Wish T2 Evie

Audrey Carlan · Chapitre 4 sur 24

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Wish T2 Evie

Chapitre 2

 

 

– Mademoiselle Ross, Mademoiselle Williamson est prête à vous recevoir, dit Shelley, la secrétaire de ma psy, en me souriant tendrement.

Je lui réponds par un demi-sourire sans enthousiasme. Je ne suis absolument pas d’humeur à offrir davantage que le strict minimum. Je suis toujours furieuse de ma conversation d’hier soir avec Milo.

Depuis, il m’a laissé un message vocal et m’a envoyé un sms, ce qui m’a surprise, parce qu’il ne semble pas du genre à écrire lorsqu’il peut appeler et rentrer dans le vif du sujet. Cela dit, après avoir lu son « Appelle-moi », je ne crois pas me tromper en pensant que ce n’est pas son mode de communication habituel.

Mon téléphone sonne et je découvre un énième message de ma sœur. Le sixième depuis hier soir. Faut dire qu’elle, elle aime les sms. Pour sa défense, je dois reconnaître qu’elle a bien essayé de m’appeler hier soir et encore ce matin, mais je n’ai pas répondu. Je relis ses messages et note qu’elle semble de plus en plus agacée.

Pourquoi t’es partie en courant ?

Il s’est passé quoi avec Milo ?

T’avais l’air de pleurer. Rappelle-moi. Peu importe l’heure.

Les deux suivants sont arrivés ce matin.

Tu m’en veux ? Je t’en supplie, ne m’en veux pas.

Merde. Tu m’en veux. Rappelle-moi pour me crier dessus. J’encaisserai.

Et maintenant, celui-ci. Je soupire et me lève en lissant ma jupe crayon noire.

Sœurette, tu me fais flipper. Rappelle-moi aujourd’hui, sinon je débarque.

Que ça lui serve de leçon ! C’est elle qui m’a mise dans cette position. Sans ça, je ne me serais pas ridiculisée devant Milo. Elle savait qu’il serait là et elle a fait exprès de me le cacher. Pour moi, c’est une véritable trahison, et c’est encore pire venant de ma sœur. Suda Kaye était parfaitement consciente de ce qu’elle faisait. Finalement, je ne serais pas surprise qu’elle ait inventé la leucémie de ce petit garçon pour que je me retrouve à moitié nue devant Milo.

Je contracte ma mâchoire et entre dans le bureau de ma psy. Ce n’est que la troisième fois que je la vois, mais après ce qui s’est passé hier soir, j’avais besoin de parler.

Mademoiselle Williamson est une petite femme d’environ cinquante ans, avec un sourire resplendissant et des tresses serrées attachées en queue-de-cheval sur sa nuque.

– Bonjour, Evie, dit-elle en me tendant la main.

Je la lui serre et lui offre un sourire sincère, contrairement à celui que j’ai réservé à Shelley.

– Merci de m’avoir prise entre deux rendez-vous, je dis en m’asseyant.

Je croise sagement les jambes, les yeux rivés sur mes superbes Louboutin à bout ouvert. Elles m’ont coûté une petite fortune, même en soldes, mais elles en valaient largement la peine. Lorsque je les mets, mes jambes sont vraiment canon, et je mesure huit centimètres de plus. Quand on est une femme et qu’on travaille dans un milieu masculin, il faut prendre tous les avantages possibles. En plus, elles sont aussi sexy que classe, et c’est justement le look que j’aime.

– Je suis contente que ça ait pu marcher, répond la psy en reculant dans son fauteuil. Comment puis-je vous aider ?

Je fronce les sourcils, ne sachant par où commencer.

– À l’évidence quand vous m’avez appelée ce matin, vous aviez urgemment besoin de parler de quelque chose, donc commençons par là, dit-elle.

– J’ai passé une mauvaise soirée, hier. Je n’ai pas réussi à dormir. Ce matin, je me sentais encore plus frustrée et perdue qu’en me couchant hier.

– Que s’est-il passé pour vous mettre dans cet état ?

Je passe dix minutes à lui raconter ce que j’ai fait hier soir, pourquoi je me suis retrouvée dans cette situation et ce que Milo m’a dit.

– Vous n’aviez pas parlé d’un homme lors de nos deux premières séances, dit-elle en étudiant son bloc-notes jaune.

Je déglutis et me tiens plus droite.

– Parce que je n’ai personne dans ma vie.

