Wish T2 Evie

Audrey Carlan · Chapitre 11 sur 24

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Wish T2 Evie

Chapitre 9

 

 

Le ciel commence tout juste à pâlir. Je regarde par la fenêtre de ma chambre d’enfant et m’enveloppe dans la couverture de Kaku. Je suis vêtue d’un pyjama en coton blanc, avec de petites roses couleur pêche et de minuscules feuilles vertes brodées dessus. La dentelle verte qui borde le débardeur est assortie au ruban qui se noue à la taille. J’enfile mes pantoufles et longe le couloir en évitant les planches qui craquent si fort qu’elles réveilleraient Toko. Au fil des années, je suis devenue maîtresse dans l’art de m’éclipser sans un bruit.

Je ne sais pourquoi, quand je rentre à la maison, je me réveille toujours avec le soleil. C’est mon moment préféré, sur la réserve. Observer le soleil poindre au-dessus des collines et embraser le ciel. Maman disait que c’est pour ça qu’ils m’avaient surnommée Taabe, qui veut dire « soleil » en comanche. Apparemment, quand j’étais bébé, je me réveillais toujours aux aurores et je pleurais jusqu’à ce qu’elle m’emmène dehors où, ensemble, nous regardions le lever du soleil. Plus tard, lorsqu’elle voyageait davantage, c’est Toko qui endossait la charge de m’offrir mon moment de quiétude à l’aube. Il m’asseyait sur ses genoux avec une tasse de lait chaud, et je regardais le jour se lever, blottie dans ses bras.

Je tiens la couverture contre moi et sors sur le porche, sur le qui-vive en apercevant une ombre à ma droite.

– Bonjour, Nizhoni.

Je me retiens de hurler mais je bondis en arrière, réalisant que ce n’est que Milo, assis dans le fauteuil préféré de mon grand-père.

– Bon sang, Milo ! Tu m’as foutu la trouille ! Qu’est-ce que tu fais là, il est à peine six heures du matin !

Il se penche et appuie ses coudes sur ses genoux. Il est vêtu d’un jean délavé, d’un tee-shirt à manches longues vert sapin et de bottes de cow-boy noires. Ses cheveux sont coiffés en arrière, retenus par une superbe tresse.

– On me dit que ma femme se lève avec le soleil.

Je me crispe et resserre la couverture sur mes épaules.

– Milo, je ne suis pas ta femme. Qu’est-ce que tu fais ici ?

Il soupire et semble mastiquer quelque chose ou alors grincer des dents.

– Assieds-toi, il faut qu’on parle.

Sans lâcher ma couverture, je m’assois dans la chaise la plus éloignée de lui, ce qu’il ne manque pas de remarquer.

Nous restons ainsi pendant une longue minute et je finis par remuer, gênée par son regard insistant.

– Eh bien ? je demande.

Son visage se transforme et il me sourit tendrement.

– Je n’ai pas eu le plaisir de profiter d’une Evie tout juste éveillée quand tu étais dans mon lit. Je savoure la vue.

– Pourquoi tu es là ? je demande en me sentant rougir.

– Parce que tu es là, répond-il simplement.

– Et alors ?

– Tu n’as pas encore compris ?

Je secoue la tête.

– Evie, où que tu sois, je veux y être aussi.

Je ferme les yeux et autorise un instant ses paroles à donner naissance à des pensées plus merveilleuses les unes que les autres, mais ça ne marchera pas. Je sais que sa famille ne m’acceptera jamais, quoi qu’ils aient pu dire pour arranger les choses avec mon grand-père.

– Tu n’aurais pas dû venir, Milo.

– Evie, quand est-ce que tu vas comprendre que je ne cesserai jamais de te poursuivre, de te voir et de te vouloir dans mon futur ?

– Ça ne marchera pas.

– Qu’est-ce qui ne marchera pas ? L’amour ? Une famille ? Une relation ? dit-il d’une voix à la fois douce et ferme.

Je hausse les sourcils et me cache un peu derrière ma couverture-bouclier.

