Iridescence, sauve-moi Harlow
Chapitre 51 · Ce nouveau réveil au lendemain de ce…
Ce nouveau réveil au lendemain de ce réveillon de Noël m’offre un goût doux-amer. Partout sur moi, dans la chaleur des draps, je sens la douceur d’Evon, de l’amour dont il m’a délicieusement fait cadeau à un moment où j’en avais le plus besoin. Mais la note amère causée par mon imminent départ vient briser la magie de ce matin si particulier. Le matin qui marque un nouveau départ dans mon existence si chaotique. Tout semblait plus simple, plus lumineux depuis Evon. J’avais tant d’espoir pour mon avenir, une multitude de projets s’annonçaient à ses côtés et je dois renoncer à tout ce dont je n’avais même pas osé espérer et qu’Evon m’a pourtant apporté.
Evon... mon sauveur... mon amour...
J’aimerais me blottir dans ses bras, lui dire comme je regrette de devoir m’en aller, que rien ne m’a jamais paru plus difficile que penser à l’abandonner, malheureusement il n’y a que moi dans ce lit. Si j’en crois l’heure sur mon téléphone, il est très tôt alors pourquoi n’est-il pas ici avec moi ?
Un frisson me parcourt lorsque je repousse la couette au pied du lit. Forcément, je suis entièrement nue. J’enfile un de mes vieux joggings et le sweat-shirt d’Evon avant de me lancer à sa recherche à travers la maison. Celle-ci est plongée dans le calme. J’imagine que, hormis nous, tout le monde dort encore. Il faut dire que nous nous sommes couchés tard. Je descends les marches en silence. Gavin est profondément endormi sur le canapé du salon. Je passe devant lui et le regarde un instant.
Jamais je n’aurais pu soupçonner les sentiments qu’il nourrit secrètement pour Evon. À sa façon de s’intéresser à lui, j’ai compris qu’il était très attaché à son ami, mais d’ici à penser qu’il en soit tombé amoureux. C’est assez étrange de me dire qu’une autre personne que moi l’aime de la même manière, surtout si la personne en question est Gavin. Tout ce qu’il m’a confié ne me laisse pas indifférente. Les vérités qu’il m’a dites ont trouvé écho en moi. J’ai conscience de lui faire du mal, que les jours à venir seront pénibles pour lui. Moi, je serai avec Maisie, mais lui sera seul. Finalement, savoir que Gavin éprouve ce genre de sentiments pour Evon me rassure. C’est certainement très égoïste, mais je suis heureuse de le savoir avec lui, même si cela empêche Gavin d’aller de l’avant dans sa vie.
Arrivée dans la cuisine, il n’y a toujours aucune trace d’Evon. À l’extérieur, le soleil se lève à l’horizon. C’est en scrutant l’aube que je le vois, assis sur la balancelle fixée à la terrasse. Les mains plongées dans les poches de son manteau, il regarde au loin tout en se balançant doucement. J’attrape une veste appartenant à David et la passe avant de le retrouver dans le jardin.
— Tu t’es levé très tôt, lui dis-je en arrivant près de lui.
Il abandonne sa lointaine contemplation et m’examine dans mon ensemble avec au regard doux et prévenant.
— Je n’ai pas réussi à trouver le sommeil...
— Tu dois être exténué !
— J’ai toute la vie pour me reposer, toi, je ne t’ai plus que pour quelques heures. J’ai préféré te regarder dormir.
Il passe sa main dans mes cheveux.
— Et graver dans ma mémoire chacun des traits de ton sublime visage. Je me suis levé, il y a quelques minutes.
Je m’assieds à sa droite.
— Je... euh... je me demandais si tu viendrais bientôt en visite à Orlando.
Il inspire un grand coup avant de se masser l’arête de nez.
— Harlow...
— Pardonne-moi, m’empressé-je de m’excuser. C’était maladroit...
— Je me suis fait la promesse de ne pas partir en vrille. Je veux vraiment que nos derniers moments ensemble soient parfaits et ça serait plus simple si on n’abordait pas ce sujet, s’il te plaît.
