Wish T2 Evie

Audrey Carlan · Chapitre 13 sur 24

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Wish T2 Evie

Chapitre 11

 

 

– Tu es calme, Nizhoni, dit Milo, rompant le silence pour la première fois depuis que nous sommes partis à pied chez ses parents.

Je regarde l’étendue de la réserve ensoleillée, les cavaliers qui gravissent les sentiers qui montent vers ces falaises que j’aime tant, les enfants qui courent partout, criant et riant aux éclats, comme seuls le font les enfants.

– Je me sens calme, je réponds en lui souriant.

Sa mine est neutre, mais ses yeux sont pensifs. Sur un autre que lui, cela pourrait sembler sévère, mais j’ai appris à déceler les changements subtils de son visage.

– Ça me plaît.

Je bouscule légèrement son épaule.

– Et moi, c’est toi qui me plais. Pas autant que quand tu m’embrasses, cela dit, je réponds d’un ton moqueur.

Notre session de câlins, ce matin, s’est terminée de façon abrupte lorsque Toko est sorti sur le patio et nous a fait sursauter en se raclant la gorge. Bien évidemment, mon grand-père est trop classe pour dire quoi que ce soit, mais il s’est fait comprendre en offrant une tasse de café à Milo, signe qu’il est le bienvenu chez lui.

– Ce n’est pas fair-play, Adinidiin.

Je souris et balance ma main d’avant en arrière tandis que nous approchons de la maison de ses parents. Elle ressemble à celle de Toko, sans fioritures ni prétention. Elle est simple, en accord avec le paysage, de sorte qu’elle n’ôte rien à la beauté du désert qui l’entoure. Il y a deux rocking-chairs au bout du porche sur lequel sont parsemés des dizaines de pots multicolores regorgeant de succulentes en tous genres.

– C’est ta mère qui s’en occupe ? je demande en désignant les plantes.

– Oui, elle a la main verte.

– Elles sont superbes.

Je m’accroupis et effleure une feuille couleur lavande, dont la pointe est fuchsia.

– Je te l’offre. En gage de paix, dit Lina, derrière moi.

Je me lève en secouant la tête et ma robe jaune vole dans la brise.

– Oh non, c’est gentil. Mais merci.

Lina est près de la porte, les mains jointes devant elle.

– Bienvenue, Evie, dit-elle en nous faisant signe d’entrer. Je suis heureuse que tu sois venue.

Je souris. Elle est vêtue d’une jupe portefeuille bleue et d’un débardeur blanc assez ample. Elle porte des sandales en cuir marron, et ses cheveux sont attachés en chignon sur sa nuque. Un collier argenté orne son cou délicat, avec un pendentif en turquoise.

– Votre collier est superbe ! je dis, car il me fait penser au bolo de Milo.

Mon compliment la fait sourire et elle pose sa main sur son cou.

– Je l’ai fait moi-même, merci.

– Waouh, vraiment ? Il est génial. Vous faites aussi les bolos que porte Milo ?

– Aoo’, Aoo, répond-elle en souriant de plus belle.

« Oui, oui », en navajo.

– Je tiens un petit stand au marché d’artisanat du coin, et Aiyana, la sœur de Milo, m’a créé un site internet. Je pourrais te le montrer !

– Ce serait super.

Lina se mord la lèvre en hochant vivement la tête.

– Venez, entrez. Le petit déjeuner sera bientôt prêt.

– Merci de m’accueillir. Je suis désolée de ne pas avoir pu venir hier soir, j’avais d’autres engagements, je déclare, pour qu’il n’y ait pas malaise entre nous.

Lina agite sa main devant elle comme si ce n’était rien, et entre dans la maison. Je m’apprête à la suivre lorsque Milo me prend par la taille et me retient.

– Tu me rends très heureux, Nizhoni, chuchote-t-il dans mon oreille. Comment donc vais-je pouvoir te récompenser ? grogne-t-il d’une voix si grave que des frissons parcourent mon corps.

