Il sera... Tome 6 Face au Soleil (French Edition)
Il est effectivement temps de me présenter
Bartol sentit ses jambes mollir. Il s’agenouilla et tomba sur le côté. Son oreille gauche rencontra douloureusement une terre sèche couverte d’une couche pulvérulente. Incapable d’accomplir le plus petit geste, il pouvait encore orienter son regard. Cela lui permit de constater que, tout du moins dans le champ accessible à sa vue, ceux qui étaient ici avaient subi le même sort que lui ; tous étaient allongés dans des positions improbables témoignant de l’effet quasi immédiat du gaz paralysant qu’ils avaient respiré.
Son immobilité forcée le contraignit à garder en lui l’accès de colère qui l’envahit, accélérant son cœur et gorgeant ses vaisseaux d’adrénaline. Ces complications et ces humiliations ne prendraient donc jamais fin ! Qui était ce nouvel agresseur, à présent ? Comment leur faire comprendre, à tous, qu’il n’était pas concerné par toutes leurs belligérances ?
Il vit que des zukistes, une dizaine environ, étaient brusquement entrés dans les lieux. Leur véhicule noir mat et leur allure générale lui donnèrent à penser que ce devait être des hommes de Moz. Ils descendirent de leur monoroue près du centre de la grotte, là où se trouvait probablement toujours leur chef. Bartol les observa tandis qu’ils se regroupaient et s’affairaient là-bas. Ayant du mal à voir précisément ce qu’ils faisaient, il supposa qu’ils devaient porter secours à Moz et il en fut soulagé. Il conçut en effet l’espoir que l’on vienne très bientôt s’occuper de lui. Cette espérance ne fut pas déçue. Un des zukistes nouvellement arrivés se mit à courir dans sa direction et s’agenouilla à côté de lui. Bartol constata que c’était une femme. Une femme qu’il ne put s’empêcher de trouver plutôt jolie, en dépit de sa situation peu propice à ce genre d’observation, et de sa violente colère qui n’était qu’en partie dissipée.
— Je vais vous rendre la liberté de vous mouvoir, lui dit-elle.
Elle dut lui injecter un antidote, car il sentit en effet que son corps reprenait assez rapidement de la vigueur.
Devant son regard interrogateur, elle expliqua :
— L’inhibiteur du gaz paralysant que nous avons libéré pour endormir tout le monde ici. Nous nous le sommes nous-mêmes inoculé avant de l’utiliser.
— Merci ! articula-t-il d’une voix encore faible dès qu’il recouvra l’usage de la parole.
Elle l’aida à se relever. Pour une Mercurienne, elle n’était pas très grande. On eût pu même prétendre qu’elle était plutôt petite. C’est-à-dire qu’elle ne dépassait Bartol que d’un ou deux centimètres.
— Venez, dit-elle en le soutenant.
Bartol sourit. Ses jambes étaient encore faibles, mais un surplus de fierté, à la limite de la crânerie, le poussa à refuser son aide :
— Merci, mais ça va aller. Je peux marcher tout seul.
Ils commencèrent à avancer vers le centre de la grotte, mais après quelques pas hésitants, Bartol s’arrêta pour se retourner et montrer le chef des koroks, toujours paralysé et étendu sur le sol.
— Et lui ? demanda le Marsalè. Vous ne lui rendez pas l’usage de son corps ?
— Non. Ce n’est pas prévu. Moz ne m’a parlé que de vous.
En accordant un regard à l’homme dont il était question, elle vit le lance-sphérules sur le sol, tout près de lui.
— Zorrr ! dit-elle en se baissant. Je vais prendre cette arme. C’est sans doute celle de Moz.
En fouillant les poches du korok, elle trouva les deux cartouches de sphérules qu’elle récupéra également.
— Voilà ! conclut-elle en se relevant. Venez avec moi. Moz vous attend, il est très pressé !
— Libérez-le aussi, s’il vous plaît. C’est une cauchemardesquité de malentendu. Il est de votre bord, vous savez…
— Cauchemardes…quité ? Grand Soleil ! Je suis désolée, certains mots terriens m’échappent encore. Venez voir Moz avec moi. Vous n’aurez qu’à vous expliquer avec lui. De toute façon, l’effet du gaz paralysant prendra bientôt fin, voilà ce que Javinkia veut dire.
