det En dépit du passé

Jodi Thomas · Chapitre 21 sur 37

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det En dépit du passé

Chapitre 20

20

 

 

Lauren

Souriante et repue de crème glacée, Lauren embrassa son père et lui souhaita une bonne nuit. Il était tard, mais ils s’étaient tellement amusés à s’empiffrer de banana split qu’ils étaient restés attablés au Dairy Queen pendant plus d’une heure.

Elle lui avait raconté sa soirée avec Reid, en omettant la rencontre de Polly avec Reid dans le couloir de la maison de la fraternité. Elle lui avait aussi raconté ce qu’elle avait ressenti en rentrant à la résidence universitaire et en trouvant Polly couverte de sang. Seulement, elle avait évité de sous-entendre que ce n’était peut-être pas un accident. Elle avait parlé de Tim, de Lucas et de tous les autres jeunes de Crossroads qui fréquentaient aussi Tech, en passant sous silence le baiser passionné qu’elle avait échangé avec Lucas avant qu’il rompe — même s’il ne les considérait sans doute pas comme un couple, de toute façon.

Elle sortit sur le ponton et regarda le reflet de la lune danser sur les eaux sombres. C’était bizarre. Elle avait l’impression que dorénavant, elle passerait sous silence des parties de toutes les histoires qu’elle raconterait à son père. L’époque où elle lui racontait en détail tout ce qui se passait à l’école était révolue. Maintenant, il avait la version édulcorée d’une vie presque classée X.

Elle sourit. Tout dans son existence paraissait changer, comme si elle s’était engagée sur des sables mouvants. Pour le premier week-end depuis des années, elle ne savait pas si Lucas était à Crossroads ou toujours à Tech. Il ne l’avait pas appelée.

La lumière s’éteignit dans la chambre de son père. Tout le monde dormait, sauf elle. Elle avait bien fait de décider de rentrer à la maison, pas seulement pour Polly, qui semblait revenir du côté obscur, mais aussi pour elle-même.

Elle fit quelques pas le long de la berge et vit Tim, assis sur un éperon rocheux qui surplombait le lac. Quand ils étaient petits, ils grimpaient sur ce rocher et inventaient des histoires. Comme ils étaient tous deux enfants uniques, elle avait toujours considéré Tim comme un frère.

— Bonsoir, dit-elle en grimpant sur ce qu’ils appelaient « le rocher aux histoires ». Il fait trop froid pour prendre un bain de lune, cette nuit.

— Sans blague. J’ai peur d’essayer de me lever. Mes fesses sont collées au rocher par le froid.

Elle éclata de rire.

— C’est pas drôle, L, marmonna-t-il. Demain matin, un pêcheur passera par là et verra mes fesses gelées sur le rocher. Il dira : « Je me demande qui a bien pu perdre ses fesses ici cette nuit. Mais mes inquiétudes doivent être sans fondement. »

— Tim, c’est le jeu de mots le plus pitoyable que j’aie jamais entendu !

Ils restèrent assis sans rien dire pendant un moment, à contempler le lac, ou plutôt l’obscurité, puis elle se tourna vers son ami.

— Tout s’est bien passé avec Polly, ce soir ? Désolée de vous avoir laissés en plan. J’ai fini par passer un peu de temps avec mon père.

— On est sortis ensemble.

— Quoi ? Tim !

Elle parvenait à peine à y croire. Oh ! pas venant de Polly, qui avait des relations sexuelles dans les couloirs et les ascenseurs, mais venant de Tim. Il avait eu très peu de petites amies et la réveillait généralement dès qu’il rentrait chez lui pour lui raconter ses soirées désastreuses.

— Ne t’inquiète pas, on n’est pas allés jusqu’au bout, mais on aurait pu, si je n’avais pas arrêté.

— Laisse-moi deviner… Polly n’a pas de bouton d’arrêt ?

— Exactement. Elle a été conçue pour marcher à plein régime. Je ne pense même pas qu’elle ait des freins. Avant que j’aie pu penser à ce que je pouvais lui faire, elle me le faisait déjà.

— Et tu as aimé ça ?

— Bien sûr. C’était dingue. Tu te souviens, la dernière fille avec laquelle je suis sorti ? Je lui ai poliment demandé si je pouvais l’embrasser et elle a répondu : « Est-ce que j’ai l’air à ce point désespérée ? ». Rien n’aide aussi bien un garçon à se remettre de ce genre de coup qu’une fille qui se jette sur lui. Polly a même arraché deux boutons à ma chemise.

— Est-ce qu’elle t’intéresse ?

— Elle m’intéressait. Elle m’intéresse encore, avoua-t-il. Mais je ne veux pas que les choses soient ainsi entre nous, pas tout le temps du moins. S’il doit jamais y avoir un « nous deux », je veux que ce soit plus que des séances de galipettes. Quelque chose me dit que pour Polly, la durée d’une relation se mesure en heures, peut-être même parfois en minutes. Je ne veux connaître ça avec aucune fille.

— Qu’est-ce que tu veux, alors ?

Il garda le silence pendant si longtemps qu’elle crut qu’il n’allait pas répondre.

— Je veux une fille avec qui passer du temps, avec qui discuter, avec qui m’endormir pendant un film, tard le soir, et avec qui faire l’amour. Parce que je veux qu’il n’y ait pas que du sexe. Je veux la totale. Je veux tomber profondément amoureux d’une fille, au point de ne pas pouvoir m’imaginer passer ma vie sans elle. Quand je serai vieux, je veux ne pas seulement me rappeler des moments dingues que j’aurai vécus à l’université, je veux en parler avec la femme qui sera assise à mes côtés.

— Il n’y en a pas deux comme toi, Tim. Comment une fille pourrait-elle ne pas t’aimer ?

Il rit.

— Je peux t’en citer une. Polly a pris mon « doucement » pour un « au revoir ». Quand nous rentrerons demain, elle fera sans doute la route avec toi. Je ne pense pas qu’elle veuille me revoir un jour. Pour elle, je n’existerai plus.

Il s’allongea et posa la tête sur la jambe de Lauren avant de poursuivre :

— J’ai aimé ce qui s’est passé ce soir, au début. Les seins de Polly sont petits, mais…

Lauren lui plaqua les deux mains sur la bouche.

— Tu m’en dis trop, Tim !

— Pardon. Je… je pensais que nous pouvions parler de tout, tous les deux.

— Pas des seins de ma camarade de chambre, d’accord ?

— D’accord. Mais tu ne vois aucun inconvénient à ce que je pense à eux, si ?

Lauren le fit tomber de sa jambe et se leva.

— Je pense que toi et tes fesses gelées feriez mieux de rentrer.

Il se leva et lui tendit la main pour l’aider à descendre du rocher.

— D’accord. A demain matin. Ma mère enverra des roulés à la cannelle pour le petit déjeuner.

Lauren rentra chez elle en pensant à la façon dont Lucas avait posé la main sur son sein, le week-end précédent, et se demanda s’il en avait parlé à quiconque. Elle en doutait.

Si jamais elle le revoyait, peut-être qu’elle lui poserait la question.

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