Faceless lies (French Edition)
Chapitre 10
Où suis-je ? Qu’est-ce qui se passe ?
Je viens d’ouvrir mes yeux, mais je sens quelque chose qui les recouvre et je ne vois rien. Tout est noir. Je réalise que je suis allongée et que j’ai comme un bandeau noué autour de la tête. Il me cache la vue. La panique me saisit lorsque je constate que mes poignets sont attachés l’un à l’autre par-derrière. Je tente de me redresser comme je peux. Soudain, un bruit. On dirait un mouvement de tissus et de chaussures.
Il y a quelqu’un ? On m’a kidnappée ?
Les battements de mon cœur s’affolent. Je me rappelle mon rendez-vous avec Chris. On discutait et puis... plus rien...
Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé ensuite, putain !
Je ne suis pas seule, j’ai la sensation qu’il y a une présence et qu’elle se rapproche. Terrorisée, je recule mon dos, mais je suis bloquée par une surface, c’est un mur.
— Qui est là ?
Personne ne répond.
— Chris ?
J’ai peur, si peur. J’en tremble.
— Répondez !
Je commence à sangloter de terreur. Tout à coup, je sens un souffle au creux de mon cou. J’en frissonne.
— Ce n’est pas Chris, Amanda.
Ce murmure... c’est celui de mon sauveteur.
— Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi suis-je attachée ?
— C’est la deuxième fois que je vous sauve, Amanda.
Qu’il me sauve ?
— Chris vous a droguée.
Il m’a droguée ? Cette nouvelle me foudroie. J’ai du mal à y croire. J’essaie de remettre de l’ordre dans mes souvenirs. Je revois Chris me tenir la porte, puis s’en aller chercher nos boissons. Il ne m’a pas touchée, du moins je n’ai senti aucune piqure. Mon Dieu ! Mon café ! Il a mis de la drogue dedans ?
— Non, pourquoi aurait-il fait ça ?
Il envisageait de me faire du mal ?
Cette pensée me frappe en plein cœur. J’ai envie de pleurer. Un sanglot m’échappe.
— Shh... Ne pleurez pas. Vous êtes en sécurité, chuchote-t-il dans mon oreille droite.
Dans un geste de réconfort, sa tempe caresse la mienne au passage.
— Je ne lui ai pas laissé le temps de vous faire de mal.
Ses paroles me rassurent. Je ne sens aucune douleur sur mon corps ni dans mon intimité. Je pense qu’il dit vrai. Cependant, une inquiétude me traverse.
— Pourquoi ne me détachez-vous pas ? Où suis-je et où est ce type ?
Un bip retentit. Celui d’un SMS reçu. Mon mystérieux sauveur semble se relever. Je l’entends marcher un peu, puis s’arrêter. Est-il parti prendre connaissance du message ? Je plaque mes omoplates contre le mur pour m’aider à me mettre debout. Sur le coup, j’ai du mal à trouver l’équilibre. Finalement, j’y parviens en avançant un peu. Je ne comprends pas pourquoi il ne me détache pas. Cette situation est oppressante, d’autant plus que je ne vois rien. Ses pas reviennent vers moi. Une aura de chaleur m’atteint, puis son corps me frôle.
— Je vais vous ramener chez vous, Amanda, m’annonce-t-il tout bas.
Je souffle de soulagement. Sa main attrape mes doigts et m’entraîne. Elle est chaleureuse et musclée. Je n’oppose pas de résistance et resserre même ma paume dans la sienne. Je ne sais pas où nous sommes, mais apparemment nous quittons cet endroit. Je n’ai pas entendu de porte s’ouvrir, et pourtant nous sommes dehors à présent. Je sens une légère brise un peu fraîche. Est-ce qu’il fait nuit ? On dirait bien. Étais-je dans un local ouvert ? Dans un parking ? Nous marchons sur des graviers, puis il me fait m’arrêter. J’entends un clac. Celui d’un déverrouillage centralisé de portières. Il en ouvre une. En toute logique, je vais sûrement devoir m’asseoir. Brusquement, mes pieds ne touchent plus terre, et des bras me portent. Ma tête est lovée contre son torse. Son eau de toilette s’empare de mes narines. Elle sent divinement bon, au point que mes papilles s’en excitent. Il m’installe sur un siège, puis quelque chose glisse sur un de mes seins et le comprime. C’est la ceinture de sécurité. Il l’enclenche. J’aimerais tellement qu’il me détache les poignets et qu’il me laisse voir son visage, mais je n’ose pas le lui demander. Il l’aurait déjà fait, s’il l’avait voulu. Il dépose quelque chose à mes pieds. J’ai la conviction qu’il s’agit de mon sac. Ma porte claque, puis la sienne suit après qu’il s’est assis. Le moteur démarre et le véhicule se met en route. Est-ce qu’il va vraiment me ramener chez moi ? Et s’il m’avait menti ? Et s’il était réellement Chris Miller et avait inventé toute cette histoire avec une idée derrière la tête ? Je ne sais pas ce que je dois croire. Tout ce que je sais c’est que celui qui se trouve avec moi dans cet habitacle n’a pas hésité à sauter à l’eau pour me sauver de la noyade. Sans lui, je serais morte. Il m’a offert une deuxième vie. Une partie de moi pense qu’il a eu tort, et l’autre lui en est redevable.