— Et tu as réussi ! Tout a été magique, Evon.
La balancelle se met à remuer quand Evon se lève. Il me tend la main.
— Allons boire un café !
Je l’observe un instant.
— J’aimerais que tu me répondes, s’il te plaît.
Il saisit ma main et m’attire à lui.
— Ramène ton petit cul, H, il fait un froid de canard, ce matin.
— Tu vas venir, pas vrai ?! insisté-je, inquiète.
— Harlow...
— Je te remercie pour tous les efforts que tu fais afin d’adoucir les choses entre nous, mais j’ai le droit de savoir !
— Le droit ?! répète-t-il en rejetant ma main.
— Je sais ! me hâté-je d’ajouter. J’ai perdu tous mes droits en ce qui te concerne. J’ai fait le choix de m’en aller et c’est inconvenant de te demander des comptes sur la vie que tu mèneras de ton côté, une fois que je serai à Orlando, mais il faut que je sache !
— Mais qu’est-ce que tu imagines, Harlow ?! me dit-il le plus posément possible. Que je vais venir vous voir en Floride et qu’on pourra baiser à l’occasion !
— Evon !!!
Il lève ses mains en l’air.
— Désolé, je ne voulais pas m’emporter !
Ses paumes de mains passent lentement sur sa barbe naissante.
— Tu sais que c’est impossible, Brownie. Je ne veux pas que tu penses que je le fais pour te blesser, mais c’est la dernière fois qu’on se voit tous les deux.
— Mais Maisie et ton père...
— Je tire un trait sur tout ça. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour ne pas péter un câble !
— Il s’agit de ton père et de ta petite sœur. Elle est convaincue que tu la détestes parce que je pars avec elle.
— Pour qui tu me prends, à la fin ? s’écrie-t-il subitement, laissant libre cours à toute cette frustration qu’il tente de contenir depuis que je l’ai rejoint dans le jardin. Pour un putain de super-héros capable de régler les problèmes de tout le monde ? Mais qui se soucie de moi !!!
— Je voulais seulement que tu comprennes que tu ne peux pas tout détruire...
— C’est moi qui détruis tout !?! dit-il effaré avant de faire volte-face et de foncer comme une tornade vers la maison.
Mais face à la porte, il se ravise. En quelques pas, il me fait front.
— J’ai tout rebâti autour de toi, pour toi Harlow et uniquement pour toi ! J’ai 22 piges et je ne vis que pour t’aimer depuis trois putains de très longues années. J’ai vécu ton absence, ton indifférence, ton amour pour Levi. J’ai enduré tes chagrins, ton deuil, ta solitude, et tout ça à distance rien que pour te donner le temps nécessaire afin que tu sois prête pour quelque chose de plus grand, mais surtout de plus beau ! Je t’ai offert quelque chose que j’ai gardé au fond de moi depuis toujours, quelque chose que je n’ai jamais voulu donner à personne d’autre qu’à toi, je t’ai offert mon amour et toi, tu t’en vas, alors ne me dit pas que je détruis tout. C’est plus que je ne peux entendre !
— Je ne te parle pas de nous...
— Il est temps que tu assumes, Harlow, hurle-t-il en faisant claquer la porte qu’il tenait toujours entre ses doigts. Tu as fait un choix, alors assume-le, bordel !!!
— Je ne peux pas, braillé-je en retour. J’en suis incapable !!!
— Tu vas me rendre barge, putain, s’époumone-t-il en se tirant les cheveux. Mais qu’est-ce que tu attends de moi, au juste ?
— On peut savoir ce qui vous arrive ?
La voix paisible de David interrompt cette conversation déplaisante entre nous. Lui et Gavin viennent de franchir la porte de la cuisine. Ils descendent les petites marches qui donnent accès à la terrasse en nous jaugeant tour à tour.
— C’est toi qui me poses cette question ? Sérieux ? Comme toujours, David, je subis tes conneries !
