Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 17 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 21 · À la fin de mon dernier cours…

 

À la fin de mon dernier cours de l’après-midi, j’emprunte le chemin de la bibliothèque. Evon m’a envoyé un SMS pour me dire qu’il m’y attendra pour que nous révisions. C’est donc d’excellente humeur et le pas vif, que je parcours les quelques centaines de mètres qui me séparent de lui. Je le retrouve au deuxième étage de la grande bâtisse dont j’ai fait la visite un jour qui me ramène à un pénible souvenir : celui de mon agression par Leah et ses complices. Bien décidée à ne pas me laisser miner par cette malheureuse histoire, je la chasse d’un revers de main et me hâte de rejoindre l’individu assis à une table non loin d’une de ses grandes fenêtres composées de dizaines de petits carreaux à travers lesquels je peux voir la nuit tomber à l’horizon. Respectant le silence ambiant propre à ce lieu de recherches et d’études, je pousse doucement la chaise à sa gauche et m’y installe. Evon laisse tomber son livre de droit.

— Ah, Brownie ! Prête à bosser ? dit-il en se frottant les mains.

— Et toi, prêt à t’arracher les cheveux en essayant de faire rentrer quelque chose dans ma petite tête ?

— Je suis sûr que ça ne doit pas être si catastrophique. À la fac, la méthode d’apprentissage est différente du lycée ; ça va plus vite, les profs exigent beaucoup, surtout de l’autonomie et il y a pas mal de boulot personnel, mais quand tu as trouvé ton rythme, ça s’arrange. En quoi je peux t’aider ?

— Le hic, c’est que j’ai trop de lacunes. Souvent, ce sont des trucs vraiment cons, mais sur lesquels je n’ai pas assez bossé au lycée et qui me font défaut, aujourd’hui.

— OK ! On peut essayer de revoir certaines bases.

— Jusqu’à la seconde, ça va, mais j’ai un peu galéré en première. Quant à la terminale, j’ai totalement décroché.

— Deux années qui ont été dures pour toi, dit-il d’un air compatissant.

Je hausse les épaules avec toute cette pudeur qui entoure mes émotions.

— Tu veux m’en parler ?

— Je croyais qu’on était là pour bosser, lui rappelé-je du coin de l’œil.

— Comme tu me l’as si bien fait remarquer, je dois faire rentrer des infos dans ta caboche. Si elle est pleine de tout ce foutoir, ça va être compliqué.

— Et ce n’est pas toi qui disais qu’il fallait tirer un trait sur le passé ?

— Le temps que tu perds à tenter de te dérober, on ne le passe pas à bosser, Brownie !

— Je ne sais pas, Evon, soupiré-je. Quand j’ai fait ma rentrée à Georgetown, j’avais déjà perdu beaucoup de motivation. Mon année précédente avait été laborieuse surtout à cause de la maladie de maman.

— Justement, où êtes-vous parties à la séparation de tes parents ?

— À Savannah ! Maman avait trouvé un job d’aide-soignante à l’hôpital et nous avions un petit appartement en ville. Ce n’était pas le grand luxe, mais nous étions toutes les trois, il n’y avait rien de plus important.

— Et elle est tombée malade...

— Elle a perdu du poids. Au début, je pensais que c’était le départ de papa qui la travaillait, que ce nouveau rythme entre son travail et nous était trop éprouvant. Mais un soir, je suis rentrée du lycée et elle m’a parlé de sa santé, de tous ces examens qu’elle avait passés et du fait qu’elle ne pourrait pas guérir.

— Harlow... je n’ose même pas imaginer ce qui a bien pu te traverser l’esprit à cet instant.

— Sur le moment, je l’ai suppliée d’appeler papa, de lui expliquer la situation. Je voulais qu’il vienne. Je pensais qu’il saurait quoi faire.

— Elle ne t’a pas écoutée ?

— Peut-être qu’elle l’aurait fait si elle avait su où il était, mais quand la vente de la maison et le divorce ont été réglés, il s’est volatilisé.

— Je vois.

Il passe doucement ses doigts dans mes cheveux lâchés, les place soigneusement derrière mes épaules.

— Personne n’est venu t’aider pendant qu’elle affrontait la maladie ?

