Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 25 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 32 · — Ensuite, tu prends ton chocolat fondu…

 

 

— Ensuite, tu prends ton chocolat fondu et lentement, tu l’incorpores à tes œufs montés en neige.

Équipée de ma spatule, je fais la démonstration de ce que je viens d’expliquer à Maisie qui, perchée sur son tabouret, écoute attentivement mes explications. D’après ce qu’elle m’a raconté, alors que nous passions notre soirée « entre filles » dans ma chambre à coucher, David n’est pas un grand cuisinier alors, elle m’a demandé de lui apprendre quelques petites choses afin de pouvoir l’aider. Et comme ma sœur à un penchant pour le sucré, elle a voulu que je lui apprenne à faire des mousses au chocolat. Nous voilà donc prises dans cet atelier dessert depuis un moment, maintenant.

Je commence à remplir les coupelles de mousse quand mon portable se met à vibrer sur le plan de travail. Maisie, cette vilaine curieuse, s’en empare.

— Mai’, arrête !

— « Ma Brownie, tout me manque. »

— Maisie, c’est personnel, la réprimandé-je en me hâtant de finir ce que je suis en train de faire.

Mais cette chipie n’a décidément pas envie de respecter ma vie privée.

— « Ton sourire, ton rire, tes grands yeux sombres, l’odeur de ta peau, tes lèvres ». Beurk ! « Ton CORPS » !!! s’écrie-t-elle, choquée. Re-beurk !

Je lui arrache le téléphone des mains.

— Je t’ai dit que ça ne te regardait pas !

— Et je t’ai dit qu’il était amoureux de toi !

Amoureux ??? Je doute franchement qu’il en soit là...

Elle commence à lécher la spatule dont je me servais à l’instant.

— Et c’est trop bizarre, d’ailleurs !

— Pourquoi, bizarre ?

— Bah, c’est mon frère et toi, tu es ma sœur, mais vous êtes amoureux. C’est étrange, je te dis !

— C’est un peu compliqué de s’y retrouver, je te l’accorde.

— Comment se porte cette mousse au chocolat ? nous interroge Levi en entrant dans la cuisine.

— Finie ! s’exclame Maisie. H vient de la mettre au réfrigérateur.

— Super ! Et vous faites quoi, maintenant ?

— On bavarde !

— De quoi ? Je peux savoir ? Si ce n’est pas un secret de sœurs...

— C’est un peu perso, dis-je pour les interrompre en espérant couper l’herbe sous le pied à ma pipelette.

— Je disais seulement que...

Raté...

— C’est un peu bizarre que mon frère soit amoureux de ma sœur.

— Ton frère ? s’étonne Levi sans oser lever le nez vers moi.

— Evon !

Puis elle se tourne vers moi.

— Si on a fini, je peux aller jouer dans ma chambre ?

Oui, sauve-toi parce que j’ai envie de te tordre le cou !

— Oui, bien sûr.

Elle saute sur le carrelage et galope en direction du salon. Je ne perds pas une seconde pour me lancer dans le nettoyage de la cuisine.

Si je suis occupée, il va s’en aller... j’espère...

— Alors, articule-t-il hésitant. Evon et toi, ça devient sérieux ?!

— Maisie se fait des idées. Elle a 7 ans et une imagination débordante.

— Donc, il n’est pas amoureux !

Je me stoppe et le regarde, hébétée.

— Mais de quoi tu te mêles ?!

— Je ne me mêle de rien, affirme-t-il les mains en l’air. J’essaie simplement de comprendre.

— Comprendre quoi, au juste ?

— Comprendre comment une fille aussi brillante n’est pas capable de réaliser ce qui se passe...

— Tu arrêtes tout de suite, répliqué-je en m’énervant et en frappant le marbre avec un torchon. Je n’ai pas envie de t’entendre dire du mal d’Evon. Ce n’est pas parce que ton histoire avec Leah s’est mal terminée que tu dois venir me prendre la tête.

