Faceless lies (French Edition)
Chapitre 22
J’ouvre les yeux et aperçois un épais tapis beige. Je n’en ai pas dans ma chambre. Brusquement, je me redresse. Ce lit n’est pas le mien et je ne suis pas chez moi. Où suis-je ? Le drap blanc qui me recouvrait est tombé, je le remonte, réalisant que je suis torse nu. Je porte uniquement ma culotte. Mon sac et ma robe sont posés sur une chaise. À côté, il y a une grande armoire et un buffet. J’attrape le plaid couleur crème qui est en bas du lit, puis l’enroule autour de moi en faisant ressortir mes épaules et mes bras. Le contact de mes pieds nus sur la moquette grise m’électrise presque. Je me lève en observant ce qui m’entoure. Alexander Greene ne m’a pas ramenée chez moi, et cet endroit ne ressemble pas à une chambre d’hôtel. Les rideaux en tissu beige sont tirés, mais les rayons du soleil qui donnent à travers m’indiquent qu’il fait jour. J’en écarte un et jette un œil par la fenêtre, la lumière m’aveugle quelques secondes, puis je vois un jardin et un portail. Je ne suis pas dans un appartement, mais dans une maison. J’approche du buffet où des bibelots décorent la pièce. Il y a une sculpture de tête de pharaon en marbre et un sphinx en bronze. Des souvenirs de voyage ? J’aperçois un cadre photo que je saisis. Sur la photographie jaunie par le temps, il y a une femme qui tient un petit garçon brun dans ses bras. Est-ce Alexander Greene et sa mère ? On dirait bien. Je focalise mon attention sur elle. Brune, les cheveux longs, élancée, vêtue d’une robe foncée, elle est si belle. J’imagine la douleur qu’il a pu ressentir en la perdant, moi qui ai perdu la mienne également. On a au moins cela en commun. Je repose l’objet, puis fouille dans mon sac. Mon portable est éteint et je n’arrive pas à l’allumer.
La batterie est probablement déchargée.
Sans faire de bruit, j’ouvre la porte. Aussitôt, la luminosité frappe mes rétines. Je cligne des paupières, puis m’engouffre dans ce qui semble être un petit couloir. Mon exploration s’arrête dans un immense salon moderne. Je pivote mon visage et découvre Greene assis sur un haut tabouret. Devant lui, sur le comptoir de la cuisine américaine est posé son ordinateur portable. Il est tellement absorbé par son écran qu’il n’a même pas remarqué ma présence. Tout à coup, il tourne la tête dans ma direction et nos prunelles se percutent. Mon cœur bat à vive allure et ma main se crispe sur le morceau du plaid noué au niveau de ma poitrine. Après quelques secondes d’hésitation à me fixer sans rien dire, il finit par parler.
— Bonjour...
— Vous... ne m’avez pas ramenée chez moi ?
— Si... mais lorsque je suis arrivé devant votre immeuble, j’ai remarqué de la lumière dans votre appartement.
Rory...
— Et comme vous vous étiez endormie, je... enfin...
Il n’a pas osé me réveiller.... ni me porter jusqu’à chez moi, car ma coloc était là...
— Vous avez faim ? me demande-t-il.
Du menton, il désigne la table de séjour où un plateau m’attend avec viennoiseries et autres délices. D’un léger hochement de tête, j’acquiesce. Il se lève et s’active afin de me faire chauffer du lait au micro-ondes. Je le regarde faire. La chemise rose clair, qu’il porte avec un pantalon anthracite, lui va bien et adoucit ses traits. Il n’a pas de cravate et son col est défait. Grâce à l’affichage sur le four, j’apprends qu’il est neuf heures trente. Je suis en retard pour le boulot.
— Il faut que j’aille travailler, je lance, anxieuse.
— Ce n’est pas la peine.
Comment ça, pas la peine ? Il me licencie ?
L’inquiétude s’empare de moi. Il jette un coup d’œil vers moi, puis se sent obligé de me rassurer après avoir remarqué mon angoisse.
— Vous reprendrez demain, je vous offre votre journée, lâche-t-il en récupérant le pichet en céramique chauffé qu’il pose ensuite sur la table.
