Dans le lit du comte
Chapitre 16
16
La saignée avait laissé Jeffrey au bord d’un précipice, et l’apparition inattendue de Grace lui avait fait perdre l’équilibre. Le fait était qu’il ne supportait pas bien les surprises.
Et cependant, malgré l’échec des remèdes préconisés par Linford, il éprouvait un grand soulagement de s’être confié à elle. Il n’avait pas mesuré combien il avait besoin d’exprimer à voix haute ce qui le tourmentait. C’était la première fois de sa vie qu’il avait révélé son immonde secret à quelqu’un de proche, et, après un bain et un peu de nourriture, il se sentit plus léger que jamais depuis sa première rencontre avec Grace. Face à elle, il avait senti qu’il contrôlait ses pensées, ses habitudes. Peut-être que tout ce qu’il lui avait fallu était un moment seul pour absorber ce changement monumental dans sa vie. Peut-être qu’il pouvait prendre les rênes de ce mariage, finalement.
Plus de secrets.
Mais Dieu lui vienne en aide, Grace n’était jamais la même d’un jour à l’autre ! Elle s’était montrée contrite et réservée au début. Puis en colère. Puis gaie, enjouée et atroce musicienne. Bonne avec un animal inutile.
Et maintenant, elle avait disparu.
Elle était sortie avec le chien après avoir quitté son cabinet de travail.
— Elle est allée marcher, l’avait informé Tobias.
Mais elle n’était pas revenue.
Lorsqu’il ne la vit pas paraître au dîner, il ne put qu’envisager le pire. L’avait-elle fui ? L’avait-il horrifiée au point qu’elle s’était esquivée pendant qu’il prenait son bain ? La sensation de légèreté qu’il avait éprouvée après ses aveux commença à s’alourdir. Il se demandait à présent comment il pourrait supporter son manque de prévisibilité, si elle revenait à lui. Il songea alors à Mary Gastineau et à la façon dont un mariage avec elle aurait pu fonctionner. Mary était timide et bien plus pondérée que Grace. Bonté divine, d’entières escouades de débutantes étaient plus pondérées qu’elle ! Mary, il en était certain, ne l’aurait pas impétueusement suivi jusqu’à Bath.
Il sourit un peu à cette idée, et imagina Grace dans la berline avec Hattie et le chien, bavardant comme si elle prenait le thé.
Mais l’attente était insupportable. Finalement, il sonna Tobias.
— Est-elle rentrée ? demanda-t-il quand le majordome entra dans le salon.
— Non, milord. Sa femme de chambre m’a informé qu’elle dînait chez M. et Mme Brumley.
Les Brumley, bien sûr… Ils lui demanderaient sûrement pourquoi son époux ne l’avait pas accompagnée. Que leur dirait-elle ? Etaient-ils rassemblés autour d’elle, à cette heure, le visage convulsé d’horreur tandis qu’elle leur chuchotait la hideuse vérité ? Non, non… Grace ne ferait pas une chose pareille. Quoi qu’elle ressente pour lui maintenant, elle ne voulait ni le blesser, ni lui faire du tort.
Néanmoins, il se sentait mal à l’aise, et débattait s’il devait aller la chercher, faire au moins une apparition chez ses amis. Que ferait John dans une telle situation ? Il avait toujours envié la facilité avec laquelle son frère traitait avec les autres, son aisance en société. John aimait la foule et il était très sociable, toujours prompt à contenter leurs hôtes.
Lui-même était incapable de proférer ces banalités qu’on échange en société. Etant donné son esprit malade, faire la conversation, sourire, même, lui étaient très difficiles. Il savait que les gens le considéraient comme un homme distant et hautain, mais ce n’était pas vrai. La vérité, c’était qu’il était enfermé dans la folie qui consumait son existence. Les salons mondains représentaient le terrain le plus dangereux sur lequel il pouvait s’aventurer. En présence d’étrangers ou de simples connaissances, il devait se concentrer entièrement sur sa maladie, afin de n’en montrer aucun signe. Il était péniblement conscient que la folie, plus que toute autre tare, pouvait détruire la famille et le nom prestigieux qu’il représentait. Plus que le scandale, plus que la fragilité, plus que le manque de fortune, plus que l’incapacité à payer ses dettes, rien ne détournait les gens comme le soupçon de la démence. La société était encline à enfermer les plus fous dans des cachots, pour les y laisser pourrir. Il était certain que personne, dans les cercles élevés qu’il fréquentait, ne permettrait à une fille d’épouser un dément, ou le frère d’un dément, car qu’arriverait-il, si cette tare se transmettait par le sang ? Même les enfants de Sylvia, dont l’un était nouveau-né, seraient suspects !
