Wish T2 Evie

Audrey Carlan · Chapitre 19 sur 24

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Wish T2 Evie

Chapitre 17

 

 

– Monsieur Fink est prêt à vous recevoir, dit la petite femme rondelette aux cheveux gris en désignant la porte derrière elle.

Nous nous levons tous les quatre et je suis Suda Kaye et Camden dans le bureau. La main de Milo ne quitte pas le creux de mes reins, un geste réconfortant et prévenant que j’adore, même si je n’admettrai jamais que j’en ai besoin.

Alistair Fink est très grand et affreusement maigre. Ses cheveux châtain clair sont très fins et une moustache entoure sa bouche ronde. Il a des lunettes à verre si épais que j’en vois l’effet loupe quand il tourne la tête.

– Installez-vous, je vous en prie, dit-il en marchant vers la table de réunion, où nous nous asseyons deux par deux, une fois que nos hommes ont reculé nos chaises.

Je souris discrètement à Suda Kaye pour lui signifier notre chance d’avoir choisi des hommes aussi galants. Elle me retourne le sourire, ainsi qu’un petit clin d’œil.

Il est à peine assis que Milo pose sa main sur ma cuisse. Je la recouvre, puis entrelace nos doigts, plaquant sa paume sur ma jambe, imaginant qu’il est l’ancre qui m’empêche de m’enfuir de cette réunion funeste et de faire comme si tout ça n’était qu’un vilain cauchemar, que mon père est encore vivant, occupé à sauver le monde.

L’avocat s’assoit en bout de table et pose un dossier devant lui.

– Nous sommes réunis aujourd’hui pour parler des dernières volontés et du testament d’Adam Hunter Ross.

J’inspire brusquement en entendant le nom de mon père, et Milo exerce une pression sur ma cuisse. Je tourne la tête vers lui et découvre que son attention est rivée sur moi, exprimant tout son amour et son soutien par un simple regard.

Je suis là. Tu n’es pas seule. Tu ne seras plus jamais seule de ta vie.

– Je t’aime, j’articule en silence, et des papillons s’envolent dans mon ventre lorsqu’il me sourit.

– Tout d’abord, Monsieur Ross ne voulait ni obsèques officielles ni faire-part de décès. Il a demandé à être incinéré et à ce que ses cendres soient confiées à un certain Tahsuda Tahsuda afin qu’elles soient enterrées au lieu de repos de Madame Catori Tahsuda-Ross. Monsieur Tahsuda a accepté cette demande à condition que les enfants de Monsieur Ross n’y voient pas d’objection.

Je couvre ma bouche de ma main en retenant mon souffle.

– Il veut être enterré avec maman, je chuchote, les larmes aux yeux.

Je ravale néanmoins mes émotions, faisant un effort surhumain pour rester calme.

– Je n’y vois pas d’objection, je murmure.

– Moi non plus, ajoute Suda Kaye en appuyant sa joue sur l’épaule de son mari.

Camden rapproche sa chaise et passe son bras dans son dos.

– Quatre personnes sont mentionnées dans ce document. Deux sont ici présentes, une n’a pas pu être jointe et l’autre est Tahsuda Tahsuda qui a choisi de ne pas venir.

Je trouve toujours amusant d’entendre quelqu’un prononcer le nom complet de mon grand-père, comme s’il y avait une erreur. Quand Tahsuda était jeune, afin d’obtenir un certificat de naissance, les Indiens d’Amérique ont dû fournir un prénom ainsi qu’un nom. Or mon grand-père n’a toujours eu que Tahsuda comme nom, ce qui était fréquent chez les Amérindiens. Le gouvernement leur a proposé de choisir un nom de colon, comme Jones ou Smith, mais mon grand-père n’a rien voulu entendre. Au lieu de choisir un nom pour lequel il ne ressentait aucune appartenance, il a donné son propre nom deux fois.

– Qui est l’autre personne ? je demande.

Monsieur Fink parcourt son document des yeux.

– Une certaine Isabeau Collins.

– C’est qui ? demande Suda Kaye en grimaçant.

– Je n’ai jamais entendu ce nom. Est-ce qu’il en dit davantage ? je réponds alors que ma sœur parle en même temps que moi.

