Faceless lies (French Edition)
Chapitre 23
Assise sur le rebord du lit, je peux enfin allumer mon téléphone. La batterie n’est rechargée qu’à vingt pour cent, mais ça suffit pour le moment. Angoissée que je ne sois pas rentrée hier et de ne pas avoir de mes nouvelles, Rory m’a laissé plusieurs messages sur mon répondeur et envoyé des SMS. Lorsque je l’appelle, elle ne répond pas. Elle doit sûrement être débordée à son travail, alors je lui laisse un vocal pour lui dire que je vais bien et que j’étais en charmante compagnie. Elle va sans doute m’engueuler et me faire la morale, mais tant pis. Je remarque qu’il y a aussi un appel en absence de Jake datant de ce matin, un peu avant sa venue ici. Il s’est inquiété pour moi après le passage de Rory au commissariat. Songeuse, je me mordille l’ongle du pouce. Cet homme n’a pas hésité à sauter à l’eau pour me sauver de la noyade. Il avait l’air si déçu que je ne veuille pas venir avec lui, mais sa colère et son insistance m’ont tellement fait peur, que sur le coup j’ai réagi par réflexe de défense. Soucieuse, je lui envoie un texto pour m’excuser. Aussitôt, mon téléphone se met à vibrer, c’est lui. J’hésite et finalement je décroche.
— Amanda, vous êtes toujours chez lui ?
— Oui...
— Vous ne devriez pas rester.
— Pourquoi insistez-vous ?
— Parce que je le connais... C’est pas un type pour vous.
Je soupire. Je n’aurais pas dû décrocher. Il est jaloux d’Alexander, ça se voit.
— Écoutez, je...
— C’est lui qui a payé le type pour coucher avec votre amie, m’annonce-t-il.
Mon souffle se coupe. L’effroi me frappe de plein fouet. Qu’est-ce qu’il vient de dire ? J’ai mal entendu ?
— Qu’est-ce que vous dites ?
— J’ai eu la mauvaise idée de lui parler de votre invitation ce soir-là et il s’est ramené en discothèque. Il voulait avoir le champ libre avec vous, alors il a payé un gigolo pour tenir votre colocataire à distance un moment.
— Vous mentez !
— Non, Amanda. Je vous dis la vérité. Il a fini par me l’avouer.
— Pourquoi me révéler ça maintenant, dans ce cas ?
— Parce que... il est comme un frère pour moi... mais j’en ai marre de ses conneries et de le couvrir à chaque fois... et je veux pas qu’il vous entraîne davantage dans ses travers. Il est capable de vous briser.
— Il ne me ferait pas de mal.
— Mais putain, Amanda, ouvrez-les yeux ! Il peut vriller à tout moment. Vous avez pas vu dans quel état j’ai récupéré Miller !
— Vous n’êtes pas violent, vous ?
Il lâche un soupir et ne sait pas quoi répondre à ça. Après le silence, il me sort une bombe.
— Si vous ne partez pas de chez lui, je vais être obligé de le faire coffrer.
— Hein ? Non, vous ne feriez pas ça.
— Si c’est le seul moyen de vous protéger de lui, je le ferai.
— Et vous allez dire quoi à vos collègues pour qu’ils l’arrêtent ? Qu’il a payé un gigolo ? Le gars démentira. Qu’il a tabassé Miller pour me défendre ?
— Il n’a pas fait que le tabasser, il a cherché à lui provoquer une overdose dans l’espoir qu’il en crève en plus de lui effacer le souvenir de son passage à tabac. Mais je n’ai pas besoin de leur révéler tout ça, j’ai juste à leur dire qu’il se drogue et qu’il planque de la came.
— Il ne se drogue plus, il me l’a dit.
— Et vous l’avez cru ? Bon sang, Amanda ! S’il a pu shooter Miller à l’héroïne, c’est parce qu’il en avait dans sa caisse. Il en a toujours sur lui au cas où il est en manque. Une dose, deux verres d’alcool et il peut vous fracasser le crâne en plein bad trip.
Ses paroles me pétrifient. Je commence à imaginer un scénario dans ma tête et ça me fout la trouille.
— Je... je ne peux pas partir de toute façon, je n’ai pas de voiture. Il m’a dit d’attendre son retour ce soir.
— Je vais venir vous chercher.
— Il me ramènera chez moi ce soir.