Je secoue la tête en jouant nerveusement avec l’attache de mon sac à dos.

— Il n’y avait que moi et une petite fille de 5 ans qui ne comprenait pas ce qu’être mort voulait dire... Maman voulait la préparer à son départ, mais j’avais l’impression que ça compliquait tout.

— Avec le recul, tu penses que c’était vraiment le cas ?

— Non, ça l’a aidée. Je l’ai constaté après la mort de maman, dis-je en m’étranglant quand l’émotion d’évoquer ce moment douloureux m’entrave la gorge.

— H, prends ton temps pour approfondir autant les choses. Tu te confies déjà beaucoup et je suis très touché de ton aisance à me révéler ce que tu as vécu. Je suis extrêmement fier et complètement admiratif de ton courage, mais ne brûle pas les étapes. Laisse à ton cœur le temps de se préparer à se libérer de ce poids.

Je hoquète avant de me cacher dans mes mains.

— Je suis désolée...

— Hé, me réconforte-t-il en me prenant dans ses bras. Tu n’as pas à t’excuser, ma Brownie. Tu peux être fière de toi, de ce combat que tu as mené pour ta maman.

— J’ai peur de l’avoir déçue...

— Regarde-moi !

Je m’exécute et lève mes yeux humides vers lui. Ses pouces viennent doucement balayer mes larmes.

— Ça, c’est impossible ! Je suis persuadé que Joanne s’en est allée l’esprit plus tranquille parce qu’elle savait que son incroyable petite Harlow était pleine de bravoure et qu’elle ferait tout son possible pour que tout aille pour elle et pour Maisie.

— Mais j’ai perdu Maisie, couiné-je en baissant la tête, honteuse d’avoir failli à mon devoir.

— Et ce n’était pas à cause de toi, mais de tous ces gens qui t’ont blessée. Bon sang, Harlow, tu avais à peine 17 ans et personne pour te soutenir ! C’est normal que tu aies fini par flancher. Tu n’es pas surhumaine.

— Je voudrais réparer mes erreurs...

— Alors, pour ça, tu dois bosser et obtenir ton diplôme ! Donne-toi toutes les chances de t’offrir le meilleur avenir possible.

— OK ! accepté-je, en séchant mon visage.

Déterminée à suivre son conseil, je me reprends.

— Alors, on révise maintenant !

Il me congratule d’un sourire doux.

— Il y a un dernier point que j’aimerais qu’on aborde avant de nous plonger dans tes cours.

— Lequel ?

Evon fouille dans son sac et en sort une carte blanche qu’il dépose devant moi. Son attitude un peu anxieuse me fait redoubler de curiosité quant à la nature de cette carte.

— Je suis passé à l’intendance avant de venir ici.

Il pince ses lèvres en me détaillant une seconde avant de m’apprendre :

— Il y a de l’argent dessus. Tu peux t’en servir dans tous les restos universitaires.

J’écarquille les yeux quand je comprends de quoi il est question.

— Oh, non, non, non ! m’emballé-je, en repoussant l’objet vers lui.

— Harlow, gronde-t-il de sa voix la plus intimidante. Je ne vais pas lâcher le morceau avec cette histoire, sois-en certaine !

— Moi non plus ! Je n’accepterais pas ça, c’est hors de question !

— Si tu ne prends pas mon fric de cette manière, je trouverai un autre moyen de t’aider. Simplifie-moi la vie et prends-la.

De nouveau, ce maudit bout de plastique finit sous mon nez.

— Je ne peux pas, Evon, me lamenté-je.

— Ce midi, tu as prétexté un besoin de réviser dans le seul but de me cacher que tu n’as pas les moyens de venir déjeuner à la cafétéria. Je chauffe ou pas ?

Je me détourne de lui quand il me pose cette question piège. Forcément, je suis une menteuse lamentable en règle générale et c’est encore pire si je me trouve face à Evon. Il lit en moi avec une telle facilité que j’ai l’impression d’être transparente devant lui.

— Pourquoi tu me fais ça...

— Je crois t’avoir dit que je gérais tout ce que je peux gérer pour toi !

— Je ne suis plus une gosse, répliqué-je pour me défendre. Je suis en mesure de me débrouiller...