Transmettre sa folie à un enfant était la pire chose que Jeffrey pouvait imaginer. Le plaisir charnel qu’il recherchait en Grace le perturbait plus encore quand il considérait que, chaque fois, il risquait d’engendrer un enfant qui serait comme lui.
Et pourtant, il ne pouvait pas s’arrêter.
Il fallait qu’il aille la chercher ! Il s’habilla, nouant et dénouant plusieurs fois son écharpe, nerveusement, avant d’être satisfait. Il alla dans le vestibule, et alors qu’il prenait son chapeau et sa cravache des mains de Tobias, la porte s’ouvrit et Grace entra, le chiot gambadant devant elle. Ses joues étaient avivées et son sourire un peu hésitant.
— Galopin et moi avons fait une sacrée promenade ! Ou plutôt, il m’a traînée derrière lui sur une très longue distance.
— Si je peux me permettre, lady Merryton, je vais le conduire à l’écurie, dit Tobias.
— Merci.
Grace lui donna la laisse. Elle se pencha, roucoula quelque chose au petit chien et le gratta derrière les oreilles avant qu’il soit emmené.
Quand le majordome et l’animal furent partis, Grace et Jeffrey se retrouvèrent seuls dans le vestibule. Elle le regarda avec nervosité.
— Avez-vous apprécié votre soirée ? demanda-t-il.
— Oh ! répondit-elle, en soupirant, la cousine Beatrice a insisté pour que je décrive chaque pièce de Blackwood Hall dans tous les détails. Tous ! J’ai dû lui indiquer jusqu’au nombre de bougies !
Jeffrey haussa un sourcil.
— Cela fait un grand nombre de pièces et de bougies.
— En effet. Mais j’ai été enthousiaste dans mes louanges, dit-elle avec un drôle de petit signe de tête. J’ai peut-être embelli un peu la réalité. J’ai proclamé votre maison la plus grandiose des demeures et une résidence favorite du roi.
— Du roi ? répéta Jeffrey, en souriant.
— Vous ne connaissez pas Beatrice. Elle aime que les choses aient du panache. Vous pouvez me faire confiance, elle a adoré le tableau que je lui ai brossé ! Elle était assise tout au bord de sa chaise pour mieux m’écouter et je craignais qu’elle ne bascule et écrase le pauvre Galopin. Ensuite, je lui ai expliqué que le domaine est si vaste que vous vous étiez rendu malade à le gérer. Elle vous envoie ses meilleurs vœux pour un prompt rétablissement.
Elle n’avait rien divulgué de sa vraie maladie ! Il en sourit de soulagement et de gratitude
— Nous pourrions peut-être prendre un porto, suggéra-t-il, en indiquant le salon.
— Pourrions-nous avoir du thé, plutôt ? demanda Grace, en posant légèrement la main sur son ventre. J’ai bu assez de vin, ce soir.
— Je m’en occupe, dit-il, et il lui fit signe de l’attendre dans le salon.
Lorsqu’il revint, le thé commandé, Grace était toujours debout. Elle avait ôté sa cape et portait une robe en gaze de soie verte avec une traîne semée de minuscules cristaux. C’était vraiment une belle femme ! Aussi belle que lorsqu’elle était allongée nue dans son lit, la peau dorée par la lumière du feu. Il admira ses cheveux de miel, ses lèvres pleines et roses, et sentit les vilaines pensées s’amasser à la lisière de son esprit. Il baissa les yeux, tapota ses doigts huit fois.
Quand il les releva, il vit qu’elle l’observait.
— Je n’étais pas certain que vous reviendriez, dit-il.
— Très honnêtement, moi non plus.
Elle passa le dos de sa main sur sa joue et regarda la fenêtre d’un air absent.
— J’ai passé le plus clair de la soirée à essayer de comprendre ce que vous m’avez dit, et je n’y arrive pas.
Le cœur de Jeffrey sombra un peu. Bien sûr, qu’elle ne pouvait pas comprendre sa folie. Elle était trop intelligente, trop rationnelle, pour trouver du sens à quelque chose d’aussi déconcertant.
— Mais en y réfléchissant, je me suis rendu compte que je vous avais placé de force dans cette position intenable, puis obligé à révéler votre… dilemme. Je ne vous abandonnerai pas avec maintenant, Jeffrey. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, mais vous devriez savoir que je n’en suis pas effrayée.