— Ev..., tenté-je de protester.
Mais je n’en ai pas le temps, David s’approche de son fils et pose sa main sur son torse.
— Je ne suis pas ton ennemi, Evon, bien au contraire. Tu as été le seul à respecter les sentiments que j’ai eus pour Joanne, le seul ! J’ai dû renoncer à elle, j’ai dû la laisser s’en aller, alors s’il y a bien quelqu’un qui te comprend aujourd’hui, c’est moi, fils. Jamais je n’ai pensé que ça se passerait ainsi, je t’assure.
— Je n’arrive pas à le croire, soupire Evon en se frottant le visage. C’est tout ce que je voulais éviter...
Gavin, appuyé contre la petite rambarde qui encadre les escaliers échappe un petit rire. Je lui lance une œillade sévère qu’il ne remarque même pas. Toute son attention est portée sur Evon.
— Tu pensais sérieusement passer deux jours avec elle sans que ça ne finisse par exploser ? Franchement Ev’, t’es plus intelligent que ça, mon pote...
— Elle me pousse à bout, se défend Evon comme si je n’étais pas là.
— Elle ne le fait pas volontairement, dit David.
— Volontairement ou involontairement, on s’en cogne ! Tu ne vas quand même pas la laisser se barrer sans broncher ?! réagit Gavin.
— La colère n’arrangera pas les choses, intervient David.
— Faire comme si de rien n’était non plus !
— Non, mais je rêve ! lâché-je en les regardant les uns après les autres. De quoi vous vous mêlez, au juste ?
— Tu ne sais pas même pas ce que tu veux, H, me balance mon ami. T’es complètement paumée...
— Je... j’ai fait un choix...
— Et tu viens de me demander quand je viendrai te voir à Orlando ! Tu ne réalises vraiment pas ce qui est sur le point de se produire...
— Si, je..., bafouillé-je. Je...
— Tu m’as quitté, Harlow ! Tu m’as quitté et il y a une putain de bagnole pleine de toutes tes affaires prête à partir pour la Floride.
Il revient à mes pieds.
— Si tu montes dedans, on ne se reverra plus, tu comprends ?
— Je sais, murmuré-je en ravalant mes larmes.
— Vraiment ? La semaine dernière, tu pleurais dans mes bras parce que tu n’étais pas enceinte et aujourd’hui, tu es prête à renoncer à tous nos projets d’avenir, à nous, à cette famille qu’on s’est promise.
— C’est ma sœur, Evon !
— Et c’est grâce à moi que vous êtes encore ensemble toutes les deux, crie-t-il. Si je n’étais pas intervenu, vous seriez séparés depuis longtemps !
— C’est injuste de me dire ça...
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Tout en moi se fige quand la petite voix surprise et inquiète de ma sœur se fait entendre depuis le seuil de la porte.
Mes voisins m’imitent et se tournent vers elle.
— Maisie, lui dit son père en allant à sa rencontre.
— Non ! s’agace-t-elle. Je parle à Evon, là ! Qu’est-ce que tu as fait ?
Evon se dirige vers elle et s’accroupit. Il emprisonne ses mains ridiculement petites en comparaison des siennes.
— Mai’, je sais que je t’ai fait de la peine ces derniers jours, que mon attitude envers toi n’a pas été celle que tu méritais et je te demande pardon. Je t’interdis de penser que je t’en veux de quoi que ce soit, parce que c’est faux. Tu aimes ta sœur et tu n’as pas envie de t’éloigner d’elle. Crois-moi, je le comprends parfaitement. On est pareils tous les deux, on l’aime plus que tout au monde et l’idée de vivre sans elle nous est insupportable, tout comme le fait d’être celui qui vous séparerait. Il y a quelque chose qu’il faut que tu saches à propos de moi, un secret que j’ai toujours gardé pour moi.
— Quel secret ?