– Sauf que votre sœur semble penser que si et qu’elle cherche à vous mettre dans des situations où vous serez forcée de parler à cet homme.

– Ma sœur est une romantique incurable, je réponds en levant les yeux au ciel, surtout depuis qu’elle a épousé l’homme de sa vie.

Mademoiselle Williamson me dévisage d’un air neutre, attendant quelque chose, mais je ne sais pas quoi.

– Ce n’est pas comme si elle rêvait d’amour, avant. Fallait la voir ; elle a couché avec plus de mecs que je n’ai passé d’années à l’école. Et je compte ma licence et mon master !

– Mmm-hmmm.

– Elle a voyagé pendant dix ans, me laissant seule ici, puis une lettre de maman lui a dit de rentrer. Voilà qu’elle obéit et qu’elle retombe presque aussitôt dans les bras de l’homme qu’elle a abandonné dix ans auparavant. Le pire, c’est qu’il l’aimait encore ! Il l’a aidée à ouvrir sa boutique, qui est déjà un succès, et il l’a épousée ! Et il lui parle d’avoir des enfants. Vous y croyez, vous ? Ma petite sœur, maman avant moi, je rouspète en secouant la tête. C’est dingue.

– Ah oui ?

Je la regarde en écarquillant les yeux.

– Ben oui. Suda Kaye est la personne la plus irresponsable que je connaisse. Elle est le portrait craché de notre mère. Elle n’écoute que ses propres désirs et elle se contrefiche de gâcher les projets des autres ou de leur tourner le dos.

– Ah, je vois. Donc, vous en voulez à votre sœur non pas parce qu’elle vous a obligée à voir cet homme qui vous a toujours plu mais parce qu’elle vous a abandonnée pour partir à l’aventure. Comme votre mère.

– Oui ! je m’exclame avant de réaliser ce qu’elle a dit. Enfin, non. Je lui en veux pour hier soir. Suda Kaye et moi avons tourné la page sur son absence. On a recommencé à zéro, je déclare en décroisant les jambes et en posant mes mains sur mes genoux.

– Vous avez vraiment tourné la page ?

– Bien sûr. Ma sœur est agaçante de mille façons différentes, mais il n’y a personne de plus important dans ma vie. C’est ma meilleure amie.

– Je n’en doute pas une seconde. Mais j’ai l’impression que vous lui en voulez toujours un peu de vous avoir abandonnée il y a tout ce temps.

– Ben… Ça m’a fait mal, c’est clair, j’admets en haussant les épaules.

– Mais elle vous avait demandé de l’accompagner, non ?

– Ben, oui, mais…

– Et vous avez choisi de rester ici pour aller à la fac et, comme vous l’avez dit vous-même… faire quelque chose de votre vie, dit la psy en relisant ses notes. Ce qui est le cas.

– Oui, c’est vrai. J’ai une carrière de rêve.

– Néanmoins, le fait que votre sœur ait trouvé l’amour après l’avoir quitté il y a dix ans vous dérange.

J’ouvre la bouche et la referme plusieurs fois.

– Non. Je veux qu’elle soit heureuse.

– Encore une fois, ce n’est pas la question.

– Comme je l’ai dit, ma sœur est la personne la plus importante dans ma vie. Je serais prête à mourir pour elle. Je ne veux que son bonheur, et Camden la rend si heureuse que, pour la première fois, j’ai l’impression qu’elle va se poser. Ici, dans le Colorado, près de moi.

– Et comment vous vous sentez, à cette idée ?

– Soulagée.

– Soulagée. Votre choix de mot est intéressant. Pourquoi soulagée ?

– Parce que je sais qu’elle est en sécurité et que quelqu’un s’occupe d’elle. Camden fera tout pour qu’elle soit heureuse, protégée et pour qu’elle ne cesse jamais de sourire.

– Et vous ? Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

– Euh, plein de choses.

Mademoiselle Williamson agite sa main devant elle pour m’inciter à poursuivre.

– Comme quoi ?

Je gonfle mes poumons et me creuse la cervelle.

– Le travail, pour commencer. Mon métier me rend heureuse.

– Ok, et en dehors du travail ?

– Ma sœur.

– En dehors de votre sœur ?

Je remue sur mon fauteuil et sens mon dos se couvrir de sueur.

– Je… euh… j’aime la famille de Camden. Ils m’ont parfaitement intégrée à la bande et ils m’invitent toujours aux repas de famille, qui sont super-fun.

