Iridescence, sauve-moi Harlow

Elma Hilde · Chapitre 34 sur 40

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Iridescence, sauve-moi Harlow

Chapitre 44 · Non, mais vous y croyez, vous ???…

 

Non, mais vous y croyez, vous ??? Nous sommes samedi, c’est le premier jour des vacances de Noël, je devrais être au chaud sous ma couette dans les bras de mon homme à profiter de ma première grasse matinée, et non !!! Non, je suis au volant de sa BMW, voiture que je lui ai piquée en douce puisqu’il dort dans notre lit, à conduire sur une route enneigée, et je cherche. Je cherche quoi ? Ce maudit centre médical. D’après mon GPS, il devrait se trouver à ma droite, pourtant hormis une vieille épicerie à la devanture peu engageante, je n’ai rien. J’avance de quelques mètres et enfin, je repère cette fameuse enseigne. Tout sourire, je m’engage sur la première place de parking disponible. Je souris et je me demande bien pourquoi. Il n’y a rien d’amusant à recevoir une seringue dans le bras et se faire pomper le sang. Mais Evon semble convaincu que je suis enceinte et je veux éclaircir ce point. De plus, Noël est bientôt là et si nous avons réussi à faire un bébé, il n’y aura pas de plus beau jour pour lui annoncer la nouvelle. Comme nous partons dans la journée pour Charleston, c’est le seul moment que j’ai trouvé pour faire cet examen en douce.

Le froid rigoureux me saisit jusqu’à l’os quand je sors de la voiture. Prudemment, je remonte le trottoir verglacé en priant pour ne pas finir le cul par terre. Je pousse la porte du centre et frotte doucement mes mains l’une contre l’autre pour me réchauffer. Ce froid polaire et l’heure matinale a découragé tout le monde de mettre le nez dehors, et c’est bien à mon avantage, il n’y a pas un chat. J’avance vers la secrétaire, installée derrière son comptoir, et la salue.

— Bonjour.

— Bonjour, Mademoiselle.

— Je voudrais faire une prise de sang pour une éventuelle grossesse.

— Vous êtes en retard de combien de jours ?

— En réalité, je ne le suis pas. Je voudrais savoir avant Noël.

— Si la prise de sang est réalisée trop tôt, le résultat sera faussé. Il faut attendre un minimum de 7 jours après le rapport.

— Ça remonte à treize jours, maintenant.

— Dans ce cas, c’est bon. Je vais prendre votre nom, prénom et vos coordonnées.

— Je dois partir pour les vacances, est-ce qu’il y a possibilité que je vous appelle pour avoir les résultats ?

— Oui, nous vous enverrons une copie à votre domicile.

— Très bien !

Je commence alors à lui décliner mon identité et à répondre à la multitude de questions qu’elle me pose avant qu’elle m’invite à passer en salle d’attente. Je patiente depuis deux minutes quand mon téléphone m’annonce l’arrivée d’un SMS, je le consulte.

« Bonjour, mon ange, tu seras chez mon père pendant les vacances de Noël ? »

Non, mais je rêve...

Furieuse que Levi se permette de m’envoyer un message sur mon téléphone, qu’il ait le culot de m’appeler « mon ange », mais surtout qu’il ose faire comme si ma relation avec Evon n’existait pas, je rassemble mon courage et appuie sur le numéro expéditeur. Gavin a raison, il faut que je me débarrasse de lui, surtout s’il a dans l’idée de débarquer chez David.

— Bonjour, mon ange !

— Non, Levi, tu n’as pas compris, je ne suis plus ton ange.

— H...

— Levi, je ne vais pas revenir vers toi. Et ce n’est pas parce que tu m’as trompée ou que tu m’as quittée à un moment de ma vie où j’avais le plus besoin de toi, ce n’est même pas que je ne t’aime plus, non c’est que je l’aime lui.

— Ce n’est pas toi qu’il veut...

— Arrête, m’énervé-je le plus discrètement possible. J’ai confiance en Evon et je n’en ai rien à faire de ce que tu penses.

— Tu fais une connerie.

— Eh bien, si c’est le cas, ça sera ma connerie, Levi, ça ne te regarde pas !

— Tu entends quand je te dis que je t’aime, que j’ai compris ce dont tu as besoin.

— Visiblement non, sinon tu saurais que ce que je désire le plus, c’est Evon.

— Tu veux me faire payer mes fautes...

— J’ai des choses plus intéressantes à faire.

Je vois alors l’infirmière apparaître.

— Ne viens pas chez David. Evon et moi nous y serons et je veux que nous profitions d’être ensemble.

— Nan, mais tu plaisantes ?!

— Levi, si tu m’aimes comme tu le prétends, ne viens pas. Je suis heureuse, je suis amoureuse. Bon sang, si tu m’as vraiment aimée un jour, laisse-moi partir !

Je coupe court à la conversation et fonce vers l’infirmière auprès de qui je m’excuse. Elle m’invite à la suivre. Je m’exécute. Moins de cinq minutes plus tard, je ressors du centre médical avec un joli pansement au bras. Je repère une petite supérette à l’angle de la rue. Toujours en me montrant méfiante, je marche jusque-là et achète de quoi préparer un petit-déjeuner à Evon et Gavin.

S’il se rend compte que je suis sortie, mieux vaut avoir un alibi.

Je reprends le chemin de la voiture quand la chanson I want your sex de George Michael braille depuis mon manteau. Je me hâte de le récupérer, gênée par ces paroles libidineuses.

Mendoza, tu m’emmerdes...

— George Michael, tu as osé ?! dis-je en décrochant rouge de honte.

Il ricane et je comprends à son rire qu’il est encore endormi.

— C’est la honte, sérieux !

— I want your sex, Bébé.

— Ça ne change pas de d’habitude…

— Je voulais un câlin et il n’y a que ton oreiller pour me tenir compagnie, tu es où ?

— J’arrive. Je suis sortie pour nous acheter de quoi déjeuner. Je suis en ville, mais je rentre là.