Il ne fait rien pour apaiser mon excitation soudaine, l’aggravant même, lorsqu’il place un baiser mouillé sur ma gorge.

– Je suis sûre que tu trouveras un moyen… je murmure en retour.

Il fredonne contre mon cou et j’en ressens les vibrations entre mes cuisses. Il m’embrasse une dernière fois puis, posant sa main sur le creux de mes reins, il m’incite à avancer.

Lorsque nous arrivons dans la cuisine, je vois que la table est mise et que le double de Lina est assis devant un ordinateur, une tasse de café à la main.

Lina crie quelque chose à la jeune femme, en navajo, mais je ne comprends pas tout. Celle-ci lève la tête vers moi et sourit jusqu’aux oreilles. Elle est le portrait craché de sa mère mais, si elle ressemble à son frère, elle est à l’évidence bien plus moderne. Ses cheveux noirs sont coupés au carré et dégradés, et une mèche épaisse tombe en biais sur son front.

– Tu dois être Evie ! s’exclame-t-elle en se levant et en me tendant la main. Je suis la sœur de Milo, Aiyana, mais tout le monde m’appelle Yana.

– Salut, je réponds en serrant sa main.

Lina parle de nouveau en navajo, à toute vitesse.

– Má, en anglais, s’il te plaît, gronde Milo.

Sa mère rouspète et répond par un « pfft » en agitant la main.

– Aah, viens par là, me dit Yana. Elle veut que je te montre son site. J’étais justement en train d’y ajouter de nouveaux produits. Má fait tout elle-même, à la main. C’est même elle qui taille les pierres.

– Je serais ravie de voir ça, je réponds en souriant à Milo tandis que je fais le tour de la table pour rejoindre sa sœur.

Yana ouvre la page du site, qui regorge de bijoux plus spectaculaires les uns que les autres, et je me dis que leur prix est bien en deçà de ce que Lina devrait exiger.

– Tu sais, ma sœur est propriétaire de la boutique Gypsy Soul, à Pueblo. Je vais lui dire de jeter un œil au site. Mais si elle achète des bijoux, elle en augmentera le prix pour faire un bénéfice.

– Génial, répond Yana. J’ai déjà dit à má qu’elle devrait augmenter ses prix, mais elle a toujours vu ça comme un passe-temps, pas comme un travail. Son métier est de prendre soin de sa famille, d’aider sur la réserve et de s’occuper de sa maison. Je passe mon temps à lui dire… ajoute-t-elle avant de hausser le ton afin que sa mère entende, que ses bijoux pourraient leur servir à épargner pour leur retraite. Papa ne va pas pouvoir s’occuper des vaches et des chevaux de la réserve pour toujours.

– C’est une super-idée.

Les yeux noirs de Lina, identiques à ceux de Milo, se rivent sur moi.

– Tu le penses vraiment, Evie ? demande-t-elle, comme si mon opinion comptait beaucoup.

Je hoche la tête en souriant.

– Vous avez beaucoup de talent.

– Et elle a un stock énorme avec tout ce qu’elle a fait au fil des années. J’augmente tout de suite les prix ! Mais, bien sûr, on proposera un bon tarif à ta sœur. J’adorerais voir les bijoux de maman en vente dans une vraie boutique.

Yana gigote sur sa chaise, tout excitée, elle me fait penser à ma propre sœur. Comme elle, Suda Kaye est une boule d’énergie, elle s’entendrait à merveille avec Yana.

Milo passe en cuisine pour se servir un café, puis il lève sa tasse vers moi pour m’en proposer une.

– J’en ai déjà bu un, merci. Mais je veux bien un verre d’eau.

Il me sert un verre en évitant soigneusement sa mère, comme une chorégraphie répétée de nombreuses fois au fil des années. Je n’ai pas vraiment connu ça, puisque j’étais seule en cuisine quand je m’occupais de Suda Kaye et de maman, à Pueblo, mais c’était un peu comme ça avec Toko. Cela dit, il nous demandait surtout de sortir, sauf quand il voulait nous apprendre à cuisiner. J’ai toujours pensé que c’était parce qu’il cachait des légumes dans ses plats pour que les deux fillettes à sa charge aient leur apport quotidien de vitamines.