– C’est gentil de leur part. Mais ce que je veux savoir, Evie, c’est ce que vous faites pour vous qui vous rende heureuse.

– Je me suis acheté ces chaussures la semaine dernière, je déclare en levant la jambe. Et j’ai eu une super-réduc, en plus.

Ma psy joint ses mains et les pose sur son bloc-notes en pinçant les lèvres.

– Evie, est-ce que vous avez des hobbies ?

Je me racle la gorge.

– Je n’avais pas beaucoup de temps à accorder à mes hobbies quand je construisais ma carrière et travaillais d’arrache-pied pour que mon entreprise réussisse.

– Mais c’est le cas maintenant. Vous l’avez dit vous-même. Vous avez tant de succès que votre béguin d’enfance veut travailler avec vous. Nous devons encore en parler, d’ailleurs.

– C’est inutile, je réponds. Je lui ai déjà dit non.

– Justement, pourquoi ? Si vous êtes vraiment la femme d’affaires que vous vous vantez d’être, vous devriez être curieuse d’entendre sa proposition. Mais comme cela vient de quelqu’un pour qui vous avez clairement des sentiments, vous vous êtes enfuie. Physiquement, d’ailleurs. Est-ce qu’il a cherché à vous joindre ?

– Oui.

– Et ?

– Je l’ai ignoré.

– Pourquoi ? demande-t-elle d’une voix douce.

– Parce que je ne peux pas être dans la même pièce que lui pour des raisons professionnelles, alors que la seule chose à laquelle je pense, c’est de le déshabiller ! je rétorque, désespérée de lui faire lâcher le sujet pour passer à autre chose.

La psy sourit pour la première fois.

– Enfin. Voilà enfin la vérité. Vous vous êtes enfuie parce que vous vous êtes sentie rejetée. Est-ce que c’est parce que ça ne vous est jamais arrivé d’être rejetée par un homme ?

Je la regarde avec de gros yeux, bouche bée.

– Non ! Mon Dieu, non.

– Alors, vous avez souvent été rejetée par le sexe opposé ?

– Non, parce que je ne tente jamais rien, je réponds en secouant la tête.

– Ah, je vois. Vous êtes en colère parce que vous attendiez beaucoup de Milo. Vous vouliez qu’il ressente la même chose pour vous que vous pour lui. Et lorsqu’il n’a pas eu la réaction que vous espériez, et qu’il a préféré parler du travail, vous vous êtes fermée et avez refusé de lui parler.

– Non. Enfin… euh… je…

La psy penche la tête sur le côté et rive sur moi un regard plein de tendresse.

– Evie, vous devez oublier les attentes que vous avez de Milo. Il se peut bien qu’il ne désire qu’une relation professionnelle avec vous, mais vous ne le saurez jamais si vous le fuyez et l’évitez.

Je m’affaisse dans le fauteuil, abattue.

– Vous voulez que je le voie.

– C’est à vous de décider. Est-ce que vous pensez que vous devriez le voir, vous ?

– Je suppose, oui. Après tout, c’est lui qui me court après et moi qui me cache.

Je tapote mon ongle sur mon genou en comprenant soudain que je laisse Milo avoir tout le contrôle. Eh bien, plus maintenant.

– Vous savez quoi, je vais le faire. Je vais le rappeler et fixer un rendez-vous. Comme ça, je saurai ce qu’il veut. Si je veux lui prouver que je suis bien la femme d’affaires qu’il pense, mais aussi me prouver à moi-même que je suis capable d’outrepasser le fait que Milo est mon béguin d’enfance, il n’y a qu’un seul moyen pour le faire.

Je hoche la tête, comme si la décision était prise, signée et irrévocable.

– Excellent. Maintenant, essayons de comprendre pourquoi les seules choses qui vous rendent heureuse sont votre travail, votre sœur et la famille de votre beau-frère. Qu’est-ce que vous faites pour profiter de la vie que vous vous êtes construite ?

Mes épaules se tendent soudain sous le poids de sa question, et je baisse la tête en tripotant mes doigts.

– Honnêtement, je ne sais pas. J’ai passé tant de temps à prévoir l’avenir que, maintenant qu’on y est, je ne sais pas quoi faire. J’ai l’impression de ne plus savoir qui je suis.

– Alors, essayons de le savoir. Qu’en dites-vous ? demande-t-elle d’un ton léger et joyeux.

– Oui, ce serait bien. Mais je ne sais absolument pas par où commencer.

