det En dépit du passé
Chapitre 33
33
Angie
Trois semaines passèrent sans la moindre trace de l’homme qui s’était introduit dans le bungalow d’Angie avant d’enlever Polly. Il semblait avoir complètement disparu.
Angie avait repris le travail. Pendant sa pause-déjeuner, elle rentrait au bungalow pour ranger mais, le soir venu, elle préférait passer une nuit de plus chez Wilkes, en se jurant chaque soir que ce serait la dernière.
Tous les matins, elle décidait qu’elle rentrerait chez elle en quittant son travail au lieu de passer une nouvelle nuit chez lui, mais il y avait toujours un contretemps. D’abord, elle avait dû attendre de trouver le temps d’acheter de la vaisselle neuve. Ensuite, Vern avait attrapé un mauvais rhume et elle avait pensé devoir rester sur le ranch pour s’occuper de lui. Il y avait aussi les dîners entre amis et les leçons d’équitation que Wilkes tenait à lui donner.
Durant son séjour, elle prit pleinement conscience du travail acharné que fournissait Wilkes. Comme il veillait sur elle, il devait travailler tard tous les soirs. Elle n’y avait jamais beaucoup pensé, mais elle se rendait compte maintenant que la gestion d’un ranch comprenait beaucoup de travail sur ordinateur.
Chaque soir, ils se rendaient dans la pièce que Wilkes appelait « la salle de jeu », dans l’intention de jouer au billard ou de regarder un film. Ils faisaient une flambée dans l’immense cheminée, mais à peine le feu avait-il pris qu’ils décidaient toujours de s’installer confortablement sur le canapé pour discuter. Lentement, détail par détail, ils se racontaient leur vie, apprenaient à se connaître. Tendrement, caresse par caresse, ils découvraient mutuellement leurs corps.
Chaque soir, quand Wilkes l’embrassait une dernière fois, devant la porte de sa chambre, elle savait qu’elle tombait un peu plus amoureuse de lui.
Enfin, ils cessèrent d’inventer des raisons pour qu’elle ne retourne pas dans son bungalow et se contentèrent de profiter des moments passés ensemble. Les discussions, les dîners, les chevauchées dans la campagne au soleil couchant étaient agréables, mais les baisers de bonne nuit de Wilkes étaient merveilleusement dangereux.
Ils auraient pu aller plus loin, mais le rhume d’oncle Vern se prolongea jusqu’à ce que Wilkes et elle comprennent qu’il pensait être investi d’une mission : leur servir de chaperon. La chambre qu’il occupait, depuis qu’il s’était installé dans la grande maison au début de son rhume, était au milieu du long couloir, et sa porte avait tendance à s’ouvrir brusquement au moindre bruit.
Angie trouvait que c’était mignon. Wilkes, pour sa part, marmonnait qu’il était peut-être temps pour son oncle de partir pour la maison de retraite ou, au moins, de rentrer chez lui.
Thanksgiving n’était plus qu’à une semaine, et Wilkes avait décidé, puisqu’elle était bonne cuisinière, d’inviter tous ceux de leurs amis qui n’avaient pas de famille. Ils passèrent le week-end à s’organiser.
Au matin du dernier lundi avant Thanksgiving, Angie vit que le voyant indiquant la présence d’un message clignotait sur son téléphone portable. Trop prise par ses préparations, elle ne l’avait pas entendu sonner.
Ce n’était sans doute rien, mais la vieille peur se glissa dans son dos. Elle devait avoir répété une centaine de fois à Wilkes qu’elle allait bien. Mais elle avait beau se dire que si elle restait chez lui, c’était uniquement parce qu’elle aimait être avec lui, elle savait aussi que c’était par lâcheté. Elle avait peur de retourner dans son petit bungalow sur le lac.
Lentement, elle s’assit et appuya sur la touche des messages. Elle poussa un soupir de soulagement en reconnaissant la voix de la secrétaire des bureaux du comté.
« Rappelez-moi dès que possible », disait simplement Carol.
Angie la rappela.
— J’ai les documents, lui annonça Carol avec son accent typique du Texas occidental. Vous voulez que je vous les lise ? Yancy va être surexcité.
— Non, je passerai les prendre en allant au café. Je les retrouve pour déjeuner, Wilkes et lui.
Trois heures plus tard, elle dévalait l’escalier du musée. Comme elle s’y attendait, elle trouva Vern assis à la réception, en train de divertir les bénévoles. Il venait au musée avec elle quelques jours par semaine, en qualité de garde du corps, assurait-il, mais elle savait qu’en réalité, il aimait seulement bavarder.
— Bonjour, ma petite chérie ! lança-t-il avec un grand sourire. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
Elle sourit en voyant que les bénévoles lui avaient fabriqué un badge officiel.
— Est-ce que je peux emprunter votre pick-up pour aller retrouver Wilkes pour le déjeuner ? Je vous proposerais bien de m’accompagner, mais il faut que quelqu’un monte la garde en mon absence.
Vern lui tendit ses clés.
— Puisque j’ai mangé deux des roulés de Millie et l’un des scones de Sandy ce matin, je pense que je vais aller faire la sieste dans votre bureau pendant votre absence. J’aurai peut-être besoin de reprendre des forces avant que les douceurs de l’après-midi arrivent.
