Dans le lit du comte
Chapitre 10
10
Les noirs tentacules du remords s’étaient de nouveau insinués en Jeffrey, s’agrippant à ses veines, s’enroulant autour de son cœur, le serrant douloureusement. Les événements de la nuit précédente étaient restés présents à son esprit toute la journée, comme le regard meurtrier que Grace lui avait lancé lorsqu’il était parti.
Et pourtant, des scènes obscènes dont elle était le personnage principal s’immisçaient toujours dans sa tête, obsédantes.
Il ne pouvait la blâmer de sa répulsion pour lui. Il avait usé d’elle comme d’une catin. Il avait essayé de tenir à distance ses instincts de luxure, avait désespérément souhaité se montrer doux, mais comme d’habitude, ses démons avaient fini par dominer ses désirs.
Il relâcha un autre souffle torturé. Son corps était douloureux de regret et de dégoût.
Si seulement cet animal qui vivait en lui pouvait disparaître ! Il aurait tant voulu être l’homme que son père voulait qu’il devienne, l’homme que tout le monde s’attendait à ce qu’il soit ! Il ne voulait pas que sa femme ait peur de lui. Certes, il souhaitait faire valoir ses droits conjugaux — il en avait besoin, comme tout homme —, mais il n’avait pas l’intention de lui faire du mal. Il était un homme fort, mais pas assez cependant pour combattre toutes les pulsions contre nature qui l’habitaient. Il désirait des enfants, mais ne voulait pas qu’ils portent le fardeau qu’il avait porté toute sa vie.
Ce mariage avait embourbé chaque partie de sa vie. Avant cette soirée à Bath, il était tout à fait satisfait de ses journées soigneusement ordonnées. Maintenant, son esprit était empli d’images salaces et il comptait désespérément, recherchant l’apaisement du chiffre huit.
Le contrôle qu’il avait travaillé si durement à construire lui échappait irrémédiablement.
Il entendit soudain de l’agitation à l’extérieur de la maison et jeta un coup d’œil à la pendule sur la cheminée. Il était 2 h 45. Trop tard pour déjeuner, trop tôt pour le thé. Il vérifia que les affaires posées sur son bureau — l’encrier, le buvard, le presse-papiers et le sceau des Merryton — étaient régulièrement espacées. Tout était équilibré, ce qui le rassura et lui permit d’une certaine manière de quitter son cabinet de travail avant le moment prévu.
Il sortit de la pièce et longea le couloir en direction de l’endroit d’où venait le bruit. Un bruit qui devenait plus fort à mesure qu’il approchait de l’entrée, et qui culmina par un fracas de verre brisé. Il entendit alors la voix alarmée de Cox, et lorsqu’il pénétra dans le vestibule, il comprit pourquoi. Un jeune épagneul bondissait partout, des roses abîmées dans la gueule. Apparemment, il avait heurté une console et fait tomber un vase par terre. Cox semblait au bord de l’évanouissement.
Mais Grace, elle, riait.
— Je suis vraiment désolée, monsieur Cox ! Il est à peine sevré !
Comme pour le prouver, le chiot leva la patte contre la console.
— Non ! s’écria Grace, et elle le chassa avant qu’il ne la souille.
Jeffrey sentit son pouls s’emballer dangereusement.
— Milord, je vous demande pardon !
Avant cet instant, Jeffrey n’avait pas vu le garde-chasse qui se tenait à la porte.
— Drake, avez-vous donné ce chien à lady Merryton ?
— Non ! lança gaiement Grace. C’est moi qui ai insisté pour le prendre.
Elle souleva l’animal dans ses bras et il lui lécha la figure.
— J’ai refusé de laisser M. Drake le faire pendre. J’étais tout à fait déterminée, n’est-ce pas ? roucoula-t-elle à l’attention du chien.
Celui-ci se tortilla pour se libérer et sauta, glissant sur les dalles avant de retrouver ses pattes, puis il bondit vers Jeffrey en agitant furieusement la queue pour renifler ses chaussures.
