Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 15 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 14

 

Une serviette nouée autour de la taille, je sors de la salle de bains en traînant des pieds jusqu’à ma chambre. Le moral dans les chaussettes, je scrute pour la énième fois mon téléphone portable avant de le balancer sur lit, puis ouvre mon placard à vêtements. Jake n’a pas répondu à mon message et ça a de quoi me faire déprimer. Si c’est bien lui avec qui j’ai eu une relation sexuelle hier soir, alors son silence n’est pas bon signe ; Léo m’avait fait le même coup. Et si ce n’est pas lui, j’ai de quoi m’inquiéter aussi, parce que ça voudrait dire que j’ai couché avec un inconnu et que Jake n’est pas mon héros mystérieux contrairement à ce que je croyais. Mon esprit est si embrouillé par tout ça que j’ai l’impression d’être toujours en train de me noyer.

C’est décidé, la prochaine fois que ce gars me serre par-derrière, je me retourne ! Fantasme ou pas, promesse ou pas, il faut que je sache qui il est ! Si tant est que je sois amenée à le rencontrer à nouveau, peut-être que je n’en aurai plus l’occasion si son but était uniquement de s’envoyer en l’air avec moi en fin de compte.

Après avoir mis des sous-vêtements, j’enfile un pantalon et un t-shirt blanc. C’est dimanche aujourd’hui et je ne compte pas sortir, même si Rory me supplie de l’accompagner quelque part. Je n’entends toujours pas de bruit venant de sa chambre. Je n’ose pas aller frapper à sa porte pour voir si elle y est. Si ça se trouve elle dort et peut-être que c’est en charmante compagnie. Ce n’est qu’au moment du repas, vers midi, que je me décide à toquer pour savoir si je dois lui préparer à manger à elle aussi ou pas. Comme je le supposais, elle n’est pas là et son lit n’est pas défait. Elle doit probablement être à l’hôtel en train d’émerger de sa nuit mouvementée ou chez ce type s’il a préféré l’emmener chez lui.

Au moins, il ne s’est pas barré comme un voleur, lui !

C’est donc seule que je prends mon déjeuner. J’en profite pour regarder un peu la télé et par malheur je tombe sur un épisode de Charmed que j’ai déjà vu pour la cinquième fois, mais que je ne peux m’empêcher de visionner à nouveau. Je le finis, vautrée sur le canapé. Alors qu’un autre commence, j’entends du bruit dans l’entrée. Probablement Rory. Il n’en faut pas davantage pour me faire entendre raison. Allez debout ! Aussitôt, j’éteins le poste et me lève afin d’aller l’accueillir. Mais alors que je m’attendais à pouvoir la chambrer, mon cœur se serre en la voyant arriver le visage dégoulinant de mascara et les yeux rougis.

— Rory ? Qu’est-ce qui se passe ?

Elle ne répond pas et se précipite vers moi en pleurs. Instinctivement, je lui ouvre mes bras pour lui faire un câlin. Ses sanglots se répercutent en moi comme des coups de couteau. Je ne l’ai jamais vraiment considérée comme une amie, mais la voir dans un tel état m’affecte pourtant. Affligée, je ne sais pas quoi lui dire pour lui remonter le moral, je présume que ça s’est mal passé finalement avec le gars qu’elle a rencontré en discothèque. Avec ma paume, je caresse l’arrière de son crâne de haut en bas. Mes doigts se fondent dans sa crinière blonde.

— Oh, Amanda, si tu savais, sanglote-t-elle.

— Je suis là si tu as besoin d’en parler.

Après de longues minutes à vider son stock de larmes, elle finit par se confier.

— C’était tellement bien, putain ! On a discuté, on s’est trouvé plein de points communs, on a ri, on a même chanté, puis on a fait l’amour, deux fois ! Je pensais que c’était le début d’une belle histoire, mais... au moment de partir tout à l’heure, je lui ai proposé qu’on s’échange nos numéros pour qu’on puisse se revoir et là il m’a sorti : désolé, c’est pas dans le deal ! Je lui ai demandé pourquoi il me disait ça et il m’a répondu que si je veux le revoir il va falloir que je lui file des ronds, car c’est comme ça que ça marche. Et tu me connais, je suis pas du genre à me laisser marcher dessus, alors je me suis énervée et il a fini par me sortir que c’était un gars qui l’avait payé pour que je couche avec lui ! Tu te rends compte ? Quel salaud !