– Il lui lègue quoi ? demande-t-elle.

– Kaye… je gronde. Ça ne nous regarde pas, je déclare, même si je meurs d’envie de le savoir.

– Rien de tout ça n’est confidentiel étant donné que ce n’est qu’une lecture de ses dernières volontés. Il stipule seulement qu’il lui laisse trente-trois pourcents de sa fortune.

– Trente-trois pourcents ? je demande, surprise.

S’il lui laisse une telle part, elle devait beaucoup compter pour lui. Mais dans ce cas, pourquoi on n’a jamais entendu parler d’elle ?

– Oui, acquiesce l’avocat. Et vous et Suda Kaye recevez chacune trente-trois virgule cinq pourcents.

Ça, je le comprends. Je ne suis pas surprise que mon père nous laisse la même part, mais pourquoi laisserait-il un tiers égal à cette Isabeau ? Qui est-elle ?

– A-t-il laissé un numéro ou une adresse pour cette Mademoiselle Collins ?

– Je vais vous les transmettre à toutes les deux, répond l’avocat en hochant la tête. Si vous entrez en contact avec elle, je fixerai un rendez-vous avec elle pour parler de son héritage.

Son héritage. Légué par mon père. Une femme que l’on ne connaît pas, qu’on n’a jamais rencontrée et dont on ne connaît pas le lien avec mon père.

– Elle vit où ?

– À Chicago, dans l’Illinois, mais le numéro que votre père a indiqué n’existe plus. J’ai donc fait appel à un service de localisation de personnes pour obtenir de plus amples informations afin de la contacter. Je vous tiendrai au courant lorsque j’en saurai davantage.

– Merci, je murmure.

Un millier de questions se bousculent dans ma tête sur l’identité de cette femme. Elle pourrait être une vieille amie, ou la femme d’un de ses frères d’armes, ou encore une lointaine parente.

– Tu penses qu’il trompait maman ? demande Suda Kaye, verbalisant ma plus grosse crainte.

– Je ne sais pas, je réponds en serrant fort la main de Milo. Et on ne saura rien tant qu’on ne l’aura pas retrouvée. On devrait laisser Monsieur Fink poursuivre, on en parlera plus tard.

– Ou peut-être qu’il a rencontré quelqu’un après le décès de maman ; après tout, ça fait onze ans, et ils ne se voyaient déjà pas beaucoup avant ça, poursuit-elle.

Je grince des dents et baisse la tête. C’est la dernière chose à laquelle j’ai envie de penser en ce moment.

– Poursuivons, si vous le voulez bien, dit Milo d’un ton ferme.

– Oui, eh bien, passons directement aux éléments importants. Vous aurez chacune une copie, comme ça, vous aborderez les aspects plus personnels en privé.

– Ce serait parfait. Merci, je soupire.

L’avocat passe alors en revue détaillée chacun des biens de mon père, et je découvre que je ne le connaissais finalement pas si bien que ça. Il a une maison à Chicago, dans l’Illinois, et une autre à Washington, DC. Apparemment, elles sont toutes les deux vides, mais il paie des gens pour entretenir les jardins deux fois par semaine, ainsi qu’une femme de ménage une fois par mois. Les deux lui appartiennent en totalité.

– Tu savais qu’il possédait ces maisons ? s’exclame ma sœur.

Je secoue la tête.

– La maison de Chicago a été évaluée aux environs de trois cent vingt mille dollars. Celle de Washington est située à Georgetown et vaut huit cent vingt-neuf mille dollars.

– Sérieux ? s’écrie Suda Kaye. Je ne savais pas que papa avait autant d’argent, dit-elle en secouant la tête et en se passant la main dans les cheveux.

– Je savais que l’armée le payait généreusement, mais pas à ce point, j’acquiesce.

– Ce n’est pas tout, Mesdemoiselles, interrompt Monsieur Fink. Votre père avait son propre héritage familial qui, une fois les actifs liquidés, équivaudra à un million cinq cent mille dollars. Cette somme a été divisée en quatre parts, pour Evie, Suda Kaye, Isabeau Collins et Tahsuda Tahsuda. Chaque personne recevra donc environ trois cent soixante-quinze mille dollars de la fiducie familiale Ross. Par ailleurs, les trois femmes se verront verser le solde de son compte courant, qui est actuellement de quatre-vingt mille dollars, ainsi que son épargne, équivalant à quatre cent mille dollars en actions, en obligations et en investissements divers. Et c’est sans compter les pensions de retraite de votre père.

