Wish T2 Evie
Chapitre 6
Ce n’est qu’au bout d’une demi-heure, lorsqu’on ne prend pas la sortie 25 de la voie express, que je comprends qu’on ne va pas chez moi. Honnêtement, je suis trop fatiguée pour dire quoi que ce soit. Je regarde par la fenêtre, observe le paysage, qui devient de plus en plus rural, jusqu’à ce que Milo prenne la sortie pour Lake Avenue.
Je tourne alors la tête et étudie son visage de profil. Avec ses cheveux en arrière, le clair de lune illumine ses traits virils qui, au repos, sont un peu plus doux. Il semble plus paisible. Je trouve toujours Milo superbe, mais également froid et stoïque. Il impose le respect non seulement par sa taille mais aussi par sa capacité à rester calme et à être direct et franc. Il ne sourit pas, à moins que ce soit sincère. Les sourires de Milo Chavis ne sont pas à prendre à la légère, et tout le monde n’y a pas droit. Lorsqu’il me sourit, je sais qu’il m’offre son attention et son admiration. Or, ce n’est pas rien, d’être admirée par cet homme.
– On est presque arrivés, Nizhoni.
Je cligne des yeux, émergeant lentement de mes pensées pour regarder de nouveau par la fenêtre.
– Et on va où, exactement ?
– Chez moi, sur ma terre.
Soudain, je panique de nouveau.
– Euh… et pourquoi on va chez toi, plutôt que chez moi ?
Il remonte une longue allée de gravier et s’arrête devant un immense chalet.
– Tu vis ici ? je demande en admirant le chalet à deux étages, entouré d’une immense véranda.
– Oui, répond-il simplement.
Je sors de la voiture et observe les environs.
– Tu vis dans un chalet ?
Il fait le tour du pick-up, prend ma main et m’entraîne vers la porte d’entrée.
– Oui.
– Et tout ça est à toi ? C’est toi le propriétaire ? je demande, surprise.
– De cent vingts hectares, oui.
– On est dans Emerald Valley, non ?
Il hoche la tête et me fait gravir les marches.
– Il y a un lac, je dis en désignant l’endroit où la lune se reflète sur une étendue d’eau.
Un ponton avance sur le lac, une petite barque y est attachée.
– J’aime l’eau, répond-il simplement.
Il aime l’eau.
Je m’arrête lorsqu’il lâche ma main pour sortir ses clés de sa poche, et je lui tourne le dos pour avancer sur le porche.
– Tu as une montagne dans ton jardin.
– En effet.
– Comment c’est possible ? je demande en secouant la tête. C’est digne d’un conte de fées.
Sa bouche tressaute mais, plutôt que de répondre, il avance vers moi et s’arrête dans mon dos pour poser ses mains de part et d’autre des miennes sur la rambarde, appuyant son menton sur mon épaule. Il m’attire alors contre lui.
– Je sais placer mon argent. Quand le marché immobilier a chuté, il y a une dizaine d’années, j’ai vendu mes actions pour acheter cette maison.
– Waouh, c’est incroyable. Vraiment sublime, je chuchote en regardant les pins immenses qui bordent le lac, la montagne et la lune.
Je n’ai jamais vu de paysage aussi apaisant et, dans les bras chauds de cet homme, je plonge dans un calme rêveur. Ça me rappelle la réserve, la nuit.
– Presque autant que toi, répond-il en resserrant son étreinte.
– Milo, qu’est-ce que je fais ici ? je demande en soupirant et en fermant les yeux.
– Je crois que tu as toujours été censée être ici, chuchote-t-il contre ma joue avant de m’embrasser sur la tempe. Viens, je vais te faire un thé.
Un thé.
Ce type m’a emmenée jusqu’ici depuis Pueblo et, maintenant, il va me faire un thé. C’est officiel, je suis dans un monde parallèle.