Bartol vit que Molord San le regardait. Il lui lança :
— Je reviens, Molord ! On va essayer d’arranger tout ça…
Le Terrien se remit en marche. Ses membres étaient de nouveau complètement utilisables. Arrivé devant Moz, qui était toujours assis sur son zuki, il eut l’heureuse surprise de constater que le surmâle semblait déjà en bien meilleure forme. L’accélérateur mitotique du Cicatrivite qu’on lui avait administré avait presque refermé sa blessure.
— Zorrr ! fit-il. Je suis désolé pour ce contretemps, Terrien. Il nous faut partir au plus vite parce que nous sommes isolés du Réseau, ici. Qui tu sais doit se demander ce qui se passe.
— … Bien, je comprends, essaya Bartol. Mais…
La femme qui lui avait injecté l’antidote lui coupa la parole :
— J’ai trouvé ça là-bas, dit-elle en tendant le lance-sphérules au surmâle.
— Merci, Javinkia ! C’est bien mon arme. Leur chef a dû me la prendre durant mon inconscience.
— Justement ! voulut en profiter Bartol. Il faudrait que…
Mais un homme lui brandit sous le nez une veste noire qu’il venait de s’enlever.
— Ôte ta tunique déchirée et revêts ce que Mortul te donne, dit le surmâle en enfilant lui-même un vêtement que lui tendait un autre membre de son équipe.
Bartol s’empressa de s’exécuter en essayant de reprendre la parole :
— … Voilà, mais…
— Monte vite sur ce zuki et partons tous les deux. Nous avons un rendez-vous important !
Un des monoroues noirs qui était garé avec ceux des hommes de Moz démarra seul pour s’arrêter devant Bartol. Ce dernier se demanda à peine qui lui en avait donné l’ordre.
— D’accord, répondit-il en prenant place sur le véhicule. Je ne souhaite pas mieux ! Mais je te recommande de libérer ce mecdule, là-bas. Molord San, il s’appelle. Tâche d’écouter ce qu’il a à te dire. Tu devrais trouver un terrain d’entente avec lui. Il y a un malentendu entre vous. Figure-toi qu’il est du même géantissime combat. Vous avez le même ennemi ! Sans doute pas la même manière de combattre, mais…
— Nous verrons plus tard, Bartol. Nous verrons plus tard ! Pour l’instant, partons, rien n’est plus urgent que de reprendre le contact avec celle qui a rendez-vous avec nous. De plus, grâce à mon équipe qui a bien travaillé, une surprise de taille t’attend là où nous allons.
— D’accord, d’accord, géante géanture ! Mais promets-moi de discuter avec Molord San. C’est impor…
Bartol s’arrêta de parler. Les anneaux de sécurité s’étaient refermés sur lui et son zuki fonçait déjà à toute allure derrière celui de Moz. Il se demanda ce que pouvait bien être cette surprise.
***
Sandrila Robatiny et Quader étaient toujours sur les lieux où s’était déroulé le dernier enlèvement de Bartol. Assis sur leur zuki immobile, ils avaient suivi de réseaucam en réseaucam une partie du trajet emprunté par le Marsalè et ses ravisseurs. Les koroks avaient remonté quelques longues avenues sous la surface, mais ils s’étaient également déplacés verticalement pour s’enfoncer dans les profondeurs de la ville en prenant plusieurs ascenseurs. Après être sortis de l’un d’entre eux, ils avaient roulé dans un couloir qui ne présentait rien de particulier sinon qu’il devenait de moins en moins large. Au bout d’un moment, l’image avait cessé de les suivre. Malgré le zoom, la dernière réseaucam leur avait seulement permis de les regarder disparaître vers une destination inconnue. Plus loin, en effet, il ne restait plus un seul dispositif de prise de vue en état de fonctionner. Sandrila Robatiny avait pu apprendre de la bouche de Marba Rirone que les yeux du Réseau s’arrêtaient là, parce qu’à partir de ce lieu ils étaient sans cesse détruits. Marba lui avait également révélé que ce couloir conduisait à une galerie qui s’enfonçait encore jusqu’au niveau des Ombres.
« Ombre » était le nom que l’on donnait à ceux qui n’avaient plus rien et qui vivaient sous la ville dans de simples excavations. Leur sort était écartelé entre deux courants politiques. Certains expliquaient que, aspirant à un minimum de solidarité sociale, ils voulaient améliorer leur existence. D’autres disaient que, dans le but d’éviter un assistanat coûteux qui ne ferait que prolonger leur misère, mieux valait les maintenir dans ces conditions volontairement aussi sommaires dans l’unique but de les encourager à se faire décorporer pour devenir des Grandrêveurs. Exactement comme sur Terre avec les habitants des ghettos.