— Le faire pendre ? répéta Jeffrey, tandis que le chiot saisissait l’ourlet de son pantalon et se mettait à tirer dessus.
Ce chaos dans le vestibule — le verre cassé qu’un valet s’empressait de balayer, l’asymétrie des fleurs, le chien qui courait partout —, c’était comme si les murs se resserraient autour de lui. Il noua les mains dans son dos et tenta de faire lâcher prise au chiot.
— Ce petit morveux ne supporte pas les fusils, dit le garde-chasse d’un ton d’excuse. Il a peur de son ombre.
— Je ne veux pas entendre un mot de plus, monsieur Drake ! dit Grace d’un ton ferme. J’ai pris ce chien sous mon aile et j’ai l’intention de l’y garder.
Elle ôta son spencer et s’avança vers le chiot au pas de charge, puis elle se baissa pour attacher une manche au collier du petit animal. Elle se releva, tenant l’autre manche à la main, ayant confectionné une sorte de laisse. Elle adressa un sourire forcé à Jeffrey.
— C’est un péché de rejeter une créature de Dieu parce qu’elle n’est pas parfaite. Je ne suis pas parfaite non plus.
— Madame…
— Vous avez dit que je pouvais faire ce que je voulais pour m’occuper. Eh bien, j’ai trouvé une occupation. A présent, si vous voulez bien nous excuser, messieurs, le chien et moi allons faire le tour de sa nouvelle maison.
Elle leur sourit chaudement, un sourire charmant qui débordait de bonheur et de beauté juvénile. Elle rit de joie quand le chiot se mit à gronder et à attaquer l’ourlet de sa robe, et Jeffrey n’eut pas le cœur d’être celui qui ferait pâlir ce sourire.
Non que Grace ait l’intention de le laisser faire, manifestement, car elle se dirigea d’un pas martial vers l’escalier, conduisant le chiot avec sa veste.
Jeffrey jeta un coup d’œil à Drake.
— Faites envoyer une vraie laisse à la maison, dit-il.
— Oui, milord.
Le garde-chasse sortit sur ces mots, laissant un Cox affligé debout au milieu du vestibule.
— Je vais l’autoriser un certain temps, s’empressa alors de lui assurer Jeffrey. Jusqu’à ce que lady Merryton se soit habituée à vivre ici.
— Bien, milord, dit le majordome, sursautant tandis que des aboiements leur parvenaient depuis le bout du couloir.
Jeffrey pivota et retourna vers le sanctuaire de son cabinet de travail, s’efforçant de ne pas penser au fait qu’un chien non dressé courait librement dans sa maison.
Cet après-midi-là, il entendit Grace jouer très mal du piano, accompagnée par les jappements du chiot. Son rire venait jusqu’à lui. Il ferma souvent les yeux. Huit.
* * *
Jeffrey s’attendait à voir le chien bondir dans la salle à manger lorsqu’il descendit dîner ce soir-là, mais Dieu merci, il était invisible. Grace était là, toutefois, debout près de la fenêtre, rayonnant de plaisir et, pensa-t-il, de triomphe.
Il y avait des fleurs partout — sur la table, sur le buffet et, plus dérangeant, dans un petit vase au centre de son couvert. Ses sens furent aussitôt assaillis par l’abondance de couleurs et de variétés.
— J’espère que cela ne vous ennuie pas, dit-elle d’un ton d’excuse. La serre est pleine de ces belles fleurs de printemps et je trouve dommage de les ignorer. Je n’en ai pas mis dans le vestibule, ajouta-t-elle vivement, supposant à tort que seul le vestibule était chasse gardée pour lui. Je sais que vous aimez y avoir des roses.
Elle regarda autour de la pièce.
— Ne sont-elles pas magnifiques ? Je n’ai jamais vu autant de belles fleurs en un seul endroit !
