Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 12 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 11

 

 

J’ai eu tellement de mal à m’endormir hier soir que j’ai traîné un peu au lit ce matin. Heureusement qu’aujourd’hui c’est samedi, je n’aurais pas eu le courage d’aller bosser, autrement. Vers dix heures, je suis sortie de l’appart en prenant soin de ne pas réveiller Rory qui a besoin de récupérer de sa nuit de travail. Afin d’avoir une preuve en même temps qu’une confirmation, je suis allée effectuer un test de dépistage de stupéfiants dans un laboratoire d’analyses médicales. Ça m’a coûté cher, mais j’ai pu avoir le résultat par internet une heure après... et comme je m’en doutais, il était positif au GHB. Je suis dégoûtée, écœurée d’avoir fait confiance à ce sale type.

Après mon déjeuner et un long moment d’hésitation, je me décide enfin à me rendre au commissariat de police. Il faut que je porte plainte, je ne peux pas laisser ce Chris Miller s’en tirer impunément. Sa place est derrière les barreaux d’une prison et pas en liberté. Il avait l’air tellement naturel et à l’aise qu’il n’en est que plus dangereux. Lorsque je pénètre dans l’enceinte du bâtiment et que je vois tous ces flics en uniforme, mon cœur palpite à l’idée de tomber sur Jake Spencer. Intimidée, je me présente au comptoir de l’accueil derrière lequel se tient une jolie métisse brune aux yeux très clairs. Ils n’ont pas l’air naturels, c’est sans doute des lentilles de couleur.

— Bonjour.

— Bonjour. Que puis-je faire pour vous ? me demande-t-elle.

— Je viens porter plainte contre un homme qui m’a droguée avec du GHB hier soir. J’ai le résultat du test d’urine que le labo m’a transmis, je peux vous le montrer.

— Vous le montrerez à l’officier qui prendra en charge votre déposition. Vous connaissez l’homme en question ?

— Euh... Je le connaissais à peine, on venait de se rencontrer. J’ai juste le nom qu’il m’a donné, Chris Miller.

— Miller ? s’enquit-elle en fronçant les sourcils.

— Oui, c’est bien ça.

— Attendez là, je vous prie.

— Oui... d’accord.

Elle me laisse en plan, puis revient quelques minutes plus tard avec une grande photo qu’elle pose sous mon nez, en la tournant au préalable vers moi. Mes yeux s’écarquillent de stupeur en découvrant l’homme qui se trouve dessus et dont le visage est tuméfié. J’en suis stupéfaite. C’est Miller, et il tient une pancarte devant lui avec un numéro inscrit.

— C’est cet homme ?

— Oui, oui... C’est bien lui. Mais comment se fait-il qu...

— Il a été arrêté hier soir. Il était en possession de drogue justement, me coupe-t-elle.

— Hier ? À quelle heure ?

— Je ne me rappelle plus l’heure précise, j’ai lu le rapport d’intervention en vitesse ce matin, mais c’était aux alentours de dix-neuf heures passées.

Dix-neuf heures, j’avais rendez-vous avec lui à dix-huit, mais il s’est pointé dix minutes plus tard. Le temps de prendre les boissons, de discuter un peu... que la drogue fasse effet et qu’il tente de me kidnapper, ça coïncide. Mais s’il s’est fait coffrer, ça veut dire que c’est mon sauveur qui l’a appréhendé et qui l’a livré à la police ! Ils ont dû prendre ses coordonnées... ou peut-être que... Mon Dieu, il est flic ! Spencer ?

— Pardonnez-moi, est-ce que je peux avoir le nom du policier qui l’a arrêté, s’il vous plaît ?

— Je suis désolée, je n’ai pas le droit de vous donner ce genre d’information.

Merde ! Il faut que je sache !

— Il ne s’appellerait pas Jake Spencer par hasard ?

— Jake travaille bien chez nous, mais ce n’est pas lui qui a rédigé le rapport, et hier il a quitté son service à dix-sept heures.

