Wish T2 Evie
Chapitre 10
Milo fait rentrer Dezba dans les écuries et, devant son box, il en descend d’un bond, comme un gymnaste qui fait ça tous les jours. Je me retrouve soudain à voler dans les airs, tenue par les immenses mains de Milo, avant de toucher terre en douceur.
Je dégage les mèches tombées sur mon visage et le regarde en souriant jusqu’aux oreilles.
– C’était génial ! je m’exclame, frémissant encore sous l’excitation de la chevauchée dans le désert.
Ignorant mes scrupules, je prends Milo par le cou et m’empare de ses lèvres. Il empoigne ma nuque d’une main et glisse aussitôt sa langue dans ma bouche. C’est un baiser intense, mouillé, qui me transperce jusqu’au plus profond de mon âme. Il en prend le contrôle, me serrant contre lui avant de me soulever légèrement, et je me laisse faire, répondant avec autant si ce n’est plus de fougue, oubliant mes peurs et mes angoisses, profitant simplement du moment.
Nos langues poursuivent leur danse et je me retrouve plaquée contre un mur. Milo semble être partout à la fois. Sa main descend dans mon dos pour palper mes fesses et presser son érection contre mon ventre, et j’augmente la mise en levant une jambe pour entourer sa taille et me rapprocher encore de lui, désirant davantage, souhaitant qu’il m’enveloppe et me montre combien cela pourrait être bon entre nous.
Je gémis et romps le baiser pour reprendre mon souffle, mais Milo ne se décourage pas, loin de là. Sa bouche se rue sur ma gorge, qu’il se met à sucer et mordiller, plantant ses dents dans le creux de mon épaule. Mes parties intimes sont folles de joie et frémissent de plaisir et d’impatience.
– Milo… je soupire en fermant les yeux.
Il palpe mon sein par-dessus mes vêtements et le soulève juste assez pour le lécher. Une fois encore, il y plante ses dents, assez fort pour y laisser une marque.
– Fils, dit une grosse voix, quelque part derrière nous.
Sani, le père de Milo, est là, tenant dans ses mains les rênes de Dezba.
– Je crois que… euh… tu as oublié quelque chose, dit-il avec un sourire en coin, comme s’il se retenait de rire.
Milo enlève lentement sa main de mon sein et me prend par la taille pour me ramener contre lui. Il hoche la tête en direction de son père, sans dire un mot.
– Je suis venu voir si Evie et toi aviez envie de dîner avec nous, ce soir. Lina a préparé un festin. Je crois qu’elle tient à se faire pardonner, surtout après notre discussion d’hier soir.
Je me crispe dans les bras de Milo, qui baisse la tête vers moi.
– Tu te souviens de ce que je t’ai dit ? De me confier ta peur. De me faire confiance.
Je me lèche les lèvres, sentant encore le goût de Milo après notre baiser torride.
Je suis profondément tiraillée. Bien sûr, j’ai peur d’être rejetée une nouvelle fois, mais je crains aussi qu’en voyant l’attitude de ses parents envers moi, Milo comprenne qu’il s’est trompé. Et, de mon côté, de gâcher le peu qu’on a concrétisé aujourd’hui en ne lui faisant pas confiance comme je le lui ai promis.
– Euh… je ne sais pas ce que Toko a prévu, je réponds prudemment.
– Il peut venir aussi, dit Sani.
Je grince des dents et pince la taille de Milo pour qu’il comprenne mon malaise.
– On va en parler entre nous, Azhé’é, dit-il à son père en navajo.
– Ni-má veut se faire pardonner, Yázhi, insiste Sani.
Il appelle Milo son « petit », ce que je trouve absurde car Milo n’a rien de petit.
Je cache mon visage dans le bras de Milo pour masquer mon rire, il m’observe avec un sourire en coin.
– Je comprends, Azhé’é, mais ce n’est pas facile pour Evie. Nous allons en discuter et je vous tiens au courant.
– Ni-má tient à réparer la situation. Elle n’a pas dormi de la nuit, répond son père en penchant la tête sur le côté, comme s’il en appelait à la compassion de son fils.