– Toutes ces choses.

– Pourquoi pas ? Donne-moi une bonne raison, et je pars tout de suite.

– Ta famille me déteste, je chuchote.

Milo secoue la tête et me transperce du regard.

– Ils ne te connaissent pas.

– Et toi, si ? Tu crois que parce qu’on s’est connus enfants et qu’on a passé un peu de temps ensemble, tu as la réponse à tout ? Que je suis la femme de ta vie, point barre ?

– Oui. Tu es la femme de ma vie.

Je grince si fort des dents que je m’en fais mal à la mâchoire.

– Et comment tu le sais ? On a changé, depuis qu’on était petits. Je ne suis plus la gamine apeurée qu’il fallait sauver.

– Ah non ? Tu n’as plus peur ? Si c’est le cas, pourquoi tu m’ignores ? Pourquoi tu as évité mes appels et pourquoi tu t’es réfugiée dans la maison où tu as grandi ?

Mince, il marque un point.

Je coiffe mes cheveux en arrière en cherchant un peu de courage.

– J’avais besoin d’espace pour faire le tri dans ma tête.

– Justement, c’est la dernière chose dont tu as besoin. Dans cette situation, c’est ton cœur que tu dois écouter.

– Ah, justement, tu vois ? Tu penses si bien me connaître ! Je ne laisse jamais mon cœur décider. C’est toujours ma tête qui mène la danse, parce que c’est elle qui me protège.

– Elle te protège de quoi ? demande-t-il en penchant la tête sur le côté, comme si j’étais fascinante.

– De foncer tête baissée et de prendre les mauvaises décisions.

– De prendre des risques, tu veux dire. De tenter ta chance.

Je hausse les épaules et la couverture tombe dans mon dos. La fraîcheur matinale fait se hérisser mes poils, mais aussi se dresser mes tétons sous mon débardeur en coton fin.

Le regard de Milo descend sur mon cou puis sur ma poitrine. Il pousse un juron en navajo, puis il contracte sa mâchoire et grince des dents.

– Sache que j’ai pour habitude d’étudier une situation et d’en évaluer les risques, oui. Je décide ensuite ce qu’il y a de mieux pour moi. Ça m’a sauvée d’énormément de situations tordues par le passé et ça m’a rendue très bonne en affaires.

– Et dans ta vie privée ?

– Ma vie privée me rend heureuse, je mens.

– Tu es heureuse dans mes bras, dit-il avec un petit sourire narquois.

Je soupire et recule sur ma chaise.

– Tu es heureuse quand je m’empare de ta bouche.

Je me mords la lèvre et essaie de fuir son regard, mais je n’y parviens pas.

– Tu étais heureuse quand mon corps te réchauffait pendant que tu dormais, poursuit-il.

– Ce n’est pas juste, j’étais inconsciente, je grommelle.

– Laisse-moi te montrer ce qu’est le véritable bonheur. Tente ta chance avec moi. Je te promets que le résultat sera mille fois meilleur que tu l’imagines.

Je ferme brièvement les yeux et tourne la tête.

– Je ne serai jamais celle que veut ta famille.

– J’ai passé la soirée avec eux, hier. Ils se sont excusés auprès de moi et m’ont raconté qu’ils étaient venus vous parler, à toi et Tahsuda le sage. D’après ce que j’ai compris, tu as déjà accepté leurs excuses.

– C’est le cas. Je suis certaine qu’ils n’ont pas voulu me blesser, mais ça ne change rien au fait qu’ils ne veulent pas de moi. À leurs yeux, je ne suis qu’une Kimberly bis. Chaque fois qu’ils me verront, c’est à elle qu’ils vont penser.

– Tu veux une vie faite de paillettes et de flashs de caméras ? demande-t-il en haussant les sourcils.

– Pardon ?

– Tu veux que le monde entier t’adule et que ta photo soit en couverture de tous les magazines ? poursuit-il d’un ton frustré.