— Au lit ?

— Quoi ?

— C’est un petit-déj’ au plumard dont tu me parles ?

— Ça peut se faire…

— Je ne bouge pas alors, je t’attends.

— OK ! Oh, j’ai envoyé un SMS à David pour lui dire qu’ils ne nous attendent pas pour le déjeuner.

— Tu as bien fait parce qu’une fois que j’aurais pris des forces, j’ai dans l’idée de te faire longuement l’amour.

— C’est marrant ça, j’avais la même idée. Ça laissera le temps à la neige de fondre…

— Quoi ? s’écrie-t-il bien plus éveillé.

Eh merde… T’es trop bête, ma pauvre fille !

J’entends un grand vacarme puis :

— Tu as pris ma voiture ?

— Non, dis-je craintive.

— Putain, Harlow, je vais..., brame-t-il. Je ne sais pas ce que je vais te faire, mais ça va chier pour ton petit cul !!!

— Bébé…

— Y a pas de « Bébé » !!! T’as pris la caisse avec toute cette neige, mais t’es barge ou quoi ???

— Oh, mais elle n’a rien ta précieuse voiture !!!

— T’es où ?

— Au Pôle Nord, si j’en crois les températures...

— Tu crois que j’ai envie de rire, là ??? s’emporte-t-il plus fort.

— Non, mais ça ne te ferait pas de mal...

— Je viens te chercher !

— Bébé, je viens de monter dans la voiture, j’arrive.

— Non ! Je me sape et je débarque !

— Evon, je peux gérer, arrête un peu. Je préfère que tu restes à poil et que tu m’attendes au lit.

— Tu m’emmerdes, H !

— Je voulais seulement te faire plaisir.

— Mais c’est de l’inconscience ! Mets le Bluetooth, je te garde en ligne.

— OK !

Je manipule mon téléphone et bascule la conversation sur les enceintes de la voiture.

— C’est bon, je me mets en route.

— Ça a été dégagé au moins !

— Non, pas vraiment. Tu es toujours tout nu, rassure-moi.

— Oui et j’ai froid, lâcheuse !

— Ev’, on va avoir un magnifique Noël avec de la neige, un beau sapin et un délicieux repas, ça va être magique ! Je sais que cette année il sera merveilleux, m’extasié-je en regardant les paysages blancs et cotonneux.

— Tu te bases sur quoi pour dire ça ?

— Sur toi, bien sûr ! C’est mon premier Noël depuis que tu es revenu dans ma vie, c’est aussi notre premier Noël ensemble et rien que pour ça, il sera exceptionnel.

— Comment c’était ces dernières années ?

— Pas terrible ! L’année dernière, j’ai essayé de faire quelque chose de bien pour Maisie, mais, tu sais comment est ma grand-mère. Au début, tout allait bien et au cours du repas, elle s’est mise à m’appeler Joanne. Même si, avec le temps, j’avais pris l’habitude qu’elle fasse cette erreur, le soir de Noël, j’ai eu un peu de mal à encaisser, et je ne te parle même pas de Maisie.

— C’est que tu lui ressembles énormément.

— Je suppose, oui. Finalement, on a toutes été se coucher. L’année d’avant, maman était encore là. Comme arbre de Noël, on avait pris un de ces sapins décoratifs qui ne mesure pas plus de 30 cm. Pour le repas, maman voulait que nous mangions ce qui nous faisait le plus plaisir, et Maisie a choisi la crème glacée. Je lui ai dit que ce n’était pas un repas de Noël, mais maman a insisté. Du coup, j’ai fait comme elle et je n’ai mangé que des brownies.

Evon a un petit rire à l’autre bout du téléphone.

— Maman, elle, elle n’avait pas trop d’appétit. Elle était en pleine chimio, mais malgré ça, ce soir-là, elle était plus tranquille. Elle a eu quelques heures de répit, et nous avons passé une soirée que je ne pourrai jamais oublier. On a joué, on a dansé, on a ri, c’était...

Je ravale mon chagrin.

— ... précieux.

J’essuie mes larmes que ces souvenirs ont fait apparaître après m’être garée au pied de notre immeuble.

— On va passer un bon Noël, mon amour, je te le promets.

— Je veux m’en rappeler toute notre vie, Bébé.

— Ça sera le cas, je vais y veiller.

— Je suis en bas, j’arrive ! Tiens-toi prêt, Mendoza, j’ai besoin que tu me réchauffes !

— Je t’attends, ma puce !

Je raccroche et me hâte d’aller le retrouver.

**

– Un soupir profond, long, torturé, exaspéré – Je ris sous cape avant de monter le volume de la musique et de me trémousser sur le fauteuil passager. Sous le regard médusé d’Evon, je me dandine sur cette mélodie entraînante.

— Tu es irrécupérable, sérieux ! Franchement, tu me fais honte, se lamente-t-il.

Je ricane.

— Boys, you’re the one. I want to want to me. And if you want me. Boys, you got me. There’s nothing I. No, I wouldn’t do. Just to get up next to you, chanté-je à tue-tête en frappant dans mes mains, sans cesser de danser.

Les yeux rivés sur la route enneigée, Evon tente de se montrer indifférent, mais son rictus en coin n’est pas un secret si bien gardé.

— Bébé, danse avec moi, s’il te plaît, l’imploré-je d’une moue suppliante.

— Sur Jason Derulo ? T’es barge !

— Allez, mon amour ! insisté-je en montant plus fort le son. You open the door. Wearin’ nothin’ but a smile. Down to the floor. And you whisper in my ear. Chante avec moi, Ev’ !!! Baby, I’m yours. Ooh, just the thought of you. Gets me so hight, so hight.

Cette fois, il ne cache plus son amusement.

— Ma puce, rit-il en liant ses doigts aux miens.

— Je ferai n’importe quoi pour me réveiller à côté de toi pour le reste de ma vie, lui dis-je amoureusement avant d’embrasser sa main prisonnière de la mienne.

