Addict

Jeanne Ryan · Chapitre 18 sur 24

Pages du PDF

Addict

Chapitre 17.

17.

 

 

J ’ai beau m’effondrer intérieurement, je bondis de mon siège. — Partez, partez pendant qu’il en est encore temps ! Ils arrachent leur bandeau et clignent des yeux, hébétés par la lumière soudaine. Le panneau par lequel ils sont entrés est en train de coulisser dans l’autre sens. Je me précipite sur Tommy et Sydney et tente de les pousser vers la sortie. — Courez ! Mais la porte se referme déjà. Micky et Ty qui s’étaient levés, sans doute pour m’empêcher de m’enfuir, se rasseyent, un sourire satisfait aux lèvres. Sydney a un air complètement perdu que je ne lui ai jamais connu. Sa confusion se mue toutefois en choc lorsqu’elle enregistre la présence de l’arme que je tiens à la main. — Rassure-moi, c’est pas une vraie ? Je cache l’arme dans mon dos et avoue : — Je sais pas… Tommy parcourt la salle d’un regard à la fois curieux et dégoûté. Il finit par poser les yeux sur moi et secoue la tête d’un air de dire Je t’avais pourtant prévenue… Les autres joueurs sont confortablement assis, certains mangent même du popcorn, comme si mes amis et moi étions devenus la nouvelle attraction. Syd vient se planter à quelques centimètres de moi, les yeux rivés aux miens. — Là, t’as vraiment dépassé les bornes ! Pourquoi t’as pas abandonné après qu’ils t’ont fait croire que tu respirais du monoxyde de carbone ? Merde, Vee !

Elle m’attrape par le bras et me tire vers le panneau par lequel ils sont entrés. Je la laisse m’entraîner dans son sillage d’indignation.

— Mais qu’est-ce que tu as vu au juste ? Vous m’avez entendue vous supplier d’appeler le 911, ou vous pensiez que ça faisait aussi partie de mes « hallucinations » ?

Elle ignore superbement ma question et se met à toquer à la porte.

— C’est bon maintenant, laissez-nous sortir.

Les écrans se rallument avec leurs bips caractéristiques, et Sydney lève la tête pour lire celui suspendu au-dessus d’elle. Je lui mets une main sur l’épaule, sachant d’avance que le message risque de la faire partir au quart de tour.

« CETTE PORTE EST ÉQUIPÉE D’UN MINUTEUR ET NE POURRA ÊTRE

OUVERTE QUE DANS UNE DEMI-HEURE, À MOINS, BIEN SÛR, D’UNE URGENCE.

LES JOUEURS VOUS INDIQUERONT OÙ TROUVER LES RAFRAÎCHISSEMENTS.

FAITES COMME CHEZ VOUS. »

— Non, je ne ferai pas comme chez moi ! s’exclame Sydney en frappant sur le mur. Et les pistolets, vous appelez pas ça une urgence ?

Elle met les doigts dans la rainure quasi invisible entre le mur et le panneau coulissant, mais c’est en vain qu’elle essaie de tirer. Elle se rue ensuite sur la porte principale et tourne la poignée. Voyant que ça ne marche pas, elle se met à tambouriner dessus en criant :

— Vous nous avez dit que Vee avait les nerfs à vif et que Tommy et moi devions venir la chercher. Maintenant qu’elle est avec nous, laissez-nous sortir ou j’appelle mon père, il est avocat !

Micky éclate de rire avant de proposer une bière aux autres joueurs. Elle passe entre Sydney et moi en se pavanant délibérément comme sur des hauts talons.

Syd sort son téléphone et lâche un juron quand elle découvre qu’il ne capte pas. Elle revient au milieu de la pièce.

— Passe-moi le tien, Vee.

Je me sens tellement mal. C’est donc ça ma punition. Il ne leur a donc pas suffi de me mettre en danger et d’effrayer mes parents ? ADDICT joue à fond la carte de la culpabilité, et ça marche à merveille puisque je suis Capricorne. De toute façon, je me sentais déjà assez coupable avant même de participer à ce round final. Alors de savoir que, par ma faute, mes amis m’ont rejointe dans un enfer dont ils ne connaissent pas les règles… Je n’ose même pas imaginer s’il leur arrive quelque chose !

