Addict

Jeanne Ryan · Chapitre 17 sur 24

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Chapitre 16.

16.

 

 

I l ne me faut qu’une poignée de secondes pour arriver à la porte. Micky est hélas aussi rapide et écarte Ty et Daniella de son chemin. — Tu bouges pas d’ici, salope ! Elle m’agrippe par le coude et me tord le bras derrière le dos. Je pousse un cri de douleur tout en tâchant d’atteindre le bouton de porte. — Je reste pas dans une pièce où des imbéciles bourrés jouent avec des armes à feu ! Ian vient à la rescousse et essaie de faire lâcher prise à Micky. — Laisse-la tranquille ! — Cette petite princesse de merde va pas nous faire louper nos prix ! aboie celle-ci en plantant ses ongles à travers ma manche. Jen et Ty rejoignent la mêlée et empoignent Ian pour l’éloigner de moi et de la porte. Il se débat tandis que j’essaie de me débarrasser de Micky, mais son emprise est trop solide. Elle me jette à terre avant de m’écraser de tout son poids. Ma colonne vertébrale semble proche de la rupture. Ses épingles de nourrice s’impriment douloureusement dans ma joue lorsqu’elle se penche à mon oreille avec son haleine qui empeste la bière. — J’étais sûre qu’une chienne comme toi adorerait la levrette ! J’ai beau me tortiller dans tous les sens, pas moyen de me dégager. Elle me plaque le visage contre le tapis qui pue le caoutchouc. Voilà qui confirme mes soupçons : il est bel et bien imperméable. Je frémis rien qu’en imaginant quels fluides ont pu déjà s’écouler dessus. En arrière-fond, la musique se change en hard rock et la basse saturée résonne en rythme avec mon cœur. Je pousse un grognement et parviens à me libérer un coude que j’abats sans scrupule dans les côtes de Micky. Elle se venge en m’attrapant par les cheveux. Les larmes me montent aux yeux, mais n’ayant plus le visage écrasé contre le tapis, je peux au moins voir brièvement ce qui se passe dans la pièce. Samuel est toujours assis sur son canapé tandis que Daniella s’est recroquevillée dans un coin, accroupie les bras autour des épaules, et observe d’un air horrifié la bagarre quasi générale.

Sur ma gauche, Ty, Jen et Ian esquivent et donnent des coups de poing. À la seconde où Ty décidera de poser sa bière pour fondre sur Ian, tout espoir sera perdu. Ian semble s’en rendre compte au même instant que moi, et dos au mur, il décoche un coup de pied digne d’un film de Tarantino dans la poitrine du bodybuilder, l’envoyant valdinguer sur Jen. Les deux se retrouvent par terre. Hourra ! Au moins l’un de nous deux va réussir à s’échapper, mettant ainsi fin à cet effroyable jeu.

Ian se précipite sur la porte et tourne la poignée. Puis il se met à la secouer dans tous les sens.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Je sens Micky desserrer son étreinte, mais le poids qui m’oppresse la poitrine ne s’allège pas quand je vois Ian s’escrimer en vain sur la poignée. Il y a quelque chose qui cloche. Le temps que je me mette à genoux, Micky s’est jetée sur le dos de Ian et lui tire les cheveux. Il fait volte-face et son mouvement brusque la déloge de son dos, enclenchant un effet domino : elle tombe sur moi, et à mon tour, je suis propulsée contre Ty et Jen qui viennent à peine de se relever. Nous finissons tous au tapis dans un concert de jurons. Je me retrouve par hasard sur le haut de la pile, comme une poupée de chiffons au beau milieu d’une meute de rottweilers. Je roule sur le côté et me précipite vers Ian. Biceps bandés, il s’acharne sur la poignée de toutes ses forces, sans résultat…

— Salauds ! Vous nous avez enfermés, c’est du kidnapping ! hurle-t-il, le poing brandi vers la caméra.

Micky vient s’interposer entre Ian et la porte, et essaie à son tour de l’ouvrir. Elle éclate de rire en constatant qu’elle est bel et bien bloquée. Quelle est cette folle qui se marre alors qu’elle est prise en otage ?

La musique passe alors sans transition du hard rock à une ritournelle de manège avant d’être noyée par une nouvelle vague de bips stridents. Un message s’affiche alors à l’écran :

« LA PORTE DOIT ÊTRE BLOQUÉE. NOUS ENVERRONS UN AGENT

D’ENTRETIEN DÈS QUE POSSIBLE. »

— Vous n’avez pas le droit de faire ça, je vais vous coller un procès ! crié-je en direction de l’écran.