Ce qu’elle vient de me dire me fait un choc. Pauvre Rory.

— Et ce type qui l’a payé c’est qui ?

— Hein ? Non, mais tu crois vraiment qu’un type va payer un mec pour coucher avec moi ? C’est des conneries et c’est un salopard de menteur ! Il savait pas quoi dire pour me faire partir de chez lui, alors il a inventé ce mensonge à la con ! Et il voulait pas en démordre ! Je te promets Rory, on m’a payé ! C’était cool avec toi, mais moi j’ai besoin de fric et il m’en a filé. Et blablabla ! Connard !

Elle se remet à pleurer et je ne sais pas quoi en penser.

— Je suis dégoûtée, Amanda ! Il m’avait dit qu’il avait hâte de me présenter à sa petite sœur, car il était persuadé qu’on allait bien s’entendre. Soi-disant qu’il n’avait jamais eu un coup de foudre comme ça... et moi, comme une conne j’ai cru à tous ses bobards ! Il s’est bien foutu de ma gueule !

— Je suis désolée, Rory. Tu devrais porter plainte, faut pas qu’il s’en tire comme ça.

— Tu parles ! Les flics ont d’autres choses à foutre que de s’occuper d’une histoire de cœur !

— C’est pas une histoire de cœur ! Ce mec a abusé de ta confiance.

— Ouais, mais il m’a pas forcée à coucher avec lui. J’étais consentante.

— S’il a vraiment été payé comme il le prétend, tu peux l’envoyer en prison. On a la chance de vivre en Californie où la prostitution est interdite !

— Ça sera sa parole contre la mienne. J’ai aucune preuve et il est capable de changer sa version, une fois devant les poulets. Laisse tomber, Amanda. J’aurais pas dû croire à ses conneries. Tout était trop beau pour être vrai, j’aurais dû me méfier. Je vais prendre un bain, ça me fera du bien.

Rory me quitte, l’âme en peine. La voir ainsi me brise le cœur. J’aimerais tellement pouvoir l’aider, mais il n’y a rien que je puisse faire, à part l’écouter. Si j’avais ce gars devant moi, je lui exploserais la gueule, ou du moins j’essaierais... Avec ma force de mouche, ce n’est pas si facile de se battre contre un homme.

Après son bain, Rory est allée se coucher, elle avait besoin de se reposer de cette nuit éprouvante. Ne voulant pas la réveiller, je suis sortie me promener finalement. J’adore lécher les vitrines et rêvasser devant des vêtements bien trop chers pour moi. Pour éviter toute tentation, j’ai laissé mon sac à l’appart. Pareil pour mon téléphone, je commençais à devenir folle à le regarder toutes les cinq minutes. En traversant, mon attention se porte justement sur la rue adjacente. C’est celle-là qui mène au commissariat. Est-ce que Jake travaille aujourd’hui ? Est-ce que je ne devrais pas demander l’avis d’un policier pour aider Rory ? Je ne sais pas vraiment ce qui me pousse à le faire, mais finalement je décide d’y aller, plutôt que de rentrer tout de suite. Dès que je m’approche du bâtiment, mes yeux cherchent Jake partout. Idem lorsque j’y entre, puis mon attention se porte vers l’agent de l’accueil, car c’est un homme cette fois.

— Bonjour. Euh... excusez-moi, j’aurais besoin d’une information, s’il vous plaît.

— Bonjour. Oui, laquelle ? Je vous écoute.

— Eh bien, je... j’ai une amie qui a rencontré un type en discothèque hier soir... et euh... ils ont eu une relation sexuelle, or il s’avère que le gars en question est... enfin il lui a menti sur lui et...