— Tu te débrouilles bien pour que ce soit le cas, rassure-toi, badine-t-il.

— Ces vacances vont être exceptionnelles !

Evon engage sa BMW dans la rue pavillonnaire où vivent Maisie et David en grimaçant.

— Je suis moins optimiste que toi à l’idée de passer deux semaines avec David, mais si tu es heureuse...

— Ev’, je veux que ces quinze jours soient parfaits pour toi comme pour moi, alors si ça ne va pas, on ira ailleurs. OK ?

Il se gare derrière la voiture de son père, elle-même stationnée dans l’allée donnant sur le garage attenant à la maison.

— Il n’y a pas que David, souffle-t-il en coupant le moteur. Je suis certain que Levi...

— Ev’, dis-je en l’interrompant et en prenant son visage entre mes mains. Levi ne viendra pas.

Il fronce les sourcils.

— Je vais te dire quelque chose et je compte sur toi pour ne pas en faire toute une histoire.

Il se pince l’arête du nez.

— Qu’est-ce que tu vas me dire encore, lâche-t-il sur un ton las.

— Je sais que Levi ne viendra pas, parce que je lui ai interdit de le faire !

— Quoi ??? Quand l’as-tu vu ? s’irrite-t-il.

— J’arrête là si tu t’énerves, lui rappelé-je en attrapant la poignée de la voiture.

— Non, non, c’est bon, s’adoucit-il en me retenant.

— Il m’a téléphoné quand je faisais les courses, ce matin.

— Il t’a appelé e ?!?

— Et ce n’est pas important, Evon. Ce qu’il l’est en revanche, c’est que je l’ai envoyé promener. Visiblement, il avait projeté de venir ici pendant les vacances.

— Ce petit con ne veut rien comprendre, grogne-t-il en se frottant le visage.

— Et c’est de ma faute.

Evon revient vers moi, surpris par ma constatation.

— Ce n’est pas à toi de lui dire que plus rien ne se produira entre lui et moi, ce n’est pas à toi de lui dire de ne plus me tourner autour, c’est à moi de le faire. Entre vous, il y a cette rivalité qui fait qu’il n’écoute pas un mot qui sort de ta bouche.

J’appose ma main sur son cœur.

— Evon, j’ai été très claire avec lui, il n’a pas intérêt à se pointer ici. Je ne veux pas le voir, ni pendant nos vacances, ni jamais. Je sais que ça sera compliqué parce qu’il y a Maisie entre nous, mais tant que je pourrai l’éviter, je le ferai.

Je repousse une mèche de ses cheveux à l’arrière de sa tête.

— Il est temps qu’on se focalise sur nous, tu ne crois pas ?

— Je ne demande que ça, Harlow.

— Alors, je ne veux plus qu’on parle de lui.

Je me cambre en avant, suffisamment pour que mes lèvres l’effleurent.

— Je t’aime, Evon. J’aime ce que nous sommes ensemble, j’aime que tu me rendes folle, j’aime ce que je ressens quand tu poses tes yeux sur moi, Bébé.

— Ma puce, murmure-t-il contre ma bouche. J’ai signé ma perte en me rapprochant de toi. Tant que je te gardais à distance, je n’avais aucune idée du bonheur que ça serait de vivre près de toi, de t’aimer tout simplement. Mais maintenant que je le sais, je ne pourrais plus m’en passer, Brownie.

— Et c’est une bonne chose parce que je n’ai pas l’intention de t’en priver, mais bien au contraire, rendre ce bonheur plus réel, plus beau.

— Je t’aime, H.

— Je t’aime aussi, Ev’.

— On y va ?

— Oui, je suis impatiente de voir ma petite Maisie.

**

Rien n’est plus agréable que de passer ces premières heures de vacances auprès de l’homme qui a bouleversé ma vie depuis ma rentrée à l’université, l’homme dont je m’éprends chaque jour davantage ainsi que de ma chère Maisie. Ma sœur est particulièrement survoltée depuis notre arrivée. Être en vacances est déjà une excellente chose, mais quand elles s’avèrent être celles de Noël, ça ajoute une pointe de magie. Un évènement que semble attendre Maisie avec une impatience à peine dissimulée. Ce constat ne peut que me ravir compte tenu des précédents Noëls réellement compliqués que nous avons vécus. Ça sera également la première fois qu’elle le célébrera avec son père. Leur relation semble se simplifier à chacune de mes visites et ça me réconforte. Même si les circonstances de leur rencontre n’ont pas été idéales, Maisie a eu, dans son malheur, une grande chance de gagner un « second » papa. David ne reculerait devant rien pour combler sa fille et obtenir son amour. Cet équilibre encore fragile que nous retrouvons doucement dans nos vies est très encourageant pour la suite. Elle avec son père, moi avec Evon. Mon beau chéri... Il a quelques difficultés à se détendre depuis notre arrivée. Malgré ce que nous nous sommes dit dans la voiture, je pense qu’il ne croit pas sincèrement que son frère ne viendra pas à Charleston pendant les prochains jours. Je suis la première à douter que Levi respecte ma demande. Il aime trop provoquer Evon, la tentation sera trop grande pour lui. Je n’ai plus qu’à espérer, et si Levi débarque, nous n’aurons d’autre choix que de plier bagage et de nous en aller.

— Où est Maisie ? m’informé-je auprès d’Evon qui me rejoint dans la cuisine où je m’attelle à préparer le souper.

— Dans sa chambre, elle avait besoin de mon aide pour terminer ton cadeau de Noël. Elle y met la touche finale avant de descendre.

Il m’enlace à la taille.

— Je me demande ce que j’ai bien pu faire pour mériter d’être aussi gâtée.

— Tu es seulement toi, ma chérie. Ça suffit à nous donner envie de faire n’importe quoi juste pour te voir sourire.

Je me laisse aller contre lui.

— Et vous me rendez pleinement heureuse.