C’est la tête basse que je réponds à Sydney :

— Aucun de nos téléphones ne marche, ils ne laisseront personne sortir, et inutile de les menacer de poursuites judiciaires. Pas tant qu’on est là, à l’écran, pour le plaisir des Observateurs… Ils viennent de nous donner des pistolets et de nous montrer une vidéo pour apprendre à les utiliser. Je suis désolée de vous avoir fait venir ici.

Tommy a la mâchoire serrée. Il se tourne vers Ian qui s’est levé du canapé et lui hurle dessus :

— Tout ça, c’est à cause de toi, connard !

Il avance vers lui, les poings crispés.

Ian a toujours le pistolet le long du corps, mais ses yeux luisent de colère.

— Je serais toi, je ferais pas un pas de plus.

Je me jette au-devant de Tommy et pose ma main sur sa poitrine.

— T’as pas regardé ce qui s’est passé ? Tant qu’on est bloqués ici, on a de la chance d’avoir Ian qui assure nos arrières !

— Tu appelles ça assurer tes arrières ? T’aurais jamais atterri ici s’il t’avait pas baratinée !

Je plaque cette fois mes deux mains sur son torse et suis surprise de constater qu’il est aussi ferme que celui de Ian.

— Personne ne m’a mis de pistolet sur la tempe. Pas encore, tout du moins. Ian a autant à perdre que moi dans ce round de Grand Prix. Malheureusement, Sydney et toi êtes dans le même bateau maintenant. Si seulement vous n’étiez pas venus…

— Un peu tard pour les regrets, non ? rétorque Sydney, les mains sur les hanches, comme à la scène deux de l’acte un.

— Pourquoi vous n’avez pas appelé la police si vous vouliez m’aider ? plaidé-je.

— La police ? Pour un jeu ? Tout le monde sait que les séquences sont scénarisées ! réplique-t-elle d’un ton exaspéré.

À

À mon tour de m’énerver :

— Tu crois vraiment à ce que tu racontes ?

Je me tourne vers Tommy, lui au moins doit avoir compris.

— Dans le Colorado, l’épreuve finale du round du Grand Prix était un saut en parachute, et ils se sont tous ouverts… ADDICT ne fait que jouer sur tes peurs ! s’emporte Tommy.

— Ah oui ? Eh bien, fais-moi confiance, on ressent exactement la même chose, qu’elles soient réelles ou pas, soupiré-je. On s’est tous fait avoir.

Tommy m’écarte d’un bras pour s’avancer vers Ian.

— C’est pas comme si ton partenaire était au-dessus de tout soupçon : il est du genre exhibitionniste sur le Web, j’ai trouvé quelques sites plutôt crades où je donnerais ma main à couper qu’il apparaît sur plusieurs images. Il me reste plus qu’à les passer dans un logiciel de reconnaissance faciale pour en être sûr à cent pour cent.

Il sort son téléphone et se tourne vers moi.

— Attends, je vais te montrer.

J’essaie immédiatement de le lui prendre des mains.

— Je croyais que tu captais pas ! Vite ! Compose le 911 !

Micky et Ty bondissent de leur siège tandis que Tommy, les yeux écarquillés, serre son portable contre sa poitrine :

— J’ai pas plus de réseau que vous, j’ai téléchargé la vidéo tout à l’heure, se défend-il.

Il clique sur un lien et me met l’écran sous les yeux.

— C’est des conneries, tout ça ! s’écrie Ian, les joues en feu.

La vidéo montre une pièce sombre où des gens aux trois quarts nus se livrent à une sorte de catch ou un truc dans ce goût-là. Je repousse la main de Tommy.

— C’est vraiment pas le moment de regarder des vidéos bizarres.

Tommy ne l’arrête pas pour autant.

— Il faut que tu comprennes avec qui tu fais équipe, et surtout à qui tu peux faire confiance.

Micky s’esclaffe en venant jeter un coup d’œil par-dessus mon épaule :

— Alors, Vee la vierge aurait peur de voir un bout de fesse ?

Les écrans reviennent à la vie, coupant court à la discussion.