C’était la chose la plus gentille qu’elle aurait pu lui dire. Il fit un pas en avant.
— Grace…
— Puis-je vous demander, dit-elle avant qu’il ne puisse parler ou la toucher, si quelqu’un d’autre est au courant de ce qui vous affecte ?
— Linford en sait un peu. Mon frère et ma sœur suspectent un problème, surtout John. Mais personne n’en connaît l’étendue.
— Serai-je un jour présentée à votre famille, ou dois-je rester un secret, moi aussi ?
— Vous n’êtes pas un secret, répondit-il fermement. Ils viendront ici en été pour échapper à l’air vicié de Londres. Tout comme, je présume, vous seriez allée à… Longmeadow, c’est cela ?
Elle sourit.
— Vous vous en êtes souvenu.
— Je me rappelle tout ce que vous avez dit.
Il était très sérieux.
— Que vont-ils penser de moi ?
— Pardon ?
— Votre famille. Que vont-ils penser de moi ?
Elle triturait le bout du ruban qui ceignait sa robe sous sa poitrine. C’était l’une des rares manifestations d’anxiété qu’il avait vues chez elle.
Ils penseraient qu’il avait perdu l’esprit, certainement, car s’il y avait un membre de la famille sur qui l’on pouvait compter pour éviter le scandale, c’était lui. Mais ils la trouveraient charmante, il n’en doutait pas.
— Je crois qu’ils diront que la chance m’a souri, répondit-il honnêtement.
Les yeux de Grace s’élargirent de surprise et elle sourit de plaisir.
— Merci. Je suppose qu’ils me jugeront scandaleuse. Ou pire. A présent, j’aimerais savoir si vous avez l’intention de rencontrer ma famille ?
Jeffrey n’eut pas conscience de frapper ses doigts l’un contre l’autre jusqu’à ce que Grace s’approche et lui prenne la main. Elle leva les yeux vers lui, des yeux curieux mais aimables, tandis qu’elle mêlait ses doigts aux siens pour l’empêcher de continuer.
Tobias entra avec le service à thé, et Grace lui lâcha la main. Elle alla jusqu’au manteau de la cheminée et alluma une autre bougie, tandis que le majordome disposait le thé et les biscuits.
— Merci, ce sera tout, dit Jeffrey, et il attendit que le domestique soit sorti.
Grace jeta un coup d’œil autour d’elle.
— J’aime bien cette pièce…
Puis elle ramena les yeux sur le visage de Jeffrey qui la servait.
— Elle me rappelle une pièce de Longmeadow, un petit salon où ma mère aimait que nous dînions sans formalité. Elle disait que cela lui permettait de surveiller nos manières de plus près.
Elle sourit à ce souvenir, et le regarda de nouveau.
— Et votre mère ? poursuivit-elle. Vous ne m’avez rien dit d’elle.
Jeffrey ne se rappelait pas grand-chose d’elle. Depuis tout-petit, il l’avait vue passer la plupart de ses jours au lit, souffrant d’une maladie ou d’une autre. Pour lui, la vérité était qu’elle était paresseuse, et s’était habituée à l’art de rester couchée. Art qui venait naturellement, quand on buvait du cognac comme elle le faisait.
— Ma mère ne se souciait pas de ses enfants, répondit-il d’un ton détaché.
Il baissa les yeux sur son assiette, soudain en proie à un souvenir pénible. Son père s’était fâché contre lui pour une raison qu’il avait oubliée à présent, et l’avait enfermé dans un placard. Il se rappelait avoir alors appelé sa mère. Il avait compté jusqu’à huit, puis l’avait appelée de nouveau. Il l’avait fait encore et encore. Elle n’était jamais venue. Personne n’était venu. Il s’était passé des heures avant que son père ne vienne le libérer.
— Je ne me souviens pas très bien d’elle, ajouta-t-il, plus pour lui-même que pour elle, en lui faisant signe de s’asseoir et en lui tendant une tasse.
— Je suis désolée pour vous…
Il haussa les épaules avec indifférence, tandis qu’il s’asseyait près d’elle sur le canapé.
— Je le suis vraiment, reprit-elle. Je ne peux imaginer cela. Ma mère, elle…
Elle détourna soudain les yeux vers la cheminée.
— … a été la plus gentille, la plus aimante des mères.
Elle n’ajouta rien pendant un moment et parut se perdre dans ses pensées, promenant un doigt sur le bord de sa tasse.