Néanmoins, Milo se redresse et me serre plus fort.
– C’est sa pénitence pour avoir été méchante. Si j’avais fait du mal à quelqu’un, il me faudrait du temps pour m’en remettre, même si j’avais été pardonné. Il faudra du temps à má, aussi. D’ici là, Evie et moi allons en parler. Merci d’avoir ramené Dezba.
Son père hoche la tête et vient jusqu’à nous pour donner les rênes à son fils.
– Lina me faisait oublier le reste du monde, aussi.
Ses paroles me font comprendre combien Milo ressemble à son père. Il me fait passer en premier, tout comme son père le fait avec sa mère.
Sani se dirige vers un autre box et je l’entends murmurer quelque chose, sans doute au cheval qui est à l’intérieur.
– Viens, je te ramène chez Toko, mais je reste déjeuner avec vous, déclare Milo.
Il s’occupe d’enlever la selle de Dezba, puis il le remet dans son box et vient vers moi, me prenant de nouveau par la taille.
J’ai envie de lui reprocher son ton autoritaire, mais il a pris ma défense, et maintenant que je comprends un peu mieux son père, je veux bien accepter qu’il me donne des ordres.
– Ok, j’acquiesce en frottant ma joue contre son torse.
Je récupère mon chapeau sur une table mais je ne le mets pas, j’aime trop sentir le torse chaud de Milo contre ma joue quand on marche.
– Que penses-tu de l’invitation à dîner ? demande-t-il d’un ton léger qui n’a rien d’insistant.
– Je ne sais pas, je réponds en haussant les épaules. Je n’ai pas l’habitude de me mettre volontairement dans des situations gênantes. D’un côté, j’ai envie de te rendre heureux et de faire comme si tout allait bien, mais je ne suis pas naïve ; je sais qu’une des parties en sort toujours perdante, et en général, c’est moi. J’ai fait ça toute ma vie.
– Qu’est-ce que tu as fait toute ta vie ?
– Faire comme si tout allait bien.
Il hausse le menton, j’en déduis qu’il m’encourage à m’expliquer.
– Ma mère était une baroudeuse de l’extrême. Elle a parcouru le monde, et Suda Kaye en a fait de même à sa mort. Maman était absente plus qu’elle n’était présente. Il n’y a que quand j’ai eu quatorze ans qu’elle est restée un moment ; c’est là qu’elle nous a fait déménager à Pueblo pour qu’on aille dans un collège public.
– Je savais que Catori voyageait beaucoup, oui. Je vous voyais souvent seules avec Tahsuda. J’ai longtemps supposé qu’elle partait pour le travail, jusqu’à ce que má se mette à dire des choses.
– Un boulot, tu parles, je ricane sèchement. Si seulement ! C’était mon père qui voyageait pour le travail. Il est dans l’armée ; il est haut gradé et il vit sur des bases militaires, à l’étranger.
– Et ta mère ?
– Elle était danseuse, artiste, barmaid ; elle prenait les jobs qu’elle trouvait, du moment qu’elle gagnait assez d’argent pour vivre durant ses voyages. C’était surtout une rêveuse. Elle pourchassait sans cesse un rêve qui restait hors de sa portée.
– Et quel était son rêve ?
– D’être heureuse.
Nous marchons un moment en silence, puis il s’arrête et me ramène contre lui.
– Tu crois que ta sœur et toi ne suffisiez pas à la rendre heureuse ?
– Non. Si c’était le cas, elle ne serait pas partie.
– Vous aviez besoin d’une mère.
– On se débrouillait sans. C’est Toko qui nous a élevées, jusqu’à ce qu’elle revienne et nous emmène à Pueblo.
– Pourquoi elle a fait ça ?
– Au début, elle ne nous a rien dit. Mais après une année sans voyager, et après avoir beaucoup maigri, elle ne pouvait plus nous le cacher. Elle était malade, un cancer. Alors j’ai passé les années suivantes à m’occuper d’elle et de Suda Kaye. C’est moi qui faisais à manger, qui faisais les courses, qui payais les factures avec l’argent que mon père versait sur son compte. Elle faisait ce qu’elle pouvait, mais elle n’avait plus beaucoup de forces.
