Wish T2 Evie
Chapitre 5
J’entends des voitures arriver dans la rue. En tournant la tête vers l’entrée, j’aperçois la tête blonde de Camden qui sort de son 4x4, suivi de près par Milo, qui descend à son tour de son pick-up. Il est en costume, et ses cheveux que j’aime tant sont tressés en une longue natte qui descend dans son dos. Je me surprends à être jalouse de la personne qui a eu le privilège de plonger ses doigts dans ses mèches soyeuses.
– Merde ! grommelle Suda Kaye en regardant Camden. Il est sur son trente et un ! Faut que j’aille mettre une robe, s’exclame-t-elle en saisissant un ensemble noir et doré sur un portant avant de filer vers les cabines d’essayage. Addy, il va falloir que tu fasses la fermeture.
– Ça roule, Madame la Boss ! répond l’employée en passant derrière le comptoir pour encaisser les dernières clientes.
Suda Kaye glousse derrière le rideau de la cabine.
– « Madame la Boss » ! J’adore !
Je regarde Milo et Camden se serrer la main sur le trottoir, et je frissonne en observant leurs corps si virils. Cependant, les deux hommes ne pourraient pas être plus différents. Camden est grand, un corps d’athlète, des yeux verts, des cheveux blond foncé qui lui arrivent aux épaules et un costume gris qui semble fait sur-mesure. Et son combo bouc-moustache lui va à ravir.
Quant à Milo, il est comme un étalon noir. Il mesure quelques centimètres de plus et il est plus massif, avec une mâchoire angulaire et des pommettes saillantes. Sa peau mate est rasée de près, et la raie de ses cheveux descend au milieu de son crâne avant de disparaître dans sa natte épaisse. Son costume et sa chemise noirs mettent en valeur la pierre turquoise de cette cravate bolo que je lui ai souvent vue. Il porte à la taille une ceinture assortie, avec plusieurs pierres turquoise dont je ne discerne pas la forme d’où je me tiens.
Les deux hommes sont aussi beaux l’un que l’autre, mais il y a quelque chose chez Milo qui embrase mon sang, là où Camden me laisse insensible.
Comme s’il sentait mon regard, Milo tourne la tête vers moi. Il esquisse un léger sourire et me toise des pieds à la tête. Même de loin, derrière la vitrine, je peux sentir la chaleur que dégage son corps tandis qu’il étudie ma tenue.
Je me sens rougir, mais ma gêne cède vite à la panique lorsqu’il avance d’un pas déterminé et s’arrête à moins d’un mètre de moi.
– Nizhoni, tu es plus belle que la lune et les étoiles par une nuit dégagée.
Je baisse la tête et me balance légèrement pour faire tournoyer ma robe, me sentant soudain toute timide.
– Merci.
– Non, merci à toi.
Il pose sa grande main sur ma hanche et m’attire à lui en baissant la tête.
– Je vais t’embrasser, Evie. Tu es prête ?
– Non, je réponds en secouant la tête, parce que ses baisers me perturbent bien trop.
Il me fait un sourire sublime et je me mets sur la pointe des pieds, passant mes bras autour de son cou pour m’emparer de sa bouche.
Il pousse un grognement contre mes lèvres et plonge immédiatement sa langue dans ma bouche, caressant la mienne avec une ferveur qui n’a rien de timide. Je gémis et réponds à ses caresses tandis que sa main remonte dans mon dos pour empoigner mes cheveux et contrôler mes mouvements. Son autre main prend le chemin inverse, descendant sur mes fesses pour les palper et me plaquer contre lui. Je soupire contre ses lèvres, lui laissant prendre son temps, savourant les flatteries de sa bouche experte.
Il rompt le baiser pour m’embrasser sur la joue, la mâchoire, puis dans le cou. Or, c’est en sentant ses lèvres sur ma gorge que mon sang s’embrase, et je contracte mes cuisses en frissonnant de plaisir. S’il continue comme ça, je ne vais pas pouvoir maîtriser ma réaction.
