Faceless lies (French Edition)
Chapitre 9
L’après-midi est passé aussi rapidement que ce matin, j’avais de quoi m’occuper. Je n’ai revu ni Smith ni Greene, et tant mieux. Ils ont sans doute pris du bon temps ensemble quelque part. J’étais tentée de ne pas effectuer les dix minutes en plus que je devais du fait de mon retard, mais l’un de mes collègues aurait été capable de cafter.
Après avoir fait un check-up complet de ma personne dans les toilettes, je suis enfin prête à aller à mon rendez-vous avec Chris. J’ai vraiment le trac, c’est fou. Je croise les doigts pour que tout se déroule bien. Au pire, si ça tourne à la catastrophe, j’ai Jake. Cette idée me rassure. Je comprends pourquoi certains hommes courent deux lièvres à la fois, au moins si ça ne va pas avec une fille, ils en ont une autre sous la main. À bien y réfléchir, c’est vraiment ignoble, mais en ce qui me concerne, je suis tellement mal en ce moment que j’ai besoin d’une bouée de sauvetage, à tout hasard. Je ne supporterais pas de me prendre une grosse déception en pleine gueule.
Je sors du building et marche en direction du lieu de mes retrouvailles avec Chris Miller. De quoi allons-nous parler ? Que vais-je bien trouver à lui dire ? C’est terrible à quel point le premier rencard avec un homme peut être stressant, d’autant plus quand on n’a pas confiance en soi et que le type en question est mignon. J’aperçois l’enseigne du Ritual Coffee qui me signifie que je ne suis plus très loin. Pas de Chris en vue. Peut-être qu’il m’attend à l’intérieur... ou qu’il est du genre à venir à la bourre ? En tout cas, moi je suis à l’heure. Je m’arrête devant la vitrine et commence à poiroter. Pourvu qu’il ne me pose pas de lapin ! Ma soirée en serait gâchée et je serais dégoûtée de ne pas avoir accepté l’invitation de Jake ! Le temps passe. Je regarde l’heure sur mon téléphone toutes les deux minutes.
Qu’est-ce qu’il fout, putain ? Il va me faire le coup de pas venir, je suis sûre ! Je n’ai pas vérifié, si ça se trouve le numéro qu’il m’a donné est bidon et il s’est payé ma tête !
Tout à coup, une angoisse me vient. Et s’il avait annulé pour une bonne raison ? Il ne pouvait pas m’en avertir, étant donné qu’il n’a pas mon numéro.
Merde, quelle conne ! Ou peut-être qu’il a oublié, vu que je ne lui ai pas envoyé de SMS pour confirmer.
J’ouvre la fermeture éclair de mon sac, envisageant de lui en envoyer un maintenant. Mieux vaut tard que jamais. Cependant, je n’en ai pas le temps, une voix m’apostrophe.
— Désolé, je suis en retard !
Je relève le nez. C’est Chris qui se précipite vers moi. Mon moral remonte d’un coup. J’affiche un large sourire de soulagement.
— Bonjour !
— Bonjour, Amanda. Navré de vous avoir fait attendre. Je suis impardonnable !
— Ce n’est rien, ne vous en faites pas. Le principal c’est que vous soyez là à présent.
— Vous êtes adorable. On y va ?
J’acquiesce d’un signe de tête. Il m’invite à entrer en me tenant la porte. Sa galanterie est appréciable tout comme sa tenue vestimentaire. Costume gris, chemise bleu ciel, cravate noire. C’est un homme d’affaires sexy que j’ai devant les yeux et plus un joggeur. Ses cheveux blonds sont légèrement gominés, ainsi disciplinés pour être coiffés en arrière. Il se dirige vers une table située un peu à l’écart en me demandant si l’endroit me convient. Je réponds que c’est parfait, sans lui préciser que j’aime m’isoler du monde. Je prends place, tandis que lui reste debout.
— Je vais commander au bar, ce sera plus rapide. Que désirez-vous boire ?
— Oh ! Juste un café, ça ira, merci.
— Entendu.