« ET QUI AU JUSTE COMPTES-TU POURSUIVRE EN JUSTICE ? »

— Je vais commencer par elle, dis-je en montrant Micky du doigt.

« BIEN DU COURAGE DANS CE CAS, CE SERA TA PAROLE CONTRE LA

SIENNE. »

Le public voit-il les messages d’ADDICT ? Ou bien juste une version expurgée qui protège les administrateurs du jeu ? C’est peut-être pour ça que les présentateurs ne montrent plus leurs charmants minois, maintenant qu’ils nous ont fourni des armes à feu.

Je me cache derrière Ian, sors mon téléphone de ma poche et compose le 911 à la hâte. Le visage de Micky s’anime d’un rictus de bête sauvage et elle tente de se jeter sur moi. Ian la repousse avant qu’elle ne m’atteigne. Peu importe de toute façon, mon appel a été bloqué. Mon grognement de dégoût provoque le rire de Ty et de Micky.

— J’y crois pas ! Vous êtes tous des psychopathes ou quoi ? On est enfermés à double tour dans une salle avec des pistolets ! Y a que Ian et moi pour trouver ça dément ?

— Ils ont sans doute retiré les percuteurs, hasarde Samuel toujours blotti sur son canapé, ou sinon ils les ont chargés avec des balles à blanc.

— Et tu es prêt à jouer ta vie sur ces suppositions ?

— Calme-toi, ma petite, grogne Ty. Personne ne tire sur personne, c’est juste un jeu.

Daniella a une main devant la bouche, comme pour étouffer un cri, mais rien n’en sort. Jen et Micky se mordillent les lèvres en gloussant, sauraient-elles quelque chose qui m’a échappé ?

J’essaie à nouveau mon téléphone. Peut-être que si j’efface l’application d’ADDICT, je débloquerai l’accès… Mais il faut un mot de passe.

— Enlevez votre sale programme de mon portable tout de suite, m’emporté-je en l’agitant sous une caméra.

Sans grande surprise, je n’obtiens aucune réponse. Je me frotte le haut des bras en tâchant de lutter contre la panique qui menace de me submerger. Je constate que la manche de ma veste est déchirée, laissant affleurer de profondes griffures sur mon épaule.

— Il faut que je voie un docteur, crié-je à la caméra, votre pitbull a fait des siennes !

— Tu méritais largement pire, dit Micky en se portant une main au front.

« VOUS TROUVEREZ UNE TROUSSE DE PREMIERS SECOURS DANS LE

COMPARTIMENT JAUNE. NOTRE DOCTEUR VIRTUEL ESTIME QUE VOUS VOUS

PORTEZ TOUS BIEN. NOUS PROCÉDERONS À UN CHECK-UP LORSQUE L’AGENT

D’ENTRETIEN AURA DÉBLOQUÉ LA PORTE. »

Les compartiments ! Je me jette dessus, non pas pour la trousse de secours, mais pour empêcher les autres d’avoir accès aux pistolets. Je note au passage que quelqu’un, Daniella sans doute, a déjà refermé la porte du compartiment vert dans lequel ils se trouvent.

Ty est malheureusement plus rapide que moi et il se plante devant.

— Oh que non !

J’essaie de le contourner, mais ce type est une véritable armoire à glace.

— J’ai besoin de pansements, et probablement d’un sérum contre la rage !

Ian arrive pour m’épauler.

— Écoute, mec, on est tous bloqués ici, laisse-la prendre ce qu’elle veut.

Ty nous arrête d’un bras.

— Je m’en charge. Juste au cas au l’un de vous deux serait assez stupide pour attraper un flingue et tirer sur le verrou de la porte. De toute manière, ça marcherait pas, ils ont fait le test à la télé.

Ce n’est vraiment pas notre jour de chance. Il faut que ça tombe sur la seule information scientifique stockée dans la cacahuète qui lui tient lieu de cerveau…

Mon bras me fait mal. Si ça se trouve, j’aurais vraiment besoin d’un sérum contre la rage, ou pire…

— C’est bon, je vais pas prendre de pistolet. Donne-moi juste quelque chose pour mon bras, OK ? Sauf si tu préfères que je me vide de mon sang au point qu’ADDICT doive arrêter le jeu…

En même temps, ça m’étonnerait vraiment qu’ADDICT mette fin au round pour quelque raison que ce soit.

Face à face, Ty et moi nous regardons en chiens de faïence, puis il consent finalement à ouvrir le compartiment jaune. Il y fouille quelques instants avant de me tendre plusieurs pansements et autres produits.