— J’aime Harlow depuis très longtemps. Bien avant que vos parents se séparent, quand elle était encore avec Levi, je suis tombé amoureux d’elle. Je pensais qu’elle ne serait jamais à moi. Et puis, tout est devenu très compliqué pour vous deux. Vous êtes parties pour Savannah et tu ne peux pas imaginer comme j’ai eu envie de venir vous chercher, de veiller sur vous. Mais je ne pouvais pas entrer dans votre vie de cette manière. Harlow n’était pas prête pour ça. Alors, j’ai pris la décision de veiller sur vous, mais en gardant mes distances. Je prenais de vos nouvelles par l’intermédiaire de votre grand-mère et je...
Evon jette un coup d’œil vers son père. Il semble lui demander l’autorisation de poursuivre. Celui-ci acquiesce d’un geste timide de la tête.
— Quand j’ai su que votre maman était malade, j’ai été voir papa et je l’ai supplié de faire tout son possible pour te récupérer quand toi et Harlow vous n’auriez plus votre maman.
Les petits yeux de ma sœur ronds, comme des billes, cherchent alors David, mais Evon la ramène vers lui.
— Il t’aime Mai’, et depuis le premier jour il a voulu s’occuper de toi, je te le promets. À ce moment-là, sa vie était comme la tienne, très compliquée, et il devait y mettre de l’ordre avant de te prendre auprès de lui. Lui, comme moi, nous avons surveillé tout ce qui se passait pour toi et Harlow. Quand Joanne est morte, nous avons été trouver votre grand-mère et nous avons organisé ses funérailles avec elle. La pauvre était totalement perdue. Elle avait peu d’argent et sa principale inquiétude était de ne pas pouvoir vous assumer. J’ai payé l’enterrement de votre maman, j’ai donné de l’argent à votre grand-mère pour être certain que vous ne manquiez de rien, j’ai honoré toutes les factures de l’hôpital pour que vous puissiez tourner la page plus paisiblement.
Quoi ??? Comment ça, il a payé l’enterrement de maman ? Jamais il ne m’a parlé de ça ! Mon Dieu, Evon, mais qui es-tu ?
— Tu as fait tout ça, murmure Maisie en prenant le visage de son frère dans ses mains alors que ses joues ruissellent de larmes.
J’essuie les miennes, moi aussi.
— Je l’aime plus que la vie, Mai’ et toi aussi, je t’aime. Vous êtes tout ce que j’ai en ce monde. Alors quand l’assistance sociale a décidé de t’enlever à ta grand-mère, j’ai été voir papa et je lui ai dit qu’il n’y avait plus une minute à perdre, qu’il fallait qu’on vous sorte de là toutes les deux avant que les services sociaux ne vous séparent, avant qu’il ne te place je ne sais où. Je ne pouvais pas accepter ça !
— Ce qu’Evon ignorait alors, continue David, c’est que de mon côté, je faisais toutes les démarches nécessaires pour avoir le droit de te prendre avec moi. Je faisais de mon mieux, mais ces choses-là prennent du temps. Quand j’ai enfin eu l’autorisation du juge, Evon m’a demandé de prendre Harlow sous ma responsabilité.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elle n’allait pas bien, reprend Evon. Elle souffrait plus que je ne pouvais le supporter et je voulais lui donner la possibilité de redémarrer une nouvelle vie. J’ai pensé que le mieux serait qu’elle vienne vivre sur le campus. Elle y ferait ses études et je pourrais garder un œil sur elle, mais comment la contraindre à le faire ?
— Harlow n’avait ni envie de venir vivre avec moi, ni même d’étudier. Sa seule préoccupation, c’était toi, Maisie.
— J’ai donc été contraint de lui tendre un piège.
— Un piège ?!
— Avec papa, nous lui avons fait croire que le juge l’avait mise sous sa tutelle, car il estimait qu’elle n’était pas apte à s’occuper d’elle-même. C’était donc à papa de veiller sur elle et de décider de ce qui était bon pour elle.
— Et c’était faux ?