— Pas de problème. Mais vous ferez peut-être mieux de fermer la porte, si vous voulez faire la sieste. Je crois qu’un groupe de O’Grady vient travailler sur l’arbre généalogique de leur famille. Leurs enfants ont tendance à prendre l’étage pour une cour de récréation.
— Je m’enfermerai, répondit-il avec un clin d’œil.
Elle enfila son manteau et sortit.
Au moment où elle dévalait les marches, toute une bande de O’Grady descendit de voiture. Ils avaient amené les enfants trop jeunes pour aller à l’école. L’après-midi promettait d’être animé !
Elle monta dans le vieux camion de Vern, qui démarra du premier coup et ronronna tout le long de la route jusqu’aux bureaux du comté, où elle s’arrêta juste le temps de récupérer une enveloppe avant de foncer chez Dorothy.
Wilkes et Yancy se levèrent quand elle entra. Elle adorait la façon dont le visage de Wilkes s’illuminait quand il la voyait. Il passa un bras autour d’elle comme s’il ne pouvait s’empêcher de la toucher.
— J’ai quelque chose pour Yancy, dit-elle en s’asseyant sur la banquette.
Elle attendit que la serveuse ait pris leurs commandes pour tendre l’enveloppe au jeune homme.
— Il a fallu chercher un peu, mais voilà ce que nous avons trouvé.
Yancy semblait intéressé, mais pas surexcité. Il sortit de l’enveloppe une vieille photo en noir et blanc, sur laquelle quelqu’un avait écrit : « Maison d’Adam Stanley ».
— Voilà à quoi ressemblait la vieille maison que tu entends t’appeler, en 1944.
Yancy examina attentivement la photo.
— L’endroit a l’air joli, murmura-t-il. La maison devait être blanche, avec des volets et un grand porche. Les arbres étaient bien taillés. Ils n’envahissaient pas tout comme maintenant.
— Je pense qu’il y a un jardin derrière et regarde ! Ils avaient un poulailler.
Elle se pencha sur la table pour montrer les détails.
— C’était juste une maison normale, poursuivit-elle. Elle n’avait rien de diabolique.
Yancy prit l’autre feuille qui se trouvait dans l’enveloppe.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ton certificat de naissance, répondit-elle en se retenant pour ne pas sauter de joie sur la banquette.
Yancy fixait le papier, les yeux écarquillés.
— Il doit y avoir une erreur, fit-il remarquer. C’est bien ma date de naissance, mais ma mère m’a toujours dit que je n’avais pas de deuxième prénom. Ce papier dit que je m’appelle Yancy Adam Grey.
Wilkes regarda le certificat.
— L’empreinte du pied est bien trop petite, aussi.
Angie lui frappa le bras et ils éclatèrent de rire.
— Yancy, regarde le nom de ta mère, dit-elle.
— Jewel Ann Grey.
— Et de ton père.
— Galen Yancy Stanley.
Ils se figèrent.
— Ta grand-mère Stanley a vécu dans cette maison pendant vingt ans avant de mourir, reprit Angie, soudain émue. Et depuis sa mort, les impôts sont prélevés sur l’argent qu’elle avait laissé à la banque.
Elle laissa Yancy digérer ses paroles avant d’ajouter :
— Elle t’a légué la maison, Yancy.
Yancy la regarda, puis regarda le certificat.
— Maman disait souvent qu’elle vivait à Crossroads quand elle était gamine, murmura-t-il. Je pensais qu’elle parlait de son enfance, mais elle est sans doute restée ici jusqu’à l’année qui a suivi ma naissance. Je sais juste qu’elle détestait vivre ici. Jamais elle ne m’a dit qu’elle vivait avec la mère de mon père.
Ce fut Wilkes qui se chargea de remplir les vides.
— Ta grand-mère Stanley connaissait ton nom, expliqua-t-il. Elle pensait que son fils était mort. A qui d’autre que toi aurait-elle pu léguer la maison ?
Yancy secoua la tête, incrédule.
— Est-ce que ça veut dire que je suis propriétaire de cette maison en ruine ?
— Oui ! répondit Angie. De la maison et des deux hectares de terrain !
Yancy se leva, laissant la photo et le certificat de naissance sur la table. Il enfila son blouson et mit son chapeau.
— Où vas-tu ? demanda Wilkes.
— Jeter un œil à mes terres, répondit-il en sortant.
Wilkes serra Angie contre lui.
— Je ne sais pas comment tu as mené toutes ces recherches, mais je veux te dire tout de suite que tu es merveilleuse.
Elle éclata de rire.
— Je crois que Yancy est en état de choc. Ça fait beaucoup de nouvelles d’un coup. Il n’y a pas si longtemps il se croyait seul au monde et était locataire d’un minuscule studio, et le voilà avec une famille et propriétaire d’une maison.
— Il s’en remettra. Quand un homme qui ne possède rien découvre soudain qu’il a des terres, il doit avoir du mal à s’y faire.
— Et attends qu’il apprenne le reste.
— Quel reste ?
Elle jeta un coup d’œil autour d’elle et baissa la voix.
— Malgré la somme prélevée chaque année par les impôts, il reste encore deux cent mille dollars sur le compte de grand-mère Stanley.
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