Il sera... Tome 6 Face au Soleil (French Edition)

Boris TZAPRENKO · Chapitre 19 sur 37

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Il sera... Tome 6 Face au Soleil (French Edition)

Zolss, ne perdons pas de temps !

 

 

Sandrila Robatiny était dans son domaine africain, près du lac dans la forêt, non loin de sa demeure. Assise sur une racine et adossée à un tronc lisse, elle participait à une céph-conférence. Il était presque minuit. Neuf céphécrans s’alignaient dans son champ de vision virtuel. Chacun d’eux montrait un visage. On pouvait compter trois hommes, quatre femmes et deux asex. Il s’agissait de gros actionnaires de Génética Sapiens. L’Éternelle les avait réunis pour répondre à leurs questions et pour les convaincre d’investir dans un nouveau projet, mais elle avait du mal à assumer cette confrontation. Son esprit était ailleurs. Après avoir considérablement réduit la taille et la luminosité des céphécrans, elle les avait poussés en bas de son champ de vision afin de laisser traîner son regard dans les étoiles. Ses yeux zoomèrent sur la nébuleuse d’Orion.

La réseaucam qui envoyait son image à ses interlocuteurs était dix mètres devant elle, posée sur une grosse pierre ronde et moussue. Ce petit appareil cadrait automatiquement son visage, la grande ouverture de son objectif obtenant un résultat convenable malgré l’obscurité.

Cette réunion était prévue de longue date, mais l’Éternelle ne se sentait plus d’humeur à convaincre. Répondre à leurs questions lui demandait déjà un réel effort.

Elle pensait, entre autres, au rassemblement des C12 qu’elle devait organiser. So Zolss les gardait séparés, disait-il, chacun dans un appartement avec un gardien qui veillait à leur confort. Ils lui envoyaient les angémos, un à un, dans des gravitants personnels différents. Elle avait désigné huit employés pour les recevoir et les loger, toujours séparément ; cette équipe en avait déjà accueilli trois. Devait-elle les rencontrer ? Pour quoi faire ? Que leur dire ?

Laut Abondde la sortit de ses pensées en prenant la parole :

― :: J’aimerais savoir pourquoi Décorpora utilise notre technologie de décorporation en la payant moins cher que les autres décorporiums. Pourquoi lui accordez-vous cette faveur ? Combien d’argent perdons-nous en lui offrant cette remise ?

L’Éternelle répondit presque machinalement :

― :: Je concède vingt pour cent à Décorpora en échange de l’engagement contractuel que cette société ait exclusivement recours à notre procédé. J’ai imaginé cela dans le but d’aider Décorpora à proposer des tarifs de décorporation moins élevés que ceux de ses concurrents. Il s’agit d’une stratégie destinée à…

― :: Mais pourquoi servez-vous les intérêts de Décorpora au lieu des nôtres ?

Laut Abondde se trouvait sur la Lune, aussi y avait-il un peu plus d’une seconde de retard entre le moment où elle s’exprimait et l’instant où l’Éternelle l’entendait.

― :: Pour une raison qui tombe sous le sens, comme je m’apprêtais à vous le dire ! En aidant Décorpora, je fragilise les autres décorporiums qui utilisent également notre procédé, mais aussi des technologies qui ne sont pas les nôtres. De ce fait, en affaiblissant les concurrents de Décorpora j’affaiblis en même temps les nôtres. Grâce à cette manœuvre, Décorpora ne cesse de progresser. Ce décorporium, qui a signé un contrat d’exclusivité avec nous pour quinze ans, s’accaparera bientôt plus de quatre-vingt-dix pour cent du marché, au grand dam de Décarna et de Mondagina. Quand ces deux derniers seront morts, nos concurrents dans le domaine des procédés de décorporation le seront aussi puisqu’ils n’auront plus de clients. Nous pourrons en conséquence pratiquer les prix que nous voudrons, tout en accordant toujours vingt pour cent à Décorpora pour respecter notre contrat.

― :: D’accord, fit Laut Abondde. J’avoue que tout cela est bien pensé.

Les autres actionnaires approuvèrent.

—:: Reste-t-il des questions ? demanda l’Éternelle.

Les neuf têtes gardèrent le silence.

—:: Vous deviez nous parler d’un nouveau projet, finit par dire un des asex.