Je souffle de soulagement. Il avance dans ma direction, je baisse instantanément le visage, mais il ne s’arrête pas et continue son chemin. Il revient rapidement. Un tissu doux et chaud tombe sur mes épaules au moment où il passe. J’oblique la tête et constate qu’il vient de me recouvrir d’un peignoir bleu marine en velours molletonné. Sans me prêter attention, il reprend place devant son écran. Le boulot, toujours le boulot. Pas étonnant avec toutes les entreprises qu’il a à gérer. J’enfile le vêtement et enlève le plaid que je plie ensuite. En attendant de pouvoir le ramener dans la chambre, je le pose sur le dossier d’une chaise, puis m’installe sur une autre afin de prendre mon petit-déjeuner. J’ai tellement faim que si je ne mange pas maintenant, je vais bientôt me sentir mal. Volontairement, j’ai fait en sorte de tourner le dos à Greene, je n’ai pas envie qu’il me regarde manger. Tandis que je mords dans un délicieux croissant imbibé de chocolat chaud, je me repasse en mémoire tous les événements qui me sont arrivés. J’ai tellement de questions qui demeurent sans réponses et je n’ose pas les lui poser, mais il faudra bien que je le fasse. Son téléphone sonne. Il ne répond pas. La sonnerie retentit à nouveau. Il la coupe et son smartphone heurte le comptoir dans un bruit sourd le temps d’un soupir. Il semble à cran. Je finis de manger, puis saisis le plateau que je transporte ensuite jusqu’à la paillasse de l’évier. Je commence à ranger le beurre dans le frigo, envisageant de tout débarrasser.
— Laissez, je vais m’en occuper.
J’oriente mon visage vers lui et mon regard se noie dans le sien.
— Vous ne voulez pas que je travaille, vous ne voulez pas que je range. Y a-t-il quelque chose que je peux faire ?
— Hmm... resserrer votre peignoir...
Je baisse immédiatement les yeux et constate avec effroi que le décolleté s’est débraillé mettant presque ma poitrine à l’air. Je ramène les pans l’un sur l’autre puis noue la ceinture tellement fort que j’en ressens une douleur au ventre. Greene se pince les lèvres pour se retenir de sourire. Je viens de paniquer à l’idée qu’il puisse voir mes seins alors qu’il les a déjà vus et pas qu’une seule fois. Je pouffe de rire devant cette situation grotesque.
— Il est trop grand, déploré-je.
— Pour vous, oui. En ce qui me concerne, il est à la bonne taille.
— Est-ce que... est-ce que je peux prendre une douche ?
— Bien sûr... Je vous y autorise, sourit-il pour me narguer.
Je coince une mèche derrière mon oreille, puis commence à m’en aller. Je m’arrête en chemin et me tourne, réalisant que j’avais oublié un détail.
— Merci pour le petit-déjeuner et le congé payé.
Je n’attends pas de réponse de sa part et me rends dans la salle de bains où je m’enferme à double tour. Je reste au moins un quart d’heure sous le jet d’eau chaude tellement j’apprécie son ruissellement sur mon corps. Je lave même mes cheveux. Les fragrances masculines des deux gels émoustillent mon odorat. Ils sentent si bon. Je sors de la cabine et prends le temps de m’essuyer avec une épaisse serviette. Ma chevelure est désormais humide, mais ne goutte plus. Trois petits coups frappent à la porte. J’enfile le peignoir et l’attache avant d’ouvrir. Greene me dévisage et je vois dans ses iris qu’il est troublé. Il baisse le nez vers une pile de fringues qu’il tient dans ses mains et me les tend.
— J’ai... J’ai trouvé ces vieux vêtements que je portais quand j’étais plus jeune. Ils devraient peut-être vous aller.
J’imaginais remettre ma robe et rentrer chez moi, et il me donne des habits de détente comme s’il avait envie que je reste. Je relève mes yeux vers les siens et sans le vouloir ceux-ci se focalisent sur ses lèvres. Elles sont charnues, attirantes et elles m’ont procuré tant de plaisir la veille que j’en rougis. J’attrape les fringues, espérant ainsi qu’il ne remarquera pas mon trouble.
— Merci, je murmure.