— Oui. Finalement, je décidais et ce que je voulais plus que tout était qu’elle vienne vivre près de moi. Je l’ai inscrite à l’université, j’ai tout payé pour qu’elle fasse ses études, qu’elle décroche un diplôme, qu’elle est un bel avenir.
Maisie penche sensiblement la tête sur le côté et examine son frère avec intérêt.
— En fait, c’est toi son ange gardien, lui dit-elle avec un large sourire sur son joli minois.
— C’est tout ce que j’ai toujours voulu être pour elle, mais aussi pour toi...
— Tu penses qu’elle ne doit pas partir avec nous, c’est ça ?
— Je pense que sa place est ici avec moi. Je sais que tu as besoin de ta sœur et jamais je ne vous priverai l’une de l’autre, j’espère que tu le sais maintenant, mais H a une vie à vivre et toi aussi. Tu as une vie à bâtir avec papa, mais tout ça ne veut pas dire que vous ne pouvez plus être proches toutes les deux. Orlando vous semble éloigné parce que vous avez peur, mais ce n’est pas comme si vous partiez à l’autre bout du pays. Rien ne vous empêche de vous voir aussi souvent que depuis qu’elle est à la fac.
Maisie relève la tête, détaille chaque personne présente dans le jardin avant de terminer par moi.
— Quand David t’a dit qu’on allait déménager, tu as su tout de suite que tu viendrais avec moi ou tu pensais rester avec Evon ?
Je secoue doucement la tête comme si le sens de sa question m’échappait.
— Avant que je le sache, avant que je te dise que tu devais respecter ta promesse à maman, est-ce que tu voulais rester avec lui ?
— Mai’..., bredouillé-je la voix chevrotante.
— Il faut que tu me dises la vérité, Harlow ! Est-ce que c’est moi qui t’ai fait changer d’avis ?
— Oh, mon Dieu, gémis-je en portant mes mains à ma bouche. Je suis tellement désolée, Mai’.
— Alors c’est ça que tu veux : rester avec Evon ?
Je réponds non de la tête.
— Je sais plus où j’en suis, Maisie, pleuré-je. Je ne sais plus ce que je veux, ce que je suis capable de faire ou non...
— Je t’aime, H et je n’ai pas envie de vivre loin de toi, mais je crois que tu ne dois pas venir avec David et moi. Evon a raison, ta place est avec lui, pas avec moi...
**
— Alors, c’est ici que tu te caches ?
Un frémissement me parcourt tandis que la phrase prononcée avec tendresse par Evon me chatouille les oreilles. Une tendresse qui devrait me donner envie de me réfugier dans ses bras, de le laisser m’apporter soutien et réconfort après cette éprouvante discussion à l’arrière de la maison de son père. Pourtant, je ne ressens que de la colère. Elle bouillonne en moi, me consume de l’intérieur. Comment une simple question posée a pu dégénérer au point que je finisse par avouer à ma sœur que je n’ai jamais réellement eu envie de les suivre, elle et son père ? Evon, dont les bras m’enlacent au niveau de la taille n’avait pas tort, j’ai fait un choix lorsque David nous a parlé de leur futur départ, mais ce n’était pas celui qu’il s’était imaginé. La réaction de Maisie quand elle a appris qu’elle allait s’en aller a tout changé.
Motivée par toute cette fureur qui me brûle les veines, je le repousse avant de virevolter face à lui. Son air étonné finit de m’embraser tout entière. Mes poings serrés le frappent une fois, puis deux, puis trois...
— Espèce de salaud, articulé-je d’une manière presque inaudible tant les muscles de ma mâchoire sont tendus. Comment as-tu pu me faire ça ???
Me saisissant violemment par les épaules, il me fait pivoter. Captive de ses bras fermés sur ma poitrine, il me maintient contre son torse.
— Arrête, Brownie, ne fais pas ça, me dit-il d’un ton implorant.
— Tu n’avais pas le droit, me révolté-je en me débattant comme une lionne.
— Je n’avais pas le droit de quoi, au juste ? De me battre pour la femme que j’aime ?