— Il l’a agressée sexuellement ?

— Non, enfin... mon amie m’a dit que non, mais il a menti sur lui, et je voulais savoir si mon amie pouvait porter plainte ou...

— Porter plainte parce qu’il lui a menti ? s’enquit-il affublé d’un rictus aux lèvres.

— Il n’y a pas que ça... ce type l’a fait pour l’argent.

Il tique.

— Attendez, j’ai du mal à vous suivre là.

— Il a couché avec elle contre de l’argent !

— Elle l’a payé ?

— Non ! Ce n’est pas elle qui l’a payé ! C’est un autre gars ! En tout cas, c’est ce qu’il prétend.

— Et pourquoi est-ce qu’il aurait fait ça ?

Le sourire qu’il affiche sur son visage par intermittence commence à m’agacer.

— Mais j’en sais rien pourquoi ! Je veux juste savoir si mon amie peut porter plainte contre ce type !

— Hey ! Calmez-vous !

— C’est bon, Dan, laisse, je vais la prendre.

Cette voix.

Je tourne ma tête brusquement dans sa direction et aperçois Jake qui surgit d’un des couloirs. Visiblement, mon cri d’énervement est arrivé jusqu’à ses oreilles et l’a fait venir. Mon cœur se met à battre à toute vitesse.

— Tu veux que je relève son identité ? demande son collègue.

— Non, c’est bon. Venez, mademoiselle.

Il m’invite à le suivre et je m’exécute. Je commence à ressentir toutes les affres habituelles : les mains moites, les fourmillements dans les jambes, le sang qui pulse dans mes veines, la bouche sèche, la gorge nouée, rien ne manque. J’ai beau être derrière lui, ce n’est pas son cul que je mate, mais son crâne. Il passe sa main droite dans ses cheveux le long de sa tempe. En général quand un mec fait ça c’est soit qu’il cherche à séduire, soit qu’il est nerveux. Étant donné qu’il est de dos, je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse. Il entre dans une pièce et quand je pénètre à l’intérieur, je me rends compte que ce n’est pas une salle de déposition comme celle d’hier. Il y a juste un bureau et des tas de placards à tiroirs.

Une salle d’archives ?

Il ferme la porte derrière moi et envisage d’aller vers le bureau, mais je l’interpelle.

— Je... je ne suis pas venue déposer plainte... en fait... je voulais seulement des informations pour une amie...

Il se tourne vers moi, hébété. Ses yeux verts me fixent et ça me trouble tellement que j’en ai des suées.

— Une amie ?

— Oui... euh... elle a rencontré un gars, hier soir... et...

Je me rends subitement compte que je suis en train de raconter, pour la deuxième fois en l’espace de cinq minutes, ce que Rory m’a confié. À ce train-là, toute la ville va finir par le savoir, et ce n’est sûrement pas ce qu’elle attendait de moi lorsqu’elle m’a fait ces confidences.

— Désolée, je me rends compte que je suis en train de me mêler de ce qui ne me regarde pas en cherchant à aider une amie qui a eu des soucis. Je n’aurais pas dû venir là...

— Votre amie, c’est la blonde avec qui vous dansiez ?

Il m’a regardée danser...

— Oui, c’est elle.

— Vous dites qu’elle a eu des soucis ? De quel genre ?

Contrairement à son collègue, son air est grave. Il semble vraiment empathique vis-à-vis du problème. Alors que je n’ai qu’une envie c’est de lui demander des comptes au sujet de son message d’hier et de son absence de réponse au mien, je mets mon égoïsme de côté et pense d’abord à Rory.

— Elle a rencontré un type qui lui a fait croire qu’il s’intéressait à elle et au petit matin il a voulu qu’elle s’en aille de chez lui.

— Ça malheureusement, ce sont des choses qui arrivent. Si elle était consentante pour coucher avec, ce n’est pas recevable en tant que plainte.

— Oui, je sais bien. Ce qu’il y a c’est que ce gars lui a dit qu’il avait été payé par quelqu’un pour qu’il passe la soirée avec elle.