– Ben, non, mais…

– Tu veux faire défiler les hommes dans ton lit ? Des hommes qui ne sont pas ton mari, pour pouvoir te sentir belle et désirée ? insiste-t-il, le regard bouillant de rage.

– Mon Dieu, non ! je m’exclame en découvrant combien son ex-femme l’a trompé.

– Tu comptes faire des promesses et des serments devant Dieu et les briser par la suite ? ajoute-t-il, de plus en plus dégoûté.

– Milo… je dis en prenant sa main, émue par sa souffrance encore si fraîche.

Il tire brusquement sur ma main de sorte que j’atterris sur ses cuisses. Il pose une main sur ma joue et me regarde droit dans les yeux.

– Tu n’es pas Kimberly. Tu n’es en rien comme elle. Je n’ai jamais voulu d’elle ni partagé ses désirs, mais j’ai fait ce qui me semblait juste à l’époque. Je l’ai encouragée à poursuivre ses rêves et j’ai essayé de l’aimer, à ma façon. Seulement, elle ne percevait pas son engagement de la même façon.

– Je suis désolée que tu aies vécu ça, je chuchote en caressant sa lèvre avec mon pouce. Ça a dû être très douloureux.

– Tout ça m’a mené à maintenant. À cet instant. À toi. Donc je ne le regrette pas. J’ai appris, et j’ai vécu. Maintenant, je comprends mieux ce que je veux : une femme gentille, intelligente, aimante, qui placera sa famille et son partenaire au-dessus de tout. Une femme qui appréciera une vie tranquille, qui aime la nature, comprend notre peuple.

– Milo, tu ne…

Il presse son pouce sur ma bouche, m’empêchant de parler.

– Je te veux toi, Evie Ross. Mon soleil doré. Ma lumière.

Je plonge mon regard dans le sien et mes yeux se remplissent de larmes, émue de le découvrir si sincère. Car Milo ne me cache rien.

– Tu as raison, j’admets en appuyant mon front contre le sien. J’ai peur.

Il passe son bras autour de ma taille et me tient contre lui. Dans ses bras, je me sens à la fois minuscule et protégée.

– Donne-nous une chance. Laisse-moi te montrer combien on peut être heureux. Ne t’enfuis pas. Ne te cache pas. Sois forte. Pour moi. Pour toi. Pour ce qu’on peut être, ensemble.

Je frémis et ferme les yeux, je sens la brise se lever et agiter mes cheveux.

– De quoi as-tu peur, Nizhoni ? Dis-moi.

– Si je te fais une place, tu finiras par partir.

– Non, chuchote-t-il contre ma bouche avant de m’embrasser, effleurant à peine mes lèvres.

– Si, j’insiste en hochant la tête. Comme tout le monde.

Il secoue la tête et prend mon visage dans ses mains.

– Evie, je n’ai aucune intention de te quitter. Jamais. Fais-moi confiance.

Je ferme les yeux et l’embrasse tendrement, m’autorisant à lui faire une place dans ma vie.

M’autorisant à saisir un rêve.

En espérant ne pas finir en miettes.

 

Milo et moi marchons main dans la main en direction des écuries de la réserve. Un immense bâtiment en bois abrite des dizaines de box et, si chaque famille s’occupe de ses chevaux, tous les membres de la réserve participent à l’entretien des écuries en plus de payer une part du fourrage. Chaque famille peut décider de nettoyer son box elle-même ou bien engager les services du palefrenier de la réserve.

Lorsque nous avons eu fini de parler et de nous bécoter, Milo m’a proposé d’enfiler un jean et des bottes, sans me dire pourquoi. Ayant grandi ici, je ne viens jamais sans une tenue de randonnée. J’ai même un chapeau de cow-boy, que j’ai mis sur mes cheveux pour me protéger du soleil.

Je suis tout excitée lorsque je réalise qu’il m’emmène aux écuries, et je frémis de joie. Je sais que sa famille a un bon nombre de chevaux et qu’ils fournissent à la région de nombreux étalons.

