det En dépit du passé
Chapitre 32
32
Lauren
Sur le lac, le dimanche s’écoula sans que personne suggère de rentrer à l’université avant qu’il fasse nuit. Lauren et Polly avaient passé une journée merveilleuse à ne rien faire, pendant que Tim travaillait sur les devoirs de Polly et que Pop dormait dans son fauteuil préféré.
Il était resté debout les deux nuits précédentes pour essayer de retrouver l’homme qui avait blessé Polly, et sans doute cherché à s’introduire dans le bungalow d’Angie. Un homme avec l’empreinte d’un démonte-pneu en travers de la figure n’aurait pas dû être tellement difficile à trouver. Pourtant, il semblait s’être évaporé.
Mais Lauren connaissait son père : il le chercherait jusqu’à l’avoir retrouvé.
Cet après-midi, ils avaient tous les trois fait la sieste. Lauren savait que si elle ne secouait pas ses deux compagnons, ils seraient de nouveau endormis au coucher du soleil. Elle avait donc donné le signal du départ.
Pop avait embrassé tout le monde. Même Tim.
Quelques heures et plusieurs arrêts plus tard, ils étaient de retour à la résidence universitaire.
Tim leur fit un petit signe de la main et s’éloigna en lançant :
— Merci pour ce week-end de repos, L ! La prochaine fois, rappelle-moi de ne pas venir, si tu as prévu quelque chose. Je pense que mon cœur ne supporterait pas d’émotions supplémentaires.
Elle éclata de rire en le traitant de froussard.
Polly, fatiguée, se coucha aussitôt, mais elle, elle décida d’aller marcher un peu. Elle adorait parcourir le campus par les nuits froides, quand toutes les lumières étaient floues dans l’air chargé de brouillard. Ces nuits-là surtout, le campus lui apparaissait comme une bulle, un monde magique vivant et envoûtant, qui lui manquerait toujours, quoi qu’il puisse se passer dans sa vie. Etre à l’université lui donnait l’impression d’avoir embarqué sur un vaisseau spatial qui dérivait lentement, l’emmenant constamment d’un univers à un autre.
La peur qu’elle avait ressentie en voyant l’homme frapper Polly ne l’avait pas quittée, pas plus que la crainte de devoir un jour assister à une scène de violence sans savoir comment aider la victime.
Son père devait avoir vu bien pire. C’était peut-être pour cela qu’il ne pouvait pas quitter son métier. Elle avait entendu sa mère dire un jour que Pop aurait pu démissionner, venir s’installer à Dallas et exercer un métier dans lequel le port d’une arme n’aurait pas été nécessaire. Margaret n’avait jamais compris Pop mais, depuis qu’elle avait vu cet homme brutaliser Polly, Lauren pensait le comprendre. Son rôle n’était pas seulement de combattre les méchants, mais aussi de secourir tous ceux qui ne pouvaient pas se protéger seuls. Elle se mit à réfléchir aux moyens de rendre le monde plus sûr.
Voilà. C’était encore arrivé. Elle avait grandi d’un seul coup, une fois de plus. Elle n’était plus celle qu’elle était le vendredi, quand elle avait quitté le campus.
Depuis deux mois qu’elle vivait dans le monde universitaire, elle avait changé. Et elle savait qu’elle ne pourrait plus jamais poser sur les choses le même regard qu’avant.
Elle continua à déambuler sur le campus. Elle aurait tant aimé pouvoir parler avec Lucas. Il savait sans doute qu’elle allait changer, qu’elle allait grandir. Peut-être qu’il attendait juste de voir comment ça se passait.
Quand elle rebroussa chemin pour revenir vers sa résidence universitaire, il l’attendait, debout à côté de la porte principale. Il avait remonté son col et enfoui ses mains dans ses poches, comme s’il était là depuis un moment.
— Lucas ? Comment as-tu su que je serais ici ?
Il la dévisagea un instant avant de répondre :
— Je suis passé chez ton père. Il m’a dit que tu étais partie une heure plus tôt. J’aurais dû appeler aujourd’hui, ajouta-t-il, sans la quitter des yeux. Je m’étais dit que l’on pourrait rentrer ensemble.
— Je suis rentrée avec Tim et Polly.
— C’est ce que j’ai deviné. Tu vas bien ?
Elle ne fut pas surprise qu’il soit au courant des événements qui s’étaient produits au lac.
— Tu en sais sans doute plus que moi sur ce qui s’est passé, répondit-elle.
— Tu veux aller quelque part et en parler ?
— Non.
Ils se regardèrent longuement, sans mot dire. La nuit où ils s’étaient embrassés semblait remonter à des millions d’années.
— Je ne veux pas parler de ce qui s’est passé au lac, reprit-elle enfin, mais je veux bien aller manger un morceau, si tu m’invites.
Il sourit.
— Je t’invite.
Pendant trois heures, ils parlèrent de tout et de rien, et Lucas la ramena à sa résidence.
— Tu as changé, Lauren.
— Je sais. Et je changerai sans doute encore, et encore et encore. Je ne peux pas rester la lycéenne effrayée que tu as sauvée dans la vieille maison gitane il y a presque trois ans. Si tu dois être mon ami, il va falloir que tu fasses avec les changements, Lucas.
— Je pense que je m’y ferai.
— Si tu es mon ami, tu ne t’enfuiras pas parce que nous nous embrassons.
Le moment était venu. Maintenant, il allait devoir se décider. Et s’il ne choisissait pas de la traiter en égale… tout serait fini.
— Normal, répondit-il en la regardant droit dans les yeux, comme il le faisait toujours. Mais tu sais, Lauren… Un jour, je vais devoir admettre que je ne veux pas seulement être ton ami. Je veux être plus. Beaucoup plus.
— Normal.
Elle l’embrassa sur la joue, tourna les talons et prit le chemin de sa chambre.
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