Il froisse les sourcils, intrigué et interloqué par ce que je viens de préciser. J’en profite donc pour continuer.

— Si ce gars a couché avec elle contre de l’argent, c’est de la prostitution... et le type qui l’a payé est complice. Je voulais savoir si ça, ça pouvait être un motif de plainte. Mon amie est vraiment très affectée par ce qui s’est passé et...

— Je comprends.

Le visage baissé, il se gratte la joue avec son index. Si j’étais DRH, je dirais qu’à la vue de son comportement, il semble très nerveux et embarrassé. Est-ce ma présence qui le met dans cet état ?

— Vous pensez que ça vaut la peine qu’elle porte plainte... ou... ?

— Malheureusement, il a très bien pu mentir. Dans ce cas, elle perdrait plus son temps qu’autre chose, déplore-t-il en me regardant.

— D’accord, je vois.

— Navré.

Je pince les lèvres de déception. Affaire Rory Spelling classée sans suite. Au moins, j’aurais essayé. À mon tour maintenant !

— Euh... au fait... pourquoi vous m’avez envoyé ce message hier ?

— Un message ?

Il va me faire croire qu’il a oublié ?

À cet instant, je me maudis d’avoir laissé mon téléphone à l’appart. Si je l’avais eu sur moi, j’aurais pu lui montrer son SMS.

— Vous m’avez dit de ne pas rentrer chez moi maintenant. Ne me dites pas que vous avez oublié.

— Je n’ai pas oublié, non

— Pourquoi vous m’avez envoyé ça ?

— Parce que... Parce que je... hmm

Son hésitation me fait vriller. Il est en train de chercher une excuse bidon. Je souffle d’agacement.

— OK, c’est bon, j’ai compris. Vous vous payez ma tête !

Irritée, je tourne les talons pour m’en aller, mais il attrape mon poignet pour me retenir. Surprise, je me retourne vers lui sur-le-champ. Ses yeux verts dardent les miens avec intensité.

— Je ne me moque pas de vous, Amanda.

Il m’a appelée par mon prénom, comme mon sauveteur, ce qui me laisse sans voix. Je jette un coup d’œil vers ses doigts qui me retiennent et tout ce qui s’est passé hier soir dans l’appart me revient en tête. Je me mets à rougir tandis que ma respiration s’exacerbe, et c’est dans un état second que je plonge mes prunelles à nouveau dans les siennes.

— Fait chier, soupire-t-il soudain.

— Hein ?

À peine ai-je ouvert la bouche pour exprimer mon étonnement qu’il s’en empare en plaquant ses lèvres contre les miennes. Assoiffées, nos langues se touchent avant d’effectuer une danse endiablée. Après une longue minute, il recule sa tête afin de mettre un terme à cette passion naissante, mais j’en veux davantage. Affamée, je m’avance pour poursuivre notre échange langoureux. Surpris d’abord, il finit rapidement par se laisser emporter par ma fougue. Je colle mon bassin contre le sien et sentir qu’il bande me rassure. Sans hésiter, je me frotte à lui.

— Je suis en service, souffle-t-il au moment de reprendre sa respiration.

— Quel dommage ! souris-je entre ses dents.

— Quelqu’un approche !

— Merde !

Nous nous séparons et nous éloignons brusquement l’un de l’autre lorsque soudain la porte s’ouvre. Une agente de police nous regarde tour à tour, estomaquée, avant de se décider à parler.

— Excusez-moi, je suis venue chercher un dossier, mais je peux repasser plus tard si...

— Non, non, c’est bon, je... j’allais m’en aller de toute façon, dis-je embarrassée avant de jeter un coup d’œil vers Jake qui l’est aussi. Merci de m’avoir renseignée, monsieur l’agent.

— Euh... de rien, mademoiselle.

Je m’en vais, frustrée de devoir partir, mais également heureuse de ce qui vient de se passer. Ce baiser m’a mis du baume au cœur, même si j’ai du mal à comprendre les mystères dont Jake Spencer s’entoure.

 

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