— Souhaitez-vous avoir des enfants ? demanda-t-elle soudain.
Un goût amer emplit la gorge de Jeffrey. Il eut envie de whisky et se leva abruptement pour aller jusqu’au buffet.
— Je suis obligé d’avoir un héritier, répondit-il, en se servant un verre.
— Voulez-vous des enfants seulement parce que vous y êtes obligé ?
— C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre, déclara-t-il sincèrement.
Il vida son verre d’un trait et s’en servit un autre.
— Mais c’est la seule chose que l’on attend vraiment de moi, sauf empêchement naturel.
Il se tourna vers elle.
— Mais je ne souhaite pas avoir des enfants, Grace. Comment pourrais-je le souhaiter, sachant quelles tares je pourrais leur transmettre ?
— Eh bien, moi, j’aimerais être entourée de mes enfants, élever une grande famille heureuse, avec beaucoup d’amour et de rires. Il ne me plairait pas de passer mes journées sans avoir personne dont m’occuper.
Elle le regarda d’un air d’attente ; et il était clair qu’elle voulait qu’il acquiesce, qu’il veuille la même chose. S’il avait été n’importe qui — hormis un homme qui devait compter jusqu’à huit pour supporter la vie, ou qui ne pouvait pas chasser de son esprit l’image de son épouse les jambes écartées pour lui —, il aurait pu lui donner cette assurance.
Il se rassit à côté d’elle.
— En voulez-vous encore, vu ce que je vous ai dit ?
Elle soutint fermement son regard, ses yeux semblant chercher quelque chose en lui.
— Cela me fait réfléchir, je ne le nierai pas, avoua-t-elle. Mais j’ai confiance et, oui, j’en veux.
Elle mordilla un biscuit.
— Voulez-vous me décrire les images qui vous obsèdent ?
Cette requête le prit au dépourvu. Il faisait de son mieux pour se montrer sincère avec elle, mais il y avait certaines parties de lui qu’il pouvait à peine contempler, encore moins révéler. Il ne pouvait pas la regarder dans ses yeux noisette et lui dire à voix haute les pensées voraces et lascives qu’il avait à son sujet.
Soudain, Grace posa sa tasse et se pencha pour prendre son visage sombre entre ses mains.
— Je ne les crains pas, Jeffrey. Je ne crains rien de vous.
Il ferma les yeux et déglutit fortement.
— Jeffrey, insista-t-elle dans un murmure, sa voix douce flottant en lui au-delà des pensées torrides, du besoin tout-puissant de compter. Aidez-moi à comprendre.
— Elles sont la façon dont je vous désire, s’entendit-il dire. La manière incompréhensible et débauchée dont je vous désire.
Il ouvrit les yeux, lui saisit la main et en embrassa la paume.
— Ces images sont choquantes.
— Comme quoi ?
— Grace, je vous en supplie, ne me poussez pas. J’ai été aussi honnête avec vous que je sais l’être.
Elle secoua la tête.
— Je ne comprends pas comment le désir d’un homme pour sa femme peut être débauché.
— Parce que vous êtes trop innocente pour comprendre quelles dépravations existent dans ce monde.
Elle s’écarta de lui, l’étudiant.
— Je suis peut-être innocente, mais pas naïve, Jeffrey. J’ai entendu des histoires…
— Vous n’avez rien entendu de tel ! la coupa-t-il vivement, et il se leva pour retourner au buffet. Je vous désire de certaines façons qui pourraient vous faire du mal.
— Mais vous ne m’avez pas fait mal le moins du monde, jusqu’ici ! Cette obsession n’est pas réelle.
— Rien que par la nature des actes que j’imagine, je vous fais déjà du mal.
Elle fronça un peu les sourcils, comme si elle essayait de trouver un sens à cette déclaration. Elle se leva et fit un pas hésitant vers lui.
— Dites-moi comment vous me feriez mal. J’ai le droit de savoir.
Le sang de Jeffrey bouillonnait de regret, de désir, d’un torrent d’émotions qui avaient été enfermées et tenues à distance toute sa vie. Elles arrivaient à cet instant à ébullition, et il sentait l’imminent danger qu’elles débordent. Il inspira et serra fortement les mains.
— Je vous imagine ligotée et bâillonnée, dit-il platement. Dans mon fantasme, vous ne pouvez ni bouger, ni parler.
Grace marqua une pause.
— Suis-je habillée ?
— Au début. Mais ensuite je vous ôte tous vos vêtements.