Sani entre depuis le hall et me regarde en souriant.

– Bonjour, Evie. Ça me fait plaisir de te voir, ce matin.

– Moi aussi, Sani. Vous êtes montés à cheval hier ?

– Oui, j’ai sorti quelques chevaux, mais un coup de main ne serait pas de refus, si toi, Milo et Aiyana voulez venir aujourd’hui.

– Evie monte avec moi tant qu’elle n’est pas à l’aise toute seule.

Sani hoche la tête sans en demander davantage, puis il passe en cuisine et prend sa femme par la taille, par-derrière, comme Milo l’a fait avec moi il n’y a pas dix minutes. Il embrasse Lina sur l’épaule puis sur le cou, et elle penche la tête sur le côté en soupirant joyeusement.

– Ça a l’air bon, shi’áád, murmure-t-il tendrement.

Shi’áád, « femme » en navajo.

– Prépare-toi, il est l’heure de manger, répond-elle.

Elle penche la tête en arrière et il l’embrasse tendrement avant d’acquiescer et d’aller se laver les mains. Milo fait le tour de la table, sa tasse à la main, et s’assoit en bout de table, à ma droite, Yana est à ma gauche.

– Aiyana, ton ordinateur, gronde son père.

Elle referme son portable en souriant.

– Aoo’, azhé’é.

« Oui, père. »

– On parle en anglais, Yana, dit Milo en me regardant.

– Ce n’est pas grave, je réponds en haussant les épaules. Toko me parle surtout en comanche, et je connais beaucoup de navajo.

– Ah oui ? dit Lina d’un ton plein d’espoir.

Elle pose un plat de pain frit sur la table.

– Aoo’, je réponds en souriant. Toko et ma mère voulaient qu’on connaisse autant de langues amérindiennes que possible pour faire honneur à nos ancêtres. Mon arrière-grand-père était navajo, et ma grand-mère l’était à moitié. La lignée de mon grand-père est comanche. Maman parlait couramment le comanche, le navajo et l’anglais.

Lina me regarde avec des yeux brillants avant de tourner la tête vers son fils.

– C’est très bien, Yázhí, dit-elle joyeusement.

– C’est une belle surprise, mais qu’Evie ait du sang navajo ou pas ne change rien, répond Milo.

– C’est néanmoins très bon pour votre descendance, poursuit Lina comme si de rien n’était, alors qu’elle vient de dire qu’elle est contente que j’aie du sang navajo puisqu’apparemment, il est évident que je vais lui offrir des petits-enfants.

Je tends la main et serre celle de Milo aussi fort que possible. Il la couvre avec son autre main et baisse la tête en riant dans sa barbe.

– Détends-toi, Nizhoni.

Sani s’assoit à l’autre bout de la table, une tasse de café à la main. Sa femme dépose une série de plats qui me font tous saliver, des œufs, du bœuf, du pain frit, des pommes de terre aux légumes, le tout cuit dans des épices aux arômes divins. Je dévore des yeux ce sublime festin traditionnel, et mon estomac gargouille.

Yana éclate de rire, son frère en fait de même.

– Eh, je n’y peux rien ! Je meurs de faim et tout a l’air délicieux ! je rouspète en mettant une tape à Milo et un petit coup d’épaule à Yana.

– Désolée, meuf, mais sans rire, ton ventre vient de nous parler à tous, exigeant d’être nourri sur-le-champ ! s’exclame-t-elle, riant de plus belle.

Je ris à mon tour, mais mes joues s’enflamment.

– J’aime cette couleur, dit Milo en me faisant un clin d’œil et en caressant ma joue.

– Eh bien, sers-toi, Evie. Lina a préparé un festin pour t’impressionner, admet Sani.

