 : « Use of the short adjectival deme form on metics’ gravestones would have
conformed with the general brevity of funerary epitaphs ».
88. Voir supra, p. 334.
89. On en connaît en tout neuf exemples à Athènes, dont une Aixonéenne (HGL 67, iie-iiie s. apr. J.-C.). Il s’agit
de 2 e IG II 6780, 6781, 6810, 7175 ( Marathonia , ép. imp.), 5276 ( Hagnousia , fin ii s. apr. J.-C.), 6002 (Itéaia,
ier s. apr. J.-C.), 6255 (Thriasia, date non précisée), 7764 (Phylasia, iie-iiie s. apr. J.-C.). Hansen 1996 y voit
l’indice que la citoyenneté avait perdu son sens originel, mais Vestergaard et al. 1992 perçoivent plutôt
l’influence d’étrangers « naturalisés » : les femmes étrangères étant souvent pourvues d’un ethnique, sous la
même forme que celui des hommes, la pratique aurait été reproduite pour le démotique. Je pencherais pour la
seconde proposition, car la rareté des démotiques féminins montre qu’il ne faut pas attribuer au phénomène
une aussi lourde cause que celle d’une altération de la citoyenneté.
90. Par exemple, dans notre corpus, HGL 62 et 63. Voir Whitehead 1986, p. 77-79. 91. Pour le iv e s., Hansen 1996 recense, dans son appendice 2, 45 occurrences d’ethniques féminins. Notons que
notre Euèméris d’Ainos ( 2 HGL 48 ) n’y figure pas, car sa stèle funéraire se trouve sous IG II 5423, or Hansen
commence son inventaire à partir du numéro 7882. Les étrangères sont décelables facilement quand elles
apparaissent soit avec l’ethnique au féminin ou avec le nom de la cité précédé de la préposition ȂƮ, soit avec le
nom et l’ethnique de leur père (voir Fraser 1995, avec les références).
92. IK 17, 1-I. Ephesos, no 3140. C’est sans doute un clérouque, comme le suppose Hansen 1996. 93. E.g. IOropos 355-356 (335-330), où le démotique Anagyrasios a été effacé, sauf la première lettre, sans doute
parce qu’elle pouvait passer pour une abréviation d’Athènaios selon Hansen 1996, mais peut-être que le reste
des lettres avait été peint après érasure. Voir encore IOropos 341 (329/8 ou peu après), où le démotique du
sculpteur a été remplacé par l’ethnique Athènaios. Sur la date du don d’Oropos aux Athéniens, voir Knoepfler
2001, p. 367-389, où l’auteur argumente en faveur de 335.
346 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
athénien est utilisé dans des régions qui n’ont pas été dominées par Athènes, mais cela s’explique probablement par un souci de précision, car l’ethnique figure aussi 94. Le démotique seul n’est attesté que dans des documents privés de l’époque impériale 95.
LES AIXONÉENS DU DEHORS, LES NON AIXONÉENS DU DEDANS
On le voit dans le corpus de l’annexe II, des monuments funéraires de non Aixonéens ont été trouvés sur le territoire du dème, et inversément, des Aixonéens ont été inhumés hors de leur dème. Combinés à d’autres sources, ils permettent de reconstituer une partie des mouvements migratoires de nos Aixonéens, et de mesurer l’attractivité du dème pour les non ressortissants.