— Non, tu n’es plus une enfant, tu es une jeune femme en parfaite capacité à s’autogérer, et le fait que je t’ai mis de l’argent sur cette carte ne démontre pas le contraire.

— Ah non ! Et qu’est-ce que ça prouve, alors ?

— Que je tiens à toi, que tu es importante à mes yeux et que je veux que tu aies la tête plus légère pour te concentrer sur tes études et sur nous.

Evon Mendoza... je te hais !!!

— Et je veux pouvoir déjeuner avec toi tous les midis sans que tu n’inventes je ne sais quelle excuse pourrie pour te barrer !

La tête subtilement penchée sur le côté, il me scrute avant de partir dans un magnifique rire.

— Me dire que tu voulais bosser tes cours…

Je le fustige du regard.

— C’était tellement nul comme excuse ! me taquine-t-il avant de me tendre cette carte. Accepte, s’il te plaît.

Je referme mes doigts dessus.

— C’est seulement le temps que je trouve une autre solution à ce problème et je te rembourserai la somme utilisée, dis-je en le prévenant on ne peut plus sérieusement.

— On ne va pas chipoter pour 1000 malheureux dollars, Brownie.

Il m’a dit ça comme si cette somme ne représentait absolument rien pour lui.

— 1000 dollars, rétorqué-je en bafouillant. Tu m’as donné 1000 dollars ?

— Je ne pouvais pas mettre plus, c’est le seuil maximum.

Je me laisse retomber contre le dossier de ma chaise complètement stupéfaite de sa désinvolture relative à l’argent.

— Ce n’est rien pour toi, une somme pareille ?

Il lève le nez de mon classeur.

— C’est un problème que ce soit le cas ?

— Non, mais je suis un peu surprise. Je sais que ton père a peu d’argent et j’ai cru comprendre qu’entre toi et ta mère, ce n’est pas la joie. Je ne te vois pas bien prendre son argent, alors que tu es visiblement très en colère contre elle.

— Tu as vu juste, Brownie, parce que ce n’est pas son très cher pognon dont je viens de te faire cadeau. Cela dit, rien que pour la faire enrager, j’aurais pu…

Je le pousse.

— Sois pas mesquin !

— C’est de l’argent de mon grand-père dont je vis, m’explique-t-il. Enfin, c’est le mien, vu qu’il me l’a donné, mais c’est lui qui veille sur moi. Il tient à ce que je devienne avocat...

J’ai une moue perplexe.

— Ne te méprends pas, c’est moi qui ai choisi le droit. Lui m’a suivi dans mon choix et il veut seulement s’assurer que j’ai tout ce qu’il me faut pour y arriver.

— Il a l’air vraiment génial, ton grand-père...

— Pourtant c’est un Mendoza, ma chère Harlow, ricane-t-il.

— Visiblement, vous n’avez pas tous été contaminés par le gène de la haine et de la bassesse.

— Et tu m’inclus là-dedans ? Parce que ce n’est pas ce que tu avançais ce week-end !

Un peu coupable, j’abaisse le regard. J’ai peut-être été expéditive dans mon jugement, mais mes antécédents avec sa mère et son frère m’intiment de demeurer sur mes gardes.

— Evon, je suis désolée pour ça. Je t’ai dit ce qui me fait si peur.

— D’être prise entre lui et moi, soupire-t-il, l’air de rien. Sauf que c’est inévitable, Brownie. Je peux limiter la casse, mais je ne peux pas te promettre que jamais tu ne finiras prise en sandwich dans notre merdier.

— Et je pense que je peux me contenter de ça...

— OK ! chantonne-t-il en tapotant sur la table de travail. On se met au boulot, maintenant ! Après, on ira faire une course ou deux, parce qu’il n’y a rien à bouffer à l’appart ! Est-ce que tu as besoin de repasser chez toi ? Tu as assez de fringues pour demain ?

— J’ai laissé mon sac de voyage chez toi, mais...

— Mais quoi ? me demande-t-il les sourcils froncés.

— Tu veux que je dorme chez toi ? Encore ?

— Bah ouais, t’es mon doudou !

Il récupère un crayon et commence à griffonner sur une feuille de mon classeur.

— Je peux plus me passer de mon doudou, maintenant !