Il déglutit fortement, son esprit s’emplissant de cette image.
La poitrine de Grace se souleva.
— Continuez, dit-elle.
— Vos… vos bras sont attachés au-dessus de votre tête, reprit-il, en désignant ses mains. Vos jambes sont écartées.
Elle mordit sa lèvre inférieure.
— Et après ?
— Après, répondit-il en se rapprochant d’elle, je glisse mes doigts en vous, pour vérifier si vous appréciez d’être ligotée.
— Et je l’apprécie ? demanda-t-elle, renversant la tête en arrière pour le regarder.
— Oui.
Il se pencha vers elle et chuchota :
— Ensuite, je prends ma cravache.
Il l’entendit retenir son souffle.
— Et j’en détourne totalement l’usage…
Grace tourna légèrement la tête vers lui.
— Pour me faire mal ?
Il effleura sa tempe de ses lèvres.
— Non. Pour voir votre plaisir sans mélange. Mais je crains, dans mon zèle, de vous blesser.
Elle resta immobile un instant, puis s’écarta de lui, se dirigeant vers la porte. Etait-il allé trop loin ? Non, elle alla seulement jusqu’à la console et prit la cravache qu’il avait posée à côté de son chapeau. Elle se retourna vers lui, la cravache à la main.
— Montrez-moi, dit-elle.
— Grace, non…
— Jeffrey Donovan, je préfère que mon époux me désire au risque de me faire mal, plutôt qu’il ne me désire pas du tout !
Elle lui lança la cravache, et passa ensuite les mains dans son dos, commençant à déboutonner sa robe. Son corselet devint lâche et elle repoussa la robe sur ses épaules, l’enjambant quand elle tomba à terre. Elle ne portait plus qu’une camisole.
— Montrez-moi, répéta-t-elle.
Il n’aurait pu être plus excité. Il serra fortement la cravache, puis donna un petit coup sur la pointe d’un sein.
Grace baissa la tête et fit descendre sa camisole, se tenant devant lui complètement nue, sa peau luisant à la lumière du feu.
Il était perdu, à présent, tombant dans le puits de ses désirs. De sa cravache, il traça une ligne sur sa poitrine jusqu’à l’autre sein et donna un autre petit coup sur la pointe. Les deux tétons étaient rigides, maintenant. Grace lui décocha un sourire langoureux. Il se déplaça sur sa droite, essaya la cravache sur ses fesses. Elle sursauta, et tourna vers lui des yeux embrasés.
— Comment trouvez-vous ceci, lady Merryton ? marmonna-t-il, en lui donnant un autre coup de cravache.
— Intéressant…
Elle prit une profonde inspiration tandis qu’il plaçait la cravache à hauteur de ses hanches, puis la glissait entre ses jambes. Il passa derrière elle, posa une main sur sa taille et se pencha pour lui mordiller l’épaule.
Grace pivota dans ses bras. Elle porta la main à son écharpe, la dénoua et la leva.
— Attachez-moi.
— Non, dit-il, mais elle lui mit l’écharpe dans la main, puis recula et ôta les épingles de ses cheveux.
Des mèches dorées tombèrent sur ses épaules. Elle leva les mains, les poignets joints.
— Attachez-moi, Jeffrey.
Il regarda ses mains délicates, ne sachant pas s’il devait partir ou laisser cette jeune femme, cette innocente, le suivre dans sa débauche. Avait-il la force de renoncer à ce plaisir ? Hélas, son sexe se tendait déjà.
Bien sûr qu’il allait la prendre. Il allait jouer avec elle, puis plonger en elle.
— Caressez-vous, commanda-t-il.
— Pardon ?
Il lui donna un autre coup de cravache sur le sein, un peu plus fort cette fois.
— Vous voulez savoir ce que je désire ? Alors caressez-vous.
Elle porta les mains à ses seins d’un geste hésitant.
Ce n’était pas grand-chose, mais Jeffrey trouva cela étrangement érotique. Grace écarta lentement les doigts sur ses seins, pressa ses mamelons raidis, et il put presque sentir ses doigts sur les siens.
Il tira d’un coup brusque sur son col et le jeta par terre. Puis il se mit à marcher droit vers elle.
— Glissez votre main plus bas, entre vos jambes.
Grace fit ce qu’il demandait. Sa main descendit lentement sur son ventre doux et s’insinua entre ses cuisses. Elle releva légèrement la tête, comme si la sensation l’avait brûlée.