Les mouvements de démotes en Attique semblent avoir été importants, comme le montre
notamment une récente étude sur Acharnes, qui aboutit à près de 30 % de démotes enterrés dans leur dème, un peu moins de 44 % dans l’asty, 9 % au Pirée, et 17 % ailleurs sur le territoire athénien 96. R. Osborne avait abouti à un résultat assez semblable pour Képhalè, un assez grand dème situé au sud de l’Attique, au nord de Thorikos : selon son estimation, fondée sur les épitaphes, 72 % des démotes ont migré, essentiellement en ville 97. Mais son étude montre aussi que ce constat ne vaut pas pour tous les dèmes : pour le Céramique, 62 % des démotes sont enterrés dans ou près de leur dème d’origine, et ce chiffre atteint 76 % pour Rhamnonte. Les épitaphes des Aixonéens donnent l’image d’une émigration massive : parmi celles concernant assurément des démotes et datant du ive s., environ trois quarts ont été trouvées en dehors du dème – principalement à Athènes et au Pirée –, et à Aixônè même, aucune n’est postérieure au ive s., sauf une exception (GL 24). Toutes périodes confondues, environ 60 % des monuments funéraires d’Aixonéens de l’extérieur provient de la ville et ses alentours, et un quart du Pirée. Nous l’avons vu dans un précédent chapitre, certains démotes illustres ont passé l’essentiel, si ce n’est la totalité, de leur vie en dehors de leur dème d’origine : c’est le cas de Lysis II, dont le monument funéraire se trouvait dans ou près du dème de Xypétè, entre Athènes et le Pirée, ou encore celui de la famille de Kallippos II, dont toutes les stèles funéraires, sauf une, ont été exhumées au Pirée. On trouve aussi une poignée d’épitaphes d’Aixonéens dans des dèmes ruraux : à Halai Aixônidès dans le voisinage immédiat (HGL 24), mais aussi bien plus loin, à Paiania (HGL 22 et 62), Rhamnonte (HGL 35), Acharnes (HGL 11), dans la plaine thriasienne (HGL 12), et même en dehors de l’Attique, à Salamine (HGL 47). Nous verrons plus loin les implications de ce flux migratoire important des Aixonéens vers la zone urbaine.
Les migrations peuvent avoir de multiples causes 98. Les raisons matrimoniales sont celles
qui sont le plus facilement repérables sur les monuments funéraires, mais il faut penser aussi à l’attractivité économique de certains dèmes, comme Acharnes et son exploitation du charbon de bois ou, bien évidemment, le Pirée avec l’activité commerciale de son port 99. Le désir de
94. 2 Par exemple dans IG IV 1, 42, l. 21-22 (Épidaure, vers 221/0), SEG XXV 443, l. 3-5 (décret de proxénie de
265/4 passé par les Orchoméniens d’Arcadie).
95. Sur toutes ces questions, et avec de nombreux exemples, voir Fraser 2009, p. 56-57 et p. 83-86, et Knoepfler
2001, p. 199-201.
96. Kellogg 2013, p. 53, qui prend en compte les épitaphes jusqu’au ier s. seulement, sans s’en expliquer.
Elle exclut de ses calculs les monuments funéraires provenant du Céramique, car selon elle « many people
who were not necessarily resident in the vicinity of the Kerameikos chose for other reasons to have their
memorials erected or their remains interred in this large, public cemetery » (p. 53). Étienne, Muller 2007,
sans ces restrictions, avaient calculé pour Acharnes que sur les 121 démotes connus à ce jour, seuls 21 furent
inhumés dans leur dème d’origine, ce qui fait un peu plus de 17 % seulement. 97. Osborne 1991.
98. Voir Étienne, Muller 2007 ; Taylor 2011. 99. Sur ces pôles d’attraction, voir infra, p. 349.
ASPECTS DE LA VIE SOCIALE : DÉMOGRAPHIE ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES 347
s’impliquer fortement dans la vie politique de la cité peut motiver un citoyen à déménager (provisoirement en tout cas) en ville, du moins pour les ressortissants de dèmes relativement éloignés de l’asty. La conjoncture politique et militaire peut aussi expliquer certaines migrations : on sait par exemple que la guerre du Péloponnèse a entraîné une concentration des gens de la campagne en ville pour des raisons de sécurité ; certaines familles y sont sans doute restées, d’autres sont retournées sur leurs domaines, d’autres encore ont obtenu les terres de ceux qui n’avaient pas survécu à ces décennies de guerre 100. En revanche, selon l’étude de R. Étienne et A. Muller, il ne semble pas que les migrants aient tenu compte de l’organisation politique de l’Attique dans leur choix de destination : par exemple, aucun échange particulier entre dèmes d’une même tribu n’a pu être constaté.