Mais Sandrila Robatiny ne se rendit pas compte qu’on lui adressait la parole. Quelque chose venait de capter toute son attention. Dans sa céphvision, « Message de Bartol », apparaissait. Elle pensa qu’elle voulait le consulter. Décodant instantanément cette noèse élémentaire, le logiciel de sa céph afficha le texte :

« Je suis sur Mercure. J’ai été capturé parce qu’on s’intéresse à mon passé en rapport avec la technologie des engrammes. Je me suis enfui. J’ai besoin d’aide. Rejoins-moi, seule, s’il te plaît. Seule et dans la plus grande discrétion. Le code de localisation privé est le nom du lieu où nous nous sommes rencontrés. Inutile de me répondre, car pour des raisons de sécurité, je ne peux rien recevoir. Fais-moi savoir si tu viens en envoyant un message sur l’appel Réseau : Moz 310 887 »

Comme l’avait fait Bartol, en ouvrant le petit cylindre de papier qu’on avait glissé dans le trou qui traversait le mur de sa prison, Sandrila Robatiny analysa plusieurs fois ce céphmessage. Tout d’abord, elle tenta de le décoder dans son ensemble, comme s’il n’eût été qu’un seul mot. Elle le lut ensuite plus calmement pour en saisir tout le contenu. Enfin, elle le déchiffra lentement, deux fois de plus, dans le but d’ancrer en elle la certitude qu’il existait bel et bien et afin d’obtenir la conviction qu’elle l’avait bien compris.

—:: Madame Robatiny ? Nous entendez-vous ? Vous deviez nous parler de quelque chose de nouveau… et euh…

—:: Oh ! Oui, excusez-moi Zadie Phwicaud ! Je vous entends tous, mais je viens de recevoir une information très importante. Je préfère vous entretenir de ce sujet un autre jour. Puisqu’il n’y a plus de questions, vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que je donne fin à cette réunion.

Sans attendre la moindre réaction de ses neuf interlocuteurs, elle coupa la communication et se leva. Ce fut le moment que choisit Rapace pour réclamer de l’attention. Se laissant tomber de son perchoir, un rocher au sommet d’une éminence proche, l’immense oiseau se posa dans une turbulence d’air et un vigoureux bruit d’ailes qui lui interdisaient tout atterrissage discret. Ses yeux dorés clignaient, tandis qu’il tournait la tête d’un côté ou de l’autre, rentrant ou étirant le cou. Ses grosses serres s’enfoncèrent dans le sol sableux quand il fit quelques pas vers l’Éternelle. Elle le renvoya d’un geste :

— Pas maintenant, Rapace ! Va !

Le géant des airs ne s’approcha pas davantage. Bas sur l’horizon, un fin croissant de lune projetait une longue colonne de scintillements à la surface du lac qui ondulait paisiblement sous les caresses d’un vent tiède et paresseux. Des cris très variés, plus ou moins lointains, peuplaient la forêt environnante.

Mains dans le dos, elle marcha lentement pour relire le message deux fois de plus. Plusieurs questions occupaient son esprit. Était-il seul ou avec Cara Hito ? Qui l’avait capturé ? Pourquoi sur Mercure ? Comment s’était-il enfui ? Pourquoi voulait-il qu’elle vienne seule ? Devait-elle suivre son conseil, ou mieux valait prévenir Quader ? Ce dernier, il fallait bien le reconnaître, était plutôt habile et efficace.

D’une pensée, elle demanda à localiser le Marsalè.

« Indiquez un code de localisation privé », afficha sa céph.

―> Place des Gargouilles, articula-t-elle.

Un céphtexte apparut :

« Il y a 4 min 50 s, la localisation était : Mercure. Hélios. Coordonnées urbaines : 47,372. -23,127. 0,030 ».

Mercure se trouvant en ce moment à 87 millions de km de la Terre, toutes informations portées par les ondes électromagnétiques en provenance de cette planète accusaient 4 min 50 s de retard.

Pourquoi fait-il appel à moi malgré sa démarche de rupture ? se demanda-t-elle encore. Il est suffisamment fier pour que ça ne lui ressemble pas. Et pourquoi veut-il que je vienne seule ? Est-ce seulement parce qu’il est question de la technologie des engrammes ? Certainement ! Ça n’aurait pas de sens si ce n’était pas pour cette raison…

À cent mètres de là, sur la gauche, un faible murmure provenait de la rivière qui emplissait l’étendue d’eau. Les cris perçants de quelques primates courant sur les hautes branches d’un arbre proche de belle taille firent tourner la tête à Rapace, mais c’est à peine si l’Éternelle en eut conscience.

— Rentrons Rapace ! lui dit-elle. Maison ! Maison !