Je découvre alors que je suis affamée. Suda Kaye a raison. J’ai besoin de sexe. Il n’y a que ça qui puisse expliquer la vague de chaleur intense qui me frappe chaque fois que je suis avec lui, l’excitation qui mouille automatiquement ma culotte dès qu’il me touche.
Peut-être que je devrais le laisser me prendre. Ce serait sans doute la meilleure partie de jambes en l’air de ma vie. Mais… et après ? Il ne me resterait plus que le souvenir d’une nuit de rêve. Cela dit, techniquement, c’est mieux que rien.
– Ça, c’est un bonjour en bonne et due forme, mon adinidiin, dit Milo en me serrant dans ses bras.
Pour la première fois de la journée, je me sens en sécurité et en paix.
Je frémis en l’entendant m’appeler sa lumière, et je pose ma tête contre son torse chaud. Mes pensées se chamboulent. Après la journée et la nuit que j’ai eues, je ne sais plus où donner de la tête.
Néanmoins, pour l’instant, je crois qu’il est temps de lâcher prise, de passer un bon moment avec ma sœur et son mari, et de profiter de la soirée sans me poser trop de questions.
Ma psy serait fière de moi.
– Ooooh, vous êtes trop mimi, à vous câliner, se moque Suda Kaye, sortant de la cabine vêtue d’une robe ultra-moulante et ultra-courte.
Jamais je ne porterais une jupe aussi courte, mais avec sa couleur de peau, elle est vraiment à couper le souffle.
– Ma biche, tu es canon. Diaboliquement canon, même. Ça te couvre les fesses, au moins ? ricane Camden.
– Je ne sais pas, tu veux vérifier ? demande-t-elle d’un ton faussement timide.
Elle se tourne lentement sur ses talons compensés dorés. Ma sœur ne met que rarement des escarpins, car elle dit que ça l’empêche de courir. Je ne vois pas pourquoi elle s’attend à devoir courir en talons, mais Suda Kaye a toujours été une énigme et elle se fiche de ce que pensent les gens. C’est quelque chose que j’admire autant que je déteste, puisque c’est ce qui lui a permis de m’abandonner il y a dix ans.
Camden saisit ma sœur par la taille et plaque ses fesses contre lui avant de se baisser pour l’embrasser sur le cou et la mâchoire.
– Tu es à croquer, lui dit-il. On ferait mieux de partir tout de suite, sinon je ne pourrais pas m’empêcher de te traîner dans le studio à l’étage, annonce-t-il en me faisant un clin d’œil.
Je me couvre la bouche, à la fois choquée et amusée.
– Ah, j’ai oublié de te dire qu’on dînait avec Milo et Evie. Ça ne te dérange pas ? demande ma sœur en se tournant vers lui.
– Bien sûr que non. J’adore passer du temps avec notre Sunshine, répond-il en souriant avant d’embrasser sa femme sur la bouche.
– Apparemment, mon Evie fait briller son adinidiin sur d’autres que moi. Hmmm, Sunshine, répète Milo d’un ton que j’ai du mal à analyser.
Je ne sais si c’est un compliment ou de la jalousie. Peut-être un peu des deux. En tout cas, je l’espère.
Mon estomac émet soudain un horrible gargouillis et je le couvre avec ma main, morte de honte.
– Tu as mangé quelque chose depuis le petit déj ? demande Milo d’un ton ferme.
– Euh…
– Non, apparemment. Alors viens. On y va. Camden ?
– J’appelle le restau pour leur dire qu’on sera quatre. Tu n’as qu’à me suivre. À moins que vous vouliez qu’on prenne une seule voiture ? demande Camden sans conviction.
– Non, répond Milo en me prenant par la taille. Mais merci.
– Allons-y alors. Ma biche, ton carrosse t’attend.
– Bye, Addy ! Et merci ! crie Suda Kaye par-dessus son épaule.
Je me tourne vers la caisse pour saluer la jeune fille, qui court soudain vers nous.
– Attendez ! Il faut immortaliser ce genre de moment ! dit-elle en nous rejoignant dans la rue, son téléphone dans la main. Allez, rapprochez-vous.