Il saisit un plat de pommes de terre mélangées à des haricots noirs, du maïs et d’autres légumes. Lina lui frappe le torse avec le torchon posé sur son épaule.

– Tu n’es pas censé lui dire ça ! siffle-t-elle en fusillant son mari du regard.

– Mais c’est vrai, shi’áád, répond-il en se servant.

– J’essaie juste de faire bonne impression et de me faire pardonner mon comportement affreux.

– Oh non, qu’a fait maman, cette fois-ci ? demande Yana en levant la tête de son assiette.

Elle se sert un morceau de pain frit tandis que Milo pose une sorte de taco à l’œuf dans mon assiette avant de se servir également.

– Eh bien, j’ai…

Sa mère trifouille le torchon dans ses mains et me regarde brièvement.

– J’ai été impolie et méchante avec Evie. On s’est excusés et elle m’a pardonné. Enfin, je l’espère.

– Oui, bien sûr, ce n’est rien, je déclare en lui souriant pour qu’elle me croie.

– Ce n’est pas rien, dit Milo en secouant la tête. Elle a comparé Evie à Kimberly et a fait des suppositions à son propos, qui étaient toutes fausses, gronde Milo d’un ton qui ne laisse pas de doute quant au fait qu’il n’a pas encore pardonné à sa mère.

– Waouh. Personne ne devrait être comparé à cette sorcière. Elle était horrible. Elle n’a jamais aimé mon frère. Je suis surprise qu’elle n’ait pas eu de cornes comme le diable en personne. À ce propos, tu connaîtrais des sorcières ? Certaines tribus y croyaient, à l’époque. Tu connais quelqu’un ?

– Euh… non, je réponds en secouant la tête.

– Je parie que Tahsuda le sage a des contacts ! s’exclame-t-elle. Peut-être qu’on devrait aller lui parler après le petit déj. Je paierais une jolie somme pour jeter un sort à cette femme horrible.

Je ne peux me retenir de rire en imaginant Yana demander à Toko de lui filer le numéro d’un sorcier.

– Yana ! gronde Milo.

– Ne t’en fais pas, je dis en tapotant son bras, ce serait très drôle, Yana, mais Toko ne prendrait jamais part à quoi que ce soit qui pourrait blesser quelqu’un. Ça va à l’encontre de tous ses principes.

– Mince, râle-t-elle en faisant la moue. J’enquêterai de mon côté.

– Bref, Evie, parle-nous un peu de toi, dit Sani.

Je saisis le plat de pommes de terre et de haricots et en ajoute une louche à mon assiette. Le fumet de curry et de fenouil qui s’en échappe me met aussitôt l’eau à la bouche.

– Je suis conseillère en finances, comme Milo. Pour l’instant, j’ai deux bureaux : un à Colorado Springs, là où j’habite, et un à Pueblo, où vit ma sœur.

– Et tu aimes ce métier ?

– Oui, beaucoup, et je suis plutôt douée, je crois.

– Elle est modeste, azhé’é, dit Milo. Evie est une des meilleures de la région, et son entreprise est en pleine expansion. J’espère pouvoir fusionner avec elle, un jour, pour conquérir les plaines, explique-t-il en me souriant tendrement.

– C’est intéressant. Et ta famille ?

– Eh bien, mon père est en Europe. Il est haut gradé dans l’armée. Maman est décédée, mais j’imagine que vous le savez déjà, je dis alors que Milo pose une main sur mon épaule et que son père hoche la tête. Ma sœur est mariée et vit à Pueblo, et vous connaissez Toko. C’est tout, en fait.

– Une petite famille.

– Oui, mais avec de grands cœurs, je réponds fièrement.

– Oui, je vois ça, acquiesce-t-il gentiment, me faisant rougir de nouveau.

Le petit déjeuner se poursuit sans accroc. J’apprends qu’Aiyana est graphiste et développeuse web, et qu’elle habite également à Colorado Springs. D’ailleurs, nos bureaux sont très proches et elle me propose de déjeuner avec elle. Je réponds que j’en serais ravie.