Ils marchèrent l’un vers l’autre. Elle monta sur la selle de l’animal et ferma la boucle du harnais de sécurité. Deux immenses ailes arrachèrent du sable et des brindilles du sol dans leur tourbillon d’air. L’aigle géant s’éleva rapidement, emportant sa passagère pensive et préoccupée entre la canopée bavarde et les étoiles silencieuses.

L’extraordinaire oiseau n’était pas pressé. Ou du moins, l’était-il moins que l’Éternelle. Elle prit le céph contrôle de sa monture pour lui imposer un rythme plus vigoureux, mais elle lui laissa l’initiative du vol ; Rapace se dirigeant en ligne droite vers leur destination, il n’y avait aucune raison de le piloter mentalement. L’air tiède se mit à souffler plus fort sur la peau et dans les cheveux de la femme la plus puissante des mondes. Suivant le rythme du mouvement des ailes, elle montait et descendait légèrement, comme si les ondulations d’une houle invisible l’eussent portée.

Quand l’angémo volant atterrit sur la terrasse de bois pétrifié, au sommet de la tour de la demeure de Sandrila Robatiny, celle-ci ne savait toujours pas si elle devait prévenir Quader ou pas. La décision n’était pas facile à prendre. Elle descendit de l’oiseau de selle.

— Va, Rapace, va ! fit-elle, en le gratifiant d’une furtive caresse sur le poitrail. Je ne peux pas m’occuper de toi maintenant !

Le formidable animal redéploya ses ailes immenses pour disparaître dans la nuit africaine.

Bien qu’elle le connût déjà par cœur, elle relut une énième fois le message.

« …pour des raisons de sécurité, je ne peux rien recevoir. » pensa-t-elle, les deux mains sur la balustrade. Il redoute donc d’être repéré par quelqu’un qui a les moyens de localiser une personne par le simple fait qu’elle reçoive des données… Qui peut faire ça, à part So Zolss ?

Elle décida de cépher à ce dernier pour en avoir le cœur net. L’Éternel ne fut pas long à répondre.

― :: Sandrila ! que me vaut l’honneur de…

Elle avait renoncé à lui demander de ne plus l’appeler par son prénom.

― :: Zolss, ne perdons pas de temps ! Répondez : est-ce vous qui…

Elle hésita. S’il n’y était pour rien, était-ce une bonne idée de lui révéler que Bartol était dans cette situation ?

― :: J’écoute votre question, Sandrila, mais vous semblez avoir de la difficulté à me la poser de peur de me révéler une information, dans le cas où ça ne serait pas moi qui… Vous savez que vous n’avez rien à craindre de moi, depuis que j’attends que vous acceptiez de me donner un enfant.

Elle ne sut comment réagir. Son interlocuteur n’avait peut-être pas le moyen de localiser Bartol puisque celui-ci utilisait Blisnud.X, le logiciel de connexion au Réseau de l’Organisation. Mais, elle avait appris que So Zolss avait réussi à faire travailler certains ex-membres de cette dernière pour lui. Alors qu’en était-il ? D’un autre côté, si le patron de Méga-Standard ne pouvait pas faire une telle chose, qui était mieux placé que lui pour le faire ? J’aurais tout intérêt à interroger Quader, se dit-elle.

― :: Je vous écoute, insista le maître du Réseau. Posez-moi votre question. Confiez-vous à moi et n’hésitez pas à me demander de l’aide. Je serais heureux de conquérir votre confiance, Sandrila. Les deux seigneurs que nous sommes doivent allier leurs gênes dans un descendant commun.

― :: Êtes-vous en mesure de localiser quelqu’un par le simple fait qu’il soit uniquement en réception ?

― :: Bien sûr ! En réception ou en émission, cela ne fait aucune différence. Je m’étonne que vous en doutiez !

― :: Même si cette personne utilise Blisnud.X ?

Un petit silence indiqua que, cette fois, c’était So Zolss qui hésitait.

― :: Vous disiez à l’instant que vous étiez disposé à m’aider, mais vous semblez avoir du mal à me répondre.

― :: Ça dépend, lâcha-t-il.

― :: Ça dépend de quoi ?

― :: Ça dépend de la version de Blisnud.X. Je ne peux pas, s’il s’agit de la dernière version. Pourquoi me demandez-vous ça Sandrila ? Avez-vous perdu votre Bartol ? Avez-vous besoin d’aide pour le retrouver ?