Après quelques minutes, la voiture s’immobilise. Il détache nos ceintures de sécurité, puis ouvre sa portière d’abord, avant de passer à la mienne. Précautionneux, il me fait sortir en prenant soin de me protéger le haut du crâne avec sa paume. De cette façon, il n’y a aucun risque que je me cogne par accident. Avant de fermer le véhicule, il accroche mon sac sur mon épaule, puis m’indique le chemin avec sa paume qu’il applique au creux de mes reins. S’il n’a pas peur qu’on me voie ligotée et les yeux bandés, je présume qu’il doit faire nuit et qu’il est tard. Dans ces conditions, il y a peu de risque que l’on croise un passant ou un voisin. Nous marchons sur le bitume, puis les bruits que j’entends me font penser que nous sommes à présent dans le hall de ma résidence. Il me fait avancer assez loin. Il s’approche à nouveau de moi et effleure ma joue avec la sienne. Ma peau frisonne lorsque mon tympan vibre au son de son murmure sensuel.
— Je vais vous détacher les mains. Si vous ôtez votre bandeau maintenant, vous ne me reverrez plus jamais.
Ne plus jamais le revoir ?
— Non, non ! Je ne le ferais pas.
— Promettez-le-moi, Amanda.
— Pourquoi ne voulez-vous pas que je voie votr...
— Promettez-le, Amanda !
— Je vous le promets !
Ma voix s’éreinte à l’idée qu’il disparaisse pour toujours et mon cœur se serre. Dans mon dos, ses mains s’affairent à dénouer les liens qui m’entravent. Je meurs d’envie d’enlever le bandeau et de voir son visage, mais si je le fais, il se sentira trahi et m’abandonnera à jamais. Mes poignets sont libres, désormais. Il frotte ses pouces dessus avec tendresse, puis ses doigts glissent sur les miens avec douceur et me quittent. Je sens qu’il va partir et je ne le veux pas. Sur le sol, ses pas amorcent un départ.
— Attendez ! Ne partez pas ! Je vous en prie !
Désespérée, je tends la main. Il l’attrape, puis m’attire lentement vers lui. Nos corps se frôlent avant de se toucher. Je sens sa carrure, musclée et protectrice. Il mesure dans les un mètre quatre-vingt-dix. Ses paumes glissent sensuellement le long de mes reins, faisant monter ma température. Le souffle chaud de sa respiration s’écrase dans ma nuque et des frissons parcourent mon échine. Je suis sûre qu’il a envie de moi, et cette pensée m’excite, alors que je n’ai jamais vu son visage. Suis-je folle ou est-ce un fantasme ? Brusquement, il avance en me faisant reculer. Je me retrouve bloquée contre le mur. Dans un bruit sourd, mon sac en tombe par terre. Je sens sa verge gonflée dans son pantalon qui appuie sur mon bassin. La réaction de mon intimité est sans retenue, elle se resserre sur elle-même et je mouille aussitôt. Il presse davantage son sexe contre le mien. Sous l’excitation, il relève mes jambes et me percute avec fougue. Un gémissement s’échappe de mes lèvres. Assoiffé de désir, il se frotte à moi tandis je m’accroche à lui, les doigts plantés dans sa nuque. Il ne m’a même pas pénétrée et pourtant j’ai envie de jouir tant mon clitoris et mon esprit sont stimulés par ce contact sauvage et insolite. Tout à coup, une vive douleur de morsure sur ma carotide me provoque un spasme extrême de plaisir qui électrise tout mon être. Je pousse un cri de jouissance. Il me relâche, soudain. Mon dos glisse sur le mur et je me retrouve assise au sol, haletante. Le contrecoup de toutes les émotions que j’ai éprouvées et cumulées jusqu’ici me laisse dans un état second. J’entends des bruits.
Il s’en va ?
L’inquiétude s’empare de moi. Pourquoi me laisse-t-il ? Je n’ose pas enlever mon bandeau, alors que j’ai la conviction qu’il n’est plus là. Il se passe au moins une longue minute avant que je décide de briser son interdiction et de le soulever, puis de l’enlever. Suis-je à ce point soumise à lui ? Il fait noir, mais dans cette obscurité, je parviens à discerner une faible luminosité. Je me lève et j’avance. Le bout de mon pied tape dans ce que je reconnais être mon sac. Je le saisis puis continue mon chemin. Je quitte le renfoncement et arrive dans le hall faiblement éclairé par la lumière des réverbères qui traverse la porte vitrée. Je me précipite vers elle et regarde au travers dans l’espoir d’apercevoir mon inconnu, mais rien, personne en vue. J’en suis anéantie. De nombreuses questions se bousculent dans ma tête. Où est Chris Miller ? Que me voulait-il ? S’il voulait juste coucher avec moi, il lui suffisait de sortir le grand jeu et de me jeter après m’avoir mise dans son lit. Pourquoi en venir à me droguer ? Il avait l’air si sincère et gentil. Qu’est-ce qu’il a versé dans mon café ? Du GHB ? Il faudrait que je fasse un test et que je porte plainte à la police. Et comment mon sauveur a su ce qui m’arrivait et où je me trouvais ? Et qui il est ? Pourquoi ne veut-il pas que je le sache ? De quoi a-t-il peur ?
Je serre ma tête entre mes mains avec la sensation qu’elle va exploser. Les larmes me viennent aux yeux, tellement je suis à bout. Après avoir appuyé sur l’interrupteur pour allumer le plafonnier, je fais volte-face et monte les marches de l’escalier en me tenant à la rambarde. Je suis dans un tel état que je pourrais aisément trébucher et me fracturer les os en tombant. Lorsque j’entre dans mon appart, je ressens comme un sentiment de soulagement incommensurable. Cela fait un bien fou de pouvoir enfin m’enfermer en sécurité dans mon cocon. J’enlève mes chaussures avec bonheur. Poser mes pieds nus à plat sur le sol me procure un bien-être immédiat. Une bonne douche et je file me plonger sous les draps, l’esprit chamboulé.
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