Une fois assis sur notre canapé, Ian me désinfecte les griffures avec des lingettes antiseptiques avant d’y coller les pansements. De l’autre côté de la table, Jen maintient un sac de glace sur le front de Micky. Je lui ai fait mal, moi ? Tant mieux !

Les bras croisés, Ty nous défie du regard d’oser nous approcher des compartiments muraux. Daniella ronronne à ses côtés et tandis qu’elle lui passe une main dans les cheveux, ses multiples bracelets cliquettent telles des clés de prison.

À notre gauche, Samuel, toujours muet, nous jauge par-dessus ses lunettes. On est tous assis comme dans les tableaux représentant la Cène, la nourriture et les apôtres en moins.

Le hard rock laisse maintenant place à de la musique d’ascenseur. Qui est le DJ qui nous torture ainsi ? Satan en personne ?

« OK LES JOUEURS, L’HEURE EST VENUE DE MÉRITER VOS CADEAUX ! »

Les consignes nous sont désormais uniquement communiquées via une série de textes qui défilent sur les écrans. Aussi artificiels qu’aient été Guy et Gayle, leur absence rend l’atmosphère dans la pièce encore plus suffocante.

« TY, PLACE LES PISTOLETS SUR LA TABLE, UN DEVANT CHAQUE JOUEUR.

»

Mon estomac se met aussitôt à faire des siennes. Ty fixe le message le front plissé, comme s’il ne savait pas lire. Ou peut-être a-t-il un sursaut de conscience après tout ?

« TON EFFORT SERA RÉCOMPENSÉ D’UN BONUS DE CENT DOLLARS. »

Inutile de le lui dire deux fois. Il se lève, un large sourire aux lèvres. Je retiens mon souffle, priant pour que les armes se soient transformées en colombes entre-temps, comme par enchantement. Mais dès qu’il ouvre la porte, mes espoirs s’effondrent. La poisse qui me colle aux basques depuis le début de la soirée est décidément tenace.

— Ne fais pas ça, Ty ! ADDICT nous fait le coup de Sa Majesté des mouches ! Ils veulent nous transformer en bêtes sauvages, montre-leur que tu sais réfléchir par toi-même ! lui crié-je.

— Tu peux pas maîtriser ta gonzesse ? demande Ty à Ian.

— Elle a raison, Ty, ne leur obéis pas, dit Ian, les traits tendus.

— Espèce de tapette, réplique celui-ci en retirant une arme du compartiment. Waouh, un SIG-Sauer P226, le pied ! Le meilleur ami des Navy SEALs !

Un pistolet à la main, il en sort un autre et le place devant Daniella. Les deux suivants vont à Jen et Micky. Celle-ci se penche pour l’examiner avec un sifflement admiratif. Je ne peux réprimer un frisson lorsqu’elle relève les yeux sur moi. Ty dispose les trois dernières armes devant Samuel, puis moi et finalement Ian. Ce dingue les a posés canons face à nous deux.

Je croise les bras et me mets à chanter à tue-tête.

— Que tous ceux qui nous regardent appellent le 911 ! Que tous ceux qui nous regardent appellent le 911 !

Qu’est-ce qu’ils peuvent faire de toute façon ? Me menacer de « lourdes conséquences » ? Troquer les pistolets contre des mitrailleuses ?

Je poursuis ma rengaine en boucle. Même si ADDICT a réussi à bloquer mes appels à l’aide lorsque j’étais toute seule dans l’autre pièce, ils ne vont pas pouvoir me censurer ad vitam aeternam, surtout maintenant que les rounds du Grand Prix sont terminés dans toutes les autres villes du pays. Ils foutraient leur émission en l’air. Ils vont bien devoir finir par nous laisser partir ou sinon laisser les Observateurs entendre ce que je chante. Dans un cas comme dans l’autre, le jeu sera terminé. Et tant pis pour l’école de stylisme.

« IL EST TEMPS DE LA FERMER, VEE. »

— Il est plutôt temps de me laisser abandonner. Je déclare forfait ! Je déclare forfait ! Je déclare forfait !

J’alterne ce nouveau couplet avec des demandes au public de contacter la police, et Ian joint bientôt sa voix à la mienne.

« REGARDEZ VOS TÉLÉPHONES. »

— Vous n’obtiendrez plus rien de moi avec vos cadeaux ! Même des études de stylisme et un stage prestigieux ne valent pas ce que vous voulez qu’on fasse. Nos vies n’ont pas de prix ! m’interromps-je un instant dans mon chant.