La question alluma un incendie de rage dans le cœur de l’Éternelle. Pour ne rien en montrer, elle se contenta de lancer avec le plus de mépris possible dans la voix :

― :: Ainsi donc, la dernière version de Blisnud.X vous tient toujours en échec ! Votre pouvoir n’est finalement pas si grand que ça ! Vous êtes décevant, Zolss ! Comment voulez-vous que j’envisage de croiser mes gènes avec un médiocre comme vous ?

Sur cette réplique, elle coupa la communication et s’accouda à la balustrade de bois pour faire le point. Pendant que son regard amplificateur de lumière fouillait machinalement la forêt obscure en face d’elle, elle s’abîma dans ses réflexions.

Mettre Quader dans la confidence lui permettrait sans aucun doute d’obtenir une aide précieuse, mais elle ne pourrait plus s’attribuer tout le mérite d’avoir sorti Bartol de sa situation. Elle avait cependant suffisamment de fierté pour ne pas se sentir obligée de courir seule à son secours, puisqu’il avait exprimé son désir de rompre leur relation, mais il lui avait explicitement demandé d’aller à sa rencontre non accompagnée. Or, il y avait fort à parier que l’Invisible ne pourrait pas s’empêcher d’entrer en action. D’un autre côté, si elle gardait tout pour elle et qu’il venait à apprendre par ses propres moyens ce qui se passait, il agirait aussi. Et comment alors prendrait-il le fait qu’elle ne lui eût rien dit ? L’Éternelle tenait beaucoup à l’estime de Quader. Décidant de jouer cartes sur table avec lui, elle l’appela.

En attendant qu’il réponde, elle reprit connaissance de la localisation de Bartol :

« Il y a 4 min 50 s, la localisation était : Mercure. Hélios. Coordonnées urbaines : 47,378. -23,124. 0,030 ».

Il ne s’est déplacé que de quelques mètres, nota-t-elle. Peut-être est-il dans une petite pièce.

Les coordonnées à l’intérieur d’Hélios étaient données par trois nombres. Tous indiquaient une distance exprimée en kilomètres par rapport à un point de référence situé au centre de la ville. Les deux premiers spécifiaient la position en longitude latitude et le dernier donnait la profondeur. Ainsi, Bartol se trouvait à trente mètres au-dessus de la surface.

― :: Bonsoir, Madame Robatiny ! fit la voix de l’Invisible dans l’aire auditive de l’Éternelle.

Il pourrait m’appeler plus simplement Sandrila, ce Monsieur Nonobstant ! songea-t-elle, quelque peu contrariée par son ton par trop respectueux, presque guindé. Elle eût préféré qu’il se décidât enfin à adopter un comportement plus familier pour communiquer avec elle.

—:: Bonjour, l’Invisible, fit-elle en appuyant plus qu’elle ne l’eut voulu sur le dernier mot.

Cette manière de lui rappeler qu’elle n’était pas tout à fait une étrangère, puisqu’elle connaissait ce surnom normalement réservé aux initiés, lui avait échappé.

—:: Je vous céphe au sujet de Choléra, poursuivit-elle.

—:: Oui ?

—:: Oui !

—:: Avez-vous des nouvelles ?

—:: J’en ai.

Elle lui envoya l’intégralité du message de Bartol.

—:: La localisation corrobore-t-elle qu’il est sur Mercure ? demanda-t-il après avoir pris connaissance des mots de Bartol.

—:: Place des Gargouilles, lui dit-elle.

—:: … euh… Vous dites ?

—:: Je vous donne le code de localisation…

—:: Ah, oui ! Excusez mon manque de vivacité d’esprit.

—:: …

—:: Il est en surface…

—:: Au-dessus même ! Dans un immeuble ou une quelconque construction, probablement. Est-ce important de le noter ?

—:: Pas plus que ça. Ce n’est qu’un détail, mais vous savez comme moi que les couches sociales dans les villes de Mercure sont organisées en profondeur, plus on est près de la surface, plus on appartient à une classe aisée.

—:: Heum !… Quoi qu’il en soit, je me doutais bien que Bartol n’a pas été capturé, puis emmené de force sur Mercure, par un nécessiteux qui veut exploiter la technologie des engrammes.

—:: Qu’est-ce qui vous fait penser qu’il a été emmené de force sur Mercure ? Peut-être y était-il déjà avant qu’on s’empare de lui…

—:: Il n’avait, à ma connaissance, aucun motif de s’y rendre. De plus, je sais qu’il commençait à avoir des problèmes d’argent. Or se payer un voyage de ce prix, sans raison importante, n’est pas le meilleur moyen de faire des économies. De toute façon, cela ne fait pas une grande différence ! Qu’il ait été capturé sur Terre ou sur Mercure, il est prisonnier là-bas.