– Tu t’es occupée de ta mère malade pendant cinq ans, alors qu’elle a passé les quatorze premières années de ta vie à te tourner le dos ?
J’essaie de m’éloigner pour qu’il ne voie pas combien cela me fait souffrir, mais Milo m’en empêche, prenant mon visage dans ses mains.
– Regarde-moi, Evie.
Je fronce les sourcils et lève les yeux, découvrant ses traits tirés tandis qu’il concentre toute son attention sur moi. Le monde pourrait s’écrouler autour de nous que Milo ne verrait que moi, c’est profondément émouvant.
Il caresse ma pommette avec son pouce et approche son visage du mien, de sorte que je ne vois plus que ses yeux.
– Je ne vais pas m’envoler, Evie. Je te veux dans ma vie. Et je ferai tout ce que je peux, je travaillerai comme un acharné jusqu’à ce que tu sois persuadée que c’est bien vrai.
– Pourquoi ? je demande en retenant mon souffle, essayant de réprimer les émotions qui menacent de m’engloutir.
– Parce que je sais que le bonheur que je ressentirai avec toi sera plus beau que tout ce que j’ai connu jusque-là.
– Milo…
J’appuie mon front contre le sien, ne comprenant pas comment il peut être aussi sûr de lui.
– Crois-y, Evie. Crois en nous. Reste avec moi. Profite du présent. Comprends qu’en cet instant, dans mes bras, tu es à ta place.
– J’en ai envie…
Mon Dieu, j’en ai tellement envie… Seulement, je ne sais pas si c’est raisonnable.
– C’est tout ce que j’ai besoin de savoir.
– Mais j’ai tellement de bagages, de problèmes…
J’admets à voix haute ce qu’on sait déjà. Je lutte quotidiennement contre de vilains démons. Si j’essaie de me remettre de presque trente ans de souffrance et de blessures, cela n’en est pas moins effrayant. J’ai du mal à croire qu’un homme aussi merveilleux que Milo ait envie d’être à mes côtés pour m’aider à vaincre mes démons. Pire encore, j’ai du mal à accepter que cela puisse être vrai, car la seule personne qui m’a vraiment soutenue coûte que coûte, depuis le jour de ma naissance, c’est Toko.
– On a tous des blessures qui ont du mal à guérir, dit Milo. Mais un jour, Nizhoni, ce ne seront plus que des cicatrices. Des marques qui nous rappellent d’où on vient et ce qu’on ne veut plus dans nos vies. C’est à nous d’affronter le reste. Faisons-le ensemble, tu veux ? demande-t-il en dégageant mes cheveux de mon épaule pour y laisser sa main.
Je ferme les yeux, lève la tête et me mets sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Il répond à mon baiser avec une conviction et une détermination qui ne semblent jamais lui faire défaut, puis il me libère – trop tôt à mon goût – pour me ramener chez moi. Cette fois, nous marchons main dans la main. Aucun ne tire l’autre. Nous avançons ensemble, au même rythme et dans la même direction.
Hier soir, j’ai finalement décidé de ne pas dîner avec la famille de Milo. Il a compris, mais j’ai deviné à sa façon de fermer les yeux et de hocher lourdement la tête, ainsi qu’à sa manière de serrer les poings, que ma décision ne lui plaisait pas. Il n’a pas cherché à me faire changer d’avis ni à me culpabiliser ; il a accepté mon choix, même s’il n’était pas ravi. Car c’était bien mon choix. Cela m’a prouvé que j’ai réellement le contrôle. Je trouve merveilleux de voir cet homme, dont je suis en train de tomber amoureuse, accepter une décision qui lui déplaît, et ce sans m’en vouloir. Cela m’a presque fait changer d’avis.
Presque.