Jeffrey passa les mains sur ses flancs. Il promena son regard sur son corps, contemplant les aréoles sombres de ses seins, les tétons durcis, la chair de poule sur ses bras. Il lui prit une main, puis l’autre, et les attacha avec son écharpe. Les yeux de Grace étincelaient et un sourire séducteur se peignit sur ses lèvres. Il lui écarta les cheveux du visage.
— Vous me stupéfiez, murmura-t-il.
Il la fit pivoter, puis la guida afin qu’elle se courbe sur le canapé, les fesses exposées, et fit claquer la cravache dessus.
Grace fit alors entendre un son… de détresse ? De plaisir ? Il paniqua un instant, mais elle tourna la tête et le regarda.
— Vous voyez ? dit-elle d’un ton suave. Vous ne m’avez pas fait mal.
Il leva les yeux vers elle et une myriade d’images, toutes lascives, lui traversa le cerveau. Il la frappa de nouveau avec la cravache, puis la mit de côté. Il pouvait à peine respirer. Une flamme s’était allumée entre ses reins, et il se pencha sur elle.
Il glissa la main entre ses jambes et coula ses doigts dans sa féminité. Elle était à cheval sur le bras du canapé, un festin pour lui.
— Oui, souffla-t-il, son esprit s’emballant, son corps précédant ses pensées. Maintenant, fermez les yeux.
Grace obéit.
— Il vous est interdit de les ouvrir, dit-il.
Il saisit son menton dans sa main et se pencha de façon à être tout près de ses lèvres.
— Etes-vous effrayée ?
— Non.
Il plongea un doigt dans le pot de miel servi avec le thé et en enduisit d’abord ses lèvres, puis il traça une ligne le long de son dos, jusqu’à ses hanches. Il frotta le miel sur la peau rosie par la cravache. Il la regarda sortir le bout de sa langue pour le goûter, puis faire glisser ses dents sur sa lèvre inférieure, absorbant le miel.
C’était follement érotique, et elle semblait tout à fait à l’aise avec sa mise en scène. Il ne réprima pas son désir — il ne lui restait rien d’autre à faire que d’agir à sa guise avec elle. Cette idée lui paraissait décadente, mais en même temps, elle était incroyablement libératrice. Exaltante. Il sentait le corps de Grace frémir d’anticipation sous le sien. Il sentait aussi son propre cœur tambouriner d’attente.
Un peu de miel coula sur sa hanche ; il le lécha. Il enduisit de miel d’autres parties d’elle. Lorsqu’il la mordit, elle gémit, se haussa vers lui, et un frisson de désir le traversa tout entier.
Il continua son assaut sucré, descendant entre ses jambes, lapant le miel sur son sexe, tandis qu’elle étouffait une exclamation et se trémoussait contre lui.
— Détachez-moi, dit-elle, le souffle court.
Il se redressa, dénoua vivement le lien et leva les mains.
— Je vous demande pardon. Je savais bien…
Elle fit claquer sa langue. Elle passa la main sur la table et trouva le pot de miel. Elle plongea deux doigts dedans et, en le regardant, elle en étala sur son torse, son ventre, suivant la trace sucrée de sa bouche, et le lécha comme il l’avait fait avec elle.
L’effet l’ébranla. Jeffrey se laissa retomber sur le canapé, sa poitrine se soulevant à chaque inspiration. Elle le poussa dans un fauteuil et s’agenouilla entre ses jambes.
— Grace, dit-il, mais son avertissement s’évanouit quand elle le prit dans sa bouche.
Elle passait sa langue comme pour le goûter, le rendant fou de désir, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le supporter. Il l’attrapa alors, la souleva et l’allongea sur la table. Lorsqu’il la pénétra, ce fut un choc de pur plaisir. Il bougeait profondément en elle, la poussant vers l’assouvissement final.
Elle atteignit l’orgasme dans un cri, ce qui provoqua chez lui une réaction explosive. Il tomba la tête la première, dans la pure extase.
Un moment passa tandis qu’il s’efforçait de revenir au présent. Quand le brouillard de l’extrême volupté se fut éclairci, il retourna en chancelant dans le fauteuil, près de la table, et attira Grace sur ses genoux.
Elle lui embrassa la joue, lécha un peu de miel sur sa bouche et posa la tête sur son épaule.
Il lui vint à l’idée, dans ce moment éclatant et plein d’ivresse, que son inquiétude avait peut-être toujours été mal placée. Que c’était peut-être lui qui devait craindre ses propres pensées.
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