Timidement, je souris alors qu’une envolée de papillons me chatouille le ventre.

— On va commencer par un peu d’algèbre, si tu veux ?

— OK ! Ça me va !

La tête posée dans ma main, j’écoute attentivement les explications d’Evon en détaillant chacun de ses traits, de ses mimiques.

Mon prof particulier est carrément sexy...

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Chapitre 22

 

 

— H, réveille-toi !

Je pousse un grognement presque bestial lorsque je sens qu’on me secoue comme un prunier. Profondément endormie, je n’ai absolument pas envie d’émerger.

— Allez, Brownie, j’ai besoin de toi !

J’ouvre un œil, examine les alentours. Evon, vêtu d’une tenue de sport est planté à ma droite.

— Quoi ?!? grogné-je.

Il ricane. Visiblement, mon humeur matinale l’amuse.

— Je te croyais à ton match de basket !

— Ouais, mais il manque un joueur.

Je l’écoute en me disant que ça me fait une belle jambe.

— Et il faut que tu le remplaces.

J’ai beau être encore dans les vapes, je saisis parfaitement le côté ridicule de ce plan.

Moi, jouant au basket... la bonne blague !!!

— Ouais, ouais, c’est ça, bonne nuit ! répliqué-je en rabattant la couette sur moi.

— Harlow, insiste-t-il en secouant le matelas sous moi. Viens, tu dois absolument me rendre ce service, sinon la partie va être annulée.

— M’en fous, riposté-je, furieuse qu’il m’empêche de dormir.

— Tu es vraiment une fainéante ! Bouge ton derche, me lance-t-il avant de me fesser.

— Nan, mais t’es taré, Mendoza !

Je balance ma jambe dans sa direction pour le frapper, mais il l’esquive. Ce petit con se marre avant de me débarrasser de ses draps et de m’agripper à la taille. Je me retrouve soulevée dans les airs et conduite en dehors de la chambre.

— Lâche-moi, lui ordonné-je en me débattant comme je peux.

Il ignore ma protestation et nous fait entrer dans la salle de bain.

— Prends une douche, ça va te réveiller ! Je t’attends dans le salon.

Les bras fermés sur mon corps en signe de protestation, je reste immobile.

— Hors de question que j’entre là-dedans !!!

Il lève les yeux au ciel et fait couler l’eau dans la douche. Puis, me laissant comme deux ronds de flan, il ôte son tee-shirt et commence à faire de même avec son pantalon de sport. Je le stoppe en l’empoignant par les avant-bras.

— Attends, tu fais quoi, là ?

— Tu ne veux pas entrer dans la douche de toi-même, qu’importe, je vais t’y faire entrer de force. Ça devrait assouvir ta curiosité, rit-il avant de m’embrasser sur la joue.

Tentant, non ?

— Mais je ne sais pas jouer au basket, Evon !

— Je vais t’expliquer deux ou trois trucs, tu verras que tu peux t’en sortir !

— Sauf que je suis bien trop petite !

— Ouais, pour les paniers ça va être compliqué, mais tu peux nous faire de bonnes passes.

— Non, mais tu m’as bien regardée ?! Je vais faire tache au milieu de tes potes, ils vont rire de moi !

— S’il y en a un qui ose faire le moindre commentaire, il s’expose à finir avec mon poing dans la gueule ! Et si tu viens, tu sauves le match, alors ils vont surtout te remercier…

— D’être un boulet…

— Ce n’est qu’un match de basket, Brownie ! Un moment qu’on passe ensemble, toi et moi…

Mais quel enfoiré, ce mec…

Je me rembrunis dans mon coin.

— Je ne vois pas ce que j’ai à gagner dans cette affaire, si ce n’est m’asseoir sur ma grasse matinée et paraître ridicule.

Evon me contemple un instant, un rictus diabolique au coin des lèvres. Puis, il se penche dans ma direction tout en repoussant mes cheveux de sorte de dénuder mes épaules. Et là, à ma plus grande stupéfaction, il effleure ma peau de ses lèvres, remonte doucement dans mon cou tout en raffermissant la présence de sa bouche sur moi. Il remonte encore et encore jusqu’à mon oreille. Ses doigts se glissent sous mon tee-shirt, au niveau de mes reins et réalisent de petits cercles à cet endroit. Je ferme les yeux et laisse ses caresses enflammer mon corps.