Au lieu de ça, donc, j’ai passé la soirée avec Toko. Nous avons cuisiné ensemble en buvant son vin préféré, puis nous avons joué aux cartes. J’ai passé une très bonne soirée.
À présent, je suis assise devant ma pile de lettres roses, nouées par un ruban, et je me demande si j’ai fait le bon choix. Aurais-je dû sortir de ma zone de confort pour rendre un autre heureux ? Ma mère l’aurait-elle fait ? Et Suda Kaye ?
Je sais déjà que Suda Kaye serait allée chez les parents de Milo. Elle n’aurait pas laissé sa mère s’en sortir aussi facilement et elle aurait sans doute fait un scandale. Parfois, je regrette de ne pas être aussi forte et confiante qu’elle. Mais je ne suis pas ainsi, et je ne l’ai jamais été.
Chaque membre d’une famille a un rôle à jouer, le mien est d’être le gardien de la paix. Ça ne veut pas dire que je ne ressens rien et que je suis passive, seulement que je ne fais pas part de mes sentiments ou de mes opinions au reste du monde. Je ne me laisse pas non plus marcher dessus, mais je préfère tourner la page, laisser ceux qui me font du mal derrière moi. La conséquence de cette attitude est que je peux paraître froide et détachée. Hélas, dans la situation présente, si je veux réellement construire une relation solide et durable avec Milo, il va falloir que j’affronte ses parents.
Je tire sur le ruban qui lie les lettres de ma mère et sors celle que je cherche, ressentant le besoin d’avoir son avis. Je prends toujours les courriers de ma mère lorsque je voyage, même si ce n’est que pour venir chez Toko. Je ne veux jamais risquer de perdre la seule connexion physique qui me reste avec elle.
Celle-ci date de mes vingt-cinq ans.
Evie, ma Taabe,
Je parie qu’à présent, ma fille adorée est diplômée de la fac et prête à dominer le monde ! Tu as toujours écouté ta tête et tu ne reviens jamais sur une décision une fois que tu l’as prise. Ta confiance et ta détermination sont des qualités que j’ai toujours admirées. Je crois que tu les tiens de ton père.
Comme lui, tu es forte, stable et fidèle.
Depuis le jour où tu as fait tes premiers pas, ton chemin a été tout tracé devant toi. Ta tête a toujours été tournée vers l’avenir ; tu étais concentrée sur tes prochains pas. Ce n’est pas parce que je ne partage pas ce trait de caractère que je ne l’admire pas, ma chérie.
Honnêtement, j’aurais aimé être davantage comme toi, sur ce point. Peut-être qu’alors, j’aurais su me satisfaire de rester en place. Prendre des risques, faire des vagues et se battre pour ce qu’on veut dans la vie peut être une bonne chose, et j’adore ça chez toi.
Même quand j’ai su que j’avais un cancer, je ne me suis pas inquiétée pour toi. Je savais que tu pouvais prendre soin de toi-même. Cela faisait déjà longtemps que tu m’aidais et soutenais Toko et ta sœur. Mon Evie, la jeune femme la plus forte, la plus tenace et la plus empathique que je connaisse.
En dépit de ce que tu as pu penser, Taabe, tu as toujours été un phare pour moi. Une lumière qui me montrait le chemin de la maison.
Continue d’être cette lumière. Ne laisse personne la diminuer.
Je sais que l’homme que tu choisiras verra ta lumière et sera à jamais réchauffé par elle.
N’accepte rien de moins et, lorsque tu trouveras cet homme, ne le laisse pas t’échapper.
Sois meilleure que moi. Bats-toi pour ce que tu veux. Éclaire ce que tu veux de ta lumière, Taabe, et je te promets que tu n’auras jamais froid.
Avec tout l’amour que j’ai en moi,
Maman
Savoir que ma mère pensait que je suis capable de prendre soin de moi est terriblement motivant, surtout en cet instant, alors que ma vie me semble sens dessus dessous. Or, ce qu’elle dit est vrai, j’ai parfaitement su m’en sortir toute seule. J’ai obtenu les diplômes que je voulais et j’ai merveilleusement réussi en affaires.
