Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 7 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 6

 

La réunion s’est terminée il y a environ une heure. Tout le monde s’est remis à bosser depuis, moi y comprise, du moins, j’essaie. Ma tête est ailleurs et je n’arrive pas à me concentrer sur un putain de mail que je dois écrire à un client. C’est ça mon problème, je cogite trop. Parfois, j’aimerais pouvoir flageller mon cerveau lorsqu’il se met à vagabonder dans les champs au lieu de rester sur la route. Dépitée, je lève le nez de mon clavier et me cale sur le dossier de mon fauteuil à roulettes. Mes yeux observent chacun de mes collègues qui sont tous absorbés par ce qu’ils font. Je les envie. Ils semblent avoir tellement de facilité à travailler tandis que moi je galère pour finir la moindre tâche. Peut-être que je ne suis pas faite pour ce job, en fin de compte. J’en sais rien. Soudain, des claquements rythmés se font entendre. Ce sont les talons de madame Smith qui marche dans le couloir. Elle ne va pas tarder à faire irruption dans la salle. Je replonge mon nez sur mon écran et fixe la phrase que j’étais en train d’écrire. Une main sur la souris et l’autre au-dessus des touches. En baissant les yeux, je me rends compte que mes doigts tremblent légèrement. Mon cœur bat de plus en plus vite. Elle est entrée et mon intuition me dit qu’elle va s’en prendre à moi.

— Carter !

Mon palpitant loupe un battement à l’appellation de mon nom. Mon visage se crispe en s’orientant vers ma cheffe qui est plantée devant moi.

Qu’est-ce que j’ai encore fait ?

— Oui ?

— Monsieur Greene veut vous voir dans son bureau.

Mon sang se glace dans mes artères. Le grand patron veut me voir. Merde ! Pourquoi ? Soudain, un rictus narquois se dessine sur les lèvres de Smith. Elle jubile. J’en étais sûre, cette salope lui a parlé de moi ! Un de mes collègues profite de sa présence pour l’apostropher. Elle me quitte aussitôt. Tremblante, je me lève de ma chaise. Qu’est-ce qu’il va me dire ? Il vient de prendre ses fonctions et veut déjà s’entretenir avec moi, ce n’est pas bon signe. C’est qu’il juge que c’est important. Je sors de l’open space et arpente les couloirs, la peur au ventre. Mon souffle se bloque, j’ai du mal à respirer. Tout mon corps est rongé d’angoisse. Lorsque j’arrive enfin devant le bureau de Janet, je suis à deux doigts de m’écrouler.

— Vous pouvez y aller, il vous attend, m’annonce-t-elle.

Je suis tellement tendue par le stress que je n’ai pas la capacité de pouvoir ouvrir la bouche pour la remercier. Tandis que je la regarde, je constate qu’elle porte le même chemisier en satin rose que ce matin, à la différence qu’elle a fait sauter les boutons du haut depuis, de quoi montrer son décolleté pigeonnant. Il y a du monde au balcon comme on dit. Radcliffe n’a pas eu la chance d’en profiter avant son départ. Il est clair que cette manœuvre de séduction est destinée à son remplaçant. Elle projette donc de lui mettre le grappin dessus.

Sans attendre, je me dirige vers la porte puis m’y arrête. Après avoir inspiré profondément, je frappe deux coups.

— Entrez !

Sa voix est virile, autoritaire et pleine d’assurance. J’abaisse la poignée. Le contact avec le métal me refroidit, exacerbant les tremblements causés par le stress. Je pousse le battant et entre avant de refermer. Mes oreilles bourdonnent et ma vue se trouble. Je déteste tellement de devoir subir tout ça, de me sentir aussi mal. Il est là, assis derrière son bureau dans un confortable fauteuil en cuir noir. Dès que j’avance, il se lève et m’adresse un sourire. Impossible d’en faire un à mon tour, tout mon visage me semble paralysé. Ses yeux bleus hypnotisent les miens. Je suis dans un tel état que je ne réagis pas tout de suite lorsqu’il me tend sa main. Merde ! Ma paume est humide. Je ne peux pas serrer la sienne dans ces conditions.

Magne-toi, il attend !

Je frotte rapidement ma main sur ma hanche afin de l’essuyer en espérant que ça passe inaperçu, puis échange une poignée avec lui. Comme je m’en doutais, la sienne est ferme alors que la mienne ressemble à de la guimauve.

— Je vous en prie, asseyez-vous, mademoiselle Carter.