— Evon, soupiré-je en me rattrapant à ses bras quand je crois que je vais m’effondrer.

— Viens, Bébé, joue ce match et je t’offrirai ce que tu attends, me dit-il d’une voix lascive.

Ce que j’attends ? Bon sang, là, tout de suite, c’est sa bouche que je veux ! Sa bouche partout sur moi...

— Toi ?!

Ce mot n’est qu’un chuchotis, qu’un murmure, un mélange entre affirmation et interrogation. Un mot qui semble m’avoir échappé. Il sourit contre ma joue, je peux le sentir.

— Je te veux moi aussi, Harlow, je nous veux.

Tout en me parlant, il m’embrasse le long de la mâchoire et s’arrête à hauteur de ma bouche. Son pouce s’y joint également, en redessine les contours.

— Tu me veux, là ?

— Hum...

Il me donne un nouveau baiser à la commissure de mes lèvres avant de me laisser pantelante sur le carrelage de cette petite salle de bain. J’ouvre les yeux quand je ne sens plus sa chaleur. Souriant, il me donne une tape franche au niveau de l’épaule qui m’oblige à rectifier mon équilibre.

— Tu n’as plus qu’à m’aider à gagner ce match, ma vieille, badine-t-il avant de sortir.

Evon Mendoza, tu n’es qu’un connard !!!

**

Vous avez déjà ressenti cette sensation de marcher vers une catastrophe évidente et inéluctable ? Vous avancez et même vos pieds essaient de se faire la malle. Au bout de ce chemin qui semble vous conduire à l’échafaud, il y a un de ces instants de vie où vous savez pertinemment que vous serez stupide, ridicule et complètement seul face au reste du monde. Une de ces journées où vous auriez mieux fait de vous péter une jambe, voire les deux !

Avec une seule jambe cassée, il trouverait encore le moyen de me faire jouer ce foutu match de basket…

Comment j’ai pu me laisser embringuer dans cette embrouille ? Parce que je suis trop curieuse !

Ce défaut aura ma peau…

Evon est sorti de la salle de bain en me plaçant devant un choix cornélien ; me rendre à ce match, le jouer, le gagner et remporter un baiser de sa part ou rester à flemmarder dans son lit et dire « au revoir » à ce baiser… Ai-je hésité ? Même pas ! J’ai sauté dans la douche, illico ! Je n’ai pensé qu’à ce « prix » en jeu et j’ai mis de côté ce que j’allais devoir faire avant d’espérer le remporter. Il a suffi qu’il me touche, qu’il pose ses lèvres sur moi pour que j’oublie tout ce que ma décision implique pour la suite de ma matinée. C’est-à-dire, me retrouver face à une dizaine de géants tout en muscles, experts en basketball et jouer avec eux à un sport que je n’ai jamais pratiqué !

Et me voilà parée d’un de mes vieux joggings dont je me sers habituellement pour dormir, de mes baskets absolument pas adaptées et un sweat appartenant au responsable de toute cette mascarade, à traîner la patte derrière lui alors que nous avançons vers le terrain de basket à quelques rues de son appartement.

J’ai un mouvement de recul lorsque j’aperçois le grillage qui entoure le terrain, mais surtout les individus qui l’ont investi. Evon balance la tête sur le côté comme s’il avait senti mon intention de me tirer en courant. Et ma tronche genre « je suis au bout de ma vie » a au moins le mérite de le faire rire. La seconde d’après, il me jette sur son épaule.

— Mais, repose-moi, bon sang ! Je suis encore capable de marcher.

— C’est juste pour m’assurer que tu ne te fasses pas la belle, se marre-t-il en reprenant sa route.

Nous pénétrons dans l’enceinte du terrain.

— On peut commencer, s’exclame Evon en me posant sur le sol ferme comme une brute. J’ai eu du mal à la sortir du lit, mais elle est là !

Cachée sous la capuche de mon sweat, j’ose à peine les affronter. L’idée de voir sur leurs visages une mimique, une expression moqueuse, me tétanise.

Ses amis abandonnent ce petit jeu de passes auquel ils se livraient et nous rejoignent.