Lorsque le brunch est fini, j’aide à faire la vaisselle, ce que Lina semble énormément apprécier puisqu’elle me remercie plusieurs fois. Le malaise semble avoir complètement disparu entre nous – du moins, c’est ce que je pensais, jusqu’à ce que Lina demande à me voir seule alors que Milo et moi décidons de nous changer pour monter à cheval.

Je la suis dans la pièce où elle crée ses bijoux, qui est remplie de boîtes de pierres semi-précieuses, de perles, de cuirs colorés et de bobines de chaînes en argent, en or et en or rose.

– Il est chouette ! je dis en étudiant un gros bracelet en argent qui n’a pas encore de pierre centrale.

– Il n’est pas tout à fait fini, répond-elle simplement.

– Vous vouliez me parler ?

Elle hoche la tête et prend mes mains dans les siennes.

– Je voulais te dire que je suis sincèrement désolée de ma réaction quand je t’ai trouvée avec Milo. J’ai dit des choses affreuses sur toi et ta mère, et je n’aurais pas dû. Sache que je ne les pense pas. Ta mère vous aimait, ta sœur et toi. Tous les membres de la réserve le savaient.

– Ce n’est rien, ne vous en faites pas.

Lina secoue la tête.

– Justement, ce n’est pas rien. J’aimais beaucoup Catori. On était amies à l’école. Elle était gentille avec moi, toujours. Mais, si tous les hommes l’appréciaient, elle ne s’est jamais intéressée aux hommes de notre peuple, dit Lina en regardant mes cheveux, puis mes yeux bleus. Catori aimait les garçons à la peau pâle et aux cheveux blonds.

– Je comprends pourquoi mon père est blond aux yeux bleus, je réponds en souriant.

– Mon Sani a demandé plusieurs fois à ta mère de sortir avec lui, au lycée. Elle n’a jamais dit oui.

Waouh.

– Euh… Lina, je n’en savais rien. Elle n’a jamais parlé de…

Lina secoue la tête et lâche mes mains.

– Elle n’aurait jamais rien dit. Catori savait que j’aimais Sani depuis le jour où je l’ai vu, au lycée. Je le suivais partout comme un petit chiot. Quand j’ai appris que c’était Catori qui lui plaisait, j’ai mis fin à notre amitié. J’étais en colère, et j’étais idiote. En fin de compte, j’ai eu Sani, mais cela m’a coûté mon amitié avec Catori. Par la suite, elle n’était presque jamais là. Elle ne m’a jamais laissée redevenir son amie.

– Je suis sûre que ce n’était pas son intention. Maman était simplement un esprit libre. Comme son nom, en fait : Catori signifie « esprit ».

Lina hoche la tête, la mine fermée.

– Si j’ai réagi aussi mal avec toi, c’est parce que j’ai eu peur que Milo revive la même chose qu’avec Kimberly, mais aussi parce que je regrette amèrement d’avoir perdu Catori. Je me suis défoulée sur toi, et j’en suis navrée. Je vais passer beaucoup de temps à prier.

– Je suis navrée que vous ayez perdu ma mère, mais je crois que personne ne pouvait la retenir. Elle se laissait porter par le vent.

– Et toi ? Tu n’as pas envie de voler ?

– Non, je réponds en souriant. Mes pieds sont bien ancrés dans le sol.

– Et que veux-tu dans la vie ?

– Une famille. De l’amour. Être heureuse. Comme tout le monde, je crois.

– Je ne suis pas d’accord. Ta mère voulait sa liberté, des amis et de l’aventure. Je crois qu’elle aimait facilement, et fréquemment.

– Vous avez raison, c’est vrai. Ma mère n’a jamais pensé de mal de personne. Elle voyait du beau partout, ce qui me fait penser qu’elle vous aimait sans doute beaucoup et voulait respecter vos désirs. Elle s’est retirée de l’équation avec Sani pour vous donner la possibilité de briller. C’est tout elle, en fait.

