det En dépit du passé
Chapitre 34
34
Wilkes
Wilkes se leva pour payer son déjeuner et celui d’Angie. Yancy avait fini par les rejoindre, mais il n’avait pas pris le temps de manger. Il avait posé plusieurs fois les mêmes questions à Angie, comme s’il n’arrivait pas vraiment à appréhender les faits. Portait-il vraiment les prénoms de son père et de son arrière-grand-père ? La maison était-elle vraiment à lui ? Quand pourrait-il commencer à la retaper ?
Alors que la serveuse lui tendait sa monnaie, le téléphone de Wilkes sonna.
— Salut, shérif. J’ai des nouvelles qui…
— Je suis en route pour le musée, Wilkes. Y a-t-il moyen que tu laisses Angie avec Yancy et que tu viennes me rejoindre aussi vite que possible ? Nous avons une urgence.
— J’arrive.
Il ne posa aucune question. Il avait compris qu’il se passait quelque chose de grave. Il ne prit pas non plus la peine de demander à Dan comment il savait qu’il était avec Angie et Yancy. Le shérif pouvait voir le café depuis la fenêtre de son bureau.
Il retourna à leur table d’un pas lent et se glissa dans la discussion d’Angie et Yancy.
— Angie, si tu veux bien rester ici, j’ai une course à faire. Ne bougez pas, tous les deux. Quand je reviendrai, je veux tout savoir sur les projets de Yancy.
Ils acquiescèrent et continuèrent à discuter de ce que Yancy devait faire, maintenant.
Quand Wilkes arriva au musée, il vit que toutes les bénévoles semblaient bouleversées.
— Votre oncle est dans la cuisine, dit l’une d’elles. Le shérif est avec lui.
Une autre dame précisa :
— Vous n’avez qu’à suivre les traces de sang.
Wilkes s’élança vers l’arrière du bâtiment, le cœur battant. Les traces de sang ? Et si Vern était tombé ? S’il avait eu une attaque ? Si… L’angoisse l’empêchait de respirer. Il avait pensé que cela ferait du bien à Vern de venir au musée quelques jours par semaine. Mais, apparemment, il allait devoir réviser ses plans.
Quand il ouvrit la porte, il vit son oncle assis sur une chaise, la tête rejetée en arrière, qui pressait une serviette imbibée de sang sur son visage.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-il en se ruant vers lui.
— Je ne sais pas. Je ne suis là que depuis trois minutes, répondit sèchement Dan. Ton oncle refuse de parler.
Vern agita la main comme pour les repousser et baissa la serviette pour poser sur eux ses yeux injectés de sang. Wilkes remarqua une ecchymose sur sa joue, et son nez ruisselant de sang.
— Je vais bien, les garçons. Ne vous tracassez pas pour moi. J’ai dû venir ici pour empêcher ces dames de me couver. Je ne suis plus un gamin. Je crois que ce salaud m’a cassé le nez. Bon sang de bonsoir ! Je suis trop jeune pour perdre ma beauté.
Wilkes se détendit. Si oncle Vern râlait et jurait, il n’était pas gravement blessé.
— Dis-moi ce qui s’est passé. Et j’espère pour toi que tu ne t’es pas battu avec l’un des O’Grady, oncle Vern.
— Non, c’est pas les O’Grady, mon gars. La moitié de ceux avec lesquels j’avais l’habitude de me battre sont morts, et les deux qui restent ne m’entendraient même pas si je les insultais.
— Monsieur Wagner, intervint Dan qui semblait perdre patience. Commencez par le commencement et dites-nous ce qui s’est passé. Qui vous a frappé ?
— Une question à la fois, marmonna Vern en tapotant son nez avec la serviette.
Wilkes et Dan attendirent. Enfin, Vern sembla disposé à répondre.
— J’étais en haut dans le bureau d’Angie, en train de faire une petite sieste. J’avais tourné le fauteuil et posé les pieds sur le placard.
Il les regarda comme s’il s’attendait à une remarque et précisa :
— Ce n’est pas la première fois que je fais ça.
— Continuez, ordonna Dan en fronçant les sourcils.
— Eh bien… j’ai pensé entendre la porte s’ouvrir, mais je n’étais pas sûr. Alors, je ne me suis pas retourné. Mais après, j’ai entendu quelqu’un bouger près du coffre-fort. Comme il ne contient aucun objet de valeur, jamais je n’aurais cru qu’un cambrioleur ait pu se glisser derrière mon dos. Quand je me suis retourné, l’un de mes pieds a glissé du placard et a frappé le sol. En entendant le bruit, un gars en costume m’a bondi dessus. Il avait une drôle de tête, comme si quelqu’un l’avait frappé avec un piquet de clôture. Avant que j’aie compris ce qui se passait, il a serré ses deux mains autour de mon cou et m’a ordonné de lui dire où était le collier.
Wilkes regarda Dan et comprit qu’ils pensaient tous les deux à la même chose. Vern ne s’en rendit pas compte et se remit à se tamponner le nez.
— Qu’est-ce qui s’est passé après ? cria Wilkes.
Vern fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que tu crois, fils ? Aucun homme ne pose la main sur moi. Je me suis levé d’un bond et je lui ai dit que je ne savais pas où était son fichu collier. Il m’a frappé alors que je regardais ailleurs. Et je crois bien qu’il m’a cassé le nez. Ensuite, il m’a repoussé dans le fauteuil et m’a dit qu’il voulait le collier d’Angela. Avant que j’aie pu lui sauter dessus, il a sorti un revolver de sa poche. Je me suis dit qu’il valait mieux que je reste assis sans bouger. J’aurais sans doute pu le battre, mais seul un idiot se bat contre un homme qui a un revolver.
Wilkes se mit à faire les cent pas.
— Tu as de la chance d’être en vie, marmonna-t-il. Et après ?
— Eh bien… j’avais vu Angie porter un collier avec une vieille pièce de monnaie une fois ou deux, et j’avais remarqué qu’elle l’avait posé sur une étagère du coffre-fort de son bureau, qui était resté ouvert. Alors j’ai dit au type où il était.
— Tu as fait quoi ?
— Tu es dur d’oreille, fils ? J’ai dit au type où il était.
— Tu as laissé quelqu’un voler le collier d’Angie ?
Wilkes était heureux que Vern soit en vie, mais il ne comprenait pas comment il avait pu laisser cet homme partir avec un objet qui ne lui appartenait pas. Cela ne lui ressemblait pas.
— Ouais. Il l’a. Je parie qu’il est dans sa main en ce moment même.
Dan prit son portable.
— Est-ce que vous savez le genre de voiture qu’il conduisait ? Par où est-il parti en sortant du parking ?
— Non, répondit Vern. Je n’ai pas vu sa voiture. Et il n’a pas quitté le parking.
— Alors, où est-il ? demanda Dan en baissant son téléphone.
— Eh bien… je n’en sais trop rien, mais quand j’ai quitté le bureau d’Angie, il était dans la chambre forte. Quand il y est entré pour prendre le collier, je me suis contenté de refermer la porte et de tourner la molette ! répliqua Vern, dont le regard brillait de fierté. Et, ma foi, il doit toujours y être.
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