— Ouais, ben, partir avec mon père en Irlande avant qu’il soit trop malade pour le faire, ça le vaut carrément, alors boucle-la ! lâche Ty, l’air furieux.

« REGARDE TON TÉLÉPHONE, VEE, TES PARENTS TE DIRONT MERCI. »

Qu’est-ce que mes parents ont à voir là-dedans ? J’allume mon écran et découvre un long message. Je lis les premières lignes et me rends compte que ce sont des notes de mes entretiens avec le psy, ce qu’elle tapait sur son clavier pendant que je blablatais. Genre le style de musique que j’avais écouté ce fameux soir dans ma voiture. C’est fou ce que ses notes contiennent comme détails ! Je m’étais trouvée si maligne à détourner son attention de l’incident dans le garage en lui débitant toutes les conneries qui m’avaient alors traversé l’esprit. En réalité, sans m’en rendre compte, je lui avais en fait confié à quel point je me sentais invisible en présence de Sydney, allant jusqu’à lui raconter cette soirée où j’étais sortie avec Jason Walker et où il m’avait appelée par le nom de ma meilleure amie sans le faire exprès. Quant aux anecdotes suivantes, elles sont encore plus humiliantes ! Qu’est-ce qui m’a pris de m’épancher en confidences auprès de la psy ? Et merci le secret professionnel !

Comme si cela n’était pas suffisant, j’ouvre un second message et découvre avec horreur les détails de la consultation de mes parents chez le même psy ! Ils y avouent ne pas avoir eu de relations intimes depuis… Mon Dieu, non ! Ils seraient mortifiés si jamais ça devait se savoir !

Je lève les yeux sur l’écran. Ian fait de même et je ne peux m’empêcher de remarquer son regard affolé.

« NOUS RESTERONS BOUCHE COUSUE SI VOUS LE DEMEUREZ AUSSI. »

L’envie de chanter m’est totalement passée.

« VOILÀ QUI EST MIEUX. CHAQUE JOUEUR VA MAINTENANT RAMASSER

SON PISTOLET. QUICONQUE NE LE PREND PAS LE LAISSE DE FAIT À LA

DISPOSITION D’UN JOUEUR DÉSIGNÉ PAR NOS SOINS. »

Micky est la première à se saisir de son arme. Tout le monde l’imite, sauf moi.

Je m’éclaircis la gorge et déclare :

— Ça n’en vaut pas la chandelle. On n’a qu’à boire quelques bières et discuter tranquillement. Histoire d’éviter que ça finisse en bain de sang.

Le front de Ian se creuse tandis qu’il me jette un regard tourmenté.

— Prends le pistolet, Vee.

Oh oh, ils doivent avoir déterré des histoires sur sa famille encore pires que les miennes ! Sauf s’ils lui ont offert un nouveau bonus ? Mais qu’est-ce qui pourrait le motiver à ce point ? J’aimerais tellement pouvoir lire dans ses pensées en ce moment…

En ce qui me concerne, mes pensées sont focalisées sur l’arme luisante en face de moi, me faisant grelotter malgré la chaleur. J’ai la bouche sèche.

— C’est dingue !

Ian dévisage tour à tour les participants réunis en cercle autour de la table avant de répondre :

— T’as raison, c’est dingue. Mais si tu ne la prends pas, tu seras à leur merci.

Je dois fournir un effort surhumain pour que chacune de mes inspirations ne se termine pas en gémissement pitoyable. Malgré des lèvres tremblantes, je me force à argumenter encore une fois :

— Ne pas prendre d’arme pourrait s’avérer plus sage que d’en prendre une. Aucun de nous n’irait tirer sur une personne sans défense !

— Oh, bien sûr que non, annonce Micky avec un claquement de langue.

« TU AS TRENTE SECONDES POUR TE DÉCIDER. »

— Fais le bon choix, Vee, susurre alors la voix de Gayle à travers les haut-parleurs.

Ce conseil arrive un peu trop tard…

Un compte à rebours se déclenche à l’écran. Je prends le temps de regarder tous les joueurs. Micky et Ty caressent amoureusement leurs armes. Même Samuel tient la sienne comme s’il était un habitué, ce qui me surprend… ça lui vient sans doute des jeux vidéo. Daniella et Jen ont la leur posée sur les genoux.

Plus que vingt secondes.

— Personne ne te demande de le pointer sur quelqu’un, il suffit que tu prennes le flingue en main, m’encourage Ian.

— C’est ça, leur mode de fonctionnement, chuchoté-je, tout en sachant pertinemment que tout le monde m’entend, ils procèdent petit pas par petit pas.

