Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 2 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 1

 

Une sonnerie me réveille. Je la reconnais aussitôt, c’est celle de mon smartphone. Il semble loin de moi. J’ouvre les paupières et mon regard s’attarde sur du tissu beige. Je réalise que je suis couchée dans mon lit et qu’il fait jour. Ai-je fait un mauvais rêve ? Je me redresse subitement en me rendant compte que mes cheveux sont humides et que je ne porte pas mes fringues, mais une chemise bien trop grande pour moi. Je baisse la tête pour la regarder. Elle est blanche. Mon cœur tambourine dans ma poitrine à un rythme effréné. C’est un vêtement masculin.

Quelqu’un m’a secourue ? Un homme ? Qui ?

À sa recherche, je balaie ma chambre du regard et aperçois mon sac à main sur le bureau alors que je l’avais laissé sur le pont juste avant d’enjamber la balustrade. Je bondis hors du lit et l’ouvre avec frénésie pour attraper mon téléphone. Je m’empresse d’arrêter l’alarme programmée qui m’indique qu’il est huit heures et que je dois me préparer pour aller bosser. Je fouille à l’intérieur de mon bagage. J’inspecte tous les compartiments. Elle n’est pas là...

Ma lettre d’adieux, où est-elle ?

Rien ne manque à part elle. Même le billet de cinquante dollars que j’avais pris au distributeur il y a trois jours est toujours là, dans la petite poche. Je saisis mon portefeuille. Ma carte d’identité a changé de place. J’essaie de comprendre ce qui a pu se passer. L’effroi me frappe d’évidence. Un homme m’a sauvée de la noyade, a ôté mes vêtements mouillés, m’a vêtue d’une de ses chemises, et m’a ramenée chez moi. Il a trouvé mon adresse dans mes papiers et s’est servi de ma clé pour ouvrir.

De toute évidence, il a gardé ma lettre... pourquoi ?

J’entends du bruit dans le salon. C’est la porte. Il y a quelqu’un qui essaie d’entrer ou de sortir. Pieds nus, je m’y précipite, autant angoissée que pressée de découvrir mon sauveur, mais lorsque j’arrive dans la pièce, la déception me stoppe dans ma ferveur.

— C’est toi...

Dans l’entrée, ma colocataire, engoncée dans son tailleur deux-pièces bleu marine, tourne son visage dans ma direction. Celui-ci se marque de stupéfaction.

— Bah oui, c’est moi ! Qu’est-ce que t’as ? T’en fais une tête. Et c’est quoi cette tenue débraillée ? Tu vas pas bosser aujourd’hui ? demande-t-elle en me dévisageant de haut en bas.

— Euh... si....

— Tant mieux ! Parce que moi j’ai passé une nuit de merde et j’ai qu’une hâte c’est d’aller pioncer sans qu’aucun bruit ne me réveille ! grogne-t-elle en ôtant la pince qui retenait ses cheveux blonds en chignon banane. Je suis tombée que sur des cons qui ne voulaient pas attendre ! J’en ai vraiment ras le cul de ce boulot, Amanda, si tu savais ! Vivement que la semaine se termine !

Agacée, Rory enlève ses escarpins et pose son sac négligemment sur le buffet. Je la suis des yeux jusqu’à l’entrée de sa chambre où elle disparaît avant de s’y enfermer. Son travail de secrétaire médicale aux urgences de l’hôpital Saint Francis est de plus en plus difficile. Le manque d’effectif ne cesse de s’intensifier, pour tout un tas de raisons. Elle ne compte plus ses heures, et se retrouve parfois à bosser la nuit alors qu’elle déteste ça. Elle n’est pas loin du burn-out, tout comme je l’ai été. Il y a juste une petite différence qui est de taille ; dans son équipe, il y a une bonne ambiance et personne ne la harcèle. Même si son travail est difficile et qu’elle tombe souvent sur des patients mécontents, au moins elle trouve du soutien auprès de ses collègues. Moi je n’ai pas cette chance dans le mien. Je suis entourée de langues de vipères, de lâches et de pétasses.

