Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 20 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 19

 

Je reste prostrée sur le canapé, déboussolée par ce qui vient de se produire. Greene est actuellement dans la salle de bains en train de prendre une douche. Qu’est-ce que je dois faire ? Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Je n’ose pas bouger. L’eau ne coule plus. Il a fini de se laver. Il apparaît dans la pièce. Du coin de l’œil, je remarque qu’il a noué une serviette blanche autour de sa taille.

— Vous comptez passer la nuit là ?

Je tourne mon visage vers lui avec crainte. Son torse, ses cheveux mouillés et le fait qu’il soit à moitié nu me donnent des angoisses qui doivent probablement se lire dans mes yeux. Il soupire.

— Allez, je ne vais rien vous faire de plus. Vous ne m’avez pas repoussé non plus. Allez dormir, vous en avez besoin.

Le ton de sa voix est rassurant, c’est comme s’il compatissait à mon trouble. Il vient s’asseoir à côté de moi. Je me lève aussitôt et me dirige vers la salle de bains avant de m’y enfermer, saisissant mon bagage au passage. Je n’ai pas envie de lui parler ni maintenant ni jamais. Ce qui s’est passé n’aurait pas dû se produire.

Lorsque je me décide enfin à sortir de la salle de bains après m’être lavée, je constate que Greene n’est pas dans son lit. Je resserre le peignoir de l’hôtel sur mon pyjama, puis risque un œil en direction du salon. La lumière est éteinte, mais grâce à celle de la chambre, j’arrive à y voir clair. Où est-il ? Je m’approche et finalement l’aperçois allongé sur le canapé. À sa respiration, j’en déduis qu’il dort. Endormi, il a presque l’air inoffensif. Ce type est vraiment bizarre, il est difficile à cerner. Il souffle le chaud et le froid. Qu’est-ce qu’il me veut, au juste ? Il n’a même pas cherché à coucher avec moi. Il a voulu uniquement me procurer du plaisir ? J’ai du mal à y croire. Je l’observe en détail. Ses cheveux bruns légèrement décoiffés. Son torse musclé et massif de trentenaire sportif. Ses mains parcourues de veines apparentes dont les doigts m’ont pénétrée, et ses lèvres charnues qui ont pressé mon sein. Physiquement parlant, il n’y a rien à jeter chez lui. Mon attention se porte sur la serviette nouée sur ses hanches. Je déglutis en imaginant qu’il est nu en dessous. Je me rends compte que mon cœur bat vite et que mon bas-ventre palpite. J’appréhende soudain qu’il puisse se réveiller.

Sur la pointe des pieds, je retourne dans la chambre puis me réfugie sous les draps. Épuisée, je finis par m’endormir.

***

Un claquement me réveille brusquement. Je me redresse et constate que le soleil illumine la pièce. Avec mes poings, je frotte mes yeux, puis dirige mon visage vers le lit d’à côté. Les couvertures ne sont pas défaites. Je me lève, enfile le peignoir et me rends dans la salle de bains. Le miroir est plein de buée. Il a pris une douche ? Je ne l’ai même pas entendu faire. Je vais dans le salon, le cherche partout, mais il n’est pas là. Sa valise est toujours là, elle, ce qui me rassure. Ce matin, nous avions rendez-vous chez un potentiel client. J’en conclus qu’il a décidé d’y aller seul. Après avoir fait ma toilette, je m’habille. Au moment où je remonte la fermeture éclair de ma jupe, quelqu’un frappe à la porte. Est-ce Greene ? J’en doute. J’ouvre, c’est un serveur qui pousse un chariot roulant.

— Bonjour. Je vous amène le petit-déjeuner.

— Bonjour. Ah ? Je suis désolée, je n’ai pas d’argent.

— Ce n’est pas la peine, il est déjà payé.

— Ah ? Pour deux ?

— Non, pour une seule personne. Vous attendiez quelqu’un ? La commande a été passée tôt ce matin, mais je peux aller cherc...

— Non, ça ira, merci. C’est parfait.

— D’accord.

Il me sert tout sur un plateau puis s’en va. Une bonne odeur de croissants récemment sortis du four et de chocolat chaud émoustille mes papilles. Je suis touchée que Greene ait pensé à mon petit-déjeuner. Il y a même une rose dans un vase, mais c’est peut-être une attention de l’hôtel et pas de lui en particulier. Les viennoiseries sont si croustillantes qu’elles fondent dans ma bouche. Un vrai régal. Je n’en laisse pas une seule miette. Je travaille ensuite sur ma tablette et réponds aux mails professionnels que j’ai reçus. Difficile d’en faire davantage sans mes dossiers et mon bureau. Le temps passe, il est bientôt midi. Nous avons normalement un repas avec un client, mais Greene n’est pas encore là. Est-ce qu’il va venir me chercher ou vais-je encore rester là à attendre qu’il fasse tout le boulot ? Je suis là pour bosser, pas pour être enfermée dans une chambre.