Elle aussi était magnifique ! Sa peau crémeuse et ses cheveux semblaient luire à la lumière des bougies. Il songea à la prendre là, maintenant, à la placer à califourchon sur ses genoux et à lui apprendre à le monter…
— Cela ne vous ennuie pas, j’espère ? demanda-t-elle.
Il ne pouvait pas réfléchir dans ce désordre de corolles et de couleurs différentes et sentait de la sueur perler sous son col.
— J’adore le printemps, poursuivit-elle. C’est le début de tant de choses nouvelles ! La Saison, bien sûr. Les parties de campagne.
Elle le regarda, comme si elle attendait qu’il approuve.
— Où est le chien ? demanda-t-il.
— Oh ! Nous l’avons installé dans les cuisines, près du feu. M. Drake a fait apporter une niche portative. Il a un bol de lait, un os que la cuisinière lui a donné, et il est tout à fait satisfait.
Au moins, quelqu’un dans cette maison était content ! Jeffrey avait l’impression que son cœur allait sortir de sa poitrine, avec tant de pensées chaotiques qui se mélangeaient follement à tant de fleurs. Il fut soulagé quand Cox entra pour servir.
— Ne prendrons-nous pas un peu de vin, d’abord, pour nous faciliter la digestion ? demanda alors Grace.
La seule chose qui aiderait sa digestion, songea Jeffrey, serait de s’échapper de cette pièce le plus vite possible ! Mais il désigna d’un geste les verres à vin, puis croisa le regard de Cox et fit un signe de tête vers le petit vase posé juste devant lui.
Le domestique l’ôta alors prestement.
Grace l’observa, bouche bée de surprise, ôter également le vase au centre de la table et l’emporter. Il restait un vase sur le buffet et un autre sur une desserte, près de la fenêtre.
— Où est-il allé ? demanda-t-elle, quand la porte de service se referma derrière le majordome. Pourquoi a-t-il enlevé les fleurs ?
— Je vous en prie, asseyez-vous, dit Jeffrey, et Ewan lui tira sa chaise.
Elle le regarda d’un air stupéfait et s’assit avec une réticence manifeste.
— Je ne comprends pas votre aversion pour les fleurs !
— Je n’ai pas d’aversion pour les fleurs. Regardez autour de vous : il en reste beaucoup dans cette pièce.
Elle ne parut pas apaisée.
Jeffrey nota les perles semées dans ses cheveux. Il s’efforça de ne pas penser à la soirée de la veille, mais l’image fut soudain dans son cerveau. Il déglutit fortement pour s’en protéger.
Cox reparut, portant une soupière. Alors qu’il servait le potage, Grace se redressa brusquement, et prit une longue inspiration avant de déclarer :
— A propos, j’ai suivi vos conseils, milord…
— Mes conseils ?
— Le chien et moi avons fait une longue marche cet après-midi, jusque chez le pasteur. J’avais l’intention de lui demander par quoi commencer mes œuvres charitables. Pour expier, dit-elle, en insistant sur le mot, lui rappelant ses propres paroles.
Jeffrey avait quasiment oublié cette remarque.
— Mais il se trouve qu’il est absent pour le moment. Sa mère est souffrante et on ne sait pas quand il reviendra.
Ah, oui… Il avait oublié cela aussi, dans le tumulte de la semaine passée.
— Mais j’ai songé à une alternative, continua Grace. Je me suis dit que vous pourriez peut-être me présenter à certains de vos fermiers.
Elle le prenait de court et le savait. Il le voyait à un coin de sa bouche qui se relevait légèrement.
— D’après M. Cox, vous avez l’intention d’aller en voir quelques-uns demain matin, poursuivit-elle d’un ton lisse. C’est parfait, non ?
Elle lui décocha un autre charmant sourire qui lui embrasa le sang. Sapristi !