— Il apparaît évident que nous ne pourrons pas agir seuls, admit l’Éternelle. Tant pis pour la discrétion exigée par ce mystérieux Moz, mais je vais devoir demander de l’aide. Avez-vous une objection ?
— Non point la moindre goutte ! Vous avez manifestement raison.
— Bien ! Dans ce cas, je vais encore faire appel à Gabel Pailur.
Quader, qui depuis le début s’étonnait qu’elle risquât sa vie en agissant seule, trouva qu’elle se comportait enfin comme on devait s’y attendre, qu’elle venait de prendre la décision que n’importe quelle personne ayant de tels moyens aurait prise. Il n’en fut pas pour autant satisfait, car pour lui, Sandrila Robatiny n’était justement pas n’importe quelle personne ayant de tels moyens. Et sa manière imprévue et marginale de se conduire donnait beaucoup de charme à son caractère. Tout en concédant que rien n’était plus normal qu’elle fît appel à une aide extérieure, il en conçut donc un réel regret.
Dommage, pensa-t-il, finalement, je n’aurai pas l’occasion de lui sauver la vie !
***
Après avoir roulé à une allure infernale dans le boyau de terre défoncée, les deux zukis étaient sortis du domaine des Ombres comme deux obus. Ils fonçaient à présent vers un objectif mystérieux pour Bartol. C’était devenu une habitude : il ne pilotait pas. Son monoroue se contentait de suivre Moz. Il eut l’idée d’essayer d’appeler Cara, à présent que sa céph lui indiquait que le Réseau était de nouveau accessible, mais il se contraignit à attendre qu’ils fussent arrivés pour en parler avant avec le surmâle. Il y avait par endroit tellement de monde que ce dernier devenait invisible, caché aux yeux du Terrien par la densité des piétons et des zukistes. Mais le monoroue de Bartol le retrouvait toujours un peu plus loin, même si celui qu’il suivait avait changé de direction durant une de ses disparitions.
J’ai l’air d’un petit chien qui suit son maître à la trace, fut l’idée saugrenue qui traversa l’esprit du Marsalè.
***
—:: Faites au mieux et faites vite, Gabel, s’il vous plaît ! disait l’Éternelle.
—:: Bien, Madame, je vous tiens au courant…
—:: Oh !… Attendez, une seconde, je vous rappelle dans un instant. Ne faites rien pour le moment…
Elle s’adressa à Quader :
— Je viens de recevoir un message de ce Moz… Et j’ai de nouveau la localisation de Bartol.
— Ah ! moi aussi, je le localise de nouveau. Que dit le message ?
— Moz dit que tout va bien, que Bartol est avec lui, que je n’ai qu’à les rejoindre.
—:: Gabel ?
—:: Oui, Madame.
—:: Ne tenez pas compte de ma dernière demande. C’est annulé.
—:: Compris. Je ne demande aucun renfort, alors.
—:: Aucun. Merci.
La localisation indiquait que Bartol se déplaçait rapidement.
— Bon, je dois vous laisser, dit-elle à Quader. Je ne vais pas attendre qu’il arrive à destination pour le rejoindre, je préfère m’élancer dans sa direction tout de suite.
— Euh… Je souhaiterais émettre une requête…
— D’accord, mais restez toujours à distance derrière moi.
— C’est entendu ! Voulez-vous bien garder le petit RPRV sur vous ?
— Oui.
Quader la regarda s’éloigner, lui laissant prendre un peu de distance. La voilà donc de nouveau à jouer les aventurières au péril de sa vie ! pensa-t-il. Qui croirait avoir affaire à la dirigeante d’un empire aussi vaste que le sien ? Qui penserait voir une Éternelle ? On lui donnerait à peine quinze ans !
