Faceless lies (French Edition)

Calista Janeret · Chapitre 22 sur 26

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Faceless lies (French Edition)

Chapitre 21

 

— Vous ? Ce n’est pas possible !

Je le fixe les yeux grands ouverts. Il soupire et détourne son regard du mien avant de l’affronter à nouveau.

— Vous n’auriez pas dû...

— Je n’aurais pas dû ? C’est tout ce que vous avez à dire ? Vous vous payez ma tête ?

Il boucle sa ceinture. Je sens qu’il s’apprête à partir, à se sauver comme il en a l’habitude.

— Détachez-moi !

Ma voix s’enraye, submergée par l’émotion. Mes mains se mettent à trembler. Après avoir plongé ses doigts dans la poche de son pantalon noir, il s’assoit sur le rebord du matelas en se tournant vers moi. La rage au ventre, je lui montre mon dos. Il m’enlève les menottes. Désormais libérée, je ramène les pans de ma robe pour cacher ma poitrine et le dévisage avec haine. Il réunit les arceaux dans sa paume avant de les mettre dans la boîte toujours posée au coin du lit. Tandis qu’une larme roule sur ma joue, je m’acharne sur mes poignets dans le but de me débarrasser de la sensation de pression que le métal a laissée, mais n’y parvenant pas je sanglote.

— Ne pleurez pas, souffle-t-il.

Ses mains remplacent les miennes autour de ma peau. Contrariée, je m’en extirpe pour sécher mon visage. Je n’arrive pas à croire que c’est lui, j’étais tellement persuadée que c’était Jake.

— C’est vous qui m’avez sauvée de la noyade ?

Je le fixe avec rancœur. Il soupire une fois de plus.

— Répondez !

— Oui... c’est moi, confie-t-il avant de plonger ses prunelles dans les miennes.

— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? Pourquoi toute... cette mascarade ! Je veux savoir !

Il détourne son attention. À son attitude, je sens qu’il est embarrassé d’avoir été démasqué et que c’est difficile pour lui de tout avouer. Sans doute préférait-il continuer à jouer au héros mystérieux de peur d’un quelconque rejet.

— Et pourquoi êtes-vous devenu mon patron ? Ce n’était pas une coïncidence ! Qu’est-ce que vous aviez derrière la tête ?

Ma voix se fait plus agressive. J’attends des réponses qu’il ne semble pas vouloir me donner. Finalement, il finit par ouvrir la bouche.

— Je voulais vous revoir...

Ses yeux croisent les miens et j’y perçois une étincelle d’émotion. Dois-je le croire ? Soudain sa paume effleure tendrement ma joue. Machinalement, j’effectue un mouvement de recul malgré les doux frissons qui chatouillent mon épiderme. Affecté par ce geste, il entreprend de se lever, mais je retiens son poignet, tête baissée, en focalisant mon attention dessus. Je n’ai pas envie qu’il se sauve et m’abandonne. Il se ravise et reste assis. Mes doigts se desserrent puis glissent sur sa main à la recherche de tendresse. Il les caresse avec les siens et mes larmes s’écrasent sur nos pouces. Aussitôt, il plaque sa paume derrière mon crâne pour m’attirer doucement vers lui. Ma tête vient s’échouer sur son torse et une rivière coule sur mon visage.

— Je ne voulais pas vous faire de mal, Amanda. Au contraire. Cessez de pleurer, souffle-t-il. Je vais vous ramener chez vous.

Rory me répète souvent que les hommes n’aiment pas voir une femme chialer. En plus de tuer leur libido et de leur rappeler la tristesse de leur mère, elle dit que ça leur donne un sentiment d’impuissance. À cette pensée, je sèche mes joues puis m’écarte de lui. Je commence à fermer les boutons de ma robe.

— Je vous attends dehors, annonce-t-il.

Il se lève et marche vers la porte. En chemin, il attrape sa veste de costume qui pendait sur le dossier d’une chaise, puis s’empresse de sortir. Je sais déjà ce qu’il compte faire : fumer une clope dans l’espoir de calmer sa nervosité. Je récupère ma culotte jetée négligemment par terre, et fais un saut dans la pièce d’eau avant de la remettre. Voir mon reflet dans le miroir placé au-dessus du lavabo me fait frémir. J’ai couché avec ce type, j’étais persuadée que c’était Jake. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? J’ai couché avec mon patron, putain ! J’ai dix ans d’écart avec lui ! La nausée me monte à la gorge. Mes doigts se crispent sur l’évier. Je suffoque, puis respire profondément. Il faut que je me ressaisisse. Tremblante, je porte l’eau à mes lèvres pour me rincer la bouche et tenter de faire partir cette envie de vomir qui me tenaille. Je suis fatiguée, épuisée, comme si toute mon énergie et ma vitalité avaient été aspirées. Chancelante, je me dirige vers la porte et sors de cette chambre maudite. La douce fraîcheur de la nuit me fait frissonner. Par-dessus la balustrade, j’aperçois Greene qui fume sa cigarette, le dos appuyé contre une berline noire. Il a l’air songeur. Je traverse la coursive en béton puis descends l’escalier avant d’arriver jusqu’à lui. Son regard croise le mien. Il semble soucieux. A-t-il peur que je porte plainte ou est-il affligé par les larmes que j’ai versées ? Il m’ouvre la portière et la referme dès que je suis assise. Après m’être attachée, je me tourne vers la vitre, la tête inclinée sur le dossier. Je n’ai plus envie de le voir. Les yeux rivés sur l’asphalte, j’amène mes bras devant mon buste avec la sensation d’être frigorifiée. J’entends Greene bouger. Tout à coup, quelque chose de chaud me recouvre. Je baisse mes prunelles sans faire d’autres mouvements. Il a mis sa veste sur moi. J’ai envie de la prendre et de lui jeter à la figure, mais sa chaleur me fait du bien. Sans dire un mot, il démarre et allume le chauffage. Mes paupières sont lourdes, si lourdes...

 

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