— Salut, Brownie, me salue Justin, ce fameux garçon croisé à plusieurs reprises en compagnie d’Evon et dont j’ai fait la connaissance lors de notre déjeuner à la cafétéria. C’est cool d’être venue !

Je le remercie d’un sourire.

— Salut, Justin !

Il y a également deux autres visages familiers : Will et Tanner, rencontrés eux aussi à la cafétéria. Ils m’accueillent aussi amicalement que Justin. Evon me présente brièvement le reste des joueurs. Ceux que nous devons affronter dans cette partie. Une fois que tout le monde est prêt, nous prenons place sur le terrain. Evon, tenant le rôle d’arrière, se positionne à gauche de la raquette.

— Toi, ma Brownie, tu te places en second ailier, juste là.

Il m’indique la partie gauche du demi-cercle.

— Tu dois surtout défendre.

— Ouais, je dois empêcher des mecs qui font trois fois ma taille de lancer la balle dans le machin qui culmine à genre 10 mètres au-dessus de ma tête.

Il me fait un clin d’œil.

— Un truc comme ça !

Je lève les yeux au ciel.

— Will est le premier ailier, il va t’aider, ne t’inquiète pas !

— Oh, oui, il va adorer avoir à faire ça, ironisé-je.

Evon me pousse en direction de ma position.

— Qu’il n’adore pas trop ça, sinon c’est avec sa tête que je vais marquer des paniers !

Je pouffe en me rendant à ma place.

Ce que je peux faire tache. Je geins en moi-même en admirant chacun des mecs éparpillés sur le bitume, les mains enfoncées dans les poches de mon sweat. Ils vont me jeter hors du terrain dans moins de cinq minutes. 

Et trente minutes plus tard… je suis encore là ! Contre toute attente, je ne me tourne pas en ridicule et je me suis même prise au jeu. Mais le match est très serré et notre équipe mène le score avec seulement trois points d’avance. La victoire n’est qu’à quelques minutes de nous.

Les lèvres d’Evon ne sont qu’à quelques minutes de moi.

Mais nos adversaires ne l’entendent pas de cette oreille et nous subissons une lourde pression depuis le dernier panier qu’ils ont marqué. Ils savent que tout n’est pas perdu. Et dans cette dernière tentative de revenir au score, je suis en ligne de mire. Heureusement, je peux compter sur le soutien de Will.

Même si j’ai un peu peur pour sa tête...

Et dans un duel acharné qu’il vit avec l’arrière adverse, il se retrouve bousculé. Un geste réglementaire, visiblement, mais qui suffit à le faire chanceler, anéantissant sa défense. Maintenant, il n’y a plus rien entre ce joueur et le panier... plus rien à part moi. Transportée par la colère de son geste à l’encontre de Will, je me plante face à lui et dans un élan sorti d’on ne sait où, je m’élance, saute et m’étends de tout mon long jusqu’à toucher le ballon du bout des doigts parvenant ainsi à la dévier de justesse.

Surpris par mon action, le joueur dont j’ai déjoué l’attaque a une seconde de flottement. Une seconde de trop ! N’ayant rien perdu de ma fougue aussi soudaine que surprenante, je cours vers le ballon, je le récupère et contourne cette grande perche qui me colle au bask’ jusqu’à voir Evon. Sans la moindre hésitation, je lui fais la passe et le laisse s’envoler vers le camp voisin. Il nous assure la victoire avec un panier à trois points majestueux.

L’euphorie qui suit cette magnifique action est grisante. Je me laisse totalement emportée par cette joie, cette satisfaction d’avoir relevé ce challenge, mais surtout d’avoir été jusqu’au bout. La victoire ne fait qu’ajouter à la magie de ce moment. Le match fini, mes coéquipiers se ruent sur moi et me congratulent tous très chaleureusement. Tous sauf un ! Même les autres participants viennent me féliciter, mais pas Evon.

— Ça te dit un bon gros hamburger, Brownie ? me dit Justin, alors que j’observe, hébétée, Evon bavarder avec Ethan qui jouait au même poste que lui dans la seconde équipe.

— Oh, euh, je ne sais pas...

— La règle dit que l’équipe perdante paie le repas aux vainqueurs et tu as carrément mérité ton déjeuner !