— Tu n’auras pas à tirer, reprend Ian, mais si tu le prends, ça fera une arme de moins pour les autres.

Micky et Ty me fixent comme des pythons prêts à bondir sur leur proie. Je devrais peut-être prendre mon pistolet et faire feu sur les caméras.

Restent dix secondes.

Une goutte de sueur perle sur le front de Ian.

— S’il te plaît, Vee ! Seul, je ne pourrai pas nous protéger tous les deux.

Je n’en ai vraiment aucune envie, mais rester assise sans arme serait de la pure folie. Alors qu’il ne reste plus que trois secondes au décompte, je me saisis du pistolet. Lourd et graisseux, il n’a absolument rien d’un joujou. Je le dépose sur mes genoux, ne me souciant guère de tacher ma jupe. Micky émet un petit grognement satisfait.

« GÉNIAL. MAINTENANT RELAXEZ-VOUS UN PEU, VOUS ALLEZ VOIR UN

PETIT FILM. JEN, VA OUVRIR LE COMPARTIMENT ROSE SI TU LE VEUX BIEN, TU

Y TROUVERAS DES FRIANDISES SPÉCIALES POUR LA PROJECTION. »

Elle se lève sans trop savoir comment tenir son arme, et jette un coup d’œil interrogateur à Micky.

— Pointe le canon vers le bas, lui dit celle-ci.

Jen s’exécute et se dirige vers le compartiment sur la pointe des pieds. J’ai une boule au ventre rien qu’à imaginer ce qu’ADDICT sous-entend par « des friandises spéciales ». Forcément quelque chose de tordu. Mais lorsqu’elle ouvre la porte de la couleur indiquée, une forte odeur s’en dégage ; elle me soulève le cœur. Jen en retire un carton de popcorn, décoré du nom de la marque sur ses quatre faces. Après l’avoir ramené jusqu’à la table, elle fait encore quelques allers-retours pour nous approvisionner en bonbons affichant aussi clairement leur marque. Les sponsors croient-ils réellement que cette pub va augmenter leurs ventes ? Oups, question débile : s’ils le font, c’est que ça marche…

— Il y a un mini-frigo rempli de Red Bull, t’en veux un, chérie ? demande-t-elle à Micky.

Bien sûr, ce sont les mêmes qui ont abusé de la bière qui s’empressent de lever la main pour en avoir une canette. Alcool plus taurine, c’est vraiment le cocktail gagnant !

Seuls Ty et Micky piochent dans le popcorn qu’ils s’enfournent par poignées. Samuel attrape un sachet de bonbons en haussant les épaules. Dès que Jen a repris sa place, la lumière baisse et un film apparaît sur les écrans. Son titre ? Les Armes à feu pour les nuls…

Les cinq minutes suivantes nous apprennent à charger notre pistolet, à l’armer, à reculer la culasse puis à tirer à une ou deux mains. Chaque nouvelle parcelle d’information me donne envie de crier et de m’arracher les cheveux. Nous allons mourir par balles. Notre sang s’évacuera via la grille au milieu du tapis, et la pièce sera fin prête pour accueillir la prochaine fournée de joueurs. Mes genoux s’entrechoquent tellement que le pistolet menace d’en tomber à plusieurs reprises.

Ian me prend la main.

— C’est que du bluff. Ils cherchent juste à nous faire flipper.

Pour une tentative, c’est plutôt réussi ! Ian est blanc comme un linge et contre mes doigts, je sens son pouls qui cogne.

« JUSTE AVANT D’EN ARRIVER À LA PARTIE FUN, IL NOUS RESTE UN PETIT

COMPTE À RÉGLER. QUELQU’UN VA DEVOIR PAYER LES CONSÉQUENCES DE

SON NON-RESPECT DES RÈGLES… »

C’est une blague ? Qu’est-ce qu’on va pouvoir m’infliger de pire, à présent ? À peine la question m’a-t-elle traversé l’esprit que j’ai envie de me foutre des gifles : je sais maintenant pertinemment qu’une fois que la réponse se présentera, elle me sera insupportable…

Au milieu des cris de joie de Micky, le bourdonnement d’une conversation se fait entendre de derrière l’une des portes utilisées pour les défis sur mesure. Le panneau coulisse et deux personnes trébuchent dans la salle, les yeux bandés.

Quand je comprends qui sont nos nouveaux camarades de jeu, le pistolet posé sur mes genoux pèse soudain une tonne.

Tommy et Sydney viennent de nous rejoindre.

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