– Attendez, qu’on soit d’accord, dit ma sœur. Vous dites qu’on va chacune recevoir quelques centaines de milliers de dollars de la fiducie Ross, dont on ne connaissait pas l’existence, un tiers du solde de ses comptes courant et épargne, soit environ un demi-million, l’argent qu’il a investi, deux maisons et un autre petit million de dollars ?

Monsieur Fink hoche la tête.

Suda Kaye se lève brusquement en agitant les bras.

– C’est dingue ! Est-ce qu’on connaissait notre père, ne serait-ce qu’un peu ?

Camden se lève à son tour et pose ses mains sur les épaules de sa femme.

– Rassieds-toi, ma biche. On en parlera plus tard.

– Tu plaisantes ! Mon père était plein aux as et on n’en savait rien ? Il avait deux maisons dans des États différents, ce qui implique qu’il y allait sans nous le dire. Et, en plus de ça, il y a une femme mystère, avec qui il était sans doute en couple à un moment de sa vie, qui ne sait même pas qu’il est mort ! Et il lui laisse un tiers du pactole ? Une femme dont ses deux filles ne savaient rien. Je suis la seule à trouver ça dingue ? Il menait une vie secrète, ou quoi ?

– Kaye, assieds-toi. Détends-toi. Je suis d’accord. Tout ça paraît complètement fou, je déclare.

– J’essaie juste de comprendre pourquoi on ne savait rien de tout ça, dit-elle, les yeux brillants, en me désignant avant de pointer son doigt sur elle-même. Comment pouvait-on ne pas savoir ?

Cam la prend par la taille et l’attire contre lui. Elle cache son visage dans ses mains et fond en larmes, sanglotant dans les bras de son mari qui lui caresse tendrement le dos en chuchotant contre ses cheveux.

C’est vraiment un mec super.

J’ai du mal à ne pas courir à elle pour m’en occuper comme je l’ai fait si souvent, mais ce n’est pas mon rôle quand son mari est là. D’ailleurs, ça me permet de me rappeler que je ne suis pas la seule à donner la priorité à Suda Kaye. Elle a Camden, à présent. Un homme qui lui est dévoué et qui veut la rendre aussi heureuse qu’elle le rend heureux.

– Monsieur Fink, est-ce que nous avons fait le tour ? Je crois qu’il est temps pour nous de partir et de digérer ce que nous avons appris aujourd’hui.

– Il y a une dernière chose, dit-il en me tendant une enveloppe blanche.

Je l’ouvre et découvre une clé en or sur laquelle est gravé le numéro 444.

– Une clé ?

Monsieur Fink écrit une adresse sur une petite carte.

– C’est un coffre qui se situe à la First National Bank, à Chicago.

– Chicago ? je répète en étudiant la petite clé dorée.

– Oui.

– La clé d’un coffre à Chicago, à trois États d’ici ?

– Apparemment, répond l’avocat en haussant les épaules.

– Que contient le coffre ? murmure Suda Kaye en essuyant son nez sur le mouchoir que lui tend Camden.

– Je ne sais pas, dit Fink. Ça ne fait pas partie des informations laissées par Monsieur Ross. Il n’a laissé que la clé et l’adresse de la banque, m’instruisant de la donner à ses filles, Evie et Suda Kaye Ross.

Je range la clé et l’adresse de la banque dans l’enveloppe tandis que Monsieur Fink nous tend à chacune un dossier avec tous les détails que nous venons d’aborder.

– Encore une fois, toutes mes condoléances, dit-il en nous souriant tristement.

Milo se lève et me tend la main.

– Merci, Monsieur Fink. Nous vous rappellerons concernant la femme mentionnée dans le testament de notre père.

– Si je trouve un numéro de téléphone ou d’autres informations, je vous contacterai également.