—:: Je pense au contraire que cela fait une différence notable. S’il était sur Mercure, on peut penser à un ravisseur opportuniste, avec peu de moyens, qui se serait emparé d’un touriste. On pourrait expliquer le fait qu’il soit question de la technologie des engrammes en supposant que ce preneur d’otages ait réussi à soutirer ces informations à Bartol. Nous sommes certains que ce dernier se serait bien gardé de dévoiler le sujet spontanément, mais il existe tant de méthodes pour faire parler un homme ! En revanche, s’il a été capturé sur Terre, il ne peut que s’agir de quelqu’un qui a davantage de moyens et qui mesurait dès le départ le parti qu’il pourrait tirer de son prisonnier, qui savait donc précisément qui est Bartol par rapport à la technologie qu’il convoite. Dans ce second cas, il nous serait plus facile de dresser une liste des ravisseurs possibles que dans le premier cas. Les gens qui ont les moyens de mener une telle opération et qui sont susceptibles de savoir quelque chose au sujet de cette technologie ne doivent pas être si nombreux que ça ! Le fait qu’il soit détenu pour cette raison enlève du crédit à l’hypothèse d’un kidnappeur opportuniste qui s’attaque aux touristes sans viser une victime particulière.

—:: Bon raisonnement ! reconnut l’Éternelle. Mais, il n’est pas détenu en ce moment, puisqu’il dit qu’il s’est enfui !

J’ai bien fait de lui en parler, se dit-elle. Ils gardèrent le silence quelques secondes, puis elle demanda :

—:: Qui est capable de repérer quelqu’un utilisant Blisnud.X ?

—:: Je me posais la même question ! « Inutile de me répondre, car pour des raisons de sécurité, je ne peux rien recevoir. » me semble en effet bien étrange. Encore une fois, cela accrédite l’hypothèse du ravisseur qui a de gros moyens. Je ne sais pas qui est capable de faire cela, avec la dernière version de Blisnud.X, en tout cas.

—:: J’ai posé la question à So Zolss, figurez-vous ! avoua-t-elle.

Elle avait un peu de mal à faire part de ses rapports privilégiés avec le maître du Réseau, car l’image que cela lui donnait ne favorisait pas la complicité qu’elle cherchait à établir avec Quader.

—:: Ah ! A-t-il admis qu’il ne pouvait rien contre ce logiciel ?

—:: Oui. Il l’a admis. Même lui ne peut pas localiser quelqu’un ! Vous le pouvez, vous ?

—:: Non, reconnu l’Invisible. Je suis beaucoup moins actif qu’il fut un temps dans ce qu’il reste de l’Organisation et j’ai perdu quelques privilèges.

—:: Qui peut donc avoir cette capacité, sinon un très haut membre de l’Organisation ? Avez-vous songé que celui ou ceux qui détiennent Bartol sont peut-être des personnes de cette coalition ? L’hypothèse mérite qu’on s’y arrête, non ?

—:: Elle le mérite, en effet, répondit Quader. Il y a tout de même quelque chose d’étrange dans le fait qu’il envoie un message et prétende ne pouvoir rien recevoir. De toute manière, que l’on envoie ou que l’on reçoive, des échanges de données se font dans les deux sens ; de nombreuses informations sont échangées dans les protocoles de contrôle. Je ne vois pas ce que cela peut changer en ce qui concerne la sécurité. De ce fait, je trouve bien étrange que Bartol prenne cette précaution inutile.

—:: Je comprends. D’ailleurs, So Zolss s’est étonné que je précise « seulement en réception », lui aussi. Peut-être que Choléra est au courant de quelque chose qui nous échappe.

—:: Peut-être… En tout cas, il sait que celui qui essaye de le retrouver est capable de le repérer, nonobstant son utilisation de la dernière version de Blisnud.X. Je me demande comment il a pu l’apprendre, car il n’y a aucune raison pour que son kidnappeur se soit empressé de le lui dire.

—:: C’est vrai… Mais peut-être que c’est son mystérieux complice qui le lui a révélé ! Je dis son, mais il peut s’agir de sa ou de ses, bien sûr…

—:: Ce certain Moz 311 987, oui, pourquoi pas… Vous ne risquez rien à vous adresser à ce contact pour demander des nouvelles et des explications, en tout cas… C’est ce que je me serais empressé de faire.

—:: Normalement, moi aussi. Mais depuis notre séparation, je ne le suis plus tout à fait, normale ! Et puis, je voulais en parler avec vous avant. Je vais cépher tout de suite.

 

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