***
Ils étaient remontés à la surface. L’énorme soleil qui n’en finissait plus de se coucher était dans leur dos. L’astre-roi projetait leur longue ombre, l’étirant démesurément devant eux jusqu’à perte de vue. On eût dit que les zukis cherchaient à rattraper chacun la sienne, comme s’ils eussent voulu leur rouler dessus. Ils filaient à une vitesse impressionnante au milieu d’une campagne paisible qui se fût volatilisée en quelques secondes sans le globe filtrant qui la protégeait des véhémences de cette étoile trop proche. Bartol se demanda s’ils retournaient à l’endroit où ils avaient attendu l’Éternelle avant d’être dérangés par les koroks, car il pensa reconnaître une partie du chemin, mais il réalisa qu’ils prenaient finalement une autre direction. Ils s’engouffrèrent dans un tunnel souterrain peu profond et s’arrêtèrent au bout d’un kilomètre environ dans un couloir assez luxueux. Peut-être que, par effet de contraste avec ce qu’il venait de voir chez les Ombres, cette apparence de luxe était un peu exagérée aux yeux de Bartol. Il n’en demeurait pas moins que les murs et le plafond étaient faits d’une belle matière translucide bleue. Le regard semblait s’y enfoncer d’un bon centimètre et, dans cette épaisseur visible, brillait une constellation de petits éclats dorés. Le sol était gris, mais Bartol n’eut pas le temps de détailler davantage les lieux.
Une porte s’ouvrit sur leur gauche. Les monoroues entrèrent et s’immobilisèrent dans une petite salle. Les anneaux de sécurité des véhicules s’escamotèrent tandis que la porte se refermait. Les murs et le plafond avaient ici le même aspect que les parois du couloir à l’exception de leur couleur qui était verte.
— Viens ! dit le Mercurien en descendant de son fauteuil. Nous allons attendre Sandrila Robatiny ici. Elle reçoit de nouveau ta localisation. Je lui ai envoyé un message. Elle a répondu qu’elle était en route.
Bartol le suivit.
Le surmâle eut un sourire énigmatique en ajoutant :
— Avant qu’elle n’arrive, j’ai une surprise à te montrer. Je pense que ça te fera plaisir.
Une seconde porte s’ouvrit devant eux. D’un geste, le Mercurien invita son hôte à entrer. Bartol le regarda interrogativement puis il fit deux pas dans cette nouvelle pièce.
Peu importait comment était cette dernière ! Minuscule ou gigantesque ? Rouge ou verte ? Ronde ou bien carrée ? La seule chose qu’il vit c’est qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur : Cara.
Sa joie fut immense. Il commença par la presser sur son cœur pour la couvrir de baisers et de toutes les manifestations de tendresse qu’un homme aimant peut imaginer. Aussi peu qu’elle eût voulu lui parler, elle n’eût pu placer un mot tant il faillit l’étouffer. Puis, il se tourna vers Moz et le remercia avec chaleur. Dans un élan de reconnaissance, il voulut même l’enlacer lui aussi.
— Cesse donc ces familiarités ! plaisanta le Mercurien de sa voix basse. Tu risquerais de m’exciter et je ne donnerais pas cher de ta virginité. Profite plutôt de la présence de ta femelle.
Bartol allait se précipiter sur Cara dans un nouvel assaut de tendresse, mais Moz le retint par un bras et murmura :
— Ne perds pas de vue que ton ancienne conquête risque d’arriver d’un instant à l’autre.
Le Marsalè remarqua seulement maintenant le regard absent de Cara :
— Qu’as-tu ma chérie ? Que se passe-t-il ?
Cara ne répondit pas. Elle semblait fixer un point situé à l’infini droit devant elle.
— As-tu vu ses yeux ? demanda Bartol. Elle ne dit rien, elle…
— Je pense que Kall Mhoxxor a dû la droguer pour la faire parler. Ne t’inquiète pas. Il faut attendre que l’effet du psychotrope disparaisse. Elle ira mieux dans quelques heures. En tout cas, il était urgent de la libérer ! Qui sait combien de temps son esprit aurait tenu ?
— Je ne sais comment t’exprimer ma reconnaissance, Moz. Merci ! Merci, géante géanture ! Merci de tout mon cœur ! Merci à toi et à tes hommes qui ont réussi à la délivrer. Tout le temps qui me reste à vivre n’est pas suffisant pour vous témoigner mon immense gratitude. J’aimerais que tu me les présentes tous pour que je puisse les remercier un à un.
Bartol semblait ne plus vouloir se taire. Le surmâle mit un terme à sa logorrhée d’un geste lui intimant le silence et déclara :
— Elle est arrivée. Elle est là, derrière la porte. Si tu veux bien t’arrêter un moment, je vais la laisser entrer.
Bartol émit un son différent de tout ce qui n’a jamais existé dans l’Univers. Puis il regarda tour à tour Cara et Moz plusieurs fois sans dire un mot. Le Mercurien alla ouvrir la porte.