— Ce ne sont pas des visites mondaines, déclara-t-il sèchement. Je dois m’occuper des affaires du domaine et j’ai l’intention de le faire à cheval…
— Splendide ! Je suis une excellente cavalière ! Je ne vous ennuierai pas. Je veux seulement rencontrer vos fermiers afin de pouvoir commencer mes bonnes œuvres. C’est très sérieux.
Il s’efforça de garder une expression neutre, mais agrippa le bras de son fauteuil.
— Et votre chien ? demanda-t-il, toujours aussi sec.
— Il viendra avec nous !
— Non.
— Bon. Je trouverai quelqu’un pour s’occuper de lui, alors… A quelle heure dois-je être prête à partir ?
Elle eut de nouveau un sourire triomphant.
Il était coincé. Lui refuser ce qu’elle demandait serait le signal d’une sorte de guerre où des fleurs de toutes les formes et de toutes les tailles s’épanouiraient partout, et où sa maison serait prise d’assaut par des chiots désobéissants.
— Neuf heures, répondit-il. Ne tardez pas. Je n’attendrai pas.
Elle rit comme s’il avait fait une plaisanterie.
— D’une certaine manière, je l’avais deviné, milord. Oh ! J’aimerais apporter quelques aménagements dans le salon de musique. J’espère que cela ne vous dérangera pas. J’aimerais aussi avoir un professeur de piano. Mon jeu a besoin d’être dépoussiéré, vraiment. Je regrette de ne pas avoir été plus attentive quand j’étais plus jeune, mais il y avait tant de distractions !
Elle haussa les épaules.
— Rien de tel que le présent pour réparer les erreurs du passé, n’est-ce pas ?
Elle continua à bavarder durant le repas, parlant de musique et de chiens, et évoqua le fait de donner un nom au chiot. Jeffrey l’entendait à peine — il contemplait la forme de sa bouche. Ou les rondeurs de sa poitrine, sa chair crémeuse qui débordait de son corselet.
Grace s’attarda sur le dernier plat, le prolongeant à dessein, suspecta-t-il, car elle savait qu’il attendait. Lorsqu’elle posa enfin sa fourchette, il mit sa serviette de côté.
— Si vous voulez bien m’excuser.
— Bien sûr, dit-elle, et elle sourit d’une façon qui lui emballa le sang.
Il alla tout droit à son cabinet de travail, ferma la porte à clé, puis tira furieusement sur son écharpe en quête d’air. Il ne s’était pas senti aussi déstabilisé depuis cette soirée à Bath. Tous ces chiens, ces salons de musique, ces bavardages ! Tant de bavardages ! Et lui, incapable de penser à autre chose qu’à la posséder…
Il compta, divisa, multiplia, ajouta et compta encore pour apaiser ses pensées, pour revenir en terrain familier et recouvrer la raison. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas été troublé à ce point par ses pulsions qu’il se mit à s’interroger sur ce qu’elles étaient, par tous les diables, et pourquoi, au nom du ciel, elles impliquaient le chiffre huit !
Il suspectait que quelle que soit sa « maladie », son père en avait souffert aussi, tant il s’était montré déterminé à organiser sa vie selon un ordre précis et exigeait la même chose de ses enfants. Ils devaient avancer dans l’existence tambour battant, et lorsqu’ils ne le faisaient pas, ils subissaient son courroux. Tous les trois. Mais son père était particulièrement exigeant avec lui, son fils aîné et héritier. Jeffrey se rappelait plusieurs incidents pour lesquels la punition avait été sévère. Une fois, alors qu’il avait huit ans, il n’avait pas salué correctement un gentleman en visite. Son père lui avait alors ordonné de rester debout au milieu du vestibule pendant si longtemps qu’il avait vu le soleil se coucher. Ses genoux flageolaient, il s’était senti malade de désespoir et de faim, mais le comte n’avait pas voulu le délivrer de son châtiment jusqu’à ce qu’il ait atteint un seuil quelconque connu de lui seul.