— Tu m’as forcée à lui dire !!!
— Lui dire quelque chose que je n’aurais jamais soupçonné, s’indigne-t-il. Je voulais simplement qu’elle sache ce que vous représentez pour moi.
Je finis par me défaire de son emprise.
— Dans le seul but qu’elle me dise de rester ! m’époumoné-je. Tu l’as manipulée pour obtenir ce que tu veux !!!
— CE QUE JE VEUX !?!
Il me saisit par la nuque et plante son regard noir de colère dans le mien.
— TU LE DÉSIRES AUTANT QUE MOI !!!
La pression de ses doigts sur mon cou se fait plus douce.
— Il est temps, Harlow, murmure-t-il en redessinant mes lèvres de ses yeux. Il ne reste plus que quelques minutes avant que mon père monte dans cette voiture et parte pour la Floride avec notre petite sœur. Le moment est venu pour toi de mettre un terme à tout ça : restes-tu ici avec moi ou pars-tu avec eux ?
Je ferme les yeux. Un sanglot sourd fait trembler mon corps épuisé par toute cette tension qu’il l’habite depuis des jours.
— Je peux pas... je ne suis pas prête pour ça...
— Si, mon amour, tu es plus forte que tu ne le crois. Fais-toi davantage confiance ! Tu es...
Je sens la chaleur de sa main sur ma joue.
— Tu es si belle, Harlow, si incroyablement belle. Tu ferais l’impossible pour ne pas faire souffrir une personne que tu aimes, et aujourd’hui ce qui t’accable tant est que tu ne peux y échapper. Mais il est temps que tu poses un regard différent sur ce qui se passe, ma chérie. On ne va pas t’arracher ta sœur ! Il s’agit de son père, seulement de son père ! Il s’agit de l’homme qui aimait follement ta maman et qui donnerait n’importe quoi pour la rendre fière de lui. Vois ce qu’il a fait pour vous, pour que Joanne puisse reposer en paix : il a offert un nouveau foyer à Maisie et il s’est assuré que tu sois aimée et protégée. David a bien compris que personne ne ferait ça mieux que moi. Je t’ai tellement dans la peau, Harlow ! C’est ton sourire qui fait battre mon cœur, ton amour qui coule dans mes veines, ton bonheur qui me permet de respirer.
— Pourquoi ? pleuré-je. Je ne suis même pas en mesure de te rendre cet amour. Tu mérites bien mieux que tout ce que j’ai pu te donner...
— Regarde-moi !
J’ouvre mes yeux troubles et l’observe presque douloureusement tant j’ai mal. Chaque parcelle de mon corps, chaque recoin de mon âme me fait atrocement souffrir. Je souffre d’être prise au piège de l’amour que je leur voue si ardemment à l’un comme l’autre.
— Tu m’aimes Harlow, je le vois, je le sens dans ta douleur. Tu étais prête à faire de moi un papa, tu y tenais plus que je n’aurais pu l’imaginer à ce moment-là. J’ai vu ton amour dans les larmes que tu as versées quand tu as compris que tu n’étais pas enceinte. Tu ne pleurais pas uniquement pour moi, mais pour toi également. Tu avais envie de cet enfant ! Et aujourd’hui, tu es prête à t’en aller avec ta sœur, pas parce que tu ne m’aimes pas suffisamment pour rester, mais parce que tu es loyale. Je te l’ai dit, c’est aussi pour cette raison que je suis fou de toi ! Jamais je n’ai pensé être moins important que Mai’ à tes yeux. Je me suis résigné en me disant que c’est ainsi que tu es faite et pour rien au monde je ne veux te changer. Quoi que tu décides, je t’épaulerai ! Mais la décision finale te revient, Harlow. Personne ne peut choisir pour toi. Tu as, face à toi, un homme qui te dit qu’il t’aime, qu’il t’aimera quoi que tu fasses, et une petite sœur qui te dit de faire ce qui te semble le plus juste pour toi, car quoi que tu fasses, elle t’aimera ! Tu ne blesses personne, tu nous rends plus fiers encore de t’aimer, de faire partie de ta vie.