Le zuki de Sandrila Robatiny entra et s’immobilisa dans le vestibule dans lequel étaient déjà garés les autres monoroues. Bartol était dans l’encadrement de la porte suivante, au-delà de laquelle se trouvait Cara. L’Éternelle descendit de son roulant. Le surmâle fut la première personne qu’elle vit.
— Respect, dit-il. Je suis Moz.
— Repect, Moz. Je suis Sandrila Robatiny. Quand vous dites que vous êtes Moz, je me permets d’en déduire que vous êtes celui qui prétend avoir des informations de la plus haute importance à me confier. Ai-je raison ?
— Oui. Je suis bien ce Moz-là, en effet.
Quand l’Éternelle croisa le regard de Bartol, son visage resta atone ; il était impossible d’y lire le plus petit indice de ce qui se passait en elle. Elle tourna de nouveau ses terribles yeux vers le Mercurien pour lui dire :
— Dans ce cas, Moz, sachez que j’ai fait tout ce que je pouvais pour respecter ce que vous m’avez demandé en matière de discrétion. À vous à présent de me révéler les informations que vous avez jugées assez importantes pour me faire venir jusqu’à vous. Je vous écoute. Veuillez, je vous prie, ne pas dilapider mon temps. Je n’en ai qu’un. Un seul !
— Je vais vous parler tout de suite. Mais ne restez pas dans le vestibule, proposa le Mercurien en montrant l’entrée de la pièce voisine où se tenait toujours Bartol.
— Si vous y tenez… mais soyez concis, s’il vous plaît, dit-elle en se dirigeant vers le Marsalè.
— Merci d’être venue, Sandrila, dit ce dernier en s’écartant pour la laisser passer. Je suis désolé d’avoir dû…
Il était si mal à l’aise que les mots avaient de la difficulté à sortir, mais on les devinait aisément.
— Ne t’inquiète pas, fit-elle en s’arrêtant à côté de lui. Je vais écouter ce que cet homme pense devoir me révéler puis nous parlerons.
L’Éternelle entra. Découvrant Cara, assise sur un canapé blanc devant une table basse, elle la fixa de l’air le plus insolent qu’elle put se confectionner, puis se tournant vers Bartol elle ajouta :
— Oui, je vais entendre ce que Moz prétend vouloir m’apprendre. Ensuite, tu me raconteras toi-même ce qui s’est passé, plus tard, quand nous serons seuls tous les deux.
Pendant que Bartol mâchonnait quelques grognements révélant son embarras, elle s’adressa au surmâle :
— Monsieur Moz, je vous remercie d’avoir aidé Bartol. Selon ce qu’il me dira, je prendrai la mesure de ce qu’il sera juste de faire pour vous récompenser. Par ailleurs, je suis sur le point de vous écouter, mais je vois qu’il y a là deux oreilles en trop. C’est pourtant dans cette pièce que vous m’avez demandé d’entrer pour me parler ! N’est-ce pas ?
— Oui, c’est bien dans cette pièce, Madame. Avant de prendre les dispositions nécessaires pour nous isoler, je dois m’assurer que c’est bien à la bonne personne que j’ai affaire. J’espère que, loin de m’en vouloir, vous approuverez ma prudence.
Sur ces derniers mots, le surmâle sortit un identificateur de sa poche et le tendit à l’Éternelle.
— J’approuve, en effet, dit-elle en touchant l’appareil de son index.
Le Mercurien parut satisfait :
— Grand Soleil ! Voilà la preuve que vous êtes bien Sandrila Robatiny, dit-il. Le moment des révélations est donc venu.
— J’ai appris que quelqu’un s’était intéressé à ce qui s’était passé à l’endroit où vous avez été capturés, vous et Bartol. La responsable des réseaucams d’Hélios a été consultée à ce sujet. Elle suppose que c’est Kall Mhoxxor. Qu’en pensez-vous ?
— Que c’est extrêmement probable !
— Bien. Et, vous ? Envisagez-vous de me faire connaître votre identité, à présent ?
— Bien sûr ! Et vous me posez la question à point nommé, Grand Soleil !
Le Mercurien prit un peu de recul pour sortir un lance-sphérules qu’il dirigea vers l’Éternelle et Bartol. Au même moment, trois autres personnes portant ostensiblement une arme identique entrèrent. Bartol reconnut instantanément l’une d’entre elles.
— Il est effectivement temps de me présenter, dit le surmâle. Mon nom est Kall Mhoxxor.
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