– Salut, Dakota, dit Milo lorsqu’on approche de la porte.

Je me crispe des pieds à la tête en voyant Dakota Chee, un des garçons qui m’agressaient régulièrement lorsque j’étais petite. Il n’était pas aussi méchant que ses deux frères, mais il n’était pas gentil pour autant.

Je baisse les yeux et tire sur le bras de Milo.

– Euh… peut-être qu’on devrait plutôt aller par là-bas, je chuchote en désignant la direction opposée.

Il fronce les sourcils et me prend par la taille pour me ramener contre lui.

– Je veux te montrer quelque chose, murmure-t-il d’un ton si tendre que je frissonne de plaisir.

– Salut, Milo. Ça roule ? demande poliment Dakota.

Je garde la tête baissée, évitant de croiser son regard.

– Bien, les affaires vont bon train, comme toujours, répond Milo.

– Au fait, merci pour tes conseils, le trimestre dernier. La plus-value des actions que tu nous as choisies nous a vraiment aidés. On a pu acheter les nouvelles selles dont on avait besoin.

– Super. Elles devraient continuer à augmenter. On les garde encore un moment, mais je les surveille, ne t’en fais pas.

– Je te fais confiance, dit Dakota. Tu es venu voir ta princesse ?

Outrée, je lève brusquement la tête vers Milo. Qui ne réagit pas.

– Ouais, je veux la montrer à Evie. Elle adore les chevaux.

C’est vrai, mais comment il le sait ?

– Evie… Evie Ross ? La petite de Tahsuda ?

– Ouais, acquiesce Milo.

– Waouh, Evie Ross. La plus jolie fille de la réserve, ricane Dakota.

– Quoi ? je m’exclame, faisant rire Milo.

– Comment tu vas, depuis le temps ? demande Dakota. Tu es toujours canon, à ce que je vois, dit-il, comme s’il parlait à une vieille amie et non à quelqu’un que lui et ses frères passaient leur temps à harceler.

J’ouvre la bouche et la referme plusieurs fois, ne sachant absolument pas quoi dire à celui qui me martyrisait quotidiennement.

– Je sais que tu viens souvent voir Tahsuda le sage, mais tu ne te joins jamais à nous autres, poursuit-il. Je le regrette amèrement, maintenant. Ça fait longtemps que je t’aurais invitée à boire un verre.

– Dakota, fais gaffe, gronde Milo. Tu ne vois pas qu’elle est à mon bras ?

Dakota agite la main, comme si de rien n’était.

– Bref. Tu as toujours eu le béguin pour Evie Ross. Tout le monde le savait.

Je regarde Milo, bouche bée, les yeux écarquillés. Je n’en reviens pas.

– Tu avais le béguin pour moi ?

Il esquisse un sourire ultra-sexy avant de répondre.

– Je t’ai dit que j’avais l’intention de tenter ma chance après la fac.

– Je… je… je ne sais pas quoi faire de cette information.

– Et si tu savourais simplement le fait que j’ai été aussi dingue de toi que tu l’étais de moi ?

– Je n’étais pas dingue de toi, je grommelle. J’avais un béguin tout ce qu’il y a de plus normal.

– Si seulement tu avais eu le béguin pour moi ! Mais tu es devenue une belle plante, lance Dakota en me reluquant lentement des pieds à la tête, comme s’il m’imaginait à poil.

Si je n’étais pas avec Milo et qu’il ne m’avait pas tourmentée toute mon enfance, je me serais rincé l’œil, moi aussi.

– Tu me détestais, je rétorque. Tu passais ton temps à me martyriser.

– Ben ouais, tu étais tellement jolie avec tes cheveux jaunes et tes grands yeux bleus.

– Tes frères me frappaient et tu m’as même craché dessus !

– Ouais, je suis désolé, Evie. C’était il y a longtemps et j’étais un petit con qui faisait tout comme ses frères. Je pensais que ça faisait de moi un homme, explique-t-il d’un ton sincèrement désolé.

