Faceless lies (French Edition)
Chapitre 8
Dire qu’il y a trois jours, j’avais décidé de mettre un terme à ma vie, et voilà qu’un simple rencard me redonne envie d’aller de l’avant. C’est dingue comment le moral peut changer d’un jour à l’autre. Depuis le décès de mes parents, il ressemble à des montagnes russes. Les chutes sont vertigineuses et difficiles à surmonter. Je n’ai pas pu dire au revoir à ma mère et cela me pèse. Elle est morte sur le coup dans ce putain d’accident de voiture. Quant à mon père, même si j’ai eu le temps de le lui dire avant qu’il ne meure, je ne suis pas certaine qu’il ait pu l’entendre, puisqu’il était dans le coma. Ils me manquent tous les deux. Ils me manquent tellement. Tout ça à cause d’un connard de chauffard qui avait grillé le stop !
Alors que je me maquille devant le miroir de la salle de bains, des larmes se forment au coin de mes yeux. La boule monte dans ma gorge, celle de la souffrance. Je respire à fond.
Ne pleure pas. Sois forte.
Combien de fois je me suis répété ces mots ? J’ai parfois envie de picoler ou de me droguer pour anesthésier mon cerveau, pour ne plus revoir en boucle ces souvenirs si douloureux. Soudain, afin de faire diversion, je pense à Chris, mon charmant joggeur aux allures de surfeur, que je dois revoir ce soir, et cela me donne du courage. C’est con, je le connais à peine et pourtant j’ai hâte qu’il me prenne dans ses bras. J’ai tellement besoin d’affection, de réconfort et d’amour. Mon esprit se focalise ensuite sur Spencer, le beau flic. Lui aussi avait l’air bien. Malheureusement, il y a peu de risques que je sois amenée à le revoir.
Tant pis pour toi, Spencer !
Je me recule afin de m’admirer dans le reflet de la glace. J’ai teinté mes lèvres en un rose légèrement rouge, atténué mes cernes avec un stick couleur chair. Mon teint est lumineux grâce à un combo de crème et de poudre. Mes paupières sont charbonneuses, et avec mes yeux noisette mon regard est profond, intense, prêt à fusiller le cœur de mon crush. J’ai bouclé un peu mes cheveux ce qui me donne des airs de femme fatale. Plutôt qu’une robe qui aurait fait trop soirée, j’ai opté pour un petit ensemble noir avec une jupe fluide et un haut moulant au décolleté vertigineux qui met en valeur ma poitrine. Une touche de parfum au creux de mon cou. Je sais qu’il tiendra toute la journée avec ses notes florales, je n’ai donc pas besoin de l’emmener dans mon sac, une retouche plus tard est inutile. Je n’en dirais pas autant de mon maquillage, aussi je glisse le nécessaire dans une pochette. Il n’y a plus qu’à enfiler mes chaussures. Tous mes ongles étant manucurés depuis hier soir — même ceux des pieds —, j’ai décidé de mettre des sandales minimalistes en cuir à talons aiguilles. Leur couleur assortie à ma tenue et leur petite bride à attacher autour de la cheville forment un ensemble hyper sexy. Ainsi parée, je quitte l’appartement et prends le chemin du boulot. Je ne traîne pas en route, je suis déjà à la bourre. Je me presse. Malheureusement, lorsque j’arrive à destination, je suis en retard de cinq minutes. Je sors de l’ascenseur en trombe. La standardiste, assise derrière son comptoir, m’accueille avec un sourire en coin.
— Oh là, là ! Amanda ! Tu as sorti le grand jeu !
Sans m’arrêter, je la dévisage, ahurie. Une crainte me pétrifie. Ai-je trop exagéré ma tenue comparé à d’habitude ? Suis-je trop maquillée ? Ma coiffure est-elle trop sexy ?
Je ne sais quoi répondre à sa pique. Je détourne la tête et passe devant elle comme si de rien n’était.
— C’est pour plaire à monsieur Greene ce relookage ?
— Jamais de la vie !
Ma réplique est sortie du cœur à la vitesse de la lumière. Si j’ai fait tous ces efforts, ce n’est sûrement pas pour séduire ce sale type arrogant !
Lorsque j’arrive dans l’open space, je trace en fixant mon bureau qui m’attend tout au fond et tente d’ignorer les brouhahas ambiants des appels téléphoniques. Je n’ai pas envie de croiser un autre sourire en coin ni d’entendre une nouvelle remarque acerbe. Pour ne pas attirer l’attention, je ne dis pas bonjour. Avec un peu de chance, personne ne lèvera le nez de son clavier ou de son occupation. Mon cœur bat vite. Ma chaise n’est plus très loin, je suis sauvée.
— Mademoiselle Carter !
Je sursaute au son de cette voix d’homme autoritaire, puis pivote mon visage dans sa direction. C’est Greene. Qu’est-ce qu’il fait là ? Je n’avais même pas remarqué sa présence. La tête tournée vers moi, il se tient debout face à un commercial avec qui il était visiblement en train de discuter. Son regard m’assassine. J’en tremble.