Il me prend par la main, ouvre la porte et allume les lumières. Je le suis dans une large entrée qui s’ouvre sur une immense pièce à vivre, avec un salon et une cuisine ouverte. Tout mon appartement pourrait tenir dans cette pièce. Sur la droite, les placards de la cuisine semblent se fondre dans les murs en bois. Sur le mur du milieu se trouve une immense cheminée en pierres massives. Sur la gauche, un mur de baies vitrées offre une vue sublime sur le lac et la montagne. Je ne vois pas grand-chose dans la nuit, mais j’imagine que la vue est à couper le souffle. À gauche de la cuisine se dresse une grande table en bois pour douze personnes. Ce serait parfait pour un dîner de Thanksgiving en famille.
Enfin, au centre de la pièce, un grand canapé en U fait face à la cheminée. Sur le sol, il y a un immense tapis amérindien orange, noir, marron et turquoise. Sur une table basse, des magazines posés en éventail, Forbes, Native People, National Geographic et Entrepreneur, parmi d’autres. En revanche, je note qu’il n’y a pas de télévision.
Milo me laisse découvrir sa maison en silence, s’affairant dans la cuisine.
– Tu n’as pas répondu à ma question tout à l’heure. Qu’est-ce que je fais ici ? je demande en posant mes mains sur le plan de travail en granit blanc.
– Tu t’es évanouie et tu ne veux pas aller à l’hôpital. J’ai donc besoin de rester avec toi pour m’assurer que tu vas bien, répond-il en allumant le gaz pour chauffer l’eau.
– Je t’ai dit que j’allais très bien.
Sa bouche se pince, il se place en face de moi, de l’autre côté du plan de travail, et pose ses mains à plat sur la surface en granit.
– En t’amenant ici, j’en aurai la certitude.
– Milo, qu’est-ce qui se passe ? je demande d’une voix timide.
– Je prends soin de toi.
– Je n’ai besoin de personne. Ça fait longtemps que personne ne s’occupe plus de moi.
– Et j’ai la ferme intention d’y remédier, répond-il d’un air triste.
Je baisse la tête et soupire avant de chercher de nouveau son regard.
– Pourquoi maintenant ?
– Peut-être que c’est ainsi que c’est censé être ? répond-il.
– Et Kimberly ?
– Tu n’as pas à te soucier d’elle, dit-il en fronçant les sourcils.
– C’est ta femme ! je m’exclame en faisant un pas en arrière.
– Plus depuis longtemps, dit-il en secouant la tête. C’était fini bien avant que notre divorce ne soit officialisé, il y a quelques mois.
Mon cœur bat la chamade et mon ventre se noue.
– Je vous ai vus au restau…
– Elle était venue dire au revoir. C’est ce jour-là que le divorce a été acté.
Je réfléchis à sa réponse et m’efforce de sembler calme alors qu’en mon for intérieur, c’est la panique. J’ai appris cette astuce grâce aux années de déception infligées par ma mère, chaque fois qu’elle annonçait qu’elle repartait à l’aventure.
– Je suis navrée de l’apprendre, je réponds.
Cependant, je ne suis pas certaine que ce soit vrai… Il faudra que j’en parle à ma psy.
– Dans mon cœur, je ne le suis pas, moi, dit Milo d’une voix sûre. Mais dans ma tête, avec ce que je pense du divorce, je suis partagé.
– Parce que le divorce est mal vu dans notre culture. J’ai grandi en entendant qu’on se mariait pour la vie, moi aussi. C’est en partie pour ça que ma mère est restée avec mon père, même après qu’ils se sont séparés et qu’elle a couché avec le père de Suda Kaye.
Milo hoche simplement la tête.
– Vous avez été mariés combien de temps ?
– Dix longues années solitaires.
– Solitaires ? je demande en fronçant les sourcils.
– Kimberly est actrice. Elle était plus souvent en tournage qu’à la maison. Moi, je ne voulais pas de sa vie de paillettes et de glamour. Elle faisait ce qu’elle voulait, et moi je restais ici.