– Un homme qui s’en prend à une petite fille et lui crache dessus ? je lui rappelle, pour qu’il n’oublie pas.

Dakota lève la main et se masse la nuque, gêné.

– Ouais, je suis vraiment navré, Evie. Je serais ravi de t’inviter à dîner pour me faire pardonner, mais j’ai comme l’impression que Milo m’étranglerait si je tentais quoi que ce soit. Que diriez-vous que je vous prépare vos selles, à tous les deux ? Vous êtes venus pour monter, non ?

Milo hoche la tête et Dakota part au fond de l’écurie, là où l’équipement est stocké.

– Qu’est-ce qui vient de se passer ? je m’exclame en faisant les gros yeux à Milo.

– C’est un homme au sang chaud qui a pris le temps de te regarder et qui a aimé ce qu’il a vu. Ça ne se reproduira plus, crois-moi. Le seul qui a le droit de te déshabiller du regard à présent, c’est moi, répond Milo en pointant son pouce sur son torse.

– Je ne parle pas de ça, bon sang. Je parle du fait qu’il me trouvait jolie et que je lui plaisais !

– Ouais, et ?

– C’est impossible. Ils étaient tellement méchants !

– Les imbéciles sont souvent méchants avec les jolies filles parce qu’ils ne savent pas comment se comporter et qu’ils ont été mal éduqués. Dakota a appris la leçon, depuis. À la dure, d’ailleurs, à force de se prendre des râteaux avec les femmes.

– Je ne sais pas quoi penser de ce que tu me dis, je réponds en secouant la tête. Je suis complètement perdue aujourd’hui.

– N’y réfléchis pas, trop, Evie. Viens, je veux te montrer quelque chose.

– Ta princesse…

Il m’offre un sourire resplendissant, si beau qu’il m’éblouit, mais je ne ferme pas les yeux de peur de rater un si beau spectacle.

– J’aime que tu me regardes comme si le monde cessait de tourner, dit-il avant de m’embrasser fermement sur la bouche.

– Milo, je ne sais jamais sur quel pied danser avec toi, je réponds en lui tenant le bras. Tu ne comprends pas à quel point c’est perturbant ?

– La vie est pleine de surprises, déclare-t-il simplement.

– Bref, tu voulais me montrer quelque chose ?

Il m’emmène au fond de la grange bordée de box et il lâche ma main pour avancer vers une porte portant l’inscription « adinidiin  ». J’approche à mon tour et retrace du bout du doigt l’écriture navajo, souriant jusqu’aux oreilles alors que mon cœur bat la chamade.

Il ouvre la moitié supérieure de la porte et me fait signe de regarder. Dedans, une superbe jument couleur noisette est en train d’allaiter un poulain palomino, doré, à la crinière blonde.

– Il est à ta famille ?

– À moi. La pouliche est née il y a quinze jours. Je l’ai baptisée comme toi.

Waouh. Mon cœur accélère encore et je respire par la bouche, n’ayant plus assez d’air dans mes poumons.

– Elle est magnifique, je dis, émerveillée. La maman a l’air heureuse, aussi.

J’ai à peine prononcé ses mots que la pouliche lâche sa mère, qui peut alors avancer vers nous pour frotter son nez au visage de Milo. Il en fait de même tout en caressant sa tête et son cou.

– Bonjour Chenoa. Comment va notre fifille ?

La jument continue de se frotter à lui.

– Tu veux la caresser ? me demande-t-il.

– Mon Dieu, avec plaisir.

Je tends la main vers son épaule, comme Toko me l’a appris quand j’étais petite, et je presse ma main sur son pelage soyeux. Je la caresse lentement, avec de grands gestes, tout en lui parlant.

– Salut, Maman Chenoa. Tu es superbe et ton bébé est magnifique.

La jument hennit doucement et rapproche sa tête de la mienne. Je frotte son nez puis son crâne, derrière son oreille, ce qu’elle semble adorer. Elle pousse mon chapeau du bout de son museau et le fait tomber par terre. J’éclate de rire, ravie d’interagir avec un animal aussi majestueux.