Ça me saoule, merde !

Je saisis mon téléphone et commence à lui écrire un message après avoir récupéré son numéro dans mes mails.

« À quelle heure venez-vous me chercher pour notre déjeuner avec le PDG de Yelmon ? »

Quelques secondes d’hésitation, puis je clique sur envoi. J’attends, anxieuse. Une bonne quinzaine de minutes plus tard, il m’envoie une réponse pour me signaler qu’il est là, dans un taxi. Rassurée que notre relation professionnelle ne soit pas entachée, je me dépêche de sortir de la chambre puis du bâtiment. Je le cherche des yeux et aperçois la voiture. Il en sort avec allure et prestance, charismatique dans son costume. Le revoir me fait presque trembler. J’en suis troublée, après ce qui s’est passé la veille. Mes jambes m’amènent jusqu’à lui.

— Vous allez mieux, mademoiselle ? s’enquit-il d’une voix douce.

— Euh... oui. Oui, ça va.

— Je vous en prie.

Il m’invite à monter en me tenant la portière avant de me rejoindre et de la claquer.

Au début mal à l’aise, je finis par me détendre, voyant qu’il prête plus attention à son portable qu’à moi. J’ose même lui parler.

— Merci... pour le petit-déjeuner.

— Il n’y a pas de quoi, répond-il en me dévisageant. Je suis sincèrement désolé de ce qui s’est produit hier soir. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Votre robe, sans doute. Ça ne se reproduira plus. Veuillez me pardonner.

Il détourne aussitôt le regard pour fixer son écran. Je demeure hébétée par ses excuses. Pour lui, ce qui s’est passé était une erreur. Certes, ça l’était, mais l’entendre de sa bouche me provoque un pincement au cœur, curieusement.

Le repas avec le patron de Yelmon se déroule aussi bien que celui d’hier avec le gérant de Galasco. J’ai pu présenter notre entreprise avec brio et suis satisfaite de ma prestation. Mes réparties ont même réussi à attirer les rires de Greene et de notre invité. Je sors du restaurant, enjouée et fière de moi. Nous enchaînons ensuite par la visite du siège social d’un de nos meilleurs clients. Là encore, tout va à merveille. Vers quinze heures, il est temps pour nous de retourner à l’hôtel plier bagage. Les discussions entre Greene et moi sont strictement professionnelles, c’est comme si ce qui s’était produit hier soir n’avait jamais eu lieu. Lorsque je prends place dans l’avion en face de lui et que nous décollons, un étrange sentiment de déception m’étreint, celui d’être passée à côté de quelque chose. Demain, je vais reprendre mon poste et me retrouver assise derrière mon bureau. Je ne partagerai plus de bon repas avec Greene, je ne le verrais presque plus. Cela devrait me réjouir, pourtant ce n’est pas le cas.

— Qu’y a-t-il, mademoiselle Carter ?

Il lève son nez de son ordinateur portable et ses yeux rencontrent les miens. Je sursaute en clignant les paupières, embarrassée.

— Cela fait un moment que vous me regardez travailler. Il y a un souci ?

— Euh non... aucun.

Troublée, je me hâte de saisir ma tablette et la déverrouille. Je commence à faire déplacer mon index dessus, mais soudain la main de Greene s’empare de mon poignet avec tendresse afin de l’en écarter. Instantanément, mon palpitant cogne dans ma poitrine et mon regard se plante dans le sien. Ses doigts glissent sur ma peau et son pouce vient caresser les miens. Il attire lentement ma main vers ses lèvres et y dépose un baiser appuyé, sans me lâcher de ses iris océan. Immédiatement, le contact de sa bouche sur mon épiderme me rappelle celui sur mon sein hier soir. Mon entrejambe en frémit aussitôt en souvenir du moment d’égarement intense de la veille. Je me libère de son emprise faisant mine de recoiffer une mèche rebelle derrière mon oreiller tandis que j’oblique le visage vers mon Ipad pro. Merde ! Ce type est un aimant sexuel. Je l’entends pouffer de rire. Pathétique ! Son attitude vis-à-vis de moi est comme un jeu. Il me considère comme son jouet et ça l’amuse. Vexée par ce constat, je me mets à l’ignorer pendant tout le trajet. Vers dix-neuf heures, un taxi vient nous chercher à l’aérodrome. Il me ramène en premier. Pressée de rentrer chez moi, je dis au revoir à Alexander Greene sans trop lui porter d’attention. Quand enfin je pénètre dans mon appartement, je souffle de soulagement. Rien ne vaut son chez-soi. Rory n’est pas là, je suppose qu’elle mange au resto ou chez une amie afin d’éviter de se retrouver seule. J’ai envie de voir Jake et de lui faire l’amour.

 

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