Et à présent, à trente ans, l’homme de mes rêves me choisit. Il se bat pour moi. Quel genre de femme serais-je si je ne me battais pas aussi pour lui ?
Comme le dit ma mère, je ne dois pas abaisser mes attentes.
Si j’avais épousé Stan, c’est ce que j’aurais fait. Milo avait accepté de vivre avec une femme qu’il n’aimait pas et qui l’a constamment fait souffrir. Il est désormais libéré de cette vie et il se démène pour construire une nouvelle vie avec moi. La femme qu’il veut.
Et, bon sang, Milo est vraiment l’homme que je veux. Il l’a toujours été. Certes, il est autoritaire, mais ses intentions sont bonnes. Il ne parle que lorsque c’est nécessaire et, si cela peut être frustrant, le silence peut être agréable aussi. Ce doit être bon de pouvoir profiter du silence avec quelqu’un.
Je frissonne dans ma robe de chambre et replie la lettre de ma mère pour la ranger dans sa pile, puis je regarde le soleil se lever sur les falaises.
Une grande silhouette sombre vient vers moi, et je ne peux m’empêcher de sourire.
Milo.
Il sait que je me lève à l’aube. J’ai découvert comment il avait déniché cette information et comment il a su où j’étais. Suda Kaye.
Apparemment, quand il n’a pas eu de mes nouvelles pendant plusieurs jours et que mon bureau lui a dit que je m’étais absentée jusqu’à nouvel ordre, il a rendu visite à Suda Kaye, qui n’a eu aucun scrupule à lui dire où j’étais.
Traîtresse.
Quand va-t-elle apprendre, bon sang ?
Qui est la grande sœur dans l’histoire, au juste ?
Il va falloir que je lui en touche un mot pour qu’elle arrête de se mêler de ma vie amoureuse. J’ai l’impression que tous les jeunes mariés font ça : dès qu’ils ont la bague au doigt, ils décident que tout le monde doit être marié. Et quand on n’est pas marié, ils veulent savoir pourquoi. Si on n’est pas en couple, ils veulent vous arranger le coup.
Et ma sœur est encore plus insistante, parce qu’elle veut sincèrement mon bonheur. Peut-être plus encore que le sien. Son amour pour moi n’a pas de limites. J’apprécierais, néanmoins, qu’elle dirige son attention ailleurs.
Pendant que je pense à tout ça, Milo se rapproche, foulant le sol de ses grandes enjambées.
Il est vraiment… magnifique. Il porte un jean noir, des santiags et une chemise en lin blanc qui vole dans le vent, comme une voile. Ses cheveux en font de même et ressemblent à des rubans de soie ondulant dans la brise. Il porte un ras-de-cou dont pendent une série de perles en ivoire et de perles plus petites, turquoise et argentées. Au centre du collier, des médaillons métalliques, dont je ne parviens pas à discerner les dessins gravés dessus.
Il gravit les marches du perron et me sourit tendrement.
– Je vois que j’ai droit à une Evie ensommeillée et pensive, ce matin, dit-il en me tendant la main.
Je la prends et il m’attire, debout contre lui, avant de baisser la tête pour m’embrasser.
Son parfum de cuir et de fumée de bois me laisse penser qu’il est resté assis longtemps au coin d’un feu. Sa peau est bien plus chaude que la mienne, et je passe ma couverture sur ses épaules pour qu’elle nous enveloppe tous les deux.
Il a un goût de menthe et d’homme, comme la première fois qu’on s’est embrassés, chez moi.
Je plonge mes doigts dans ses cheveux et titille ses lèvres avec ma langue. Il pousse un grognement, empoigne mes fesses de ses deux mains et m’embrasse langoureusement. Je gémis et miaule comme un chaton qui veut sa dose de lait tout en caressant sa langue et mordillant sa lèvre, je me perds dans le baiser.
Hélas, Milo recule la tête trop tôt et appuie son front contre le mien.
– Bonjour, Adinidiin. Tu as bien dormi ?
Je souris et hoche la tête.
– Et toi ?