– Bonne idée ! dit Suda Kaye en prenant son mari par la taille.
Je me mets à ses côtés et me tourne vers Milo avant de me figer, ne sachant pas quoi faire.
– Qu’est-ce qu’on fait ? marmonne Milo en me serrant contre lui, m’ôtant la décision des mains.
– Ça prendra quelques secondes. Et souris, je préviens, alors qu’Addy se prépare.
– Ça va être top pour le site, avec vos robes et vos chaussures, dit la jeune fille avant de se concentrer. Ok, maintenant on prend une photo marrante !
Je lève la tête vers Milo, qui fronce les sourcils.
– Elle veut qu’on soit drôles, je lui dis.
– Non ! rétorque-t-il.
Je soupire et regarde Suda Kaye passer derrière Camden pour lui sauter sur le dos. Heureusement qu’on est devant le 4x4, sinon elle montrerait ses fesses à toute la rue.
Milo regarde le couple d’un air envieux et me surprend en se baissant pour passer une main sous mes genoux et l’autre dans mon dos. Il me soulève brusquement et mes jambes s’envolent, me faisant éclater de rire.
Je lève la tête vers lui et découvre qu’il sourit jusqu’aux oreilles. Un sourire resplendissant. Bon sang, il devrait faire ça plus souvent.
– Yes ! s’écrie Addy. Trop cool !
Ça fait une éternité que je ne me suis pas sentie aussi libre et détendue. Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois que j’ai ri avec ma sœur et avec un nouveau petit ami. Si c’est ce qu’est Milo…
Je me force à mettre mes doutes de côté et me réprimande de les avoir eus. Ce soir, il est question de s’amuser, et je m’interdis de me prendre la tête.
– Merci, Addy. Tu pourras me les envoyer ? Je te les transférerai, sœurette, dit Suda Kaye.
– Merci, ma belle.
J’ai hâte de voir une photo de moi et de mon mec, ça doit faire des mois que je n’ai pas été aussi excitée. Je lève la tête vers Milo et découvre son regard rivé sur ma bouche.
– J’adore te voir sourire, Evie. C’est pour ça que je t’ai toujours trouvée sublime. Même quand tu étais petite, ton sourire était hypnotisant. Un sourire comme le tien peut changer le monde. En tout cas, le mien est déjà chamboulé.
Ma gorge se noue devant la sincérité de sa déclaration.
Je cherche encore quoi lui répondre lorsqu’il m’embrasse tendrement sur la bouche.
– Allez viens, dit-il. Ma femme a faim.
– Ta femme ?
Il ricane et je regrette de ne pas pouvoir l’embrasser pour lui ôter son air narquois.
– Oui.
– On a encore beaucoup de choses à décider, pourtant !
Je trouve important de garder les pieds sur terre pour ne pas oublier la nature complexe de notre relation.
– Pas à ce sujet, non. Tu es à moi, Evie Ross. Et je prendrai le temps qu’il faudra pour te le prouver.
Il ouvre la portière de son pick-up et m’aide à y grimper.
– Voilà qui promet d’être intéressant… je marmonne.
Il fait soudain un pas vers moi, me bloquant dans l’embrasure de la portière, et il place son visage à quelques centimètres du mien avant de poser sa main sur ma joue.
– Rien ne m’empêchera de te faire mienne. Rien ne m’arrêtera ; aucune montagne ne sera trop haute ni trop raide, aucune distance ne sera trop grande. L’âge et les circonstances nous ont empêchés d’être ensemble lorsque nous étions plus jeunes. Mais je ne laisserai plus rien me priver de mon destin. Et mon destin, Nizhoni, mon Evie, c’est toi.
– À boire, et vite ! s’exclame Suda Kaye lorsque la serveuse nous installe à notre table.
– À manger, plutôt, dit Milo. Evie a besoin de manger tout de suite.
Je suis installée au fond de la banquette, contre le mur, et Milo s’assoit à côté de moi, ne perdant pas de temps pour passer un bras autour mes épaules.
– Je vais bien, je peux attendre pour commander, je réponds. Mais je veux bien un Cosmopolitan.