– Alors, c’est la distance qui a eu raison de votre couple ? je demande, curieuse de comprendre ce qui s’est passé.
Milo grimace au moment où sa bouilloire se met à siffler. Il se tourne et la retire du feu avant de la poser sur un dessous-de-plat. Je le regarde ensuite sortir deux tasses noires d’un placard et remarque que tous ses gestes semblent mesurés et calculés.
– La distance peut rendre l’amour plus fort, répond-il d’un ton mystérieux.
Je ne dis rien, me contentant de l’observer remplir une boule à thé de feuilles vertes.
– Comme avec ta sœur. Elle est partie longtemps, non ?
Je hoche la tête.
– Et est-ce que ton amour a disparu ?
– Non, j’admets. Je crois que je l’aimais encore plus parce qu’elle me manquait.
Il m’offre un sourire minuscule, comme s’il était fier de ma réponse.
– C’était pareil pour moi. Mais pas pour Kimberly.
– Comment ça ?
– Elle a invité un autre homme dans son lit. Plusieurs hommes, même.
Son dos se voûte et mes pieds réagissent aussitôt, instinctivement. Je me retrouve derrière lui, mon front contre son dos, mes mains sur ses bras.
– Je suis désolée qu’elle t’ait fait du mal.
Je glisse mes mains sur sa taille et il les saisit pour les poser sur ses pectoraux. Il prend une profonde inspiration et j’ai l’impression que ce sont mes poumons qui se gonflent. Je ferme les yeux et, par la pensée, j’essaie de lui donner toute ma force.
– Ma tendre Evie, ta présence me permet d’y voir plus clair. Je comprends pourquoi j’ai souffert, à présent. Il fallait que je souffre pour être ici. Pour t’avoir à mes côtés. Tu es la beauté que j’ai méritée, qui récompense ma souffrance.
Il se tourne et prend mon visage dans ses mains alors que mes yeux se remplissent de larmes.
– Tu ne vois pas, Evie ? Tu es ma lumière au bout d’un long tunnel sombre. Mon trésor, ma récompense, après toute cette souffrance et tous ces sacrifices.
Une larme coule sur ma joue et il se penche pour l’embrasser.
– Tu pleures pour moi, dit-il d’une voix émue. Je n’ai jamais désiré une femme comme je te désire. Tu es un désir, un besoin qui vit en moi. Une chose bien réelle qui grandit chaque jour en moi. Est-ce que tu la sens ?
Il saisit ma main et la pose sur son cœur. Je retiens mon souffle en sentant ses battements sous ma main et mes larmes coulent de plus belle. Soudain, un courant électrique parcourt ma main comme un éclair.
– Je ferai tout pour que tes larmes deviennent des larmes de joie, mon adinidiin.
Il baisse de nouveau la tête pour embrasser chacune de mes larmes avant de s’emparer tendrement de ma bouche. Mon sang s’embrase aussitôt et je deviens esclave de mon désir. Je passe mes bras autour de son cou, penche la tête sur le côté et l’embrasse avec toute ma fougue, lui offrant tout ce que j’ai.
Mon désir.
Ma peur.
Mon cœur.
Milo accepte mon offrande, il empoigne ma nuque en plongeant également sa langue dans ma bouche. De toute ma vie, je n’ai jamais rien connu d’aussi bon, d’aussi puissant, d’aussi juste.
Il me plaque contre le plan de travail et prend son temps pour goûter à ma bouche, caressant ma langue avec la sienne, mordillant ma lèvre inférieure avant de sucer la supérieure. Je miaule et soupire à chaque nouvelle exploration, ne me privant pas d’en faire de même.
Je suis persuadée qu’il va passer à la vitesse supérieure lorsqu’il rompt le baiser et recule pour me regarder de ses yeux brûlants.