— Oui ?
— Vous entrez sans dire bonjour à personne ? Ce n’est pas très poli.
— Euh... oui, pardon... je.. j’avais la tête ailleurs.
— Et en plus, vous êtes en retard de dix minutes.
Dix minutes ?
Angoissée, je jette un coup d’œil vers la pendule accrochée au mur.
C’est plutôt sept minutes, il exagère ! Et toutes les heures sup que je me suis tapées sans être payée, on en parle ?
— Je suis désolée... Je partirai plus tard pour les rattraper.
Connard ! En plus, il m’affiche devant tout le monde !
Agacée, je me dépêche d’aller m’asseoir à mon poste et d’allumer mon ordi après avoir placé mon sac à main dans un des tiroirs. Une œillade vers Greene, il ne fait plus attention à moi et converse avec son interlocuteur. Si je pouvais, je l’étranglerais avec sa cravate !
Quelques minutes plus tard, Smith arrive, mais bien sûr elle ne se prend aucune réflexion pour son quart d’heure de retard. Elle sourit au big boss, qui fait de même, puis tous les deux s’en vont. Le fait qu’il plaque chaleureusement sa main dans le dos de ma patronne pour l’inviter à le suivre m’écœure. Ça prouve qu’ils s’entendent bien.
Ils sont de connivence, je le savais ! J’avais raison ! C’est pour ça que je l’ai surpris dans son bureau l’autre soir.
Je suis persuadée que tous les deux ont une liaison. Si ce n’est pas le cas, ça ne saurait tarder, elle ne se priverait pas de le mettre dans son lit afin de pouvoir ensuite me faire virer.
Il faut que je fasse attention à ce que je dis et à ce que je fais. Si mon travail et mon comportement sont exemplaires, ils n’auront pas de raisons valables de me licencier. J’ai encore la loi de mon côté, heureusement.
Aussitôt, je me lance à corps perdu dans ce que j’ai à faire. Après avoir lu mes mails et répondu à quelques-uns, j’appelle des clients afin de savoir s’ils sont satisfaits de nos publicités. La plupart le sont, je n’ai donc pas besoin de faire un rapport à ma cheffe pour le moment, ça peut attendre. Dans la foulée, je réserve un billet d’avion pour le déplacement professionnel d’un de nos commerciaux.
Bien remplie, ma matinée défile à une vitesse folle, il est déjà l’heure de déjeuner. Sortie du building, je me rends dans un café qui propose quelques plats rapides. Je n’ai pas eu le temps de me préparer un repas à emporter ce matin et je n’ai pas envie d’acheter de sandwich. Assise à la terrasse, je commence à écrire un message à Chris afin de confirmer notre rendez-vous, mais au moment de l’envoyer une crainte m’envahit.
Et s’il ne répondait pas ? Je devrais peut-être poser une question, afin de l’inciter à le faire. Bonjour, c’est Amanda. Je confirme pour ce soir. Si vous avez un imprévu, prévenez-moi, OK ? Non, c’est nul ! Il va trouver ça débile. Tant pis, je n’envoie rien ! Mais il n’a pas mon numéro... S’il a un empêchement, il ne pourra pas me prévenir. Il faut que je le fasse. Bonjour, Chris, c’est Amanda. C’est toujours OK pour ce soir ? Ça craint... Merde ! Ça me saoule !
Dépitée, j’éteins mon portable sans rien envoyer et le range dans mon sac. Bon timing, car au même moment, le serveur m’apporte ma tourte au poulet avec salade, qu’il dépose sur la table. Il verse également un Pepsi dans un verre, accompagné de glaçons. Assoiffée, je sirote sans attendre. J’enchaîne avec le plat, puis paie l’addition dès que j’ai tout fini. Plus que quelques heures de travail et je pourrai voir Chris. J’en suis excitée autant qu’angoissée. Après avoir fait un peu de lèche-vitrine dans l’une des rues commerçantes, il est grand temps pour moi de retourner bosser. Mes talons aiguilles claquent sur le bitume, ce qui attire l’attention de quelques regards masculins qui en viennent à s’attarder sur ma silhouette. Au moins, je sais que ma tenue plaira un minimum à Chris, c’est déjà ça.
Tandis que je marche en direction du building, mes yeux balaient l’avenue adjacente qui fourmille de véhicules en circulation. Certains sont garés le long du trottoir. Il y en a davantage à proximité du drugstore. Soudain, mon cœur sursaute en apercevant une voiture de police stationnée pas loin. Et si c’était celle de Spencer ? Sans la quitter des yeux, je ralentis l’allure. Malheureusement, je me rends vite compte qu’il n’y a personne à l’intérieur. En passant, je jette un œil vers le magasin, mais aucun flic à l’horizon. Je soupire de déception en pensant qu’il a raté l’opportunité de me voir bien apprêtée. Il faut bien avouer que physiquement il me plaît davantage que Chris, et j’ai toujours eu une préférence pour les cheveux foncés plutôt que blonds.