 

Inspire… Expire…

Pendant deux minutes, je m’agrippe à mon bureau et me force à respirer, mettant de côté mon angoisse pour laisser la femme d’affaires reprendre le dessus. Une fois que j’ai maîtrisé mes nerfs, j’ouvre les yeux et saisis mon téléphone fixe pour composer le numéro que je connais par cœur depuis toujours. J’aurais pu appeler depuis mon portable, mais comme il s’agit d’un appel professionnel, je préfère me servir du fixe de mon bureau, histoire que les choses soient claires dès le début.

Son téléphone sonne une fois, deux fois, trois fois, avant qu’une grosse voix réponde : « Chavis ».

– Salut, Milo. C’est Evie.

– Attends une seconde, dit-il d’une voix rauque et ferme.

J’entends un bruit métallique en fond, ainsi qu’une musique dansante qui se fait de plus en plus lointaine.

– Désolé. Tu es toujours là, Evie ? demande-t-il un peu essoufflé.

– Euh, oui. Je suis désolée, je te dérange ?

Je jette un œil vers la pendule ; il est presque dix-huit heures.

– Non, je suis à la salle de sport. Je viens de finir.

La salle de sport.

Je visualise aussitôt Milo en short et en baskets, couvert de sueur, et une vague de chaleur parcourt mon corps.

– Ok, ben, je voulais juste t’appeler pour m’excuser de m’être enfuie hier soir. C’était loin d’être professionnel, ce qui est très inhabituel pour moi.

– Tes excuses sont acceptées, répond-il de sa voix grave qui déclenche une nuée de papillons dans mon ventre.

Je souris, même s’il ne le voit pas.

– Parfait.

– Ça n’explique pas pourquoi tu es partie, Nizhoni. Mais on en reparlera, déclare-t-il.

– Milo…

Mon cœur se met à battre la chamade et mon angoisse resurgit, faisant déguerpir ces pauvres papillons qui me chatouillaient agréablement.

– Un dîner. Ce soir. Pas d’excuses. Et n’envisage pas de t’enfuir. Je te retrouverai, Evie.

Je me force à rester calme. S’il veut parler, très bien. Je gère. Dans ma tête, la femme d’affaires me fait un check.

– Très bien. Où ?

– Tu choisis.

Je grince des dents, ce type est tellement agaçant ! C’est lui qui veut dîner et c’est moi qui dois choisir ?

Je pense aussitôt à la brasserie de Porter, le frère de Cam.

– Bryant Brews. Ça appartient à la famille de mon beau-frère. Ils ont un super-menu.

Avec Porter dans les parages, il y aura quelqu’un pour m’aider si besoin.

– Très bien. On s’y retrouve à dix-neuf heures, répond-il avant de raccrocher.

Je reste quelques secondes au téléphone, écoutant la ligne sonner, avant de reculer le combiné et de le regarder comme s’il pouvait m’expliquer la conversation la plus étrange de ma vie.

Je secoue la tête en raccrochant, puis je m’accoude sur le bureau et cache mon visage dans mes mains.

– Qu’est-ce que je viens de faire ? Un dîner, avec Milo. Mais quelle idiote ! je grommelle.

Je suis assise face à la fenêtre, le regard perdu sur la vue de Pueblo, lorsque mon portable vibre.

C’est ma sœur, qui m’appelle pour la millième fois.

– Allez, d’une pierre deux coups. Ma psy serait fière de moi. Salut, sœurette… je dis en décrochant.

– Salut sœurette ? Tu plaisantes ? Je me fais un sang d’encre pour toi, et tu sais bien que le stress ne me va pas au teint !

Je ne peux pas m’empêcher de rire.

– Mais oui, moque-toi de ta pauvre sœur qui s’inquiète en se demandant si sa sœur la déteste. Taabe, je suis désolée. Je suis vraiment désolée.

– Ah oui ? Vraiment ?

Je connais trop bien Suda Kaye.

– Je devrais l’être ? demande-t-elle d’un ton amusé.

– Ce que tu as fait n’était pas cool, mais tes intentions étaient bonnes. Juste, la prochaine fois que tu veux t’immiscer dans ma vie sentimentale, tu peux me prévenir ? Je n’aime pas les surprises, Kaye, et tu le sais.