Ce n’est pas lui... Ma déception est immense. Mon cerveau se met à cogiter afin d’essayer de rassembler toutes les pièces du puzzle.

— Bon... vous voulez porter plainte ou non ? s’impatiente la policière.

— Oui, bien sûr.

— Très bien, il me faudrait une pièce d’identité.

Je lui tends ma carte tout droit sortie de mon sac. Elle la photocopie puis me remet un formulaire à remplir. Je suis invitée à patienter ensuite, un de ses collègues va prendre ma déposition. Je prends place sur une des chaises rangées contre le mur, à côté d’un gars qui sent l’alcool à plein nez. J’attends un bon moment jusqu’à ce qu’un agent se pointe. Il est massif, un peu bedonnant, le visage rond. Ses cheveux bruns sont rasés de près.

— Madame Carter ?

— Oui ?

— Vous pouvez me suivre, s’il vous plaît ? Je vais prendre votre déposition.

Je me dresse, droite comme un piquet, et lui emboîte le pas. Il m’amène jusqu’à une salle où se trouvent trois bureaux. Il s’affale derrière l’un d’eux puis me demande de m’asseoir et de lui raconter en détail ce qui m’est arrivé. Je lui dis que j’ai rencontré Miller lors d’un jogging il y a deux jours et qu’on a sympathisé au point d’envisager de se revoir le lendemain. Je lui communique tous les détails concernant ce rendez-vous, notamment l’endroit et l’heure. L’officier, qui se nomme Malone d’après son badge, m’écoute attentivement, sans donner son avis. Je lui précise ensuite que Miller m’a apporté mon café qu’il est allé chercher au bar, et que j’ai commencé à me sentir mal quelques minutes après l’avoir bu. Je sors mon téléphone et lui montre les résultats des analyses d’urine qui confirment la présence de GHB.

— D’accord... et vous savez s’il y a eu agression sexuelle ou pas ?

— Il n’y en a pas eue.

— Vous avez passé un examen pour vous en assurer ?

— Non, mais... je l’aurais deviné à mon réveil et je n’ai aucun bleu.

— Ça ne veut rien dire ça, madame.

— Il aurait laissé des sécrétions et je n’étais pas dévêtue.

— Comme vous voulez ! Mais vous devriez voir un spécialiste pour vous en assurer. Oú étiez-vous lorsque vous avez repris connaissance ?

— Euh... dans un... dans un parking, je crois... enfin, il faisait nuit quand je me suis réveillée et je me suis enfuie tout de suite sans me retourner, je serais incapable de retrouver l’endroit ou de le reconnaître.

— OK, je vois. Vous avez eu de la chance, madame Carter, même si ce qui vous est arrivé n’est pas agréable à vivre, ça aurait pu être bien pire. Je vais taper votre déposition et vous n’aurez plus qu’à la relire avant de la signer.

— D’accord, merci, monsieur l’officier.

Mes mains sont moites. Je ne suis pas fière de lui avoir menti au sujet de mon réveil, mais je me voyais mal lui parler de mon mystérieux sauveteur. Tandis qu’il pianote sur son clavier, une pensée me traverse l’esprit.

— Dites-moi...

— Oui ?

— J’ai vu sur la photo que vous avez prise de Miller qu’il avait reçu des coups au visage ; or il n’en avait pas lors du rendez-vous.

— Ah ?

Il se gratte la tempe en réfléchissant.

— C’est arrivé lors de son interpellation ?

— Vous insinuez qu’on est violent ?

— Non, non ! Pas du tout ! Je suis juste curieuse de savoir qui lui a fait toutes ses marques.

— Oh, vous savez, les toxicos se font souvent casser la gueule par des dealers. Rien d’étonnant !

— Toxicos ? C’en est un ?

— Oui, on a trouvé des doses de GHB sur lui, ce qui confirme vos accusations à son égard, mais cet abruti en avait également avalé en plus d’avoir pris de l’héroïne. C’est d’ailleurs pour cette raison que mon collègue l’a interpellé.

