Faceless lies (French Edition)
Chapitre 17
C’est un cauchemar, un horrible cauchemar. Ce n’est pas possible autrement. À voir la gueule de Smith, elle est autant abasourdie que moi par ce que vient de nous annoncer Greene lors de cette réunion à trois organisée dans son bureau ce lundi matin. D’ailleurs, elle ne se fait pas prier pour donner son avis, en toute sincérité.
— Pardonnez mon questionnement, mais pourquoi elle ? Sa présence est inutile et risquée, elle peut nous faire perdre ces opportunités. Elle n’a pas les compétences requises.
Pour une fois, je n’ai pas envie de la contredire et je lui suis même reconnaissante de tenir de tels propos à mon égard, si cela peut m’éviter de devoir passer deux jours à New York avec ces deux connards. Cependant, à en juger par la façon dont Greene la fusille du regard, il semble agacé par le fait qu’elle conteste sa décision.
— Au contraire, je suis persuadé que je fais le meilleur choix possible, répond-il.
— Je ne me sens pas à la hauteur des tâches que vous envisagez de me confier, argumenté-je.
— Permettez-moi d’en douter, mademoiselle Carter. Il est inutile de chercher à tergiverser, je ne changerai pas d’avis. Vous pourrez toutes les deux partir une heure plus tôt ce soir, afin de préparer vos bagages. Un taxi passera vous prendre à vos domiciles respectifs demain aux alentours de huit heures.
— Et pour les billets d’avion ?
— Pas besoin, nous irons en jet privé.
Du coin de l’œil, je remarque qu’un sourire se dessine sur le visage de Smith. Probablement est-elle intéressée de savoir que le grand patron a les moyens de se payer ce genre de transport plutôt onéreux.
Excédée, je soupire tandis que Greene nous informe que nous pouvons retourner à nos postes, ce que je m’empresse de faire. Aller à New York avec eux c’est pire que si j’allais à l’abattoir. Je n’en ai aucune envie et commence à réfléchir à un plan afin d’éviter à tout prix de subir ce calvaire. Malheureusement, après avoir cogité toute la journée, je dois me résoudre à l’évidence, il n’y a pas d’échappatoires crédibles possibles, je suis obligée d’y aller si je veux garder mon job. Je profite de sa proposition de ce matin pour partir une heure plus tôt. Pour une fois que la boîte nous fait un cadeau, je ne vais certainement pas m’en priver !
Comme prévu, le lendemain, un taxi vient me chercher au pied de mon immeuble sur le coup de huit heures. Le conducteur, que je salue, est un homme de type latino au visage bouffi et aux cheveux noirs. Lorsqu’il sort du véhicule pour récupérer mon bagage afin de le mettre dans le coffre, je constate qu’il est petit et bien habillé avec un beau costume bleu marine. Je m’installe sur la banquette en cuir beige et boucle ma ceinture en pensant que nous allons sûrement passer chez Smith à présent. La voiture démarre, puis arpente les rues et avenues. Cependant, contrairement à ce que je croyais, nous nous arrêtons finalement sur le parking d’un aérodrome. Je sors du taxi et observe les alentours, intriguée par l’endroit. J’aperçois une piste d’atterrissage, mais également un hangar aux portes ouvertes avec deux petits coucous à l’intérieur.
— Venez, c’est par ici, m’informe le chauffeur, ma valise en main.
En toute confiance, je le suis, n’ayant de toute façon pas d’autres choix. Après un court périple, je finis par monter à bord du jet où une charmante hôtesse m’invite à m’installer dans le compartiment réservé aux voyageurs. À peine entrée, je dirige mon attention vers une table entourée de quatre sièges en cuir gris devant laquelle Greene est assis. Il lève le nez de son ordinateur portable et nos regards se percutent. Vêtu d’une belle chemise blanche, il s’est mis à l’aise en ayant déboutonné son col en plus d’avoir fait l’impasse sur le port d’une cravate. Ses cheveux bruns sont légèrement gominés et ses iris céruléens toujours aussi captivants que d’ordinaire.
— Bonjour, mademoiselle Carter, je vous en prie, prenez place, me dit-il en désignant le confortable fauteuil en face de lui.
— Bonjour, monsieur.
Je m’avance pour aller m’asseoir, en balayant l’endroit des yeux, et une question me taraude tellement l’esprit que je ne peux m’empêcher de l’émettre au moment où je pose mon fessier.
— Madame Smith n’est pas là ?
— Non, elle ne viendra pas, finalement, sourit-il.
Cette annonce me fait l’effet d’une bombe. Cela signifie que je vais passer deux jours seule avec ce type ? Celui-là même qui s’était permis un geste déplacé envers moi.
— À en juger par l’expression de votre visage, cela vous fait peur.
Je m’empresse de cligner des paupières.
— Euh... non, pas du tout, je suis juste surprise. Elle est souffrante ? Rien de grave, j’espère.
— Rien de grave, je vous rassure.
Il ne m’a pas confirmé qu’elle était malade, uniquement que la raison de son absence n’était pas importante. Connaissant Smith, même avec quarante de fièvre, elle ne m’aurait pas laissée y aller seule avec lui. Cette femme est beaucoup trop vénale, égoïste et arriviste pour permettre qu’une pareille situation échappe à son contrôle.
— Vous souhaitez boire quelque chose avant que nous décollions ? me demande l’hôtesse en se présentant à moi.
— Oui, je veux bien un chocolat chaud, s’il vous plaît.
— Monsieur Greene ?
— Un café, merci.
Elle s’en va et je m’empresse de regarder par le hublot. Je sens que l’attention de ce type est portée sur moi et cela me déstabilise. Il est peut-être beau physiquement, mais sa condescendance me répugne, je n’ai aucune envie de me retrouver victime de harcèlement sexuel, celui que je subis moralement de la part de ma cheffe m’est déjà difficilement supportable.
— Attention au torticolis, me lâche-t-il au bout de deux minutes.
J’oriente mon visage vers lui et mes prunelles l’assassinent. Un rictus se pointe au coin de ses lèvres.
— Je n’ai pas le droit d’admirer le paysage ?
— Une plaine et quelques arbres... vous n’êtes pas très exigeante en la matière. Il y a mieux comme vue, non ?
Alors que j’envisageai de répondre à sa boutade par une pique, mon chocolat chaud vient se pointer sous mon nez. J’en remercie l’hôtesse avant qu’elle ne serve Greene à son tour. La délicieuse odeur s’infiltre dans mes narines, me rendant soudain moins âpre. Le cacao a toujours eu des pouvoirs magiques sur moi.
— Quel est le programme de la journée ?
Si tant est qu’il y en ait un.
— Ce midi nous déjeunons avec le directeur de Galasco. Cet après-midi, nous avons une présentation à faire chez Scalio, et ce soir il y a une cérémonie d’inauguration au Grantz Palazzo.
— Une cérémonie ? Je n’ai pas emporté de tenue de soirée...
— Ce n’est pas un problème, j’ai tout prévu.
Je crains le pire...
Après avoir bu une gorgée, il ouvre l’attaché-case placé au coin de la table et en sort un Ipad pro qu’il me tend. Je le récupère.
— Vous trouverez dedans les dossiers des sociétés que nous allons rencontrer pendant ces deux jours. Tâchez d’y jeter un œil pendant le trajet et à chaque fois que vous en aurez besoin.
— Entendu.
Curieuse de voir le fonctionnement d’un tel appareil, je le positionne devant moi et commence à le manipuler entre deux lampées de chocolat. Quelques minutes plus tard, l’avion décolle, nous emmenant Greene et moi à New York.
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