Je laisse tomber ce que je suis en train de faire pour me suspendre à son cou.

— Ça faisait si longtemps, Evon, lui dis-je droit dans les yeux. Je m’étais résignée, persuadée que plus jamais je ne pourrais ressentir un véritable bonheur.

Je frôle ses lèvres.

— Jusqu’à toi !

— Harlow, souffle-t-il contre ma bouche en attrapant mon visage entre ses mains et de nous emporter dans un baiser passionné, un baiser fougueux ; un de ceux qui nous conduisent inexorablement à l’horizontale.

Evon glisse sa cuisse entre mes jambes.

— C’est une belle manière de commencer les vacances, me titille-t-il.

— Nous ne sommes pas seuls, dis-je, en gémissant. Nous faire griller par Gavin passe encore, mais là...

— Je sais, je sais, murmure-t-il en m’embrassant avec plus de retenue avant de m’abandonner totalement.

Il récupère un morceau de poulet et l’engloutit d’une bouchée.

— Je ne sais pas toi, mais la route m’a crevé. Je vais me pieuter de bonne heure, ce soir, me dit-il en me faisant un clin d’œil.

Je m’apprête à lui dire que moi aussi, je suis « exténuée », mais une présence dans la pièce me coupe dans mon élan. David vient d’apparaître. La mine grave, il nous examine tour à tour avant de se racler la gorge.

— Je dois vous parler très sérieusement, nous explique-t-il en nous indiquant la table de la cuisine.

Je fronce les sourcils, un peu inquiète du ton austère avec lequel il vient de s’adresser à nous. Evon coule sa main dans la mienne et me guide jusqu’à la table. Il me fait asseoir avant de s’installer à ma gauche.

— Il y a un problème, David ? me hâté-je de le questionner.

Forcément, tout en moi tire la sonnette d’alarme. Je suis épanouie dans ma vie, j’ai un petit ami incroyablement beau et totalement fou de moi, ma sœur va de mieux en mieux, bien sûr que ça ne peut pas durer... C’est bien trop beau pour être vrai !!!

— J’ai quelque chose de compliqué à vous annoncer, poursuit-il en faisant des allers et retours devant nous.

Son attitude est tout aussi inquiétante que sa manière de s’exprimer.

— Qu’est-ce qui se passe ? m’impatienté-je tandis qu’il traîne à nous révéler ce qu’il a à nous dire.

— Je... voilà, il y a plusieurs semaines, j’ai postulé à une offre d’emploi dans une société du coin. J’ai passé un entretien et ma candidature a été retenue.

— C’est ça que tu as de « compliqué à nous annoncer » ?

— Harlow, soupire-t-il d’une voix craintive. Je... Ce n’est pas tout...

— Quoi ?! Mince, mais qu’est-ce que tu as, à la fin ?

Un rire particulièrement nerveux échappe à mon voisin. Je me tourne vers lui.

— Je n’arrive pas à le croire, siffle-t-il les dents serrées et un regard incendiaire braqué sur son père.

— Mais quoi ?! Ev’, qu’est-ce qui se passe ?

— Tu ne peux pas sérieusement envisager de nous faire ça ?

— Faire quoi ? insisté-je. Evon ?

— Harlow, je suis désolé, mais la place qu’on m’offre n’est pas ici...

Ce dernier n’a de cesse de m’observer avec son air de chien battu.

— Comment ça, « pas ici » ?

— Le poste est en Floride.

Qu’est-ce qu’il vient de dire ? Il a bien parlé de la Floride ?

Complètement estomaquée, je le scrute un moment en silence. Mon cerveau semble fonctionner au ralenti alors que je me prends de plein fouet cette nouvelle aussi inattendue que terrifiante.

— C’est... c’est pas possible, bafouillé-je sans cesser de l’observer.

— C’est un bon job, je toucherai quatre fois plus que mon salaire actuel...

— Ton salaire...

D’un geste prompt, je me lève en repoussant bruyamment la chaise derrière moi.

— Tu penses que je me préoccupe sérieusement de ton salaire, David ?

— J’ai besoin que tu essaies de comprendre ce qui me motive à faire ce choix, Harlow.

Je pointe le doigt dans sa direction.

— Va te faire foutre !!! Casse-toi à l’autre bout du monde si ça te chante, mais tu n’emmèneras jamais ma sœur avec toi, tu entends ?!?

Les mains en l’air, il semble vouloir ramener le calme dans la pièce.

— Ne dramatisons pas la situation ! Nous habiterons Orlando, ce n’est pas si loin que ça...

— Jamais je ne te laisserai l’emmener là-bas, tu m’as compris e ?

— Essaie de comprendre, Harlow. C’est avant tout pour son bien...

— Comment oses-tu me dire ça ? hurlé-je en abattant mes deux mains sur la table.

— Un salaire plus conséquent veut dire de meilleures conditions de vie, surenchérit-il. J’ai déjà trouvé une villa avec une piscine. Je pourrai l’inscrire dans une très bonne école.

— Non, mais j’hallucine ! crié-je en passant mes mains dans mes cheveux. Tu crois sérieusement que je vais te donner mon assentiment.

— Mais je ne te le demande pas, Harlow. Je t’informe d’une décision que j’ai prise pour assurer l’avenir de ma fille !

— Espèce de connard, m’époumoné-je en contournant la table d’un bond et de me ruer sur lui.

Il fait un pas en arrière tandis que je suis retenue à la taille par Evon qui me stoppe de justesse avant que je saute à la gorge de ce fumier.

— Bébé, arrête ! m’ordonne-t-il en me maintenant plus fort.

— Je veux seulement lui offrir le plus bel avenir possible, se défend-il. Je t’assure que c’est dans l’intérêt de Maisie.

— Tu ne nous as pas fait assez de mal, comme ça !!! Tu t’es mis en tête de nous séparer, maintenant ?

— Harlow, gémit-il en plongeant son visage dans ses mains. Je n’ai pas le choix, tu ne comprends pas.