En refermant la porte, j’ai le temps de baisser le regard et de constater en une fraction de seconde qu’il a la gaule. Je comprends mieux pourquoi il était mal à l’aise. J’ôte le peignoir et enfile le short noir et la chemisette bleu ciel qu’il m’a donnés. Ils sont un peu trop grands pour moi, mais ça fera l’affaire. J’ai intérêt à ne pas me pencher en avant, sinon il aura une vue imprenable sur mes seins. Mes cheveux sont encore mouillés, c’est peut-être ça qui l’a excité. J’ouvre les nombreux placards à la recherche d’un sèche-cheveux. Je n’en trouve pas, mais quelque chose attire mon attention dans le meuble placé sous le lavabo. Sous une pile de serviettes, il y a une boîte blanche qui semble cachée. Intriguée je la sors et la pose sur le sol. Il y a une croix rouge dessus.
Un kit de secours ? Pourquoi le dissimuler ?
Lorsque je l’ouvre, ce qu’il y a dedans me cause un choc. Il y a des seringues ensachées, un garrot, un flacon avec un liquide, un jeu de lames, une petite paille et... un sachet de poudre blanche.
C’est de la drogue... Merde !
Choquée par cette découverte, je referme aussitôt. Mes mains sont moites et tremblantes. Je remets la boîte à sa place et replace les serviettes dessus. Je suis angoissée à l’idée de mal les remettre. Est-ce qu’elles étaient bien dans ce sens-là ? J’ai un affreux doute. Je referme le placard et me relève, la peur au ventre.
Calme-toi, la porte est verrouillée. Putain ! Il se drogue ?
J’ai peine à y croire. Alexander Greene, mon patron, se drogue ? Tout à coup, les paroles du flic qui m’a auditionnée au sujet de Miller me sautent à l’esprit.
On a trouvé des doses de GHB sur lui, ce qui confirme vos accusations à son égard, mais cet abruti en avait également avalé en plus d’avoir pris de l’héroïne.
De l’héroïne. Pourquoi ce connard de joggeur s’est-il shooté au GHB et à l’héroïne s’il comptait me violer ? Ça n’a pas de sens ! Est-ce qu’il a été drogué par vengeance ? Non, je me fais des films... et c’est Jake qui a arrêté Miller, l’officier me l’a dit. Je crispe mes mains sur mes tempes. Toute cette histoire va me rendre dingue. J’ai l’impression d’être entourée de secrets et de mensonges. Il faut que je sache la vérité. Je sors de la pièce et entre dans le salon. Alexander Greene a changé de place. Il est désormais assis dans le canapé et son ordinateur est devant lui sur la table basse. Lorsqu’il me voit approcher, il lève les yeux vers moi et ça me fait perdre tout mon courage.
— Très sexy...
Mes nerfs lâchent et je pouffe de rire en réponse à sa boutade. Mes jambes tremblent à cause du stress. Il faut que je m’assoie. Je plaque mes fesses sur le sofa puis affronte à nouveau son regard.
— C’est bien vous qui m’avez sauvée de Miller ?
Il tique.
— Le type qui m’a droguée au GHB, je précise.
— Oui, c’était moi.
— Comment l’avez-vous su ?
Il soupire en détournant son attention de moi.
— Dites-le-moi !
Il pose ses avant-bras sur ses cuisses et joue nerveusement à entrechoquer les ongles de ses pouces.
— Je... je vous ai suivie après le travail. Comme vous étiez bien habillée, je me suis douté que vous aviez un rencard... et en effet, c’était le cas...
Il m’a suivie... par jalousie ?
— J’ai attendu... puis je vous ai vue sortir par l’issue de secours. J’ai tout de suite compris qu’il se passait un truc quand je vous ai vue disparaître derrière le conteneur à poubelle. Je me suis engagé en marche arrière dans l’impasse avec ma caisse et à ce moment-là j’ai surpris Miller à côté de vous qui essayait de vous aider à vous relever, mais j’ai remarqué que vous n’étiez pas vous-même... alors... je l’ai un peu... bousculé.
Un peu ? Il lui a refait le portrait.
— Et ensuite ? Pourquoi je me suis réveillée dans un parking, attachée et les yeux bandés ?
— C’était mon garage...
— Ah...
— Je vous ai laissé là en attendant.
— En attendant ?
— Que les effets de la drogue se dissipent...
— Et Miller ? Vous en avez fait quoi ?
— J’ai appelé la police qui s’en est occupée.
— Et rien d’autre ?