Un coup d’œil vers l’horloge accrochée au mur. Il est déjà huit heures dix. Si je ne me dépêche pas, je vais être en retard au boulot et ma cheffe va me faire une énième remarque désobligeante devant les autres qui vont en profiter pour casser du sucre sur mon dos. Je n’ai qu’une envie c’est de retourner dans mon lit et de ne plus jamais en sortir.

Dire que j’aurais pu mettre fin à cette vie de merde hier soir, mais il a fallu qu’un type joue au bon Samaritain et décide de me sauver !

Je reviens dans ma chambre en traînant des pieds et ouvre le placard pour prendre de quoi m’habiller pour la journée. Une jupe, un haut sans manches et des sous-vêtements, tous noirs. Je me rends dans la salle de bains et en voyant mon reflet dans le miroir j’ai comme un choc.

Putain ! J’ai vraiment une tête de zombie.

Mon teint est blafard et j’ai des cernes si imposants qu’avec mes yeux noisette je ressemble à un panda. Mes cheveux bruns s’apparentent à des tresses de rasta cramoisies, à cause de l’eau sale du fleuve. Je comprends mieux pourquoi mon sauveur s’est barré comme un voleur. Mon regard s’attarde sur sa chemise bien trop grande pour moi qui me recouvre.

Je pourrais même pas lui rendre, c’est con.

Je la déboutonne et l’enlève. Mes joues s’empourprent en réalisant qu’il a eu l’occasion de voir mes seins. Il n’a cependant pas été jusqu’à ôter ma culotte. Je m’en débarrasse. Pas de trace de sperme ni de sensation post-coït. Au moins, il n’a pas profité de la situation pour me violer. Je file sous la douche et fais couler l’eau chaude sur ma peau. C’est si agréable que j’en ferme les paupières. Le parfum chocolat du gel émoustille mes sens et mon ventre se met à gargouiller comme un évier. Il faut que je bouffe un truc avant de partir, sinon je ne vais pas tenir le coup jusqu’à midi. Je sors de la cabine en vitesse, puis me sèche le corps et les cheveux avec une grande serviette. Après un brossage des dents, je me nettoie le visage pour le préparer à recevoir un ravalement de façade au complet. Hors de question d’aller au travail avec une mine aussi dévastée, sinon les critiques vont fuser, et je n’ai pas le cœur à supporter ça. Je me maquille autant que nécessaire sans toutefois tomber dans l’excès, puis enfile mes vêtements. Un rapide saut dans la cuisine pour boire un café et avaler deux madeleines. Je n’ai pas le temps de manger davantage. Me voilà enfin prête à affronter le monde, du moins c’est ce que je m’efforce de croire. Je passe la porte d’entrée puis la referme derrière moi, avant de dévaler les escaliers qui mènent au hall du rez-de-chaussée. Il y a une légère odeur de tabac mélangé au parfum d’une des habitantes de la résidence qui s’en asperge toujours avant d’aller bosser. Elle met souvent le même : Numéro 5 de Chanel. Ça me fait penser que j’ai oublié de mettre du déo, mais c’est le cadet de mes soucis à vrai dire. Une boule se forme dans mon ventre comme à chaque fois que je dois me rendre au travail. Ma respiration se bloque et mes jambes refuseraient presque d’avancer.

Allez courage ! T’en as bien eu pour sauter du pont. Tu peux bien faire un effort pour affronter tous ces cons !

Je pense à l’inconnu qui m’a sauvée et ça me donne de la force. Au moins, il y a quelqu’un sur cette foutue planète qui s’est inquiété de mon sort, même si c’est peut-être juste pour se donner bonne conscience de ne pas laisser quelqu’un se noyer sous ses yeux.

 

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