— J’ai quitté Leah, Harlow ! De mon point de vue, notre histoire ne s’est pas mal finie, bien au contraire. J’ai appris beaucoup sur moi-même grâce à cette rupture.

— Sauf que tout ça ne me concerne pas !

— Si, justement, s’écrie-t-il. Tout te concerne, H !

Stupéfaite, je fais un pas en arrière. Regrettant visiblement de s’être emporté, il se frotte le crâne.

— Tu ne veux pas m’écouter et c’est légitime vu notre passé, mais je t’assure que je ne dis pas ça pour te faire chier. Méfie-toi d’Evon, de ses vraies motivations à s’être lancé dans cette histoire avec toi !

— Je t’ai dit de te taire !

— Il ne te dit pas tout !

— Ça suffit tous les deux, intervient David qui a dû nous entendre depuis le jardin où il coupait du bois. J’en ai assez des tensions qui règnent ici ! Si vous n’arrivez pas à vous entendre, je vais finir par refuser que vous soyez ici en même temps !

— C’est bon, je vais aller voir le match à la télé, nous dit Levi. Elle ne veut pas entendre raison !

L’œil mauvais, je l’observe s’en aller avant de revenir vers David.

— Mais qu’est-ce qui se passe avec Evon ?

Nerveux, il remet sa casquette en place.

— C’est…

— Si tu me dis que c’est compliqué, je pense que je vais perdre mes nerfs. Bien sûr que ça l’est, sinon ils n’en viendraient pas aux mains à chaque fois qu’ils se croisent. J’essaie de tempérer Evon et j’ai eu la chance d’y parvenir jusqu’ici, mais il y a un jour où il y aura un mot, un geste de trop et je ne pourrai plus rien pour l’arrêter.

— Evon est tellement imprévisible, Harlow. Il y a des années que j’ai perdu mon fils, qu’il n’a que du mépris pour sa famille.

— Mais pourquoi, David ?! m’énervé-je qu’il ne crache pas le morceau une fois pour toutes.

— Evon est un jeune homme en colère et je pense qu’il se cherche encore. J’aimerais l’aider et je te dirais de quoi il retourne sans hésiter si j’étais persuadé que ça puisse lui être bénéfique, mais ça aura l’effet inverse.

— Mais David, râlé-je. Il faut mettre un terme à toute cette histoire et tu peux le faire en m’expliquant ce qui ronge Evon.

— Je comprends ton insistance et je réalise comme c’est difficile pour toi de te retrouver au milieu de ce conflit, mais il faut que ce soit lui qui fasse cette démarche. Il le vivrait très mal si tu l’apprenais sans qu’il ne le désire, ça le rend déjà fou de colère. Respecte son besoin de garder les choses pour lui, si ce qu’il y a entre vous est vraiment fort alors peut-être qu’il se confiera. Et je l’espère sincèrement, ma petite Harlow. Ça lui ferait du bien. Et tu as tout ce qu’il faut en toi pour le rendre heureux. Je prie pour qu’il trouve un peu de paix avec toi.

Il repart vers le jardin.

— Je m’inquiète pour lui...

— Moi aussi, je me fais du souci pour mes fils. Malheureusement, c’est difficile de faire quoi que ce soit pour eux. Ils sont bornés et très en colère après moi. Il nous faut du temps à tous.

Et il sort en me laissant avec quelques questions en plus au sujet de son fils aîné et une curiosité grandissante.

**

J’étouffe un bâillement lorsque le mot « fin » apparaît sur l’écran. J’ai eu le plus grand mal à ne pas m’endormir pendant le film. Me concentrer sur les images a été très compliqué, surtout avec les œillades en coin lancées par Levi au cours des deux dernières heures. Entre son attitude de ce soir et la conversation que nous avons eue un peu plus tôt dans la journée, je ne sais que penser de son comportement. Sa rupture avec Leah, sa présence ici et ses coups d’œil insistants... qu’est-ce que tout cela veut dire ?