Je ne fais pas prier davantage et me laisse tomber sur la chaise tandis qu’il reprend place sur son trône. Éreintées par l’appréhension, mes jambes apprécient de pouvoir se reposer. Je les croise et mes doigts se rejoignent sur mes cuisses. De quoi veut-il me parler ? Qu’est-ce qu’il va m’annoncer ?

— Détendez-vous, mademoiselle.

Que je me détende ?

Soudain, je réalise que je suis entrée sans piper mot, même pas un bonjour. Je n’ai pas souri non plus. Pas besoin d’être devin, il suffit de me regarder pour savoir que je ne suis pas à l’aise.

Allez, décoince-toi. Trouve un truc à dire.

— Vous... euh... Vous vouliez me... me voir ?

Nul ! Archi nul ! T’aurais pu trouver mieux, bordel ! Bien sûr qu’il voulait te voir, pauvre cruche !

— En effet... mademoiselle Carter...

Ses prunelles me dévisagent d’une telle façon que j’en suis déstabilisée. Un silence pesant s’installe. Il est de courte durée. Greene pousse un soupir sans me lâcher du regard, puis sa voix ténébreuse prend le relais. Je m’attends au pire.

— Madame Smith...

Oh putain !

—... m’a dit que... vous aviez quelques difficultés à faire votre travail.

— Je...

Quoi dire ? Quels arguments avancer ? Dois-je être honnête ou mentir ?

Mon visage s’incline de lui-même. Résignée, je capitule. Je n’ai plus envie de me battre tout à coup, alors que ce matin après mon altercation avec ma cheffe j’étais remontée à bloc et prête à foncer dans le tas. C’est ça la dépression, on est plein de bonne volonté, et l’instant d’après on est à deux doigts de se tirer une balle.

— Je... C’est vrai... J’ai quelques difficultés en ce moment.

— Il faudrait peut-être que vous songiez à démissionner, dans ce cas.

Abasourdie, je relève la tête.

— Non ! Ce n’est pas ce que je veux.

— Si vous n’êtes pas capable de faire votre travail convenablement, vous mettez en danger l’entreprise et son bon fonctionnement, mademoiselle Carter. Par ailleurs, je n’ai pas envie de payer une employée qui n’est bonne à rien...

Ses mots me frappent avec une telle violence que j’en suis sonnée. Comment peut-il être aussi ignoble ? Aussi méprisant ? Il me fixe froidement, sans faire preuve d’aucune empathie.

Une boule se forme dans ma gorge. Je la sens monter tandis que le blanc de mes globes oculaires est sans doute rouge puisqu’il est criblé de picotements. Je suis anéantie. C’est un cauchemar. Alexander Greene tend le bras à droite et attrape une feuille blanche qu’il pose devant moi. Il y joint un stylo noir et or. La stupeur me frappe. Il veut que je rédige ma lettre de démission ?

— Non, je ne veux pas... je ne peux pas !

Une larme s’échappe et coule sur ma joue. Je l’essuie aussitôt. Perdre mon job et me retrouver à la rue ? Hors de question ! Une graine germe au fond de moi, celle de la résistance.

— Je ne veux pas démissionner, et vous n’avez pas le droit de m’y forcer ! J’ai juste un passage à vide, mais ça arrive à tout le monde. J’ai perdu mes parents l’année dernière dans des circonstances tragiques, et c’est difficile pour moi de remonter la pente, mais je vais y parvenir !

Une demi-lune se dessine à la commissure de ses lèvres. Le décès de mes parents le fait sourire ? Ce n’est pas possible, j’hallucine !

— Si vous avez besoin de réconfort, mademoiselle... cela peut s’arranger...

Mes yeux s’écarquillent d’eux-mêmes. Il me propose une partie de jambes en l’air ? Ce type est fou ?

— Je plaisante, lâche-t-il.

Ses yeux rieurs fixent les miens. À quoi joue-t-il ? Son comportement me perturbe. Est-ce que ça l’amuse ? Son poste de téléphone se met à biper. D’un geste hautain, il appuie sur le bouton.

— Oui, Janet ?

Il l’appelle déjà par son prénom ? Décidément, il ne perd pas de temps !

— J’ai un appel pour vous, c’est...

— Oui, attendez...

Ce mufle lui coupe la parole et oriente son visage vers moi. À sa façon de me toiser, j’en déduis qu’il souhaite que je dégage sur-le-champ. Je ne me fais pas prier et me mets debout. Ce gars est beau, mais j’avais raison, c’est un connard !

— Merci, mademoiselle Carter, je ne vous retiens pas plus longtemps.

— Au revoir, monsieur Greene !

Je sors de là sans traîner.

 

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