Il s’en va et disparaît de mon champ de vision. Je regarde tout autour de moi afin d’admirer les lieux. Le décor est chaleureux et cosy, on se croirait presque dans un chalet de montagne, il manque la cheminée et le calme, cependant. Les pubs sont réputés pour être bruyants, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Les murs sont parés de lambris en bois et la lumière est tamisée afin de créer une ambiance cocooning. Les nappes et serviettes sont de couleur crème. Pour un date, c’est l’endroit idéal. Quelques minutes plus tard, Chris revient avec mon café et une bière, qu’il pose sur la table avant de s’asseoir en face de moi.
— Vous jouez souvent les serveurs ? souris-je.
— De temps en temps, oui. Ils sont longs à prendre les commandes et à les apporter. Je n’aime pas être interrompu en pleine conversation. Au moins, nous sommes tranquilles de cette façon.
— C’est une bonne idée, effectivement. J’aime être tranquille, moi aussi.
— Cela nous fait déjà un point commun, c’est un bon début.
Il m’adresse un sourire enjôleur et un regard intensément charmeur. J’en suis conquise, troublée de lui plaire. À part Léo, je n’ai pas eu d’autres hommes. Il y a eu Carl avant lui, mais c’était une amourette d’ado qui n’est pas allée plus loin qu’un baiser, je venais d’avoir seize ans et je ne me sentais pas prête à coucher. À la réflexion, j’aurais peut-être dû avoir ma première fois avec lui, plutôt qu’avec mon ex. Carl était quelqu’un de gentil et de sérieux, au moins. Tout le contraire de Léo !
Je me demande si Chris est du genre fidèle. Si j’entame une relation avec lui, va-t-il me rendre heureuse ou me briser le cœur ? Parfois j’aimerais être frivole comme Rory, passer du bon temps avec un gars sans m’attacher, puis en changer sans me prendre la tête.
— Cet endroit vous plaît ?
— Oui, le décor me fait penser à l’intérieur d’un chalet, j’aime beaucoup.
— Vous êtes déjà allée à la montagne ?
— Quand j’étais plus jeune, j’y allais souvent avec mes parents.
— Vous dites ça comme si vous étiez vieille, me nargue-t-il. Vous avez quel âge d’ailleurs ? Vingt-quatre ?
— Oh, bravo ! Vous n’êtes pas loin ! vingt-deux ans, et vous ?
— Vingt-cinq !
— C’est vrai ? Je vous donnais un peu plus.
— On me le dit souvent. Je ne sais pas si je dois le prendre bien ou mal.
— Du moment qu’on ne vous donne pas soixante, je pense qu’il n’y a pas de raison de mal le prendre.
Il se met à rire et je l’imite. Notre discussion s’oriente ensuite vers nos boulots respectifs. J’apprends qu’il est comptable dans un cabinet où ils sont trois experts à se partager plusieurs clients. Attentive, je l’écoute en commençant à boire mon café, puis c’est à mon tour de parler de mon travail tandis qu’il sirote sa bière. Le courant entre nous passe très bien. Mieux que je l’aurais cru. Les angoisses que j’avais eues par rapport à ce rendez-vous ont disparu. D’ailleurs, ma respiration n’est plus saccadée et les battements effrénés de mon muscle cardiaque se sont calmés, au point que je commence même à ressentir un coup de barre. J’ai chaud subitement et je ne me sens pas très bien. Il faut que je prenne l’air.
— Euh... pardonnez-moi, je dois aller aux toilettes.
— Pas de problème. C’est par là.
Il m’indique la direction à prendre. Je me lève en accrochant mon sac à l’épaule et marche vers un renfoncement qui donne ensuite sur un petit couloir qui bifurque. Brusquement, je suis prise de vertiges. J’ai l’impression de ne plus avoir de force dans les muscles. Je sens que je suis à deux doigts de m’écrouler.
Qu’est-ce qui m’arrive ?
Il y a deux portes, celle des toilettes et une sortie de secours. Dans un mouvement confus, je m’appuie sur la barre transversale qui sert de poignée. Un courant d’air frais me fouette le visage.
Je suis dehors ?
Je titube. Une envie de vomir me prend aux tripes. En m’appuyant dessus, je contourne un gros conteneur poubelle qui se trouve le long du mur, et soudain je m’écroule par terre. Je ferme les paupières, et lorsque je les ouvre, je vois Chris Miller penché sur moi...
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