Maisie est bien plus tranquille, elle. Etendue de tout son long sur le sofa, elle a la tête posée sur mes genoux, elle dort profondément, et ce depuis les premières minutes du film (un programme choisi par ses soins, bien sûr !). Je me redresse, prête à la réveiller quand Levi bondit de son fauteuil.

— Attends, H, je vais la monter !

— Oh... OK !

Il s’accroupit à mes pieds et dégage une mèche des cheveux blonds de Maisie.

— Est-ce que tu crois qu’un jour elle cessera d’être en colère après moi ?

— Elle a seulement du mal à accepter cette situation...

— Non, elle m’en veut vraiment, je le vois bien. Elle n’agit pas avec moi comme elle le fait avec Evon.

— Peut-être qu’elle a besoin de temps.

Je crois qu’il va se relever, mais non. Il reste là et pose sa main sur la mienne. Un simple contact qui me fait l’effet d’un électrochoc. Tout en moi vibre de cet échange pourtant anodin. C’est une tension si forte que je la retire comme si je venais de prendre un coup de jus.

— Pardon, s’empresse-t-il de s’excuser.

Je baisse les yeux en secouant doucement la tête.

— Non, ce n’est rien. Je ne m’y attendais pas, c’est tout...

— H, m’appelle-t-il en cherchant mon regard.

Il le trouve et s’y plonge, un sourire doux s’étire sur ses lèvres.

— Et toi, tu m’en veux encore, n’est-ce pas ?

— Là n’est pas la question ! Il s’agit de Maisie, pas de moi !

— J’ai pris le temps de repenser à tout ce que nous avons vécu depuis ton départ pour Savannah. Ma mère savait pour ta mère et mon père, et elle était tellement furieuse. Elle a dit des choses sur ta famille, sur toi…

Il baisse les yeux, se pince l’arête du nez.

— Je ne savais plus ce que je devais faire. Jamais je ne me suis senti aussi paumé. Ma copine venait de partir à des centaines de kilomètres de moi et j’apprenais que celle que je croyais être ta sœur était également la mienne. L’ambiance à la maison est devenue insoutenable. Mon père en prenait plein la tête. Finalement, plus les jours passaient, plus il s’absentait. Lui, trouvant toujours un bon prétexte pour s’éterniser au bureau. Evon, menant sa vie à l’université, il n’y avait plus que moi pour la soutenir.

Il se frotte le bas du visage.

— Oui, elle a fait des erreurs. Oui, elle a été injuste et monstrueuse avec toi, mais Harlow, c’est ma maman et il n’y a personne de mieux placé que toi pour me comprendre. Joanne a fait des choses graves, des choses qui ont bouleversé ta vie, mais tu l’aimes toujours et pour rien au monde tu ne l’aurais abandonnée, je me trompe ?

— Non, bien sûr que non et si j’essaie de me mettre à ta place, je pense que je peux te comprendre. Mais ce n’est pas ça que je te reproche, Levi, et je n’ai jamais douté que tu as, toi aussi, souffert de la situation qui a opposé nos familles.

— Non, tu me reproches de ne plus avoir pris tes appels, de ne pas avoir répondu à tes lettres…

— Entre autres choses ! J’aurais voulu que tu trouves le courage de me dire qu’il était préférable que nous mettions un terme à notre histoire plutôt que de me laisser dans l’incompréhension.

— Mais tu ne savais rien, Harlow. Comment t’expliquer ce qui se passait dans ma vie ?

— Et Leah ? Tu n’as pas attendu plus de deux semaines ! lui rappelé-je.

— Elle était là, m’avoue-t-il confus. Elle m’a soutenu dans un moment où je me sentais délaissé par mon père, qui dans sa grande lâcheté refusait d’affronter ma mère, par mon frère qui se foutait complètement du divorce de ses propres parents…

— Ce n’est pas qu’il s’en moquait, seulement Evon était plus réaliste que toi sur l’état du mariage de tes parents. Moi aussi, j’étais comme toi, je vivais dans ma bulle. Je n’ai pas vu que mes parents n’étaient pas heureux.