— Arrête de te foutre de moi !!!

— Je peux plus m’en sortir, je suis au bord de l’asphyxie financière. J’ai plus les moyens de louer cette maison, de payer toutes les factures et de verser une pension exorbitante à mon ex-femme ! Si je ne prends pas ce job, dans trois mois, nous serons à la rue.

Les yeux remplis de larmes, je détaille sa mine déconfite et profondément attristée un moment. Toutes les informations que David vient de me balancer me martèlent le cerveau, se frayent un chemin jusqu’à mon esprit et me marquent de cette violente angoisse de voir ma vie basculer à nouveau dans l’horreur.

— Harlow, si j’avais une autre solution...

Totalement sonnée par ce qui vient de se produire, je tire une chaise et me laisse tomber dessus, les bras ballants.

— Tu vas me la prendre, murmuré-je dans un sanglot qui reste coincé dans ma gorge.

— Non, ce n’est pas ça...

Je ne l’écoute pas et me tourne vers Evon. Lui est de nouveau assis à sa place. Les coudes appuyés contre la table, il dissimule son visage dans ses paumes alors qu’il remue sa jambe nerveusement.

— Bébé, l’imploré-je la voix étranglée.

Il se lève si brusquement que la table recule de plusieurs centimètres.

— Evon ?

La respiration lente et profonde, il fait un pas vers son père et l’empoigne par le col de son pull. Le regard glaçant dont il l’accable me donne la chair de poule.

— Evon, le supplie celui-ci.

— Tu es..., dit-il sans desserrer les dents. Espèce de salaud !

Il le relâche aussi brusquement qu’il l’a attrapé.

— Evon, le hélé-je avant qu’il disparaisse dans le salon.

Je n’obtiens comme réponse qu’une porte qui claque.

— Je ne peux pas croire que tu me fasses un truc pareil, accablé-je David en me levant à mon tour.

Je marche jusqu’à l’entrée de la cuisine.

— C’est notre premier Noël... il devait être parfait, lui lancé-je avant de partir en direction du premier étage.

Il n’y a que ma petite Maisie qui peut me donner la force nécessaire pour ne pas m’écrouler après ce nouveau coup du sort.

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Chapitre 45

 

 

Une véritable chape de plomb vient de s’abattre sur cette petite maison du quartier résidentiel de Charleston. Une lourdeur dans l’air, un silence de mort... Il n’y a plus rien de la magie de Noël entre ces murs. Seule Maisie a gardé sa fraîcheur et sa bonne humeur. Forcément, elle ne sait encore rien de la catastrophe qui s’annonce... Après deux heures passées dehors, Evon s’est enfin décidé à rentrer et, le moins qu’on puisse dire, est qu’il est très silencieux depuis son retour. J’ai eu envie de lui parler, mais pour lui dire quoi ? Son père va me prendre ma sœur, me l’arracher pour la conduire à des centaines de kilomètres de moi, alors non, je n’ai rien à dire, ni à lui ni à personne. Encore une fois, je perds mes mots ! Est-ce ça, la vie ? Des années d’enfer, d’épreuves pour quelques minutes de bonheur ? Je ne peux pas le croire... J’ai compris, à l’instant où ma mère m’a fait asseoir dans notre petite cuisine de Savannah pour m’annoncer qu’elle allait mourir, que j’allais devoir me battre. J’ai su que j’allais en baver, qu’il me faudrait affronter la tempête sans flancher, mais je ne pensais pas que le calme serait si long à revenir. Et même quand je sens cette petite accalmie poindre le bout de son nez, elle est éphémère. Vivre ici, sans ma sœur est inconcevable ! C’est tellement loin de tout ce que je désirais pour nous ! Alors, que suis-je censée faire ? Je n’en ai pas la moindre idée.

— C’est bon ! On mange ou quoi ? J’ai super faim !!! s’exclame ma petite Mai’ en déboulant dans la cuisine.

Je termine de dresser la table pendant qu’Evon, toujours muet, est retranché sur sa chaise. La tête dans les épaules, il laisse courir ses doigts sur le bois sans le quitter des yeux. Même l’irruption de sa sœur ne le fait pas ciller.

— Tu as lavé tes mains ?

— Oui !

— Alors, installe-toi. Je vais te servir.

David, qui se cachait au salon de son fils, de moi, arrive à son tour. Dans un silence pesant, insoutenable, nous prenons place autour du repas que j’ai bien eu du mal à terminer. Très vite, les assiettes sont pleines, mais à part Maisie, personne ne se jette dessus. Après quelques minutes dans une ambiance irrespirable, Maisie nous dévisage tour à tour.

— Ils vous arrivent quoi, à tous ? Pourquoi vous faites la tronche ?

Les couverts de David rencontrent doucement le bois alors qu’il se rectifie sur sa chaise.

— Maisie, ma puce, j’ai quelque chose à te dire...

Evon, les bras croisés, se renfrogne sur sa chaise tandis que pour ma part, je m’occupe du contenu de mon assiette. Honnêtement, je n’ai pas la force de regarder ma sœur.

— Ouais, quoi ?!

— Je... j’ai trouvé un nouveau travail.

— Tu me l’as déjà dit !

— Je sais, mon trésor, mais ce que je ne t’ai pas dit, c’est que nous allons devoir déménager.

— Oh ! répond-elle en se montrant plus attentive. Où ça ?

— En Floride.

— En Floride !!! Mais c’est hyper loin !!!

— Je sais, ça demande un gros sacrifice, lui explique son père la voix chevrotante. Mais c’est pour notre bien.

— Mais j’aime mon école et j’ai mes copines ici...

— Mai’, j’ai conscience que ça n’est pas idéal à première vue, mais à Orlando, nous aurons une maison bien plus grande et j’ai déjà trouvé une école pour toi.

— Franchement, ça craint !!!

— Il y a même un cours de danse près de la maison. Tu peux t’y inscrire dès notre arrivée.