Milo attend que Suda Kaye et Camden aient commandé pour s’adresser à la serveuse.
– Un whiskey, pur. Et on aimerait aussi grignoter quelque chose ; je vous laisse choisir.
– Oooh, j’adore la nourriture surprise ! dit Suda Kaye en gigotant sur place, tout excitée.
– Tu aimes les surprises tout court, ma biche, ricane Camden.
– C’est vrai, admet-elle en haussant les épaules.
Je regarde le menu avant de choisir un filet de poulet grillé, sans purée, avec un supplément de légumes. Camden commande un plat de pâtes, et Suda Kaye et lui envisagent de partager leurs plats. Bien évidemment, Camden concède à ma sœur tout ce qu’elle veut.
– Ma nana aime avoir le choix, dit-il en souriant.
Milo commande la même chose que moi, mais choisit comme accompagnement une pomme de terre au four.
– Qu’est-ce qui a fait disparaître ta joie ? me demande-t-il lorsque je fronce les sourcils.
– Ben maintenant, je regrette de ne pas avoir pris la pomme au four, moi aussi.
Il se penche pour m’embrasser sur la tempe.
– Ce qui est à moi et à toi, Evie. Je partagerai.
– Oh, c’est trop mignon. N’est-ce pas que c’est troooop mignon, Evie ? s’exclame ma sœur.
Je soupire en la fusillant du regard.
– Oui, Suda Kaye, Milo est très gentil de bien vouloir partager.
– Milo, dis-moi, comment se porte le milieu de la finance ? demande Camden.
Les deux hommes se mettent alors à parler travail et, si j’aurais bien des choses à dire étant donné que c’est aussi mon domaine, je suis contente qu’ils apprennent à se connaître. Je ne les écoute que d’une oreille lorsque j’entends Milo prononcer mon nom. Je tourne la tête vers lui :
– Qu’est-ce que tu as dit ? Je n’ai pas entendu.
– J’expliquais à Camden mon idée de fusionner avec toi. De ne former qu’une seule entité qui sera incontournable pour les membres de nos tribus.
– Mais mes clients ne sont pas amérindiens, je réponds. Enfin, peut-être que certains le sont, mais ce n’est pas le genre d’information que je retiens.
– Je sais, mais moi oui. Tous les miens le sont. Et je suis désormais en mesure de faire croître mon entreprise, mais il me faut plus de poids. Je dois prouver que je peux agrandir ma clientèle, notamment en matière d’entreprises. C’est là que tu interviens.
– C’est-à-dire ?
– Ton portefeuille de clients compte surtout des entreprises, n’est-ce pas ? demande-t-il.
– Oui, mes comptes professionnels ont presque triplé en six mois, en effet.
Il sourit jusqu’aux oreilles, saisit ma main et la porte à sa bouche.
– C’est pour ça que j’ai besoin de ton expertise et que je propose qu’on fusionne.
Suda Kaye pousse un petit cri de surprise.
– Une fusion ? Alors, les fruits du travail de ma sœur seraient à toi aussi ? demande-t-elle d’un ton suspicieux.
– Oui. Et tout ce que j’ai construit serait à elle. Ensemble, notre croissance serait astronomique. J’ai déjà rédigé un business plan. C’est en partie pour ça que j’ai besoin de toi, Evie.
– Attends une seconde, répond ma sœur d’un ton inquiet. Tu es là pour charmer ma sœur parce que tu veux faire affaire avec elle ou parce que tu veux être son mec ? demande-t-elle en l’étudiant de près.
Camden intervient :
– Ma biche, ce que veut Milo ne te regarde pas. C’est entre Evie et lui.
– N’importe quoi ! C’est ma sœur. On se soutient l’une l’autre. Maintenant réponds, Milo. Qu’est-ce que tu veux, précisément ?
– Suda Kaye ! je gronde d’un ton menaçant alors que Milo me prend par la taille et me ramène contre lui.
– Suda Kaye, j’ai la ferme intention d’avoir une relation intime et privée avec Evie, dit-il en m’embrassant sur l’épaule. Néanmoins, ce n’est pas la seule relation que je désire.