Tant pis !
Cependant, je ne suis pas au bout de mes surprises en arrivant au pied de l’immeuble. Il est planté là ! Le nez baissé sur son téléphone qu’il tient en main gauche. De l’autre, une cigarette se consume entre ses doigts. Il est vraiment sexy dans son uniforme. J’en salive presque. À mesure que j’approche, mes jambes manquent d’assurance, et moi également. Une question me taraude. Qu’est-ce qu’il fout là ? Il porte sa clope à ses lèvres, puis relève la tête en tirant une taffe. À cet instant, nos regards se percutent. Affolée, je dévie le mien brusquement tandis que mon sang pulse dans mes veines.
Quelle conne ! Regarde-le putain !
Je tente un coup d’œil. Il me sourit derrière un léger voile de fumée qu’il vient de souffler. J’en rougis comme une midinette.
— Bonjour, mademoiselle.
— Bon... bonjour.
J’ai bégayé. La honte s’empare de moi. Je baisse les yeux. Que dois-je faire ? M’arrêter pour lui parler ou tracer ma route ? Je ne sais pas quoi lui dire. Vous allez bien ? Je ne m’attendais pas à vous trouver ici ? Quel drôle de hasard ?
Dépêche-toi de sortir un truc, bordel !
Je sue d’angoisse. Il faut que je le regarde sinon il va penser que je l’ignore. Je m’exécute. Notre échange visuel me fait perdre tous mes moyens.
— Vous allez bien ? me demande-t-il.
Arrivée à sa hauteur, je m’arrête.
— Oui... je... je vais bien, merci. Et vous ?
— De même. Quelle coïncidence de tomber sur vous ! Que faites-vous là ?
— Oui, en effet, le monde est petit ! Je travaille dans cet immeuble, et vous ?
— Oh... euh... C’était ma pause déjeuner... et... il y a un parc sympa dans le coin.
— Très sympa, j’y vais souvent... mais pas cette fois... dommage, on s’y serait croisés !
Je me surprends moi-même à faire preuve de tant de culot. À ma façon de le regarder et cette perche lancée, s’il ne comprend pas qu’il me plaît malgré mon départ précipité d’avant-hier soir, je ne sais pas ce qu’il lui faut. Un sourire en coin, un silence, puis il se décide enfin à parler.
— Navré, je serais bien resté discuter avec vous de la pluie et du beau temps, mais je dois rejoindre mon coéquipier et rentrer au poste.
La déception me frappe de plein fouet. Cela doit se voir sur mon visage. J’ai toujours eu du mal à cacher les émotions derrière un masque.
— Oh... oui, je comprends. Je dois retourner travailler aussi.
— Vous êtes libre en fin de journée ? On pourrait aller boire un verre...
Quoi ? Oh mon Dieu ! Merde ! Je peux pas, je vois Chris ! Et si j’annule et que finalement ce flic est nul, ça serait con.
— Désolée... je ne suis pas disponible ce soir. Mais... on peut remettre ça à un autre jour ?
— Avec mon boulot, c’est difficile de prévoir, vous savez.
— Oui, je comprends.
Merde ! Il va m’échapper. Je peux pas le laisser filer. Qui sait si j’aurais l’occasion de le recroiser un jour ? C’est une chance, un signe du destin, si je suis tombée sur lui aujourd’hui !
Il tire une bouffée de sa cigarette, s’apprêtant à partir.
— On pourrait... s’échanger nos numéros ? Comme ça, si un jour vous avez un moment...
Je ne finis pas ma phrase, suspendue à ses lèvres, j’attends sa réponse, anxieuse à l’idée de me prendre un râteau.
— Ouais, OK !
YES !
Fière de mon courage et heureuse de cette réussite, je m’empresse de récupérer mon téléphone rangé au fond de mon sac. Je tape les chiffres qu’il me dicte, dans le répertoire de ma liste de contact. Bien sûr, j’en profite pour lui demander son prénom puisque seule son initiale est inscrite sur son badge avec son nom. J’apprends ainsi que le J correspond à Jake. Dans la foulée, je lui envoie un SMS afin qu’il puisse avoir mon numéro.
— C’est bon ! Je l’ai reçu, m’informe-t-il.
Il range son smartphone dans la poche arrière de son pantalon. Je n’ai pas encore lâché le mien que Jake tend son bras vers moi pour caresser affectueusement ma joue avec sa paume. La douceur de son geste chatouille ma peau. J’en ressens des frissons agréables à travers tout mon corps. Décidément, ce gars est très tactile. Ses yeux dardent les miens avec insistance.
— Ravi de vous avoir croisée à nouveau. À bientôt, me confesse-t-il.
Je reste bloquée sur place, alors qu’il s’en va. Mon regard le suit et savoure son postérieur en plus de sa silhouette. Les gars en uniforme ont ce truc en plus qui les rend particulièrement attirants. Chris 0, Jake 1. Mon beau flic a marqué un point par rapport à mon séduisant joggeur, mais pour l’instant aucun n’a gagné mon cœur.
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