— Et quand doit-on partir ?

— Je dois commencer le 2 janvier.

Je lève la tête à l’annonce de cette date. Le 2 janvier... Il ne reste plus que quelques jours avant leur départ.

— Si vite, s’étonne ma sœur. Mais comment on va faire ?

— Nous devons organiser notre déménagement au plus vite.

Elle enfonce son menton dans la paume de sa main en m’examinant avec douceur.

— C’est pour ça que vous faites la tête ? demande-t-elle en dirigeant son regard sur Evon.

— Je... je..., bafouillé-je. Oui, c’est... compliqué...

— Evon, tu pourrais venir avec nous, non ?

— Quoi ? répond-il en levant son regard accablé vers elle.

— Bah, tu peux déménager avec nous !

Je ferme les yeux et respire longuement en essayant de canaliser mes larmes. Evon passe lentement ses doigts le long de sa barbe.

— Non, Mai’, ça, c’est impossible.

— Mais...

— Maisie, l’interpelé-je doucement.

Elle se tourne vers moi.

— Pourquoi il ne viendrait pas, c’est débile !!!

— Ma chérie, l’appelle son père. Je crois que ni Evon ni Harlow ne vont nous suivre...

La réaction de ma jolie Mai’ est immédiate, elle bondit sur ses deux pieds et me pointe du doigt tandis que ses yeux se remplissent de larmes.

— Tu as promis, H !!! se met-elle subitement à crier.

— Je... je n’ai pas..., bafouillé-je prise d’un haut-le-cœur.

— Tu as promis à maman qu’on ne nous séparerait jamais, que tu ne me laisseras jamais seule, hurle-t-elle de plus belle.

D’un revers de main, elle envoie valser son assiette qui se brise sur le sol.

— Tu n’as pas le droit de trahir la promesse que tu lui as faite.

— Maisie, tente de s’interposer David en posant une main sur son épaule.

Elle la dégage violemment.

— Toi, je te hais !!! Tu n’es pas mon père et je m’en fous de vivre avec toi !!! Je le fais seulement parce que Harlow n’a pas le choix.

Elle le repousse.

— Je ne vivrai jamais avec toi dans ta Floride de merde !!!

Elle tourne les talons et part en courant. J’abandonne ma chaise. David m’interroge du regard.

— Je ne peux pas, dis-je en portant une main à ma bouche quand je crois que je vais vomir. Je vais...

Prise d’un nouveau haut-le-cœur, je cours en direction de la salle de bains.

**

— H, ma puce, ça fait une heure que tu es cachée là-dedans. Tu ne veux pas m’ouvrir ?

La douce voix d’Evon qui me parle à travers la porte de la salle de bain me sort de ce drôle d’engourdissement qui m’enveloppe ; un peu comme si mon corps et mon esprit s’étaient détachés l’un de l’autre... Tous deux me font atrocement souffrir à cet instant, je n’ai plus la force de rien ; ni de me lever, ni de marcher, ni de déverrouiller cette porte et encore moins d’affronter ce qui se passe derrière.

Tant bien que mal, je me traîne jusqu’à la porte et tourne le verrou. Evon ouvre sans tarder et soupire en me trouvant assise à même le sol. Il referme derrière lui et s’assied à côté de moi.

— Mai’ est dans sa chambre. Il a essayé de lui parler, mais je crois qu’elle ne s’est pas montrée très réceptive.

— Est-ce qu’on peut lui en vouloir ?

— Je ne crois pas, non...

Je me penche en avant en inspirant longuement quand une violente crampe irradie mon bas-ventre.

— Ça ne va pas ?

Je porte mes mains à mes yeux quand un nouveau flot de larmes me submerge.

— Ça devait être un merveilleux Noël, pleuré-je. Je voulais le rendre unique, j’espérais te faire ce cadeau auquel tu semblais tant tenir...

— H, qu’est-ce qui se passe ? me dit-il en me prenant dans ses bras.

— Il n’y a pas de bébé, lui avoué-je en me laissant tomber contre son torse. Je ne suis pas enceinte, Evon, sangloté-je en m’accrochant à ses épaules.

Il me soulève légèrement et me dépose sur ses jambes où il me berce doucement.

— Savoir que tu y tenais tant me touche plus que je ne pourrais te le dire, ma Brownie.

Il m’étreint plus fort.

— Je suis tellement désolée, Evon...

— Finalement, c’est toi qui avais raison, H ; on est bien trop jeunes. On a d’autres choses à vivre avant d’en arriver là !

J’enfonce un peu plus ma tête dans le creux de son épaule avant de me cramponner à son sweat.

— J’ai si peur, Ev’, je suis terrifiée.

— Moi aussi, j’ai peur, Harlow.

Nichés dans le cou l’un de l’autre, nous restons là de longues minutes sans un mot... Que lui dire ? Après l’annonce de son père, je ne sais plus vraiment qui je suis et où je vais. Il y a encore quelques heures, je voyais mon chemin se tracer doucement. À travers les yeux d’Evon, je dessinais mon avenir... notre avenir. Dans cet équilibre retrouvé, je pensais gagner cette paix si longtemps convoitée après les évènements qui ont secoué ma vie, ces dernières années. Je me bâtissais, plus forte, plus combative, plus déterminée que jamais à me réconcilier avec ce bonheur perdu. Je me découvrais femme dans les bras de cet homme sublime, mon ange gardien qui a toujours su veiller sur moi.

Mais que suis-je censée faire, aujourd’hui ? Quelle attitude dois-je adopter face à ce nouveau chambardement ? La colère de Maisie est pleinement compréhensive. Oui, j’ai fait une promesse. Oui, je me suis engagée à ce que jamais nous ne soyons séparées toutes les deux. Elle n’a que 7 ans et, si cette nouvelle vie avec son père se passe bien, ça ne veut pas dire pour autant qu’elle n’a plus besoin de moi. Comment être présente, jouer mon rôle de grande sœur à des centaines de kilomètres d’elle ? Et moi, suis-je capable de vivre si loin de ma précieuse Maisie ?