Elle fronce les sourcils et le regarde d’un air méfiant.
– Tu es sûr que la relation intime ne dépend pas de la relation professionnelle ? Il est hors de question que tu te serves de ma sœur. Elle a suffisamment souffert dans sa vie.
– Je suis d’accord, et je n’ai pas l’intention de la blesser, bien au contraire. Je veux lui offrir une vie merveilleuse : amour, travail, mariage, enfants, et tout le reste.
Suda Kaye et moi nous redressons toutes les deux pour dévisager Milo d’un air stupéfait.
– Je n’en reviens pas que tu dises ça, je siffle.
– Pourquoi ? Mes intentions ont pourtant été très claires, ces derniers jours.
– Mais je… tu…
Je secoue la tête, horrifiée par ce qu’il vient de dire. L’amour, le mariage, les enfants… !
– Evie, tu fais partie de ma vie et ça ne changera jamais. Bientôt, tu seras toute ma vie, et moi la tienne.
– Mon Dieu, chuchote Suda Kaye en joignant ses mains en signe de prière. Je suis désolée d’avoir douté de toi. Je ne savais pas que tu étais aussi sérieux, dit-elle, folle de joie.
– Ce n’est rien, répond Milo en souriant. J’ai conscience que tout ça est très soudain…
– Soudain ? je gronde. Tu avances à la vitesse de la lumière ! On s’est embrassés une poignée de fois, et maintenant tu parles enfants et mariage !
Soudain, mon cœur s’emballe et je peine à respirer.
– Respire, Evie. Evie, inspire… et expire… dit Camden. Merde, j’ai déjà vu ça. Elle fait une crise d’angoisse.
Et là, les souvenirs des va-et-vient incessants de ma mère me reviennent et j’en ai les larmes aux yeux. Ils sont accompagnés d’images de Milo m’offrant tout ce dont je rêve pour me le retirer en me quittant. Je secoue la tête, inlassablement, et une bouffée de chaleur me saisit, comme si j’étais restée assise trop longtemps devant une cheminée. J’ouvre la bouche, mais je ne peux pas respirer, ma vue se trouble.
Suda Kaye pousse mon verre vers moi, mais je n’ai pas assez d’énergie pour le saisir.
– Evie, chuchote Milo en prenant mon visage pour me regarder de ses yeux inquiets. Respire avec moi, Evie.
Je fais ce qu’il dit, mais c’est trop rapide. J’inspire, j’expire. Son beau visage devient flou… et je perds connaissance.
Environ une minute plus tard, je cligne des yeux et sens un tissu mouillé sur mon front et dans ma nuque.
– Elle revient à elle, dit Suda Kaye d’une voix qui me semble lointaine.
– Qu’est-ce qui s’est passé, je demande en enlevant le gant mouillé de ma nuque pour le poser sur la table.
– Tu t’es évanouie, Nizhoni, répond Milo en remplaçant le gant sur mon front par un tendre baiser. Je ferai plus attention, à l’avenir, ajoute-t-il.
– Est-ce que ça va ? demande ma sœur en me tendant la main.
Je la serre dans la mienne tandis que les sons et les lumières du restaurant reprennent leur aspect normal. Je regarde le beau visage de ma sœur dont les yeux se remplissent de larmes.
– Je suis désolée. Je n’aurais pas dû harceler Milo. Si je n’avais pas insisté, tu n’aurais pas paniqué. Mon Dieu, est-ce que ça va ?
– Oui, ça va. C’est juste… je ne sais pas ce qui s’est passé. Ça ne m’est jamais arrivé. J’ai… je me suis évanouie ? je dis en tournant la tête vers Milo. Peut-être que c’est parce que j’ai bu de l’alcool avant de manger…
– J’ai été trop insistant, trop pressé. Je suis désolé, Evie. Sincèrement.
Il pose de nouveau sa main sur ma joue et me regarde dans les yeux, révélant toute son inquiétude et sa peine. Je pose ma main sur la sienne et frotte ma joue contre sa paume chaude.