– Tu as des écuries, chez toi ? je demande à Milo.

– Oui, mais je voulais que la jument et la pouliche restent avec l’étalon jusqu’à ce qu’elle ait fini de l’allaiter. Puis je les ramènerai chez moi.

– Merci de me les avoir présentées, je dis alors que Milo me prend par les épaules.

– Y a pas de quoi. Allez viens, on va faire une balade.

Je me mords la lèvre, nerveuse, parce que ça fait une éternité que je ne suis pas montée à cheval.

– Ça fait un bail, tu sais… je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

– Dans ce cas, tu monteras avec moi. Dezba est assez grand pour nous deux. C’est le père d’Adinidiin.

– Cool ! je m’exclame en suivant Milo vers la partie où sont gardés les étalons.

Dakota sort justement d’un box avec un cheval immense. Il est haut, puissant et vraiment superbe.

– Waouh, je chuchote en approchant de l’animal.

Ce dernier vient aussitôt vers moi et pose son museau contre ma joue. Milo reste à mes côtés mais n’intervient pas, laissant son cheval mordiller joyeusement mon chapeau.

– Espèce de dragueur, grogne-t-il. C’est ma femme, Dezba, bas les pattes !

Je lève la main pour caresser son large cou musclé.

– Il est incroyable.

– Et difficile. Il aime les femmes bien plus que les hommes.

Je souris à Milo en continuant de cajoler son cheval.

– On ne peut pas lui en vouloir, je réponds alors que l’étalon se rapproche encore, aimant clairement mes caresses.

– Non, c’est vrai. Et il a bon goût, dit Milo en me toisant de son regard de braise.

– Il vous faut un autre cheval ? demande Dakota.

– Evie va monter avec moi, répond Milo.

– Tu veux que je t’aide à monter, ma p’tite dame ? propose le palefrenier.

– Tu n’as pas un travail à faire ? gronde Milo.

– C’est justement ce que je fais : je m’assure qu’une jolie jeune femme peut monter en toute sécurité, répond-il en souriant.

– Pas cette fois, rétorque Milo d’un ton menaçant.

– Je peux le faire toute seule, je râle avant de m’adresser au cheval. Je vais te monter, maintenant, d’accord ? Sois gentil avec moi et je te donnerai une pomme en cachette, plus tard.

L’étalon hennit et fait quelques pas pour se placer devant moi.

– Tu vois ? Il m’adore.

– Il y a beaucoup à adorer, chez toi, répond Milo en penchant la tête sur le côté pour regarder mes fesses.

Je fais mine de le fusiller du regard et empoigne la selle. Je place mon pied dans l’étrier et essaie de me hisser sur la bête gigantesque, mais je me mets aussitôt à vaciller et à glisser vers l’arrière. Heureusement, Milo est là pour saisir mes hanches et me soulever sur le cheval. Ensuite, sans le moindre effort apparent, il monte à son tour sur l’étalon, comme un chevalier des temps modernes.

– Frimeur, je marmonne avant de caresser la crinière de Dezba.

Je me demande si Milo me laisserait la tresser ; ou peut-être celle de Chenoa.

– Avec toi, je saisis toutes les occasions de te séduire, marmonne-t-il dans mon oreille. Tu peux garder son chapeau ? demande-t-il à Dakota en le lui tendant.

– Bien sûr. Amusez-vous bien, tous les deux.

Milo claque sa langue et on avance lentement vers le chemin de terre. Lorsque nous nous sommes suffisamment éloignés de la réserve, il pousse l’étalon au trot, puis au galop. Mes cheveux volent au vent et mon corps bouge au rythme du cheval. Milo me tient par la taille, gardant les rênes dans l’autre main.

Soudain, il nous penche en avant et dit quelque chose en navajo à Dezba, qui redouble aussitôt d’efforts pour galoper à toute vitesse à travers le désert.

De toute ma vie, je ne me suis jamais sentie aussi libre.

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