Il me dévisage, intrigué.
Est-ce que vous avez drogué Miller pour me venger en plus de lui avoir cassé la gueule ? Putain ! Je peux pas lui poser cette question, il va comprendre que je suis au courant pour la drogue dans sa salle de bains s’il fait le rapprochement.
— Euh... merci... d’être intervenu...
Nerveusement, je me gratte la tempe du bout des doigts en fixant le vide. Je fais le point dans mon esprit. Greene m’a suivie comme un amant jaloux et s’est acharné sur Miller, puis m’a attaché les mains et bandé les yeux pour que je ne le reconnaisse pas. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. Il m’a sauvée de la noyade, puis a racheté l’entreprise où je bosse.
Il a fait tout ça... pour moi ?
Son téléphone posé sur la table basse sonne. Il jette un coup d’œil vers l’écran, mais ne répond pas.
— Ils n’ont pas l’intention de vous lâcher, on dirait...
— On dirait bien. Il va falloir que je passe au bureau, annonce-t-il sans détacher son regard de son Iphone.
Il va partir ?
L’idée qu’il s’en aille me provoque un brusque sentiment d’abandon. Il éteint son ordinateur et se lève en l’emmenant. Je l’observe et une angoisse grandit en moi tandis qu’il s’éloigne pour se rendre dans sa chambre. Je ne sais pas ce qui me pousse à le rejoindre. Machinalement, je le fais. Plantée sur le seuil, je le regarde passer une cravate bleu marine autour de son cou. Il hésite avec une noire. Ses prunelles s’orientent vers les miennes.
— Quelque chose ne va pas ? s’enquit-il.
— Je... euh...
— Vous voulez que je vous dépose chez vous en passant ?
— Non... je...
Pourquoi ai-je dit non et pas oui ? Je ne sais pas quoi dire ni quoi faire. Pourquoi tout à coup n’ai-je pas envie qu’il s’en aille ?
— Vous... vous auriez un chargeur de téléphone ? Ma batterie est à plat.
Il me fixe, surpris. Je n’ai rien trouvé de mieux comme excuse et le fait est que j’en ai besoin d’un aussi.
— Iphone ?
— Samsung... je réponds
Il tique. Mauvais choix. Il s’avance et bifurque vers le buffet blanc dont il ouvre un tiroir. Tandis qu’il farfouille à l’intérieur, je m’approche et appuie ma main sur le bois du meuble, recouvert d’un placage verni. Il réussit à trouver un vieux chargeur dans un tas de fatras.
— Il date un peu, mais il devrait marcher, je pense, déclare-t-il en me tendant l’objet dont le fil électrique est enroulé autour de la prise et maintenu par un élastique.
— Merci, dis-je en le récupérant.
Ma peau effleure la sienne et ce contact est grisant. Tous les moments sexuels que j’ai partagés avec lui défilent dans ma tête. Il m’a entraînée dans ses fantasmes, et aussi étrange que cela puisse paraître, avec le recul je trouve que c’était terriblement excitant. Je n’ai jamais pris mon pied à ce point. Je dois avoir un grain... tout comme lui.
— La bleu marine...
Il hausse les sourcils.
— Elle va mieux avec votre chemise, souris-je.
— Ah... pouffe-t-il.
Il tire sur la cravate noire en soufflant.
— Je déteste porter ce genre de truc !
— Vous n’avez qu’à pas en mettre, si vous n’en avez pas envie. C’est vous le patron, non ?
— Justement... je dois montrer l’exemple... et parmi nos clients, il y en a qui sont tellement à cheval sur les principes qu’ils ne comprendraient pas ! déplore-t-il.
— Oh ? Vous pensez qu’on peut perdre un contrat à cause d’une simple cravate ? ironisé-je.
Il se met à rire. J’en fais autant.
— Je reconnais que c’est stupide, dit-il en observant la bande de tissu qu’il vient de plier en deux dans ses mains.