– Je savais qu’on prendrait feu, dit-il en caressant ma joue du bout du doigt, comme s’il mémorisait les traits de mon visage.
– Euh… peut-être qu’on devrait aller dans un endroit plus… confortable ? je demande en me sentant rougir.
Il sourit jusqu’aux oreilles et mes genoux se mettent aussitôt à trembler.
– Pas ce soir. Mais bientôt.
– Pourquoi pas ? On est tous les deux partants…
– Non, on fera ça comme il faut. Mon dernier mariage a commencé par ce qui était censé être une romance d’un soir, répond-il, et son regard devient froid soudain, comme s’il protégeait ses sentiments. Je refuse de prendre ce risque avec toi.
– Un risque ? Qu’est-ce que tu risques ?
– Notre avenir.
Je lui fais les gros yeux, confuse. Me voilà en train de parler de sexe alors qu’il parle du futur.
– Tu ne crois pas que tu mets la charrue avant les bœufs ? je demande en caressant son torse. Et puis, le sexe permet aussi d’apprendre à se connaître…
J’avance un peu pour coller mon bassin contre le sien, sentant son érection sur mon ventre. Je lève les yeux vers lui et me mords la lèvre en glissant ma main le long de sa verge épaisse.
Il pousse un sifflement et recule, me tenant à bout de bras.
– Je ne comprends pas. Tu as envie de moi. Tu m’as dit que tu me voulais dans ton lit. Et maintenant que je suis d’accord, tu me dis non ? je demande d’une voix tremblante, essayant de reprendre le contrôle de mes émotions en m’éloignant de lui.
Je regarde autour de moi, cherchant une échappatoire, mais en deux enjambées, il est de nouveau sur moi, me coinçant contre le plan de travail.
– J’ai passé une nuit avec Kimberly. Six semaines plus tard, elle est venue me trouver. Elle m’a dit qu’elle était enceinte. J’ai fait mon devoir et je l’ai épousée. On a perdu le bébé un mois plus tard. J’avais vingt-deux ans et j’étais marié à une femme que je n’aimais pas. Engagé auprès d’une femme et dans une vie que je ne voulais pas.
– Milo…
J’imagine ce qu’il a dû ressentir, si jeune. À l’époque, je vivais seule et ne pensais qu’à mes études, alors qu’il encaissait la perte de son enfant, marié à une femme qu’il ne connaissait pas.
– Je suis désolée…
– Merci, dit-il en appuyant son front contre le mien. Tu dois comprendre et accepter ce que tu es pour moi, Evie.
Je déglutis, essayant de ravaler ma peur et mon angoisse, allant contre mon instinct rationnel.
– C’est-à-dire ?
– Une deuxième chance pour une vie heureuse.
Waouh.
– Mais tu n’en sais rien. On se connaît à peine, je réponds.
– Je te connais depuis que tu es toute petite. Le jour où ces garçons t’ont fait du mal, j’ai découvert ma lumière, brillante comme le soleil du désert. Quand je les ai dégagés et que tu m’as regardé avec tes yeux bleus pleins de larmes, je me suis perdu, tout en trouvant enfin ma place dans ce monde.
– Milo, non, je gronde en serrant ses biceps dans mes mains.
– Si. Je t’ai regardée grandir et te transformer en adolescente, puis en une belle jeune femme. J’avais toujours prévu de rentrer. De te déclarer mon amour et de te faire mienne. Ma lumière. Mon ciel. Ma beauté. À moi. Mais tout a changé le jour où Kimberly m’a dit qu’elle était enceinte. Cependant, tous les sacrifices que j’ai faits pour elle, tous ses mensonges et ses tromperies ont fait sens le jour où je suis venu chez Toko et que je t’ai vue.
Je m’en souviens très bien, moi aussi. Suda Kaye était rentrée depuis peu et je l’avais emmenée voir Toko sur la réserve. Milo était venu le voir, lui aussi, alors que ma sœur et moi prenions le café sur le porche de sa maison.