— Dans ce cas, dis-je dans un sourire discret.

Un peu en retrait, j’attends. J’attends qu’ils soient tous prêts à aller manger… qu’Evon se souvienne que j’existe… Quelques minutes s’écoulent avant que Will me fasse signe de les suivre. J’obtempère en vociférant après l’autre crétin qui se marre toujours avec son pote sans même se soucier que je sois là.

Bon sang, j’ai joué son match à la con, j’ai tenu ma place, je lui ai même fait la passe de la victoire et ce fumier fait comme si de rien !

Je fulmine dans mon coin. Rejoignant Justin, je remarque que celui-ci tient le ballon de basket entre ses mains. Ni une ni deux, je m’en empare et le balance en direction de ce connard. Il le reçoit en plein sur le crâne. Lorsqu’il se tourne dans ma direction, il est impassible. Les poings enfoncés dans mes hanches, je lui balance un sourire hypocrite.

— C’est un panier à trois points ça, non ?

— T’as un problème, Brownie ? me demande-t-il, imperturbable.

Le ballon que j’ai lancé à l’instant revient dans mes pieds. Je le récupère.

— Ouais, mon problème, c’est que t’es un vrai con !

Je lui balance l’objet que je tiens entre mes mains. Il le réceptionne sans mal.

Tant pis pour le hamburger, moi, je me tire !

Ne trouvant plus le cœur à partager ce moment avec eux, mais surtout avec lui, je décide de rentrer chez moi. Je me mets en route.

— Tu es un putain de gros con, lui lancé-je en le bousculant lorsque je suis à son niveau.

Et l’entendre rire ne me fait que le maudire encore plus. Tout ce que je désire est de m’en aller !

Mais Evon m’attrape la main et me coupe dans mon élan. Je lui fais face en essayant de le faire me lâcher.

— Comme ça ? Devant tout le monde ? me dit-il doucement.

Ne saisissant pas le sens de ses propos, je relève la tête vers lui.

— Quoi ?

— Moi, ça me va !

Sa main épouse ma joue tandis qu’il me ramène à lui. Je m’écrase contre son torse quand ses lèvres entrent en collision avec les miennes. Et là, j’oublie tout… Ses amis autour de nous, la raison de notre présence ici, le fait que mon corps soit courbaturé de partout… Je ne sens plus rien, seulement la douceur de sa bouche, son souffle chaud, la pression de ses doigts dans mes cheveux. Parfaitement détendue dans ses bras, je me laisse aller à la tendresse de ce premier baiser. Lorsque sa langue entre en piste pour le rendre plus fougueux, je suis traversée d’une vague de désir, d’audace dont je n’ai jamais fait l’expérience auparavant. Si l’une de ses mains a pris ses quartiers dans mes cheveux, l’autre s’est accrochée à ma taille. Aidé de son bras, il me soulève contre lui. J’en profite pour m’enrouler autour de ses larges épaules avant de laisser mes doigts se faufiler dans sa tignasse brune et légèrement humide. Nos langues se cherchent, se trouvent, se lancent dans une danse endiablée. Une danse qui embrase un peu plus le reste de mon être. C’est un véritable volcan qu’Evon réveille en moi. Une irruption d’émotions, d’envie, de sensualité qui me domine complètement. Et je pourrais la laisser faire jusqu’à… ce qu’on se racle la gorge, tout près de nous.

Il n’en faut pas davantage pour me replonger dans le moment présent. À contrecœur, j’abandonne sa bouche sublime, renonce à son goût divin et me retrouver face à ses deux saphirs brillant de malice me fait subitement rougir. Les lèvres pincées, je le contemple, troublée par ce que nous venons de partager, de ce que j’ai ressenti en le découvrant ainsi.

— Un putain de gros con, tu disais…

Je glousse avant de l’embrasser à nouveau. Toujours en me gardant dans ses bras, il se tourne vers ses amis.

— Bon, on va bouffer !

Un coup d’œil timide vers eux m’apprend qu’ils sont tous plantés, là. Visiblement, ils n’ont pas perdu une miette de ce qui vient de se passer.

— Vous êtes tous des putains de pervers, sérieux ! gronde Evon. Trouvez-vous des nanas et arrêtez de mater la mienne !

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