Le feu que Milo a allumé au bord du lac crépite et rougeoie dans la nuit. Suda Kaye est emmitouflée dans un de mes peignoirs tout doux, en pyjama et en pantoufles. Son mari se tient derrière elle sur le plaid, adossé à un rondin, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt à manches longues.

Derrière notre maison, un sentier descend vers le lac et la petite plage où Milo a construit un brasero, entouré de rondins. Lorsqu’on est rentrés, Suda Kaye a décidé qu’ils passeraient la nuit chez nous.

Milo n’a rien dit, et je n’étais pas contre. J’ai envie de garder ma sœur près de moi après ce qu’on a découvert aujourd’hui. Nous irons à la réserve ce week-end, puisque papa sera incinéré dans la semaine. Il avait tout prévu, ma sœur et moi n’avons à nous soucier d’aucun détail. C’était tout lui en fait, il s’occupait toujours de tout sans qu’on le sache.

Ce que je n’arrive pas à comprendre, en revanche, c’est ce mystère, ou ces non-dits peut-être. Il n’a jamais suggéré qu’il venait d’une famille aisée ni qu’il avait amassé lui-même beaucoup d’argent. Je ne dis pas que nous avons manqué de quoi que ce soit durant notre enfance ; Toko a confirmé qu’il envoyait de l’argent deux fois par mois, sans faute. Et il a continué à le faire une fois que nous avons déménagé à Pueblo, mais c’est là que je lui ai dit d’arrêter. Maman nous avait légué son assurance vie, ce qui m’a permis de financer mes études et de monter ma boîte, sans tout dépenser.

– Qu’est-ce qu’a dit Toko à propos des cendres de papa ? demande Suda Kaye en avalant une grosse gorgée de vin.

– Il a dit que tout était sous contrôle et qu’il nous attendait ce week-end. On s’installera chez les parents de Milo, comme ça, vous pourrez dormir chez Toko. Ça ne les dérangera pas, chéri ? je demande à mon homme, qui arrive avec deux bouteilles de vin rouge et un tote-bag.

– Má sera ravie, répond-il.

Il se penche et m’embrasse avant de s’asseoir sur le plaid à côté de moi, face au feu et à l’étendue d’eau.

Il sort alors quatre cintres de son sac ainsi qu’une paire de pinces et se met à couper et déplier les cintres en métal. Lorsqu’il a fini, il sort un énorme sac de chamallows, quatre barres de chocolat, des biscuits sablés et une pile d’assiettes et de serviettes.

– Tu es tellement gourmand ! je lance d’un ton moqueur en appuyant mon menton sur son épaule.

Il tourne la tête vers moi et je suis époustouflée de voir combien son visage semble serein à la lumière du feu. Il se rapproche de moi, m’embrasse brièvement.

– Mmm, la meilleure des gourmandises… murmure-t-il.

Je souris et reste où je suis pour le regarder enfiler les énormes chamallows sur les cintres.

– Camden, Suda Kaye, dit-il en leur proposant une brochette à chacun.

Il leur tend ensuite les sablés et deux barres de chocolat, puis il prépare ma propre brochette sucrée.

– Tu sais, la dernière fois que j’ai grillé des chamallows, c’était quand papa nous a emmenées camper à Castlewood Canyon. Tu avais quoi, douze ans ? Papa venait de rentrer et il est resté trois semaines cet été-là. On a passé toute une semaine à camper en famille. Tu te souviens quand on est partis en rando et qu’on est tombés sur cette cascade, et que maman nous a convaincues d’y nager en tee-shirt et en culotte ? demande ma sœur.

– Je me souviens surtout qu’on a eu d’horribles coups de soleil sur les jambes parce qu’on avait nagé pendant des heures. On avait mis de la crème seulement sur nos bras et nos visages, je réponds en riant. Maman a dû nous tartiner d’aloe vera, et on a passé la soirée à râler tellement on avait mal. Papa nous avait changé les idées en nous proposant de griller des chamallows.

– Ces vacances avaient été super, soupire Suda Kaye en tournant sa brochette sur le feu.

– Ouais, je crois que c’étaient les meilleures.

– Maintenant que j’y pense, on faisait plein de choses quand papa rentrait.

C’est vrai. En y repensant maintenant que je suis adulte, je me rends compte qu’on partait souvent en vacances en famille, sans doute deux fois par an, quand nos deux parents étaient à la maison en même temps. Ils faisaient tout pour que ces séjours soient mémorables.