– Non, c’est pour ça que je suis venu.
Je fronce les sourcils et recule, mais il ne me laisse pas beaucoup m’éloigner.
– Ah ?
Milo nous guide vers le large rocking-chair et garde mes mains dans les siennes.
– Ma mère est bouleversée. Elle pense avoir gâché mes chances d’avoir une relation avec toi, et elle a peur que cela finisse par diviser toute la famille.
Je fronce encore plus les sourcils devant son inquiétude.
– Elle veut que je t’invite à prendre le petit déjeuner ce matin. Je dois repartir à Colorado Springs ce soir, car j’ai un rendez-vous important avec un client potentiel demain matin. D’ailleurs, j’espérais qu’on pourrait y aller ensemble, puisque c’est en lien avec la fusion que je te propose.
Je serre ses mains plus fort.
– Ok, ça fait beaucoup d’infos. La première, c’est que tu veux que je prenne le petit déj avec tes parents. La seconde, c’est cette fusion dont on n’a toujours pas parlé en détail.
Il porte mes mains à sa bouche et embrasse mes doigts.
– Je ne veux pas que tu viennes chez mes parents si tu ne te sens pas prête. Je suis un homme de parole. Ma mère m’a demandé de t’inviter, et c’est ce que je fais. Mais je soutiendrai ta décision, quelle qu’elle soit. Je suis convaincu que, tôt ou tard, ma famille et toi n’en formerez qu’une. Que cela prenne un jour ou un an, j’attendrai.
Je pose ma main sur sa joue, reconnaissante de voir qu’il fait passer mon bien-être avant celui de sa mère. Ça en dit long sur lui. Ça dit tout, en fait.
Je t’aime.
Les mots sont sur le bout de ma langue, mais je les retiens. Néanmoins, ce moment marque un véritable tournant. Je suis amoureuse de Milo Chavis. Je l’aime d’un véritable amour d’adulte. Ce n’est plus un béguin d’enfance. Or je sais, en le voyant me donner la priorité, que son cœur est sur le même chemin que le mien.
Bien sûr, il avait déjà été très clair sur sa volonté de m’avoir dans sa vie, dans son lit et dans son avenir. Mais là, il vient de le prouver.
Aussitôt, la décision m’apparaît simple, une décision pour lui, pour nous, et qui, je l’espère, ne se retournera pas contre moi.
– Je veux bien déjeuner avec ta famille.
– Tu es sûre ? demande-t-il en posant sa main sur ma joue.
Cet homme est merveilleux.
– Oui. Pour toi, pour nous, je veux bien.
Et, comme maman l’a dit dans sa lettre, lorsque j’ai pris une décision, je ne reviens jamais dessus.
– Evie, tu me fais plaisir et me surprends, déclare-t-il d’un air émerveillé.
Je souris jusqu’aux oreilles, ravie de le rendre heureux.
– Dans ce cas, j’ai fait mon travail. À quelle heure ?
– Huit heures. Je te laisse te préparer et je reviendrai te chercher.
– Tu sais, je peux venir toute seule. J’en ai pour dix minutes à pied.
Il passe son bras autour de mes épaules et m’attire contre lui.
– Je viens te chercher et je marcherai à tes côtés.
– Oooh, on n’a pas raté le meilleur ! je m’exclame en me blottissant contre lui, les yeux rivés sur l’horizon.
– C’est-à-dire ? demande-t-il en haussant les sourcils.
– Le moment où le soleil se détache de l’horizon et nous inonde de toute sa lumière, je réponds en souriant jusqu’aux oreilles, ravie de partager ce moment avec lui.
J’observe le tableau, mais me rends bientôt compte que c’est moi que Milo regarde.
– Chéri, tu rates le spectacle, je râle en faisant la moue.
– Non, pas du tout ! insiste-t-il.
– Mais si, je réponds en fermant les yeux sous les rayons du soleil qui réchauffent ma peau.
– Non. Voir le soleil illuminer ton visage, le matin… Nizhoni… il n’y a pas de plus beau spectacle.
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