— Et comme toi, j’ai dû surmonter ça, seul. Leah venait me voir, on discutait et ça me faisait du bien. Un jour, les choses ont été plus loin et je n’ai pas résisté.

— Levi, arrête !

Même si aujourd’hui, ça ne me blesse plus, je n’ai pas envie d’entendre comment son histoire avec ma meilleure amie a commencé.

— H, insiste-t-il en posant sa main sur ma joue. Elle m’a beaucoup manipulé.

— Ah non, arrête ! m’agacé-je en repoussant sa main. Tu n’es pas capable d’assumer tes erreurs…

— Si, mon ange, je les assume. Je te le dis droit dans les yeux, j’ai fait une énorme erreur et je n’ai aucune excuse. J’essaie seulement d’être honnête. Je voyais mes parents se déchirer, j’ai appelé mon frère pour qu’il m’aide avec maman, je lui ai expliqué qu’elle souffrait et tout ce qu’il m’a répondu, c’est : « Pour qu’elle souffre, faudrait déjà qu’elle ait un cœur. Si son petit ego en a pris un coup, je n’en ai rien à branler. » J’étais seul, tu me manquais et je ne pouvais partager ça avec personne. Leah est venue et elle m’a écouté. Elle aussi souffrait de ton départ.

Je pouffe devant l’incongruité de ce qu’il affirme.

— Je sais, H, je l’ai compris trop tard. C’est là où je dis qu’elle m’a manipulé. Elle s’est immiscée dans mon chagrin pour gagner ma confiance jusqu’à ce que je finisse par craquer.

— Écoute Levi, tout ça appartient au passé et je n’ai plus envie de revenir dessus. Nous avons tous incroyablement changé au cours des trois dernières années, et je crois sincèrement que le plus dur est derrière nous, qu’il ne nous reste qu’à nous reconstruire.

— Oui, tu as changé, H.

Il lie ses doigts aux miens. J’ai les yeux rivés sur nos mains unies sans réellement m’expliquer ce qu’il essaie de faire.

— Et j’aime la jeune femme que tu deviens, Harlow, je l’aime encore plus qu’avant. Tu as une telle force en toi.

— Levi ! protesté-je en voulant récupérer ma main.

— Non, mon ange, me supplie-t-il. Je t’en prie, il faut que tu m’écoutes.

Il attrape mon visage et me force à le regarder.

— Je n’ai pas assuré et je t’implore de me pardonner. Tu as surmonté la séparation de tes parents, la mort de ta mère et ton retour à Georgetown avec tellement de courage. Je n’ai pas su faire preuve de la même ténacité pour tout envoyer balader et m’accrocher à nous, et je m’en voudrais toujours de ne pas t’avoir épaulée comme tu méritais que je le fasse. J’étais totalement paumé…

— Moi aussi, j’étais paumée, Levi !

— Je sais et je regrette tant. Harlow, je t’aime !

— Ça suffit, m’emporté-je en essayant tant bien que mal de ne pas réveiller ma précieuse Maisie qui dort contre moi.

Affalé à mes pieds, il pose son front contre mes genoux, inspire longuement avant de reprendre la parole.

— Te voir avec lui, dit-il les dents serrées. Ça m’a rendu fou. Tu étais accrochée à son cou et tu l’embrassais. J’ai souvent perdu patience avec Evon, il a le don de me taper sur les nerfs, mais jamais je n’ai eu envie de le briser comme ça a été le cas le jour où je vous ai vus devant la cafétéria.

— Est-ce que tu te rends compte de ce que tu es en train de me dire, Levi ? Je suis avec Evon, maintenant…

— Il ne tient pas à toi comme je tiens à toi ! Bon sang, H, je t’aime comme un fou et je veux seulement que tu me laisses te le prouver, que nous puissions nous retrouver malgré le mauvais tour que la vie nous a joué.