Au moment où il relève son visage, nos prunelles se contemplent comme si elles atteignaient nos âmes, et ses iris couleur océan aux reflets brillants m’hypnotisent. J’ai la sensation de flotter sur un nuage, tout à coup. Il bouge son bras droit et ses doigts viennent glisser sur ma joue en une tendre caresse. Toute mon attention se porte à présent sur ses lèvres charnues qui m’attirent comme un aimant. Sans réfléchir, je me hisse sur la pointe des pieds et me penche vers lui. Brusquement, dans un élan passionné sa bouche s’empare de la mienne avec tant de désir que le déséquilibre me fait pivoter contre le buffet. Affamée, sa langue goûte la mienne avec avidité. J’en pousse un gémissement étouffé quand en même temps je sens son membre prisonnier de son pantalon durcir contre mon bas-ventre. Un fantasme me frappe de plein fouet. J’ai envie qu’il m’attache les mains avec sa cravate et qu’il me prenne sur le meuble. J’enserre ses fesses musclées avec mes paumes. Il me donne un violent coup de reins qui me fait geindre. Nos lèvres se décollent et sa tête vient se perdre au creux de mon cou. Dans la foulée, son souffle exalté et brûlant fait frémir mon tympan autant que ma peau. Une sonnerie retentit soudain, mais ce n’est pas son téléphone, ça vient de la porte. Il s’arrête et tourne son visage. Il l’a entendue aussi. Ça sonne encore, avec insistance, puis quelqu’un frappe avec énervement. Alexander Greene a l’air contrarié, mais je le suis davantage. Irrité, il s’écarte et jette sa cravate sur le lit.
— Je vais aller voir, restez là.
— D’accord.
Il me quitte et ferme la chambre en partant. Ce geste pourtant anodin m’intrigue. Et pourquoi la personne qui sonne insiste-t-elle autant ? Ma curiosité me pousse à entrouvrir la porte et à tendre l’oreille.
— Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu fous là ? grogne mon patron.
— J’ai essayé de t’appeler, mais tu ne réponds pas ! La colocataire d’Amanda est venue au poste ce matin pour signaler sa disparition. Elle n’a pas de nouvelles d’elle et n’arrive pas à la joindre alors qu’Amanda devait rentrer hier d’un voyage d’affaires.
Cette voix...
Ma respiration se bloque. Tout mon corps se fige.
— Elle va bien. Tire-toi !
— Où est-elle ? Qu’est-ce que tu manigances, putain ? Je t’avais dit d’arrêter de lui tourner autour, que ça allait trop loin toute cette histoire.
Je fais irruption dans le salon. Greene se tient devant l’entrée, mais son interlocuteur est toujours sous le porche. Je traverse la pièce pour tenter de l’entrevoir.
Oh mon Dieu ! C’est bien lui. Jake...
— Amanda ?
Il m’a vue aussi. Greene tourne la tête vers moi. Jake en profite pour le pousser et entrer, inquiet pour moi.
— Ça va ? Vous n’avez rien ?
Mais je suis tellement sous le choc que je reste pétrifiée. Depuis quand se connaissent-ils tous les deux ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends pas. Jake s’approche et tente de m’attraper le bras. Sur la défensive, j’effectue un mouvement de recul par réflexe.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Il vous a fait du mal ? Qu’est-ce que tu lui as fait, putain ? rage-t-il en faisant volte-face vers Greene.
— Dégage de chez moi, Jake !
— Pourquoi elle est dans cet état ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
Comme Greene ne répond pas, Jake le repousse d’un coup violent à l’aide de ses paumes afin de le faire réagir. Si je n’interviens pas, ils vont en venir aux mains.
— Il ne m’a rien fait, arrêtez ! Il ne me ferait pas de mal, au contraire, il m’a sauvé la vie.
— Qu’est-ce qu’il vous a raconté, au juste ? me demande-t-il avant de se tourner vers mon patron. Qu’est-ce que t’as été lui baratiner pour la foutre dans ton pieu ? On s’était mis d’accord pour ne rien lui dire.
Je suis sous le choc. Énervé, Greene tente de coller une droite à Spencer, mais ce dernier l’esquive et lui en met une. Une bagarre s’ensuit entre eux. Les voir se cogner dessus aussi violemment me terrifie. Vêtu de son uniforme, Jake porte son arme accrochée à sa ceinture. Il suffirait d’un rien pour que ça finisse en bain de sang. Il faut que je fasse quelque chose. J’essaie de les séparer, mais un revers du bras de Jake m’envoie valser vers l’avant à proximité de la table basse. Je pousse un cri de douleur quand mon crâne en cogne le bord. Je me redresse et pivote pour m’asseoir par terre. La lutte a stoppé, mais lorsque je porte ma main sur mon front, mes doigts en ressortent ensanglantés. Je les regarde en tremblant.