John et Sylvia avaient subi aussi les dures punitions de leur père, mais pas comme lui-même. Il avait essayé de protéger ses cadets comme il l’avait pu, endossant le blâme de bêtises auxquelles il n’avait pas participé, juste pour qu’ils ne soient pas victimes à leur tour du sens tordu de la justice de leur géniteur.
Mais en dépit de son éducation très stricte et des pénibles singularités de son père, ce fut seulement à la mort de ce dernier qu’il commença à remarquer des signes de sa propre corruption morale, de la dépravation qui s’était immiscée en lui comme par réaction. Il ne pouvait rien faire — rien — pour la bannir. Le chiffre huit était son seul réconfort. A un moment donné, d’une manière quelconque, le huit était devenu son rempart.
Par chance, il n’était généralement pas aussi furieux qu’il l’avait été ces quinze derniers jours. Il avait appris à vivre avec ses obsessions, et s’il suivait chaque jour le chemin qu’il s’était tracé, s’il vivait simplement, il vivait satisfait. Pas heureux, mais satisfait.
Il ignorait combien de temps il était resté dans son cabinet de travail, mais quand il en sortit, Cox avait déjà fait sa ronde pour éteindre les appliques.
Il marcha dans l’obscurité, mesurant ses pas, respirant superficiellement. Il n’avait aucune intention d’entrer dans la chambre de Grace, convaincu qu’il devait rester éloigné d’elle s’il voulait avoir un espoir de bannir les images qui le hantaient. Mais tandis qu’il se déshabillait, s’efforçant de repousser ces images, son corps devint moite. Il était ensorcelé, consumé de pensées immorales et lascives. Il ne voulait pas aller la rejoindre — il ne le voulait pas —, mais il n’y avait rien pour l’en empêcher. Pas de loi, pas de scrupule vertueux, qui pouvaient ou devaient tenir un homme loin de son épouse.
Il enfila alors sa robe de chambre et fut dans le couloir avant d’y avoir réfléchi. Il frappa une fois à sa porte, puis l’ouvrit.
Grace était assise à son secrétaire, écrivant furieusement sur une feuille de vélin. Lorsqu’il franchit la porte, elle lâcha la plume et s’empressa de se lever. Il vit alors quelque chose passer sur son visage — de la peur ? Oui, de la peur, manifestement, car elle recula d’un pas tandis qu’il s’avançait.
Cela l’affligea. Mais il était trop tard pour eux deux — il s’était enfoncé trop loin dans ses pensées, ne pouvait plus trouver de soulagement que dans le corps de Grace.
Il traversa la pièce jusqu’à l’endroit où elle se tenait, la saisit par la taille, l’écrasa contre lui et mit avidement sa langue dans sa bouche, ignorant son petit cri. Il avait honte, tellement honte ! Il n’en guida pas moins sa main sur son bas-ventre, pour qu’elle sente son désir pour elle, ouvrit sa robe de chambre et lui fit refermer les doigts sur son sexe roide.
Elle ne se rétracta pas, ne glapit pas comme il s’y attendait. Mais elle le tortura par son innocence. Sa main commença à bouger sur lui, ses doigts remontant le long de son pénis, son pouce en effleurant le bout. La sensation était insupportable ! Il la souleva brusquement, lui enlaçant la taille, et, en une rapide enjambée, la déposa sur le lit, allongée sur le dos. Elle était encore complètement vêtue, mais il ne lui laissa pas le temps de se déshabiller. Il empoigna le bas de sa robe et la retroussa, puis glissa sa main sous son dos et resserra son emprise sur elle, dans l’intention de la faire se retourner pour qu’elle ne puisse pas le regarder, lorsqu’il plongerait en elle.
— Non !
Elle s’agrippa à ses épaules, enfonçant ses ongles dans sa chair.
— C’est mon droit…
— Jeffrey ! s’exclama-t-elle alors, le surprenant par l’emploi de son prénom. Me trouvez-vous si laide ?
Cette question le rendit muet. Elle était superbe.