« ASSEZ DE BAVARDAGES. VOICI VOTRE TÂCHE SUIVANTE : POINTEZ

VOTRE ARME SOIT SUR LA VICTIME QUE VOUS AVEZ CHOISIE

PRÉCÉDEMMENT, SOIT SUR L’UN DES NOUVEAUX ARRIVÉS. »

Sydney sursaute dans sa paire de talons aiguilles :

— Mais qu’est-ce…

Je pousse un petit cri avec la vive impression de m’être vidée de mon sang tout d’un coup. Est-ce de cette manière que je vais mourir ? Moi ou l’un de mes amis ? Est-ce vraiment ce spectacle que réclame le public ? Ma gorge se serre douloureusement. Pourquoi n’ai-je pas été dire bonjour à papa et maman à la fin de la pièce ? Toute bonne fille qui se respecte l’aurait fait…

Micky et Ty appuient leurs avant-bras sur le dossier de leur canapé et ajustent leur visée. Elle tient son arme à deux mains, lui n’a besoin que d’une seule. Les canons de leur pistolet nous fixent résolument, Ian et moi, de leur œil unique.

Samuel prend une profonde inspiration avant de lever le sien :

— Je suis désolé, Vee. Je te jure que je n’appuierai pas sur la détente.

— Me voilà vachement rassurée, articulé-je d’une voix chancelante.

Je songe brièvement à aller me réfugier dans les toilettes avec Syd et Tommy, mais je me souviens ensuite qu’elles ne ferment pas à clé.

— Prends ton flingue, ordonne Ty à Daniella.

Cette dernière croise les bras, comme frigorifiée :

— Je sais pas, ça devient vraiment flippant…

— Je pensais que tu valais mieux que ça, lui lance-t-il, la mâchoire crispée.

Elle se retourne lentement en se mordant la lèvre, puis finit par s’emparer du pistolet à deux mains, l’une sur la crosse et l’autre sous le canon. Grâce au film, je connais maintenant les termes techniques. Sont-ce là les dernières choses que j’aurais apprises avant de mourir ?

Daniella pleurniche à moitié, essuyant sa joue trempée sur son épaule. Ses mouvements mal assurés font cliqueter ses bracelets au rythme de ma terreur.

— Ben voilà, lui dit Ty.

Micky chuchote quelque chose à l’oreille de Jen avant de lui mordiller le lobe. Dans un soupir, Jen prend son arme. Ce qui fait un canon de plus pointé sur moi, et un autre sur Ian.

Je me tourne vers lui ; sur son cou, une veine palpite sous l’afflux du sang. Il lève lentement le bras et met Ty en joue.

Il règne un silence si profond dans la salle que j’entends le grésillement des lampes au-dessus de nos têtes.

J’aimerais tant fondre sur le tapis, aussi affreux soit-il, mais il faut que je réfléchisse.

— Sydney, Tommy, vous n’avez rien à voir là-dedans.

Je leur indique la porte du bout de mon pistolet :

— Allez vous mettre là-bas.

Je contourne la table pour me poster près de mon canapé, c’est-à-dire à l’opposé de l’endroit où je leur ai dit de rester. Mais ils décident de me suivre.

— Non. Tout ce que vous allez réussir à faire, c’est à donner à ces imbéciles une cible plus large. Je sais que vous êtes assez intelligents pour comprendre ça.

Tommy se penche à mon oreille et murmure :

— Et assez intelligents pour avoir prévenu la police en venant ici. C’est l’affaire de quelques minutes avant qu’ils n’arrivent à cet étage. Il faut juste qu’on gagne du temps.

La nouvelle me donne envie de pousser la chansonnette. Est-ce qu’ADDICT a entendu ses paroles ? Je ne sais pas trop si ce serait ou non une bonne chose.

— J’aurais dû m’en douter. T’es formidable, Tommy. Maintenant, va gagner du temps en te postant là-bas s’il te plaît. Je te promets de regarder toutes les vidéos que tu voudras dès qu’on sera sortis de ce guêpier, lui chuchoté-je en retour.

Il attrape Syd par le bras et tente de la guider vers la porte, mais naturellement, celle-ci refuse de bouger. Elle se dégage et met ses mains sur mes épaules, comme si elle n’avait rien à faire de tous ces canons braqués sur elle.

Si ses yeux sont embués de larmes, son maquillage demeure toujours aussi parfait.

— Vee, t’as beau t’être comportée de manière détestable ce soir, j’ai accouru pour te secourir, pas pour me planquer dans un coin.