— La vie n’a pas été simple, je ne peux pas le nier, mais tu as fait un choix et je ne peux pas l’ignorer. Les conséquences ont été trop douloureuses pour moi.

— J’avais 15 ans, mes parents se déchiraient, je ne savais plus quoi faire !

— Je ne m’attribue pas le monopole de la souffrance. Nous avons tous vécu ces évènements à notre manière...

— Mais tu n’es pas prête à m’accorder ton pardon ?

— Si, bien sûr que je te pardonne. Seulement ça ne changera rien à l’état de notre relation !

— Je ne peux pas renoncer à toi, mon ange. Pas maintenant que j’ai compris à quel point tu es importante, ce que tu attendais de moi…

Dans un geste qui me dépasse, je laisse mes doigts se faufiler dans son épaisse tignasse blonde.

— Tu es important toi aussi, mais je ne peux pas te laisser espérer que la situation évolue un jour ou l’autre.

Il lève ses grands yeux tristes dans ma direction.

— Levi, je suis désolée.

— Sois prudente avec lui…

— N’insiste pas !

— Je veux seulement te protéger. Je connais Evon et sa motivation à te séduire n’a rien à voir avec toi.

Offusquée qu’il prétende qu’Evon ne puisse pas être attirée par moi pour une autre raison qu’une haine familiale dont j’ignore tout, je le repousse et me lève en dégageant délicatement ma sœur avec l’ambition d’aller me réfugier à l’étage, dans ma chambre.

— H, m’implore-t-il en saisissant mon poignet.

— Lâche-moi, m’énervé-je en rejetant sa main. Tu penses vraiment que je peux te faire confiance si tu t’en prends à Evon.

— Tu as souffert, beaucoup souffert. En restant avec lui, ça va se reproduire. Ce n’est pas pour rien qu’il s’est intéressé à toi.

— Je ne te crois pas et je ne veux plus t’entendre me parler de lui.

Furieuse et pressée de disparaître au premier, je tente de soulever le corps endormi de ma sœur. Malheureusement, la tâche est bien trop difficile.

— Je vais le faire, vole-t-il à mon secours. Monte, je vais la déposer dans son lit...

Avec facilité, il la prend contre lui. Je lui emboîte le pas dans l’escalier et marche jusqu’à la chambre de Maisie où je défais ses draps. Il la dépose et quitte la pièce. Après l’avoir bordée, je sors et me trouve face à Levi qui patiente appuyé contre la balustrade. Je lève les yeux au ciel.

— Je suis fatiguée, là !

Il lève les mains en l’air.

— J’ai compris, je te laisse tranquille. Je te demande juste de te montrer prudente, s’il te plaît.

— Je n’ai rien à craindre d’Evon, riposté-je en marchant vers ma chambre.

— Tu peux m’en vouloir de te dire tout ça, H, mais je le fais parce que je t’aime, lance-t-il dans mon dos avant que je ne ferme la porte.

Enfin à l’abri dans ma cachette, je me laisse tomber sur le matelas en soupirant. Lentement, je me frotte les yeux en me repassant les propos de Levi. Pourquoi prétend-il que son frère est avec moi par intérêt ? Evon est d’une grande attention à mon égard, il y a énormément de tendresse entre nous. Je ne le vois pas jouer une espèce de comédie quand nous sommes ensemble. Mais pourquoi Levi pense ainsi ? Qu’est-ce qui pourrait motiver ses accusations ? Malheureusement, je n’ai aucun élément de réponse. Et entendre la chanson Sexual Healing de Marvin Gaye interrompt le fil de mes pensées. Comme à chaque fois, je souris en écoutant les premières notes de cette mélodie qu’Evon a installée sur mon téléphone lorsqu’il m’appelle.

— Coucou !

— Hé, ma puce !

Super, il est bourré...

— Ça roule ?

— Oui, et toi ?

— Non !

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

— T’es pas là !

Je souris.