— Il était drogué ? Vous en êtes sûr ?

— C’est moi qui l’ai ramené au poste ! Ce connard a gerbé dans ma caisse tellement il était défoncé, et a mis de la pisse partout lors du test ! J’ai dû nettoyer toutes ses saloperies. Ça m’apprendra à rendre service aux collègues et à jouer les taxis à leur place ! grogne-t-il.

Il avait l’air clean pourtant lors du rendez-vous. Il s’est drogué pendant mon kidnapping ? Pourquoi a-t-il consommé du GHB au risque de faire un blackout ? Ça n’a pas de sens. De l’héroïne passe encore. Et si j’ai bien compris, ce flic a amené Miller au poste, mais ce n’est pas lui qui l’a interpellé. Est-ce que tente le coup ? Est-ce que ça ne va pas créer des problèmes ? Merde, je crève d’envie de savoir !

— Le policier qui a arrêté Miller... il s’appelle Jake Spencer ?

Le dénommé Malone me darde, ahuri.

— Oui. Comment le savez-vous ?

J’en étais sûre !

— Oh, euh... j’ai entendu son nom tout à l’heure quand j’attendais, souris-je bêtement alors que je suis sous le choc de cette confirmation.

Un mensonge de plus, mais ça en valait la peine ! Spencer a fait coffrer Miller, donc c’est bien lui mon sauveur. J’en suis toute chamboulée, et soulagée en même temps.

— Je sais pas dans quoi vous bosser, mais rendez jamais service à un collègue. Ça se finit toujours par des emmerdes !

— Je tâcherai de m’en rappeler, merci du conseil.

— Pas de quoi !

Pendant qu’il continue à rédiger ma déposition, mon esprit vagabonde. Je pense à ma rencontre avec Jake sur le pont lorsqu’il m’a ramenée chez moi et celle d’hier midi devant le building où je travaille. Elles ne sont pas le fruit du hasard, j’en suis certaine à présent. Est-ce qu’il m’espionne et me suit ? Ça expliquerait la raison pour laquelle il a pu me secourir hier soir. Il a dû me voir en compagnie de Miller et lui a réglé son compte avant d’appeler son collègue, puis il est resté avec moi jusqu’à ce que je reprenne connaissance. Pourquoi ne veut-il pas que je sache qui il est ? Est-ce un jeu ? Un fantasme ? De la pudeur ? Ou y a-t-il quelque chose qu’il n’a pas envie que je découvre ?

— Voilà, j’ai fini ! déclare l’officier.

Il me lit à voix haute ce qu’il a tapé, et je lui confirme que tout est correct. La déclaration de plainte est enfin terminée et j’en ressens un grand soulagement. J’ai hâte de retourner dans mon cocon pour pouvoir me reposer. L’officier Malone imprime le document et me l’apporte après être allé le récupérer. Je le signe en espérant que Miller restera derrière les barreaux un long moment. Le recroiser par hasard en faisant du shopping ou en rentrant du travail me terroriserait. Avant de quitter le commissariat, j’échange quelques mots avec mon interlocuteur qui m’informe qu’il va y avoir une enquête et que je serai sûrement convoquée lors du procès pour témoigner contre Miller. Le fait d’être amenée à revoir ce sale type, même si c’est dans un tribunal, me déplaît, mais si je veux qu’il reste le plus longtemps possible en prison c’est inévitable.

En partant, je ne peux m’empêcher de balayer les environs du regard à la recherche de Jake. Malheureusement, sans succès. Ma déception est cependant de courte durée ; j’ai son numéro de téléphone, et s’il a bien voulu me le donner hier c’est qu’il envisage de me revoir à visage découvert et pas seulement en mode mystérieux. Dire qu’il a cassé la gueule de Miller pour me protéger... Rien que d’y penser j’en suis troublée et touchée. Il l’a sacrément amoché.

Bien fait pour ce connard 

 

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