— Tu sais, Syd, tu as raison sur toute la ligne. J’ai été horrible. Je me débrouillerai pour me faire pardonner. Mais si tu veux vraiment m’aider, s’il te plaît, reste en dehors du champ de tir. Je t’en supplie, fais ça pour moi.

Elle ne bouge pas d’un iota. Comment la convaincre de se protéger alors qu’elle est programmée pour prendre systématiquement ma défense ?

Les lumières s’assombrissent d’un cran.

Je la pousse vers la porte.

— Vas-y maintenant avant qu’ils n’éteignent tout et que tu te retrouves coincée au beau milieu des tirs croisés. Tu ne serais plus utile à grand-chose après ça…

Elle tremble, mais je ne sais pas si c’est de peur ou de frustration. Le bon sens finit par l’emporter et elle s’écarte enfin, suivie de près par Tommy.

Je me dirige vers le canapé, me cognant au passage contre cette stupide table, ce qui la fait se balancer dans un grincement sinistre. Samuel la stoppe de sa main libre tout en me gardant dans sa ligne de mire. Au lieu de m’asseoir, j’imite Ty et Micky et passe derrière le canapé pour me servir du dossier comme support. Les coussins n’arrêteront sans doute pas les balles, mais c’est tout de même réconfortant d’avoir un bouclier. Je prends mon temps pour viser Micky, qui sourit d’un air mauvais. J’ai du mal à croire que je pointe une arme sur un être humain.

À nouveau, l’éclairage diminue d’intensité. Ian n’a toujours pas quitté le centre de la pièce et est à découvert. Il contourne la table et vient s’agenouiller derrière le canapé de Samuel. Pourquoi n’ai-je pas pensé à dire à Syd et Tommy de se mettre à couvert ? Encore un point sur lequel j’ai manqué de jugeote ce soir… Mes amis ont l’air si vulnérables, debout dans l’angle de la salle.

Les deux couples d’en face nous imitent – même s’ils mourraient plutôt que de l’admettre – et se glissent derrière leurs canapés respectifs. Je suis sûre que Samuel ferait volontiers la même chose si Ian n’avait pas déjà pris la place. Du coup, il se dépêche d’aller s’accroupir aux côtés de Ty et Micky. Nous sommes donc deux pelotons d’exécution à nous faire face, toutefois, à cinq contre deux, le rapport de force nous est largement défavorable.

Il nous aura fallu moins d’une minute pour nous mettre en position, mais ADDICT s’impatiente déjà, ainsi qu’en témoignent les bips de mauvais augure.

« ARMEZ VOTRE PISTOLET. »

Au cas où on ne se souviendrait pas de la marche à suivre, ils repassent un morceau de la vidéo nous montrant le geste à effectuer.

J’ai mal au ventre. Je serre les cuisses pour que mes jambes arrêtent de trembler et lâche :

— Vous pensez vraiment vous en tirer comme ça ? Si ces pistolets sont chargés et que l’un de nous se prend une balle, c’est la fin assurée pour votre jeu.

« PAS LA FIN. PLUTÔT DE LA PUBLICITÉ. »

Ces mots ne s’affichent que sur l’écran en face de Ian et moi, pas sur celui à notre droite, et disparaissent quasi instantanément. De fait, Sydney et Tommy qui ont dû pencher la tête n’ont sans doute pas eu le temps de les lire.

— Vous voulez rire ? Même si personne ne réussit à vous trouver, qui sera assez fou pour vouloir jouer après ça ?

Les autres joueurs font une drôle de tête. L’écran qui leur fait face serait-il hors service ?

Celui que je regarde affiche brièvement une réponse à ma question :

« LES GENS QUI AIMENT GAGNER JOUERONT TOUJOURS. »

Une partie de mon cerveau est forcée de reconnaître qu’ils n’ont pas tort, bien que cette idée me révulse. Il suffit de voir ce que j’ai fait dans l’espoir de gagner mes frais de scolarité…

Si ADDICT demeure inflexible, peut-être puis-je en appeler à une parcelle de logique chez les autres joueurs ? Ils doivent croire que je suis devenue folle, n’ayant entendu que mon côté de la conversation.

— Hey, les gars, arrêtons-nous là ! Ils veulent qu’on se tire dessus, pour leur faire de la pub qui plus est ! Vous croyez que j’exagère ? Regardez au centre du tapis sous la table : c’est une grille d’évacuation. Vous savez à quoi elle sert ? À nettoyer la pièce au jet d’eau… de notre sang !