— Je m’ennuie de toi, Bébé.

— C’est seulement pour cette nuit. On se voit demain.

— Mais c’est trop loin demain ! J’ai envie de te faire l’amour !

— Je crois que tu as trop bu pour ça...

— Tu plaisantes !? Je suis toujours opérationnel !

— Tant mieux, mais pour ce soir, ça me paraît compromis.

— Viens me rejoindre !

— On est au beau milieu de la nuit...

— Mais H, se lamente-t-il.

— Bébé, tu peux me passer Gavin une minute.

— Non !!!

— Evon !

— T’es ma nana, pas la sienne.

— Ça n’empêche que j’ai besoin de lui parler.

— Donc, moi je t’appelle et toi, tu veux parler à un autre gars. Je ne suis pas gâté avec toi...

— J’imagine, oui, dis-je en riant. Deux minutes, s’il te plaît.

— Ouais, ouais...

Je l’entends échanger un mot avec Gavin.

— Evon, l’appelé-je avant qu’il me passe son ami au téléphone.

— Ma puce ?

— J’ai intérêt à te trouver nu et prêt à entrer en action quand je rentrerai demain, ou je risque de vraiment très mal le prendre, lui dis-je de ma voix la plus sensuelle qui soit.

Il rit avant de crier :

— Putain, les mecs ! Ma nana est hyper chaude, je vous jure ! Elle me rend dingue !

Je glousse.

— Hé, Princesse ! m’accueille Gavin qui vient de récupérer le téléphone.

— Salut ! Dis-moi sur une échelle de 1 à 10, à combien t’es fait ?

— À - 10, je suis en charge de ramener la troupe !

— Super, tu es mon homme, alors !

— Ton homme pour quoi ? Il te suffit plus ton...

Il achève sa phrase par un éclat de rire.

— H, je t’annonce que ton mec est totalement piché, se marre-t-il.

— À ce point-là ?!

— Du moment où il se met à danser sur les tables, ce n’est jamais bon signe.

— Ce n’est pas vrai...

— EVON !!! beugle-t-il dans le téléphone, m’arrachant le tympan au passage. Remets ton tee-shirt !!!

— Quoi ?! m’écrié-je. Il se fout de moi, lui !

— Elle va t’arracher la tête, mec ! Fais pas le con !

J’entends alors ce crétin d’exhibitionniste rire comme une baleine.

— Je t’aime, Harlow Jonas !!!

Je manque de tomber de mon lit quand je reçois cet aveu qui me traverse comme un éclair.

Il m’aime ? Il vient de dire qu’il m’aime, je n’ai pas rêvé ?

— Harlow, tu es encore là ?

— Je… euh… Oui…, balbutié-je incapable d’aligner deux mots.

— Ça va ?

— Je… je ne sais pas…

— Ça couvait depuis un moment, tu ne trouves pas ?

— Euh… tu crois ?

— Tu ne l’as vraiment pas vu arriver ?

— Peut-être... je ne suis pas sûre. Je ne pige rien à ce mec !

— En règle générale, ce n’est pas simple de le comprendre, mais là, c’était carrément limpide !

— Pas pour moi, mais ça n’a rien à voir avec lui. Je crois que le problème vient de moi. En attendant, je peux compter sur toi pour veiller à ce qu’il ne fasse pas de conneries.

— De conneries ?

— Genre baiser une autre nana !

— Ce n’est pas le style du bonhomme, mais t’inquiète, je m’occupe de lui.

— Ramène-le vêtu de la tête au pied et le seul parfum qu’il doit sentir, c’est le mien !

— Je pense qu’il va surtout puer la téquila !

— Demain quand il sera dans le mal, dis-lui bien que je suis folle de rage !

— Je lui ferai la commission.

— Merci, Gavin.

— Salut, Princesse.

— Bye !

Je raccroche et me rallonge dans le silence assourdissant de ma chambre où tout ce que j’entends ce sont ces quelques mots : « Je t’aime, Harlow… »

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