— Je crois que tu devrais aller lui parler, me chuchote Evon au creux de l’oreille. C’est de toi qu’elle a besoin pour le moment.

Ses doigts passent tendrement dans mes cheveux lâchés.

— Elle doit avoir un million de questions qui lui trottent dans la tête.

— Et je n’ai aucune réponse à lui fournir...

— Je n’en ai pas non plus à te donner, ma Brownie. Je suis largué, comme toi !

— Comment peut-il prendre une telle décision ? Je comprends ses motivations, mais nous séparer, me lamenté-je. Comment espère-t-il créer une relation avec elle s’il fait un truc pareil ? Elle va lui en vouloir, c’est certain !

— Ça ne fait aucun doute... Je pense qu’il est vraiment pris à la gorge. Je ne vois que ça pour justifier ce qu’il s’apprête à faire !

J’inspire longuement son odeur en le serrant plus fort.

— Je vais monter la voir.

Evon m’abandonne et se lève avant de me tendre les mains afin de m’aider à me mettre debout. Le regard attendri, il me contemple un instant avant de poser une main sur mon ventre.

— J’espérais tellement qu’il soit là, m’avoue-t-il tristement en pressant délicatement son front contre le mien. Je t’imaginais déjà avec ce joli ventre rond qui grossirait de jour en jour. Je songeais à ce jour où tu m’appellerais pour me dire que le moment était arrivé, que tu allais mettre notre enfant au monde. Je pensais à cet instant incroyable où je l’aurais vu pour la première fois, blotti contre toi. Notre bébé, ma Brownie, ma vie, mon monde, mon rêve...

— Ev’, marmonné-je en le regardant dans les yeux ; les trouver trempés de larmes m’émeut encore un peu plus. J’aurais tellement aimé t’offrir tout ça, tu le mérites plus que n’importe qui.

Il emprisonne mon visage et dépose un baiser timide sur mes lèvres.

— Ça aura était un doux rêve, articule-t-il la voix paralysée par l’émotion.

— Un jour, ça ne sera plus un rêve, mais notre réalité.

Il câline doucement ma joue et la lueur qui parcourt son regard est déstabilisante, comme s’il ne croyait pas ce que je venais de lui dire, comme si ces mots ne trouvaient aucun sens à ses oreilles.

— Evon ?

— Va voir ta sœur, H, me dit-il gentiment en tournant la poignée. Je suis convaincu qu’elle t’attend.

Il recule d’un pas pour me laisser le passage.

— Tu ne veux pas venir avec moi ? C’est ta petite sœur, également...

Il secoue la tête.

— Elle ne me voit pas comme son grand frère, pas ce soir...

Je fronce les sourcils.

— Qu’est-ce que tu entends par là ?

Il m’embrasse dans les cheveux.

— Rien... File, maintenant !

Une main sur la cambrure de mes reins, il me pousse à l’extérieur de la salle de bain. Je ne proteste pas et prends la direction du premier étage.

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Chapitre 46

 

 

La nuit a investi la chambre de Maisie quand j’y pénètre. Seule sa lampe de chevet éclaire les lieux et ce que je vois ne fait que confirmer ce que je craignais. Ma pauvre Mai’, étendue sur son lit, grelotte et sanglote dans son oreiller. David, tapi dans la pénombre, est assis à ses côtés. Il tourne la tête vers moi en m’entendant entrer.

— On pourrait avoir un moment toutes les deux, s’il te plaît ? lui demandé-je avec une froideur non calculée.

— Bien sûr.

Il se lève et sort en toute discrétion.

— Maisie, dis-je doucement en faisant un pas vers ma sœur.

Celle-ci se soulève brusquement armée de son oreiller qu’elle jette sur moi.

— Hé ! m’écrié-je en l’évitant. C’est quoi, ce comportement ?

— Je ne t’écouterai pas, hurle-t-elle. Tu n’es qu’une menteuse.

— Maisie !

— Non, crie-t-elle plus fort en bondissant de son lit. Tu t’en fous de moi, tout ce qui compte, c’est Evon ! Moi, tu t’en moques complètement. Depuis qu’il est là, c’est à peine si tu viens me voir et quand tu es ici, tu passes ton temps avec lui. Même ce soi-disant week-end entre sœurs, tu es partie avec lui au beau milieu de la nuit !!!

J’écoute ma sœur me réprimander sans l’interrompre. Je laisse cours à ce déferlement de reproches sans ciller car, oui, depuis plusieurs semaines, je vis ma relation avec Evon et j’en oublie tout le reste. Il faut dire qu’elle n’est ni simple ni paisible, toutes ces confrontations m’ont contrainte à agir d’une certaine manière, et ma sœur s’en est trouvée lésée.

— Mai’, tenté-je de prendre la parole.

Elle se bouche les oreilles.

— Maman n’a pas eu le choix de m’abandonner, mais toi, tu le fais exprès. Tu ne veux plus de moi et tu me laisses avec David pour vivre ta vie sans que je sois là pour te la pourrir...

— Arrête, la stoppé-je en attrapant ses poignets. Tu dis n’importe quoi !!!

— Tu vas me laisser comme papa, braille-t-elle.

Elle essaie de se défaire de ma prise sur ses avant-bras.

— Je te hais, Harlow !!!

— Maisie, m’emporté-je quand mes larmes deviennent incontrôlables. Tu n’as pas le droit de dire ça !!! Je t’aime plus que tout !!!

— Menteuse !!! Tu l’aimes lui !!!

— Ça n’a rien à voir !!!

— Tu as fait une promesse à maman et tu ne vas pas la tenir à cause de lui !!!

— Je..., bafouillé-je avant de la relâcher.