— Mon œil, ouais, ricane Micky, c’est plutôt pour nettoyer la pisse des trouillardes comme toi qui mouillent leur culotte !

Sur ces mots, elle arme son pistolet en tirant la culasse vers l’arrière. Le clic sonore me fait frissonner. Jen ferme les yeux pendant quelques secondes avant de les rouvrir et d’imiter son amie, le tout en évitant soigneusement de me regarder. Ty les suit, puis Ian. Clic, clic, clic .

Ty se tourne vers Daniella, les sourcils froncés :

— T’attends quoi ?

— Ils sont vraiment chargés ? demande-t-elle à la caméra.

« QU’EN PENSES-TU ? »

Tous les écrans fonctionnent à nouveau. Y a-t-il eu des messages adressés aux autres ce soir que je n’ai pas vus ?

Jen tremble comme une feuille.

— C’est la première fois que j’ai une arme dans les mains… et si le coup partait tout seul ?

— T’es trop bête, lui répond Ty, faut que t’appuies sur la détente pour ça. Quand tu armes le pistolet, tu enclenches juste une balle.

— Et faudrait encore que ce soient des balles réelles, ajoute Samuel.

Quoi ? Il croit encore que ce sont des balles à blanc ? Et le public, que s’imagine-t-il ? Il n’y a toujours pas le moindre signe de la police… Tout le monde est-il persuadé qu’on est en pleine partie de paintball ? Qu’on va sortir d’ici avec au pire quelques contusions ? Je suis certaine qu’il y a des sadiques qui espèrent voir le sang couler pour de vrai. Au moins, mes amis doivent regarder ça avec horreur… et un sentiment d’impuissance puisqu’ils ne savent pas où nous sommes.

Je ne me souviens plus ce que disait la vidéo à propos de sécurités et de balles engagées, mais je sais qu’armer notre pistolet est la dernière étape avant de presser la détente. Et Daniella aussi en a conscience. Une traînée de mascara lui coule le long des joues. Mais finalement, la peur d’être la prochaine victime si elle sabote le round des Grands Prix semble l’emporter, car elle se résout à reculer la culasse de son arme. Clic.

— Vee ? me souffle Ian.

J’ai la même réticence que Daniella à faire un pas de plus vers l’irréparable, mais en même temps, si l’inimaginable se produit, il faudra bien que je puisse me protéger… et mes amis aussi. Je retiens ma respiration et arme mon pistolet. Clic.

La lèvre supérieure de Micky est ourlée d’un voile de sueur. Plutôt bon signe.

— Combien de temps va-t-on devoir tenir comme ça ? s’enquiert Jen d’une voix étranglée.

ADDICT ne daigne pas lui répondre.

— Tout ce qu’ils nous ont dit de faire, intervient Ian, c’est d’armer nos pistolets, ils ont pas précisé combien de temps il fallait les garder armés. On a rempli cette partie du défi, je vous propose de remettre la sécurité et de baisser nos armes avant que quelqu’un ne soit blessé.

Samuel acquiesce de la tête. J’aurais préféré qu’il s’exprime à voix haute.

Nous avons tous les yeux rivés sur les écrans dans l’attente qu’ADDICT vienne mettre son grain de sel.

Ian s’adresse ensuite aux joueurs de l’autre côté de la table :

— Je vais compter, et à trois, on remet tous la sécurité, ça vous va ? Ça nous évitera de franchir le point de non-retour !

Il prend une profonde inspiration et démarre le décompte.

— Un.

Jen lève un sourcil interrogateur en direction de Micky, mais celle-ci ne me quitte pas des yeux.

— Deux.

Je sens des sueurs froides me dégouliner le long du dos. La salle est plongée dans un silence total. Plus de musique ni même un canapé qui couine.

Encore une respiration bruyante de Ian. Serons-nous les deux seuls à remettre la sécurité ? Un voile rouge devant mes yeux me fait craindre de tomber dans les pommes à tout instant.

— Trois.

Je m’apprête à repositionner la culasse, mais avant d’avoir eu le temps de le faire, le monde bascule dans le noir. Toutes les lumières se sont éteintes. Un stroboscope se met à pulser. Des cris résonnent. Des coups de feu retentissent.

OceanofPDF.com