— Amanda !
Jake se précipite vers moi.
— C’est moi qui vous ai fait ça ? Je suis désolé.
Il touche mon bras, mais je recule. Les coups violents qu’il a portés à Greene m’ont terrifiée, en plus de son geste qui m’a envoyée par terre. Il me fait peur.
— Je vais vous emmener à l’hôpital.
— C’est pas la peine, je vais bien.
— Mais vous saignez.
— Ça va.
Je déteste les hôpitaux !
— Je vais vous ramener chez vous. Votre amie est inquiète.
— Je vais l’appeler.
— Vous ne pouvez pas rester là.
— Je ne crains rien. Il vaut mieux que... que vous partiez, dis-je après avoir jeté un œil vers Alexander Greene qui saigne de l’arcade sourcilière.
— Comment vous pouvez avoir confiance en lui plutôt qu’en moi ?
— Ça n’a rien à voir. Et sans lui, je serais morte noyée...
— Sans NOUS, vous seriez morte.
— Sans vous ?
— Ouais, ça ne m’étonne pas qu’il ne vous ait pas tout dit, peste-t-il en jetant une œillade haineuse vers Greene.
— Comment ça ?
— On était ensemble quand on vous a vu sauter du pont. On revenait du resto. J’ai stoppé la voiture et plongé aussitôt pour vous secourir. Alex m’a aidé ensuite à vous sortir de l’eau par le rivage. Il vous a fait un massage cardiaque pour vous réanimer. J’envisageais de vous emmener à l’hôpital, mais il a préféré qu’on vous ramène chez vous. Et partant de là, il s’est mis à faire une... une fixette sur vous après qu’on a lu votre lettre. C’est pour ça que je n’ai rien pu vous dire, et aussi... je ne voulais pas que vous vous sentiez redevable envers moi de quoi que ce soit.
Ses révélations me surprennent tellement que j’en reste estomaquée. Mon regard oscille entre les deux hommes. Toutes les pièces du puzzle commencent à s’assembler une à une. Les coïncidences n’en étaient pas, et ils m’ont caché la vérité chacun pour une raison différente. J’essuie mon front d’un revers de la main. Le sang ne semble plus couler.
— Amanda, venez avec moi, supplie Jake.
Son insistance me dérange. D’un léger mouvement de la tête, j’exprime mon refus. Vexé, il se lève et affronte Greene du regard, mais ne dit rien. Il sort en claquant la porte avec une telle violence que je sursaute de peur. J’entends ensuite un bruit de verre brisé. Mon patron bouge le rideau de la fenêtre et soupire.
— Qu’est-ce que c’était ?
— Il a pété un carreau de ma caisse, souffle-t-il.
Je me relève. Il vient vers moi et pose ses doigts sur mon crâne en inspectant l’endroit où j’ai reçu un coup.
— Vous avez mal ?
— Ça me pique un peu, mais c’est supportable. Et vous ?
— Pareil. Il a une sacrée poigne !
— Vous auriez pu aisément l’envoyer au tapis. J’ai bien vu que vous reteniez votre force par moment.
— J’avais pas trop envie qu’il me colle une balle entre les deux yeux. Il a le sang chaud !
— Ça fait combien de temps que vous le connaissez ?
— Depuis qu’il porte des couches. Ma mère le gardait quand j’étais gamin. Elle faisait souvent du baby-sitting. Elle rêvait d’avoir une famille nombreuse... mais elle n’a eu que moi, alors elle a compensé sa frustration comme elle a pu...
À l’évocation de sa mère, son visage se ternit. J’imagine qu’entre Jake et lui une sorte de relation fraternelle s’est tissée au fil des années, avec ce que ça peut engendrer de négatif, entre jalousie et rancœur. La différence de réussite, de classe sociale et de richesse entre eux. L’affection maternelle partagée avec un autre. Pas étonnant qu’ils étaient à deux doigts de s’entretuer à cause de moi. Cette situation m’afflige.
— Ça va ? me demande-t-il, soucieux.
J’acquiesce d’un hochement. Un picotement plus fort que les autres me fait grimacer.
— Il faut s’occuper de votre blessure.