Submergée par toute cette colère qui me ronge de l’intérieur alors qu’une nouvelle fois le sort s’acharne sur moi, blessée par les mots de ma petite sœur à travers lesquels transparaît une certaine vérité, je me laisse tomber sur son lit et porte les mains à mon visage.

— Je ne sais pas, Maisie ! lui confessé-je dans un cri qui me déchire le cœur. Je ne sais pas ce que je dois faire.

— Tu dois venir avec moi ! Tu as promis à maman ! Elle savait qu’on ne serait pas séparées, elle avait confiance en toi !

— Mai', l’imploré-je.

— C’est moi, ta famille, pas lui !

Je me tiens plus fermement la tête.

— Arrête, je t’en prie !

— C’est moi ta famille, répète-t-elle en me poussant de toutes ses forces.

— Maisie, pleuré-je en levant les yeux vers elle.

Elle aussi a son joli petit visage baigné de larmes.

— C’est moi, ta famille, dit-elle en revenant à la charge.

Mais cette fois, je la contre et l’attrape pour l’attirer dans mes bras. Là, elle éclate en sanglots. Je la serre plus fort et pleure de concert avec elle pendant ce qui me semble une éternité.

**

Il est déjà tard quand je franchis le seuil de ma chambre après avoir bordé Maisie dans son lit. Il y a maintenant deux heures que j’étais allongée sur son lit à la bercer paisiblement alors que le sommeil la gagnait tranquillement. À mon arrivée, Evon est assis contre la tête de lit. Les bras croisés devant lui, il semble perdu dans ses pensées. Elles l’ont tellement absorbé qu’il ne s’aperçoit pas immédiatement de ma présence.

— Coucou, murmuré-je doucement en m’approchant de lui.

Il sursaute au son de ma voix pourtant en demi-ton.

— Pardon, m’excusé-je de lui avoir fait peur.

Il pose ses grands yeux tourmentés sur moi et m’examine dans mon ensemble. Après de trop longues secondes, il me répond :

— Comment va-t-elle ?

— Elle s’est endormie dans mes bras. Je crois qu’elle va pouvoir se reposer un peu...

Incapable de lui répéter ce que nous nous sommes dit, ma sœur et moi, je fonce en direction de mon sac de voyage et me lance à la recherche d’une tenue pour dormir. Ma dispute avec Maisie m’a épuisée, je n’ai plus la moindre force pour affronter Evon et son regard de chien battu. Je n’ai rien à lui dire qui pourrait le rasséréner. Promptement, je me dévêts et enfile les vêtements récupérés à l’instant. Une fois prête à me coucher, je me glisse sous la couette et dans une lâcheté honteuse, je lui tourne le dos.

— Cette journée m’a mise KO, me justifié-je en jetant la couette sur moi.

— J’imagine, oui, rétorque-t-il tandis que je le sens bouger à son tour.

Pourtant malgré la fatigue, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Même dans le noir, je peux sentir le regard d’Evon braqué sur ma nuque. Je le sens m’épier à la seule lueur du lampadaire situé sur le trottoir d’en face, je l’entends respirer et sa respiration n’a rien de tranquille. Malgré ça, je continue de l’ignorer, consciente que mon silence le fait souffrir.

Une nuit, juste une nuit de repos à ses côtés avant d’affronter la tempête qui grossit sous ce toit...

**

Aux premières lueurs du jour, je me retrouve à me battre contre ma fatigue de la veille. Il faut dire que mon sommeil a été quelque peu agité. Forcément, j’ai été hantée par les pleurs de ma sœur, par ses cris de douleur alors qu’elle pensait que je la laisse partir avec David. Mais elle n’a pas été la seule à me tourmenter, non. L’homme endormi à ma gauche a lui aussi troublé mon repos. Son attitude à mon arrivée dans la chambre, son regard, son détachement soudain ne sont pas de bon augure pour la suite de ces vacances vouées à virer au drame. Pourtant, j’ai tant rêvé de laisser Evon m’offrir la magie de Noël malheureusement perdue les années passées. Et tous mes espoirs sont en train de partir en fumée. Découvrir la place habituellement occupée par Evon totalement vide n’a pas vocation à me rassurer. Visiblement, il cherche à m’éviter et, pour être honnête, ça m’arrange bien. Pourquoi ? Parce que je ne sais absolument pas comment me comporter avec lui.

Je m’assieds dans le lit en remettant un peu d’ordre dans mes cheveux.

Comment affronter cette nouvelle journée sans que nous abordions cet épineux sujet ?

— Salut !

La voix subtilement voilée d’Evon me sort de ma réflexion lorsqu’il pénètre dans la chambre. Je me tourne vers lui.

— Salut ! Tu es debout depuis longtemps ?

— Non, pas vraiment.

Il fait quelques pas dans la pièce, fouille dans ses bagages.

— Tu n’es pas resté avec moi, constaté-je peinée du malaise qui s’instaure entre nous.

— Tu dormais, se contente-t-il de répondre en haussant les épaules.

Je me lève et me dirige vers lui. À sa hauteur, je l’enlace à la taille.

— Ev’, je sais que rien ne se passe comme nous l’avions imaginé en venant ici, mais pourrions-nous mettre toute cette histoire de côté pour aujourd’hui ?

— Pour aujourd’hui, répète-t-il sans lever le nez de son sac. Et que se passera-t-il demain ?

Je le relâche avant de me laisser retomber sur le matelas.

La mine triste, je l’observe enfiler son pull.

— Pour être honnête, je n’en ai aucune idée.

Il virevolte et me lance une œillade franche et stricte.

— Eh bien, ce n’est pas mon cas. Je ne suis pas perdu, H ! me répond-il rudement. Je sais où je me situe dans cette histoire, je sais ce que je désire, mais toi, le sais-tu ?

— Je ne veux blesser personne...

Il marche jusqu’à la sortie.

— Là encore, c’est impossible ! me lance-t-il avant de refermer la porte sur son passage.

Voilà bien un point sur lequel on est d’accord, c’est impossible de ne blesser personne dans cette affaire.

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