– Je sais, et je suis désolée, vraiment. C’est juste que… je ne sais pas. Je pensais qu’il te verrait danser, toute sexy, remuant tes hanches et tes fesses, et que son cœur s’enflammerait au point qu’il n’aurait d’autre choix que de te déclarer sa flamme !

– Tu lis trop de romans d’amour, je soupire en tripotant la souris de mon ordinateur.

– Meuf, c’est surtout que je vis dans un roman ! Camden est mon chevalier en costard et en bottes de cow-boy. Bien évidemment, je veux la même chose pour ma sœur. Evie, je veux que tu sois heureuse.

– Moi aussi. J’y travaille. Promis.

– C’est vrai ?

– Je dîne avec Milo dans moins d’une heure.

La ligne devient soudain silencieuse et je me demande si on a été coupées. Mais je l’entends soudain frapper dans ses mains et pousser un cri strident.

– Waouh ! Enfin, mes prières ont été exaucées ! Je vais tout de suite appeler Toko et lui dire qu’il n’a pas besoin de réunir les anciens. C’est génial !

– Ne t’emballe pas. On se voit pour parler de sa proposition commerciale.

– On s’en fout, c’est top ! Tu vas mettre quoi ?

Je baisse les yeux sur ma tenue : une jupe crayon noire qui moule mes hanches et s’arrête juste au-dessus du genou, mes talons à bouts ouverts et un chemisier bleu roi. Je répète le tout à ma sœur.

– Nul ! Passe à la boutique, je te prépare quelque chose.

– Non ! C’est pour le boulot, pas un rencard. Maintenant, arrête de t’en mêler.

Je sais que je n’aurais rien dû lui dire mais, sincèrement, j’ai rarement quoi que ce soit d’excitant à raconter à ma sœur.

– Tu n’es pas drôle ! râle-t-elle.

– C’est pour le boulot, ne l’oublie pas.

– Ok, appelle-moi dès que tu montes dans ta voiture.

– Je ne téléphone pas au volant, c’est dangereux, je rappelle à ma sœur.

Depuis que j’ai eu un accident de voiture, étant ado, et que ma mère s’est cogné si fort la tête qu’elle a dû se faire recoudre, je ne prends plus aucun risque au volant.

– Alors, appelle-moi avec ton kit mains-libres. Mais appelle-moi.

– Tu ne vas pas lâcher l’affaire, hein ?

– Ça fait vingt-huit ans que tu me connais. J’ai déjà lâché l’affaire pour ce genre de chose ?

Je ferme les yeux et accepte ma défaite.

– Ok. Je t’appellerai.

– Super ! Au fait, ne commande rien avec des oignons ou de l’ail.

– Pourquoi ? je demande en fronçant les sourcils.

– Parce que si vous finissez par vous embrasser, mieux vaut que tu ne sentes pas l’ail !

– Tu n’écoutes vraiment rien, hein ? C’est un dîner d’affaires !

– Ouais, tu l’as dit mille fois. Mais avec Cam, on s’est remis ensemble grâce à notre relation professionnelle. Donc ça arrive. Oooh, j’espère tellement que ça va t’arriver avec Milo le Musclor amérindien ! Il est la nuit où tu es le soleil, ce serait parfait. Je te dis que c’est écrit dans les astres. Vous êtes destinés à être ensemble ! s’exclame Suda Kaye.

– Tu es folle.

– Mais tu m’aimes.

– Languis-toi de moi, je déclare, l’obligeant à clore le sujet.

– Languis-toi de moi plus encore ! crie-t-elle, folle de joie.

– Toujours. Maintenant faut que je file.

– Souviens-toi, ni ail ni oignons, et s’il te donne le signal, mets la langue !

– Doux Jésus, tu ne sais vraiment pas t’arrêter…

– Jamais ! Je t’aime. Ciao !

Elle raccroche. Je me lève de mon fauteuil, jette mon portable dans mon sac, j’attrape mon blouson en cuir et l’enfile avant de me regarder dans le grand miroir de pied. Je me trouve branchée, mais professionnelle.

– Roh, et puis, qu’est-ce qu’on s’en fout ! je grogne en donnant un peu de volume à mes cheveux. C’est pour le boulot. Certes, je vais dîner avec le seul et unique homme qui m’a toujours intéressée, mais il est hors d’atteinte. C’est pour le travail, rien de plus.

Je me force à redresser les épaules, puis je me souffle un baiser dans le reflet du miroir.

– Tu gères, ma grande, je me dis, essayant de me motiver avant de passer la porte de mon bureau.

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