– Tu portais une robe blanche et tes cheveux dorés tombaient sur tes épaules. Il m’a suffi de te voir pour que mes genoux se mettent à trembler. Tu m’as souri, et mon cœur s’est emballé. Tes yeux reflétaient le soleil et le ciel, si bleus que j’ai été frappé comme par une vague de clarté. Tu étais là, mon Evie, devenue femme. C’est à cet instant que j’ai su que je serais prêt à tout pour te faire enfin mienne.
– Je ne sais pas quoi dire.
– Promets-moi simplement d’être avec moi et d’explorer cette chose entre nous. De nous laisser une chance.
Je ferme les yeux et respire, mais ça ne m’aide en rien car je suis aussitôt hypnotisée par son parfum de cuir et de feu de cheminée. Mes pensées se bousculent tandis que je repense à tout ce qu’il vient de dire.
– Je crois que j’ai besoin de dormir. J’ai besoin de temps pour comprendre ce qui nous arrive.
– Prends tout le temps que tu veux, répond-il en m’embrassant sur le front. Viens.
Il me prend par la main et me guide à travers sa grande maison. Nous passons plusieurs portes ouvertes avant de gravir un escalier en bois.
– La suite parentale est en haut, tout comme mon bureau, la salle de bains et une chambre d’amis. Au rez-de-chaussée, il y a trois chambres, une salle de sport et une salle de cinéma.
Je ne crois pas avoir déjà entendu Milo parler autant, et je ne comprends pas pourquoi il me décrit sa maison en détail.
– Je voulais une grande maison pour accueillir une grande famille, dit-il, répondant à la question que je n’ai pas posée.
Je dois avouer qu’à l’entendre, mon cœur bat la chamade tandis que j’imagine le bruit de petits pas dans le couloir et dans l’escalier, courant jusqu’à la chambre parentale. J’ai toujours voulu une famille, mais je n’ai jamais pensé l’avoir un jour.
Il ouvre une double porte en bois qui donne sur sa chambre. Au fond, un lit king-size est entouré de quatre poteaux en bois, surélevé par rapport au reste de la pièce. Il y a une table de chevet de chaque côté, et des velux inondent le lit du clair de lune. La pièce est assez grande pour un canapé et une seconde cheminée, et de grandes baies vitrées donnent sur l’extérieur, même si les stores sont fermés. Au-dessus de la cheminée, un énorme écran plat permet de regarder la télé depuis le lit. Les canapés ont l’air moelleux, recouverts de plaids en polaire et de coussins verts, crème, roses et noirs.
Les murs sont vierges, mais je devine que des cadres y étaient fixés. Je ne dis rien, préférant ne pas savoir. D’ailleurs, je suis tellement fatiguée que je peine à garder les yeux ouverts.
Milo me laisse pour ouvrir une porte, sur le côté, et il allume une lumière. D’où je suis, je vois que c’est un dressing. Tout ses vêtements sont rangés à gauche, et tout le côté droit est vide. Il fouille dans un tiroir et en sort un tee-shirt noir, qu’il me tend.
– Mes pantalons seront trop grands pour toi.
– Ça ira, merci. La salle de bains ? je demande en souriant.
Il ouvre une autre porte qui donne sur une salle d’eau en marbre blanc cassé, avec des éléments en fer forgé ici et là. Il y a deux velux au-dessus de la baignoire et du lavabo, et je remarque qu’encore une fois, toutes les affaires de Milo occupent à le côté gauche du meuble, le côté droit est vide. À côté de la baignoire jacuzzi se trouve une douche à l’italienne, séparée du reste de la pièce par une paroi vitrée.
– La baignoire a l’air géniale.
– Tu aimes les bains ?
– J’adore.
Il esquisse un sourire.
– C’est parfait.
– Pourquoi ?
– Parce qu’il y a largement la place pour deux, répond-il en souriant.