— Est-ce que je vous révulse ? insista-t-elle.
— Non !
— Mais vous m’obligez toujours à me tourner. Pourquoi ne voulez-vous pas me regarder ?
Il ne sut que répondre, comment lui expliquer les folles pensées qu’il avait dans la tête.
Elle prit son visage entre ses mains, levant vers lui des yeux brillants.
— Regardez-moi. Comptez jusqu’à huit si vous le devez, mais regardez-moi en face.
Son souffle se coinça dans sa poitrine : elle n’aurait pu le stupéfier davantage ! Comment pouvait-elle savoir, comment avait-elle deviné son obsession ?
— Dites mon nom, je vous en supplie. Regardez-moi. Je suis votre femme !
Le sang de Jeffrey s’emballait furieusement, à présent, pulsant à travers lui, l’emportant.
— Ne me retournez pas comme si me posséder était pour vous une tâche détestable.
Elle se souleva, l’embrassa légèrement sur les lèvres. Ce fut un baiser timide, mais il fut plus puissant que tous ceux qu’il avait reçus dans sa vie.
— Mon nom est Grace.
— Grace, chuchota-t-il, avant de l’envelopper de ses bras et de l’embrasser.
Elle ne pouvait pas savoir à quel point il luttait pour se contenir, à quel point ses tendres baisers, loin de tenir son désir en laisse, l’enflammaient. Elle ne pouvait pas comprendre que, s’il prononçait son nom, s’il laissait ce murmure entrer dans son cœur, il ne pourrait plus jamais s’en défaire et serait obsédé par elle, quel que soit le degré auquel elle pourrait en venir à le détester.
Mais une fois de plus, c’était trop tard pour lui.
— Grace, répéta-t-il, et il l’allongea sur le dos, puis entreprit de lui ôter ses chaussures, l’une après l’autre. Grace, dit-il encore, glissant une main sous l’ourlet de sa robe. Grace, marmonna-t-il, le relevant et le remontant jusqu’à sa taille.
Elle était exposée à sa vue, maintenant, juste comme dans les images qui hantaient son esprit. Sombre et brillante de moiteur, l’appelant. Il se pencha sur elle, lui embrassa la bouche, puis le creux de sa gorge, puis plus bas, sa poitrine et sa cuisse nue. Il prononça son nom, posa des baisers sur sa chair tendre.
Son odeur l’excita. Il tomba à genoux devant elle, tout son corps engorgé de désir. Il lui écarta les jambes et la toucha de sa langue, la faisant glisser en une longue caresse. Grace sursauta à ce contact et poussa une exclamation. Ce qui ne l’arrêta pas. Il lui saisit au contraire les hanches, les tenant fermement, léchant ses replis les plus intimes, s’enfonçant dans ses profondeurs obscures.
Grace replia un genou. Elle s’agrippa à ses mains, nouant ses doigts autour d’elles, tandis qu’il poursuivait ses assauts. Il la suça, la taquinant de ses lèvres et de ses dents, puis il enfonça de nouveau sa langue en elle, la faisant tourner, puis aspira son sexe dans sa bouche.
Elle poussa un cri, s’arqua, tandis que son corps cédait au plaisir. Elle se pressa contre lui, cherchant à éprouver encore plus de volupté.
Il se mit debout. Lui releva les jambes, les passa autour de sa taille, puis s’insinua en elle. Au début, il la caressa, mais sa dépravation était trop puissante et il se mit à donner des assauts, à une allure incessante.
Il regarda son beau visage, n’en détacha pas les yeux. Il lâcha sur elle la fureur de son désir, se tendant vers un orgasme qu’il prévoyait très fort. Alors qu’il pensait ne plus pouvoir en supporter davantage, elle ferma les yeux et gémit de nouveau, arquant le dos, se resserrant autour de lui en un spasme de jouissance qui lui arracha une réaction explosive.
— Grace, dit-il d’une voix rauque, et il s’effondra sur elle, épuisé.
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