— De la vôtre aussi, sinon vous allez finir par avoir un œil de panda, souris-je.
Il pouffe de rire, puis emprunte le chemin jusqu’à la salle de bains. J’en fais autant. Arrivé sur place, il ouvre le placard à pharmacie et en sort du spray antiseptique et un sachet de cotons qu’il me tend. J’en extrais un et l’imbibe de produit avant de le lui donner. Avec soin, il l’applique sur ma blessure. Ça picote, mais je souffre en silence. Pendant ce temps, je m’occupe de son sourcil. J’y colle ensuite de fins petits pansements qui forment comme des points de suture. Il fait pareil sur mon crâne, mais comme j’ai terminé avant lui, j’en profite pour l’observer jouer au docteur.
— Je pense que la blouse blanche vous irait bien, docteur Greene, plaisanté-je tandis qu’il a fini.
— Hmm... Non, merci, grimace-t-il en affichant un rictus mi-dégoûté, mi-amusé.
Il faut que je sache... Tant pis s’il le prend mal !
— Tout à l’heure... en cherchant un sèche-cheveux, je... je suis tombée par hasard sur...
Ses yeux plongés dans les miens se teintent d’émotion comme s’il avait compris ce à quoi je faisais allusion.
— Je n’en prends plus depuis un moment...
— Pourquoi les garder dans ce cas ?
Il soupire et passe sa paume derrière sa nuque avant de la claquer sur sa cuisse.
— Je ne sais pas... c’est... une période de ma vie, alors....
— Oui, je comprends... Elle fait partie de vous, car elle a fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. On a tous un moment où l’on touche le fond... l’important, c’est de réussir à remonter la pente.
À la fin de ma phrase, son attention se porte sur mes lèvres et à ce moment je brûle d’envie qu’il s’en empare comme tout à l’heure. Ne tenant plus, je l’embrasse. Il me rend un baiser passionné aussi langoureux que fougueux. Impatiente, je déboutonne sa chemise, puis détache la boucle de sa ceinture. Je veux qu’il me prenne. Je veux ressentir à nouveau le plaisir qu’il m’a procuré la veille. J’en suis devenue accro. Pressée, je baisse son pantalon en même temps que son boxer. Je peux enfin découvrir son sexe qui se dresse. Si long, et il est si gonflé que les veines en sont saillantes. Je l’enveloppe de ma main et commence à effectuer des va-et-vient. Il me caresse l’entrejambe puis baisse mon short avant de me saisir par les hanches pour m’asseoir brusquement sur le petit meuble bas situé juste à côté de l’évier. Le revêtement dur et froid sur lequel mes fesses viennent de claquer me fait frissonner. Il enlève sa chemise, puis soulève la mienne par le haut. Mes cheveux retombent en cascade sur ma peau nue. Excité par ce spectacle, il empoigne un de mes seins tandis qu’il pince entre ses lèvres l’extrémité rosée de l’autre. Je crie. Cette torture provoque un spasme dans mon intimité. En réaction, je me cambre vers l’arrière, il en profite pour insérer deux doigts en moi tandis que son pouce frotte mon clitoris. Je respire plus fort, plus vite. Ses gestes sont doux, puis brusques, lents, puis rapides. Je n’en peux plus, je la veux en moi. Il attrape un préservatif dans un tiroir et l’enfile avant de me pénétrer avec une brutalité presque bestiale. Mon vagin en palpite, puis se resserre sur son membre. Je suis tellement trempée qu’il glisse avec facilité lorsqu’il me donne des coups de reins. Il se penche en avant et m’entoure de ses bras. Le bout de mes seins caresse les muscles de son torse à chaque mouvement.
— Je vais jouir, j’annonce.
Mes mots le rendent fou. Il accélère la cadence. Plus vite, plus fort. À bout de souffle, je crie ma jouissance contre son cou. Tout mon être convulse de plaisir. Il se retire aussitôt et pousse un râle de plénitude en couvrant mon ventre de sa semence après avoir enlevé la protection de sa hampe. Découvrir son visage si enivré m’excite encore. Je me laisse glisser du meuble. À genoux par terre, je passe ma langue sur le bout de sa verge que j’aspire ensuite dans ma bouche. Une dernière giclée sort. Je n’en perds pas une goutte.
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