Lina ferme les yeux et baisse la tête.

– Tu lui ressembles tellement.

J’éclate de rire.

– En fait, c’est plutôt ma sœur qui est comme elle.

– Peut-être physiquement, et peut-être qu’elle a le même esprit vagabond, mais tu as son aisance, sa générosité et la capacité de lire dans le cœur des gens. C’est un don qu’elle t’a légué, et il est sublime.

Ses paroles m’atteignent en plein cœur. Il n’y a que Toko qui m’a comparée de façon positive à ma mère, par le passé.

– Vous voyez vraiment tout ça ? je demande d’une voix tremblante.

– Catori savait parler aux gens. Elle voyait dans leur cœur et dans leur âme. Elle était sage et philosophe. Surtout, elle était clémente. Je vois beaucoup d’elle en toi, oui.

– Merci, c’est gentil.

– Non, ce n’est pas gentil, c’est sincère.

– Néanmoins, merci de le dire. Et merci pour le petit déjeuner, je dis en me frottant le ventre.

– Il faut t’épaissir un peu. Les Chavis ne font pas des petits bébés, répond-elle en agitant son index.

– Euh… eh bien, comme ce n’est que le début, je ne pense pas qu’on doive se soucier de ça pour le moment.

Lina sourit jusqu’aux oreilles.

– Milo n’attendra pas longtemps pour te faire sienne.

Mon cœur s’emballe et ma bouche devient aussitôt sèche et pâteuse.

– Má, tu as fini avec mon Evie ?

– Ton Evie. Oui, Yázhí. On a fini de parler. Amusez-vous avec les chevaux.

Milo empoigne mon bras et m’attire à lui.

– Viens, on va te changer, murmure-t-il en me guidant à travers la maison de ses parents pour en sortir.

– Tu vas m’aider à me changer ? je demande d’un ton lourd de sous-entendus.

– Ne m’allume pas, Nizhoni. J’ai suffisamment de mal à me retenir comme ça.

– Comment ça ? je réponds en fronçant les sourcils.

Il me prend par la taille et baisse la tête pour chuchoter dans mon oreille.

– Je te veux nue et dans mon lit, chez moi, dès que tu seras prête…

– Je suis prête, je déclare sans hésiter.

Car c’est vrai. Je ne suis on ne peut plus prête.

– Evie… gronde-t-il en s’arrêtant brusquement.

Je pose mes deux mains à plat sur son torse.

– Eh, ne commence pas à essayer de me raisonner. Je suis capable de dire quand je suis prête, et je le suis. Je suis prête à passer ce cap avec toi. Dans cette relation, on ne fait qu’avancer, tu te souviens ? On ne recule pas.

Il ferme les yeux et sa respiration s’accélère, comme pour calmer le feu qui fait rage en lui et que je devine chaque fois qu’il me regarde ainsi, comme un homme regarde une femme avec qui il veut coucher sur-le-champ.

– Tu peux partir un peu plus tard, ce soir ? je demande. Je veux nous préparer un pique-nique et te montrer un endroit qui compte beaucoup pour moi.

– Je ferai n’importe quoi pour toi, répond-il en ouvrant enfin les yeux.

Je me mets sur la pointe des pieds, passe mes bras dans son cou et l’embrasse en souriant. Il en fait de même, mais bientôt, nous ne sourions plus, ni lui ni moi. Nos langues se retrouvent et reprennent leur danse, mais je recule la tête pour le regarder. Un de ses bras est dans mon dos, m’aidant à tenir sur la pointe des pieds, tandis que son autre main est sur ma tête pour la garder près de la sienne.

– Tu es une femme incroyable, Evie Ross. Je suis heureux qu’on soit ici.

– Moi aussi. Maintenant raccompagne-moi pour que je me change. J’ai hâte de galoper avec mon homme.

– Tes désirs sont des ordres, Nizhoni.

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