Pour nos démotes, il faut avouer que l’on ignore le plus souvent la raison qui les a poussés
à quitter leur dème d’origine. Le mariage est certainement un facteur important et le nombre d’unions mixtes dépasse d’ailleurs largement celui des unions entre Aixonéens. Parfois, l’homme est établi dans le dème de son épouse : ainsi l’Aixonéen Aischytès, marié à Philtè du Pirée (HGL 9). Il est naturellement possible que la famille de cet Aixonéen ait été déjà installée au Pirée ou que ce dème ait attiré Aischytès pour d’autres raisons avant qu’il n’y rencontre Philtè. La situation inverse se rencontre aussi, celle où une Aixonéenne vit dans le dème de son mari (HGL 11, Acharnes). On a observé que, la plupart du temps, c’est l’épouse qui déménage 101. Mais, dans la majorité des cas, le couple mixte est établi dans un troisième dème, ou même hors de la péninsule attique 102 ; en l’absence d’autres sources, il est alors impossible de savoir lequel des époux a suivi l’autre. Ces observations concordent avec les résultats de l’étude de R. Étienne et A. Muller sur les dèmes de la Mésogée : les monuments funéraires témoignant de mariages intra-dèmes sont bien inférieurs en nombre à ceux montrant des mariages inter-dèmes, et ces derniers se trouvent le plus souvent dans un troisième dème, qui n’est ni celui de la femme, ni celui du mari 103. R. Osborne avait déjà souligné cette tendance à l’échelle attique : il recense 131 mariages inter-dèmes contre 32 intra-dèmes 104 ; comme le relèvent R. Étienne et A. Muller, même en ajoutant à ce dernier chiffre les cas sans démotique (au nombre de 80), en supposant qu’ils concernent des unions entre démotes, au minimum un mariage sur deux unissait des hommes et des femmes issus de dèmes différents.
R. Osborne a montré que les stratégies des grandes familles (sur lesquelles nous informent
les sources littéraires du ive s.) consistaient à préserver la lignée et les biens en mariant les
100. Sur les démotes de Décélie, voir infra, n. 113. Les redistributions foncières peuvent émaner aussi des
confiscations publiques, comme les propriétés des Hermocopides, ou de mises en vente de terres jusqu’ici
sous-exploitées ou à l’abandon (voir les rationes centesimarum édités par Lambert 1997). 101. Voir Étienne 1975, précisant qu’il arrivait au mari de déménager dans le dème de sa femme, peut-être quand
la dot était constituée de terrains qui s’y trouvaient. Dans mon corpus aixonéen, les deux cas de figure sont
attestés : voir GL 22 et numéro 13 pour le premier, GL 2 pour le second. 102. HGL 5 : un Aixonéen et une femme de Kothôkidai, au Pirée ; 16 : l’Aixonéenne Isthmonikè et un homme de
Paiania, à Athènes ; 22 : une Aixonéenne et un Anaphlystien, à Paiania ; 38 : Chairippè d’Aixônè et Méixônidès
de Sphettos, à Athènes ; 39 : Dionysios d’Aixônè et Hèrakleia de Boutadai, à Athènes ; 43 : Bacchis d’Aixônè et
Strombyliôn de Philaidai, à Athènes ; 47 : Hélikô de Leukonoion et l’Aixonéen Athènodôros, à Salamine ; 58 :
Phainarétè de Trikorynthos et Kallimachos d’Aixônè, à Athènes ; 62 : Eirènè d’Aixônè et Bacchos d’Aigilia,
à Paiania.
103. Étienne, Muller 2007, contra Cox 1998, p. 41-43, qui déduit des épitaphes attiques du ive s. que les
mariages intra-dèmes ou entre dèmes voisins sont bien plus fréquents en milieu rural qu’en milieu urbain. 104. Osborne 1985, p. 130-135, avec des exemples. Certains mariages entre dèmes étaient prohibés en vertu d’une
vieille haine tenace, comme nous l’apprend Plutarque, Thésée 13 : les Palléniens ne se mariaient pas avec les
Hagnousiens, car ces derniers les avaient trahis à la bataille de Gargettos à l’époque de Thésée. Mais ces cas
devaient être rares, et l’interdiction n’était peut-être pas appliquée à la lettre.
348 UNE MICROHISTOIRE D’ATHÈNES. LE DÈME D’AIXÔNÈ DANS L’ANTIQUITÉ
proches parents ; selon lui, cela pourrait expliquer nombre de mariages inter-dèmes 105. Dans certaines inscriptions, il est possible de déceler des cas d’endogamies, si les noms des époux et leurs patronymes partagent plusieurs éléments en commun 106. Je n’ai pu identifier aucun cas de ce type dans mon corpus, mais sans doute l’échantillon est-il trop restreint.