– Tu penses quoi de cette Isabeau Collins ? demande Suda Kaye.

Milo s’installe derrière moi, ses jambes à l’extérieur des miennes, et il passe son bras sur mon ventre pour me ramener contre lui. Je m’adosse contre son torse chaud et puissant et je soupire de bonheur. Il m’embrasse sur la tempe, et je me sens toute sereine.

– Je ne sais pas. Ça pourrait être n’importe qui. Peut-être qu’on n’était pas censées la connaître. Peut-être qu’il nous en aurait parlé la prochaine fois. Honnêtement, maintenant qu’il n’est plus là pour s’expliquer, on ne comprendra peut-être jamais combien elle comptait pour lui.

– C’est mort, rétorque Suda Kaye en fronçant les sourcils. On a son adresse. On doit aller la voir !

– À Chicago ?

– Ben, on doit aussi y aller pour ouvrir son coffre-fort et découvrir ce qu’il nous y a laissé, non ?

– Tu as raison, j’admets en fronçant les sourcils.

Suda Kaye sourit jusqu’aux oreilles et lève les deux bras en l’air.

– Road trip !

– Il est hors de question que je fasse le trajet en voiture. On ira en avion.

– Ok. Faudra que je trouve une solution pour Gypsy Soul, dit ma sœur. La semaine dernière, j’ai mis une affiche annonçant que je cherchais quelqu’un pour m’aider, et j’ai déjà reçu une dizaine de candidatures.

– Est-ce qu’il y en a qui t’intéressent ?

– Ben oui, en fait. Une serveuse du pub de Porter. Elle ne peut pas travailler de nuit parce qu’elle est mère célibataire. Apparemment, en ce moment, elle ne fait que le service du midi et elle ne gagne pas assez d’argent. Comme on ferme à dix-huit heures en semaine, c’est parfait pour elle, parce que c’est sa mère qui récupère son fils à l’école. Et en bossant pour moi, elle aurait une mutuelle pour elle et son fils. Porter la recommande chaudement. Il dit qu’elle va lui manquer, mais qu’il comprend qu’elle a besoin de faire plus d’heures pour subvenir aux besoins de sa famille.

– On dirait que tu vas pouvoir venir en aide à une jeune femme qui en a besoin.

– Exactement ! Gypsy Soul a changé ma vie, et j’aime l’idée que la boutique puisse aider d’autres personnes aussi. Et puis, bien sûr, elle aura l’aide d’Addy l’après-midi.

– Tu attends quoi alors, ma biche ? Embauche-la tout de suite. Tu as besoin d’aide ; tu disais hier que tu manquais de temps pour faire rentrer de nouveaux produits et trouver de nouveaux artistes.

– En parlant d’artistes, Lina, la maman de Milo, fabrique de superbes bijoux d’inspiration navajo.

Suda Kaye hoche la tête pour désigner le ras-de-cou de Milo.

– C’est elle qui a fait ça ?

Il hoche la tête.

– Elle a aussi fait les bolos qu’il porte, ses boutons de manchette, ses bagues et plein d’autres choses. J’ai l’adresse de son site internet et elle est d’accord pour te faire un super-prix. D’ailleurs, elle les vend tellement bon marché, de toute façon, que tu pourrais faire un gros bénéfice.

– Génial ! Peut-être qu’elle pourrait me montrer son travail ce week-end ? Je paierai le prix juste, d’après ce que je verrai.

– Je suis sûre qu’elle sera ravie, je réponds en souriant.

Lina va vouloir préparer un festin pour ma sœur, si celle-ci dit qu’elle veut lui acheter des bijoux. Je vais laisser à Milo le plaisir de lui annoncer la nouvelle.

– Alors, quand est-ce qu’on va à Chicago ?

– Peut-être le week-end prochain, une semaine après qu’on aura enterré papa ? Il va falloir que je retourne au travail, tôt ou tard ; Regina et mes équipes se débrouillent sans moi, mais je n’aime pas savoir qu’ils gèrent mon travail à ma place. C’est juste dur… avec papa, et tout.