— Moi je vais souffrir ! avoué-je. Je vais souffrir de ne plus la voir...
— Mon amour, marmonne-t-il avant que son souffle ne s’écrase sur ma bouche.
Je l’enlace, le serre avec toute la force que je suis en mesure de trouver en moi.
— Harlow, susurre-t-il contre mes lèvres, ses pouces caressant mes joues.
— Il n’y a que notre amour qui me permet de ne pas suffoquer dans ce monde qui me terrifie, Evon.
— Je te promets de tout mettre en œuvre pour que vous ne ressentiez pas le poids de la distance. Je ferai l’impossible pour vous faciliter les choses. Rien ne compte plus pour moi que vous deux, tu le sais, n’est-ce pas ?
— Je croyais le savoir. J’étais loin de la vérité.
Il plisse sensiblement le front.
— Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de l’enterrement de maman, de la manière dont tu as aidé ma grand-mère ?
— Ce n’était que de l’argent, me répond-il avec une certaine pudeur.
— Non, ce n’était pas que ça...
— Tu as déjà eu du mal à accepter que je te donne de l’argent pour te nourrir. Je t’ai parlé des frais universitaires et tu as flippé, alors t’avouer que j’ai payé l’enterrement de Joanne et que je faisais des virements à ta grand-mère pour que vous ne manquiez de rien...
— Comment j’ai pu ne rien voir ? me questionné-je à voix haute.
— Tu n’étais pas prête, tout simplement... Une partie de moi ne l’était pas non plus.
— Vraiment ?
— Non, je n’étais pas prêt à t’aimer autant.
Il a un sourire tendre.
— Et je ne sais pas si je le serai un jour.
Je glousse.
— Pour le moment, je me contente de gérer au jour le jour.
— Evon, dis-je en gémissant, la mine abattue. Comment je peux lui dire que je ne viendrai pas ? Comment je suis supposée dire au revoir à ma sœur ?
— Premièrement, je pense qu’elle a compris que tu ne le feras pas et deuxièmement, ce n’est pas un au revoir, H. Ils vont aller s’installer à Orlando et nous, nous leur rendrons visite d’ici une semaine ou deux. Ce n’est qu’à deux heures d’avion finalement...
— Seulement deux heures, tenté-je de minimiser.
Pas pour Evon, pour moi-même, bien sûr. Il me serre dans ses bras.
— Je te l’ai dit, ma puce, tu as tellement peur que tu ne vois pas que la situation n’est pas aussi dramatique que tu le penses. Si longtemps, tu as craint qu’on vous sépare que ça te terrorise, mais c’est de David dont on parle, de son père.
— Je sais...
— Je suis persuadé que Joanne est heureuse de voir qu’un bel avenir se dessine pour ses filles, qu’elle aussi pense que tout est enfin à sa place.
Il me relâche et m’offre sa main.
— Tu es prête, ma Brownie, on peut y aller ou tu as besoin d’une minute, encore ?
Je secoue la tête.
— Non, c’est bon, on peut y aller.
— Je crois qu’on les a mis en retard, me dit-il quand je glisse ma main dans la sienne.
J’inspire un grand coup.
— Ça va aller, mon amour ? Si tu veux un moment pour te préparer ?
— Ce n’est pas la peine...
— Sûre ?
— Tout est enfin à sa place, alors ça va aller !
Il me récompense d’un de ses magnifiques sourires qui me fait fondre sur place.
— Ma merveilleuse Harlow, je vais tellement t’aimer... Tu vas finir par en avoir marre de moi.
— Alors là, bon courage, rétorqué-je en roulant des yeux.
Il me soulève dans les airs.
— Tu es certaine de pouvoir gérer ?
— S’il y a bien un truc que je gère à merveille c’est toi, Mendoza !
— Ça, c’est vrai, Brownie ! Tellement vrai...
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