– Je vais bien. Promis. Juste… je vais manger et boire de l’eau.
– Ouf, vous allez bien, dit la serveuse en posant un verre d’eau devant moi. J’avais peur de devoir appeler les pompiers.
– On s’en va, dit Milo en se levant.
Je tire sur sa main en regardant autour de moi, espérant que personne ne nous regarde.
– Non, je veux rester. Profiter du dîner. Mais allons-y doucement, tu veux ? je dis en le forçant à se rasseoir. Vous pourriez peut-être m’apporter du pain ? Je pense que j’ai fait une hypoglycémie ou quelque chose du genre, j’ajoute à l’intention de la serveuse.
– Oui, bien sûr ! Tout de suite ! s’exclame-t-elle en courant vers un buffet pour en rapporter une corbeille de pain. Je vais chercher vos hors-d’œuvre, vos plats vont arriver.
– Merci.
– Tu devrais rentrer. Peut-être même aller à l’hôpital, propose Milo.
– Mais non, je vais bien, je promets avant de mordre dans un morceau de pain et de réaliser combien j’ai faim. Tu vois ? Je me sens déjà mieux.
Milo éloigne mon Cosmo et m’approche le verre d’eau, Suda Kaye ne perd pas de temps pour saisir mon cocktail et le vider d’un trait.
– Tu m’as fichu une sacrée trouille ! dit-elle en reposant le verre vide.
– Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je me sens déjà mieux. Je veux juste profiter de la soirée. Camden, parle-moi de ta famille ; tout le monde va bien ? Kaye me dit que tu bosses comme un fou, tu travailles sur quoi en ce moment ?
Camden accepte volontiers de servir de diversion, nous parlant de son travail avant de nous raconter les aventures de ses trois frères. CJ, le plus âgé, est gaga d’une photographe depuis qu’il a vu son travail à l’inauguration de la boutique de Suda Kaye. Porter travaille comme un acharné, mais ça, je le savais déjà, et Preston est sous le viseur d’une auditrice qui travaille pour le gouvernement et qui épluche ses comptes sur les cinq dernières années. Apparemment, Camden pense que Preston a le béguin pour elle.
– Un coach sportif et une auditrice financière ? Pourquoi pas, je réponds lorsque mon beau-frère a fini de parler.
– Et c’est un mec tellement bien ! Il mérite d’être avec une nana futée qui va le tenir en alerte ! ajoute Suda Kaye en souriant.
Heureusement, mon optimiste de sœur a déjà oublié mon petit passage à vide. Après tout, elle a toujours eu le don de rendre une situation désagréable parfaitement supportable. Ça fait partie de ses super-pouvoirs.
Milo tend sa carte bleue à la serveuse.
– C’est mort, mec. On partage au minimum la note en deux, dit Camden.
– Et si on disait que le prochain repas est pour toi ? D’ailleurs, j’aimerais faire ça rapidement. La famille compte beaucoup pour Evie. J’aimerais qu’on se voie régulièrement, tous les trois.
Suda Kaye semble sur le point de défaillir tant elle est heureuse, s’agrippant au bras de Camden pour appuyer sa joue contre son épaule.
– Je t’aime, Milo, roucoule-t-elle.
– Tu ne sais pas ce que tu viens de faire, mec, répond Camden en riant.
Milo ricane, paie la note et prend ma main.
Je les observe en silence, ne sachant comment réagir. C’est comme si tout ce que j’ai toujours désiré était devant moi, à ma portée, attendant que je m’en empare, sauf que c’est couvert d’épines et de serpents. J’ai trop peur de saisir ce que je veux. En tout cas, pour l’instant. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que je ne sais pas si j’y serai prête un jour. Je n’arrive pas à croire qu’une fois que tout ça sera entre mes mains, ça le sera pour toujours. Car, d’expérience, rien n’est aussi simple. Surtout lorsqu’il s’agit d’amour et de confiance. Comment suis-je censée accepter que tout soit en train d’arriver, tout en sachant que tout peut aussi facilement disparaître, du jour au lendemain ?
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