Suda Kaye se tait et son regard se perd dans les flammes tandis qu’une mélancolie pesante s’abat sur nous quatre.

– J’aimerais porter un toast, je déclare en levant mon verre, imitée par Milo, Cam et ma sœur. À nous tous. À Milo et moi, à notre maison et à la vie qu’on s’apprête à construire, à toi et Camden, à votre mariage et à votre avenir. Nous avons tous de quoi être très reconnaissants. Nous formons tous les quatre une famille. Nous aurons des enfants un jour, à qui nous enseignerons comment apprécier non seulement la beauté sur le pas de notre porte mais aussi le monde dans son ensemble.

Suda Kaye sourit jusqu’aux oreilles et Cam en fait de même en l’embrassant sur la joue.

– À Adam Ross, je poursuis. Il a beau avoir eu des secrets, c’était un patriote, un mari attentionné et un père aimant.

– À Adam Ross ! dit Suda Kaye en levant son verre.

– À la vôtre, répond Cam.

Je bois mon vin et me tourne vers Milo, qui plonge son regard dans le mien et esquisse un sourire en coin, me faisant rêver de moments coquins, de petits déj, de dîners paisibles, de baisers mouillés et de draps défaits.

Il me prend par la taille et s’empare de ma bouche dans un baiser mouillé, sensuel et fiévreux. Sa langue danse avec la mienne et je goûte au délicieux mélange de vin rouge et de chamallows. Je prends son visage dans mes mains, sentant sa barbe naissante sous mes doigts, et je verse toutes mes émotions dans ce baiser – ma tristesse d’avoir perdu mon père et ma joie d’avoir Milo pour me réconforter. La gratitude que j’éprouve de l’avoir à mes côtés, mon espoir pour notre avenir et mon amour qui grandit de jour en jour.

Je lui confie tout.

Milo l’accepte, m’embrassant d’abord avec fougue, puis tendrement, jusqu’à ce que j’en oublie que nous sommes dehors, avec ma sœur et mon beau-frère.

Milo empoigne ma nuque et recule suffisamment pour que je puisse le regarder dans les yeux.

– Je serai toujours là pour toi, Nizhoni.

Je frotte ma joue à sa paume et prononce les deux mots qu’il veut entendre.

– Je sais.

Et c’est vrai. Je sais que son soutien et son amour sont dans ma vie pour de bon. Je n’en doute plus, pas même un peu.

– Tant mieux, répond-il avant de se lever.

Il tend les mains vers moi et m’attire debout, devant lui. Il se dirige ensuite vers le barbecue, à quelques mètres de notre feu de camp. Il l’ouvre et en extrait un énorme bouquet de roses jaunes, deux douzaines au moins. Il revient vers moi en souriant et me tend le bouquet.

– Chéri, elles sont sublimes. Quelle surprise… je commence à dire lorsqu’il s’agenouille devant moi, avec le lac et le feu en toile de fond.

Il sort quelque chose de sa poche.

Une bague.

Un diamant tout simple, et resplendissant.

– Mon Dieu ! siffle Suda Kaye, derrière nous.

– Donne-moi ta main, Evie, dit Milo d’une voix douce.

Je la lui tends si vite qu’il éclate de rire. Il prend la bague, l’approche de mon annulaire.

– Evie Ross, je veux que tu sois ma femme. Que tu portes un jour mes enfants. Je veux que tu passes le restant de tes jours avec moi. Acceptes-tu d’être à moi pour toujours ?

– Oui, oui, je veux t’épouser, oui !

Mes yeux se remplissent de larmes quand il glisse la bague à mon doigt. Il se lève, me prend dans ses bras et niche son visage dans le creux de mon cou. Il embrasse ma gorge à l’endroit où bat mon pouls, puis il baisse la tête pour m’embrasser sur le cœur, par-dessus ma chemise. Il lève de nouveau la tête, prend mon visage dans ses mains et s’empare de ma bouche.

Suda Kaye et Camden sifflent et poussent des cris de joie qui résonnent dans les montagnes au-delà du lac, tandis que mon homme m’embrasse amoureusement, scellant la prochaine étape de nos vies.

C’est le plus beau baiser de ma vie, et c’est mon fiancé qui vient de me l’offrir.

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