— Je vais vous ramener maintenant, c’est plus prudent après ce qui s’est passé ce matin. Vous réfléchirez à tout ça tranquillement chez vous, d’accord ?
— D’accord...
— J’arrive dans cinq minutes.
— Entendu.
Il raccroche et tout se bouscule dans mon cerveau. Qui croire ? À qui faire confiance ? Une chose est sûre à présent, il faut que je rentre chez moi pour prendre du recul sur tout ça. J’ai voulu mettre fin à mes jours il y a peu, et maintenant je fuis pour ma survie. Quelle ironie !
Sans traîner, je range mon portable dans mon sac, puis troque les vêtements que je porte contre ma robe. Par précaution, je laisse un mot sur la table afin de prévenir Greene que finalement je suis retournée chez moi pour changer de culotte. Il le verra quand il rentrera de son travail et ce prétexte coquin rendra probablement mon départ moins contrariant pour lui. Pas question que je lui précise que c’est Spencer qui fait le chauffeur, et je ne pense pas que ce dernier ira s’en vanter, tout comme je suis persuadée qu’il ne lui a pas avoué qu’on avait flirté un peu ensemble.
Je pars de la maison en emportant toutes mes affaires. Le jardin est bien entretenu et je découvre qu’il y a même une piscine, mais je n’ai pas le temps de l’admirer en détail. Je sors de la propriété par le portail, puis attends sur le trottoir. Une dizaine de minutes plus tard, une voiture de police s’arrête devant moi. Jake en descend et me serre tendrement dans ses bras. Je suis tellement surprise de cette étreinte que je ne réagis pas. Il s’écarte et me fixe avec inquiétude. Le fait de le voir si anxieux à mon sujet ne me rassure pas. Cela signifie qu’il pensait vraiment que j’étais en danger à rester chez son ami. Peut-être qu’il exagère et se fait des films, c’est ce que j’espère.
— Ça va ? s’enquit-il.
— Oui.
— Et votre blessure à la tête ?
— C’est juste une égratignure, ne vous inquiétez pas.
Il souffle de soulagement et je perçois de l’émotion dans ses yeux. Il culpabilise de m’avoir blessée tout à l’heure.
— Venez, Amanda.
Nous montons dans sa voiture. Pendant le trajet, il me confirme ses dires. Alexander Greene est violent, manipulateur, pervers, et quand il a envie de quelque chose il fait tout pour l’obtenir. J’apprends aussi qu’il veut faire payer ma cheffe du harcèlement dont j’ai fait part dans ma lettre d’adieux et qu’il joue avec elle dans ce but. Je comprends mieux pourquoi elle n’est pas venue à New York. Il l’avait prévu dès le début. Elle est très certainement dégoûtée que j’y sois allée et pas elle. Ce n’est sûrement pas moi qui vais prendre cette salope en pitié, après tout ce qu’elle m’a fait subir. Les gens comme elle qui font du mal aux autres finissent toujours par le payer tôt ou tard, à la manière d’un boomerang qu’ils ont lancé et qui revient les frapper en pleine gueule.
Je sais que Jake est un type bien, mais j’ai du mal à penser qu’Alexander est aussi toxique qu’il le prétend. Tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour moi, pour m’avoir et pour me protéger. Je n’arrive même pas à lui en vouloir d’avoir payé un gars pour occuper Rory pendant qu’il me faisait l’amour. Elle est toujours à me faire la morale, mais s’envoie en l’air avec un dragueur rencontré en discothèque alors qu’elle sait que la plupart sont des baratineurs.
Je me rends compte que je trouve des excuses à tout ce qu’Alexander a pu faire de pas très clean. Suis-je aveuglée à ce point par ce que je ressens pour lui ? Vais-je être entraînée dans une spirale destructrice ? Si cela doit arriver, au moins je sais que Jake sera là pour me repêcher.
Il me dépose au pied de ma résidence, puis s’en va, il faut qu’il retourne bosser.
Lorsque la fin de la journée arrive, Alexander m’appelle. Charmant au téléphone, il me fait presque regretter d’être partie de chez lui. Il m’annonce qu’il a prévu une belle surprise pour moi demain au travail. Même en essayant de lui tirer les vers du nez, il ne crache pas le morceau. Mon esprit, perverti par son influence, se met à imaginer toutes sortes de fantasmes. Va-t-il me prendre dans l’ascenseur après l’avoir bloqué ou dans son bureau pendant l’heure du déjeuner ?
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