– Ok, eh bien, je vais me préparer pour aller au lit, je réponds d’une voix nerveuse. Tu as une brosse à dents ?
– Dans le premier tiroir à gauche. Je crois qu’il y a le numéro de mon dentiste sur l’emballage.
Je me sens rougir, gênée. Au moins, il ne fait pas partie de ces mecs qui ont un tiroir plein de produits de beauté pour toutes les femmes qu’ils ramènent chez eux.
– Merci, je marmonne en attendant qu’il referme la porte derrière lui.
Je me dépêche de me préparer, détestant devoir me laver le visage avec du savon, mais c’est mieux que rien. Cela dit, je suis ravie de trouver une crème hydratante à côté de sa mousse à raser et je me sers, supposant que ça ne le dérangera pas.
Je me déshabille et plie mes vêtements pour les poser sur le meuble du lavabo, puis j’enfile son tee-shirt, qui m’arrive juste au-dessus du genou. Je démêle mes cheveux en utilisant sa brosse et souris en remarquant la façon dont mes mèches dorées se mélangent à ses mèches noires. Ombre et lumière.
Je sors de la salle de bains en m’attendant à ce qu’il soit déjà au lit. Toutefois, je suis surprise de découvrir qu’il se prépare à dormir dans le canapé. Il est couché sur les oreillers, torse nu, ses cheveux étalés en éventail autour de lui, comme une sculpture amérindienne.
Je n’ai jamais vu de mec plus sexy – ses pecs sont carrés et les seuls poils sur son torse sont ceux de cette petite ligne qui descend sous son nombril et disparaît dans son pantalon de pyjama gris. Son torse est une œuvre d’art, je rêve de lécher ses abdos.
Je me sens timide et gênée.
– Tu es… euh… Tu n’es pas obligé de dormir là.
– Tu voudrais que je dorme où ? répond-il en allongeant son bras sur le dossier du canapé.
Je me lèche les lèvres et désigne le lit d’un mouvement de tête.
Le sourire qu’il m’offre suffit à me faire mouiller.
– Bientôt, nous partagerons le lit, Nizhoni. Quand le moment sera venu.
Je fronce les sourcils et ferme les poings en marchant vers le lit, horrifiée de me sentir comme un vilain petit canard. Je tire la couette, m’allonge et frappe les oreillers pour les aplatir avant de me laisser tomber dessus.
Milo ricane et frappe trois fois dans ses mains, éteignant toutes les lampes. La seule lumière provient désormais du clair de lune qui entre par le velux. Je regarde les étoiles à travers la vitre et suis surprise par la clarté du ciel. Si seulement il en était de même de ma relation avec Milo…
Je grince des dents et passe en revue ce que je sais. D’abord, il me dit qu’il me veut dans son lit. Ensuite, il m’emmène chez lui, mais ne veut pas coucher avec moi, même quand je m’offre à lui éhontément. Tout ça, parce qu’il veut nous offrir une vraie chance.
Qu’est-ce que ça veut dire, bon sang ?
Je comprends qu’il se protège depuis que cette garce de Kimberly l’a trompé, ce qui, d’ailleurs, est complètement dingue. Comment peut-on tromper un dieu comme Milo ? Faut vraiment être bête. Bon débarras, Kimberly !
Et pourquoi est-il resté avec une femme qu’il n’aimait pas, qui lui a menti et lui a fait autant de mal en le trompant ?
Il faut être un saint, non ?
Et voilà que je suis dans son lit, plutôt que d’être seule chez moi, parce qu’il veut s’assurer que je vais bien. Mais il ne veut pas dormir avec moi.
Je soupire bruyamment et me tourne sur le côté, ramenant mes genoux contre ma poitrine.
Tout me perturbe chez Milo. Un instant, j’ai l’impression de me noyer, et l’instant d’après il me prend dans ses bras et me sort la tête de l’eau.
Je n’ose même pas imaginer ce qui va se passer demain.
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